Chris Browne (2) : Un calcul relativement simple mais qui exigeait un travail laborieux

Nous poursuivons ici, après un petit portrait de famille attachant, notre « exploration » du livre de Chris Browne. 

  

Page 120 :  « A mes débuts dans le monde de l’investissement…….Je devais étudier  le répertoire des entreprises de « Standard & Poor’s » (Standard & Poor’s  directory of Corporation) page par page et analyser leur actif net courant par action, l’une des mesures dans la valeur que privilégiait Ben Graham. Il commençait par s’intéresser aux actifs courants dans le bilan de la société : toutes les liquidités, les stocks et les créances recouvrables des clients, soit les actifs dont il estimait qu’ils pouvaient être vendus relativement rapidement. Puis il déduisait de ces actifs courants tout ce que devait la société. Il divisait le solde restant par le nombre d’actions en circulation pour déterminer l’actif net courant par action. Si le titre s’échangeait à deux tiers ou moins de l’actif net courant, il l’achetait. »

 

Commentaire : Nous vous avons déjà expliqué à maintes reprises, le travail de recherche lié aux daubasses, mais le voir écrit noir sur blanc, une nouvelle fois  de la plume de Chris Brown, nous amène à formuler quelques réflexions supplémentaires.

 Il semblerait que depuis plus de 60 ans, les investisseurs dans la valeur, non seulement appliquent toujours le même calcul mais doivent toujours et encore affronter une somme de travail assez laborieux … et nous nous en réjouissons car, finalement, ce dur labeur constitue un peu notre « barrière contre la concurrence » à nous, les « value investors ».

 

C’est vrai que les bases de données avec l’avènement d’internet, ont remplacé avantageusement le support papier car il vous propose une sélection de sociétés selon des critères et ratios choisis par l’investisseur.  C’est un pas énorme en avant et qui diminue en partie la somme de travail à fournir. Chris Brown l’évoque également quelques pages plus loin. 

Par contre aucune base de données n’est encore capable aujourd’hui de vous proposer quelques calculs plus précis avec un haut degré de fiabilité.  Ce qui vous oblige finalement à ouvrir les rapports annuels pour dresser une liste correcte.

A ce jour et avec toute nos expériences et discussions réunies, nous n’avons jamais entendu dire que les maisons réputées pour leurs analyses employant des équipes à la fois diplômées et  chevronnées et fournissant la majorité des Zinzins ( pour les Z’ investisseurs Z’institutionels ) comme Meryl Lynch ou Bloomberg, proposaient des rapport détaillés sur des sociétés que nous cataloguerions « daubasses ».

Et de notre point de vue, ce n’est pas qu’ils n’en seraient pas capables mais plutôt parce que cela ne correspond pas à la demande de leurs clients. En d’autres mots, la grande majorité des investisseurs professionnels ne sont pas intéressés par des sociétés très bons marchés qui ont des problèmes d’avenir. C’est simple la « daubasse » n’intéresse pas beaucoup de monde quand elle est proposée par Mister Market à un prix de daubasse …

Nous pouvons par contre vous certifier, en tant que témoins directs, que tous les analystes et les investisseurs sont extrêmement nombreux à reconsidérer leur jugement dès qu’une « daubasse » voit son court multiplier par 4 ou 5…

En moins de quelques mois le statut d’une telle société peut passer de « daubasse-infâme-à-ignorer-pendant-au-moins-la-prochaine-décennie » au statut de small cap de l’année + 600% avec un avenir radieux et un vent puissant dans le dos.

Ce qui est le plus étonnant, c’est qu’à ce stade d’avenir radieux jugé à l’unanimité de l’unanimité par monsieur Marché, il n’y a parfois pas le moindre profit comme les années précédentes, il y a parfois juste des pertes trimestrielles moins importantes ou un événement qui fait penser au marché que cette fois ça y est : c’est la timbale. Et que le raté de 600% au départ, ne sera que pacotille en rapport au futur radieux.

L’avantage de l’investisseur intéressé par la « daubasse » cher lecteur, à ce stade de la réflexion, ne vous échappe certaine plus.  C’est bien évidemment que la grande majorité des investisseurs, tant professionnels qu’amateurs, n’ont pas le moindre intérêt pour une société sans avenir, même à très bon prix.  L’industrie de l’investissement a avant tout besoin de belles histoires et de grands fantasmes et aucun cas de sociétés ayant rejoint la zone crépusculaire des problèmes en tout genres.

En plus et pour terminer, nous ne pensons pas que cela fait très sérieux dans le monde de l’investissement qui reste quand même d’une rare superficialité, d’expliquer que 85% de son portefeuille est constitué de sociétés qui n’ont pas affiché le moindre profit depuis deux ou trois ans et qui fabriquent des produits qui ne se vendent presque plus, que la direction a été remplacée récemment ou a englouti les liquidités de la société accumulées depuis 3 ans dans des produits structurés dont la valeur reste approximative !

