La bourse et les Thermopyles

480 avant JC, défilé des Thermopyles… D’un côté la gigantesques armée perse commandée par Xerxès forte de 200 000 hommes.  De l’autre Léonidas et ses 7 000 fantassins.  La bataille semble facile à Xerxès : la Perse est immense et puissante, les cités grecques sont divisées et la loi du nombre plaide incontestablement en sa faveur. 

L’empereur perse néglige cependant plusieurs détails :

–         le fait que l’étroitesse du défilé ne lui permet pas de profiter pleinement de son avantage numérique

–         le fait que les courtes lances de ses troupes ne peuvent atteindre les Spartiates armés de leurs célèbres lances longues doriennes

–         la vaillance et l’organisation des Spartiates

Sûr de lui, Xerxès décide d’attaquer les Grecs de front et envoie ses troupes légères affronter Léonidas et ses hommes.  Il échoue.  Ce sera ensuite au tour des troupes moyennes à se heurter au mur dressé par le roi de Sparte et enfin aux troupes d’élite des « immortels » à connaître l’échec.

Finalement, les Perses  réussiront à vaincre les hoplites spartiates après dix jours de lutte sans merci et ce, à cause de la trahison d’Ephial …

STOOOP !!!!

… d’Ephialtès.  Oui, cher lecteur ?

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Vous avez raison, cher lecteur, mais nous y venons. En réalité, Xerxès a perdu cette guerre médique quelques mois plus tard : les pertes à la fois en troupes et en temps subies aux Thermopyles ont fortement affaibli l’armée perse tant sur le plan de ses effectifs que sur les plans stratégiques et psychologiques et, quelques mois après, il perdra à Salamine toutes ses chances d’envahir la Grèce. Ce sont donc l’ excès de confiance de Xerxès dans sa force et sa sous-estimation de l’adversaire qui l’ont empêché de « raisonner » juste quant à la situation à laquelle il était confronté.

Ne lui jetez pas la pierre cher lecteur. Outre qu’une victoire de sa part aurait pu éteindre la précieuse culture grecque et l’empêcher de se perpétuer au cours des siècles, ce risque de surestimation de ses propres capacités se trouve à l’intérieur de chacun de nous.

Par exemple, combien, parmi la communauté des investisseurs, se considèrent comme de piètres investisseurs ?  A notre avis personne ou presque… Mais alors, où sont donc les mauvais investisseurs ? 

Ce biais psychologique de la surestimation de ses propres capacités, nous voulons absolument l’éviter parce que nous pensons qu’il s’agit là d’une importante source d’erreurs de jugement.

Si la confiance est indispensable pour investir en bourse, trop de confiance en soi entraîne des mauvaises décisions.  Or, en général, les investisseurs pensent qu’ils sont plus intelligents que tous leurs compétiteurs, qu’ils peuvent choisir le meilleur timing ou la meilleure action. 

Faites un tour sur les forums boursiers pour constater jusqu’à quel point ceux-ci surestiment leurs aptitudes : la majorité des forumeurs s’appuient sur les informations qui confortent leurs convictions et écartent celles qui s’en éloignent. Certains ont tellement confiance en leurs capacités qu’ils se contentent de lire les informations les plus évidentes sans chercher celles qui sont moins connues tout comme Xerxès se contentait de constater qu’il disposait de forces supérieures en nombre et en puissance à Léonidas sans chercher les détails qui pouvaient remettre en question cette suprématie apparente.

Accepter que l’on n’est pas plus intelligent que la moyenne est une chose difficile mais nous pensons qu’une fois cet aspect pris en compte, l’investisseur pourra alors se préserver d’ un grand nombre d’erreurs de jugement parce qu’il s’efforcera de recouper les informations qu’il reçoit plutôt que de tirer des conclusions hâtives grâce à ses supposées  « capacités supérieures » et, ainsi, éviter de connaître ses Thermopyles à lui.

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9 réflexions au sujet de « La bourse et les Thermopyles »

  1. Très intéressant comme histoire !

    Honnêtement, je crois que j’aurais pris la même décision que notre ami Xerxès… A 200k contre 7k, si tu ne vas pas de l’avant… autant dire que tu n’avanceras jamais !

    C’est comme trouver un titre de qualité avec bilan impeccable et potentiel de croissance à 8 fois les profits… si on achète pas à ce prix, quand va-t-on acheter ?

    Je suis d’accord avec vous que surestimer ses capacités est une erreur psychologique classique. Mais d’un autre côté, il faut aller de l’avant quand les probabilités nous semble très favorables. Mais il faut aussi garder à l’esprit que tout peu arriver… on peut avoir 80% de chance de faire de l’argent avec un titre et tout de même se retrouver dans le 20% foireux…

    Phil (qui adore ce genre de blog qui mélange histoire et investissement)

    1. Salut Philippe,

      Ce que nous voulons dire, c’est