Même à notre niveau « goutte d’eau », nous avons déjà surpris, au détour d’un forum, quelques échanges  sur le sérieux de notre démarche.

Nous pensons en conclusion que ce crash que nous avons tous vécu en 2008, restera, dans notre vie d’investisseur la leçon exemplaire. Car sans ce crash, nous n’aurions jamais pris conscience de manière aussi aigue, car douloureuse que le prix payé, pour une affaire est d’une importance capitale, que l’avenir radieux d’une société peut s’avérer catastrophique, si cet avenir n’est pas construit sur une base solide et que les sociétés même entrées dans des zones crépusculaires, peuvent garder une valeur sous certaines conditions. Car le lire est une chose, le vivre en est une autre.

Nous verrons dans un prochain épisode quels sont les critères qu’exige Chris Browne d’une société pour qu’elle devienne une cible d’investissement potentielle.

10 réflexions au sujet de « Chris Browne (2) : Un calcul relativement simple mais qui exigeait un travail laborieux »

  1. « Tout ces hommes sélectionnent les titres de leurs portefeuilles lorsque des contradictions apparaissent entre le cours et la valeur, ceci étant ils font leurs séléction très différement les uns des autres. Les investissements les plus lourds ont été portés chez Walter sur les outsiders des pages financières tels que Hudson Pulp & Paper et Jeddo Highland Coal ou New York Trap Rock Company et bien d’autres titres de la même renommée. La séléction de Tweedy Browne est tombée à un plus faible niveau encore en termes de notoriété. »

  2. Bonsoir,

    Merci pour cette article une nouvelle fois intéressant. Votre démarche m’a convaincu et je vous avoue que j’aimerais aller plus loin, c’est à dire, essayer à mon tour de dénicher une daubasse. J’ai commencé avec le google screener mais effectivement ce n’est pas suffisant. Votre article me fait dire également qu’une base de données tenant à jour cette notion d’actif circulant net de dette pour les sociétés les moins suivies par les analystes auraient certainement un potentiel commercial non négligeable.

    Je viens de commencer Security Analysis également ainsi qu’investir dans la valeur. Dommage que Security Analysis n’existe qu’en anglais d’ailleurs car c’est pas forcémment plus facile 🙂

    Enfin le chemin reste long avant d’identifier comme vous le faites ces merveilleuses daubasses que vous nous proposez. J’attends avec impatience la nouvelle liste de mars pour etoffer mon portefeuille de Daubasses.

    A bientot

    Jules

  3. Si je peux me permettre, Tweedy Browne n’investissait pas dans des « daubasses », leurs approche était légèrement décalé. Notamment, ils cherchaient des sociétés dégageant des profits et où ils pouvaient s’assurer qu’ils continueraient à le faire!

  4. Bonjour Walhalla,

    A notre avis, cette maison de gestion reste, parmi celles en activité actuellement, une de celles qui appliquent le plus notre approche mais avec les contraintes d’un fonds de placement telles que nous les avions décrites ici : http://blog.daubasses.com/2009/12/15/fonds-de-placement-vs-gestion-en-direct/

    Entre autre, nous avons constaté qu’ils détiennent 3 % du capital d’Avatar Holding, société qui ne génère pas vraiment des profits pour l’instant et une des rares sociétés de notre portefeuille dont la capitalisation boursière soit suffisante pour permettre à Tweedy Browne de se constituer une ligne suffisante.

    Mais ce qui est le plus important, c’est que chacun pratique une approche de l’investissement qui lui convient : nous ne voulons pas copier Walter Schloss, Martin Whitman ou Chris Browne mais simplement appliquer une approche de l’investissement telle qu’elle nous convient en fonction de compétences, d’atouts et d’objectifs qui nous sont propres. On peut aller chercher des idées chez les autres grands investisseurs mais en restant conscients qu’on ne peut bénéficier des mêmes atouts ni avoir les mêmes objectifs.

  5. Je suis tout à fait d’accord avec vous!

    Personnellement, je me considère aussi comme membre du courant « value » (j’adhère à l’idée générale), mais je recherche plutôt la qualité 😉

  6. Je suis tout à fait d’accord! Tout en restant dans l’approche « value », on peut faire plein de variantes.

    Daubasse, qualité, small cap, big cap, etc…

  7. Bonsoir,

    Sympa cet article, j’ai aussi lu ce livre
    Lorsqu’il dit « Si le titre s’échangeait à deux tiers ou moins de l’actif net courant, il l’achetait », vous pensez que pour son calcul il retraité les postes de l’actif courant ou pas.

    En ce qui me concerne je viens d’acheter biolitec AG, une net-net qui est en train de rebondir.

    A bientôt

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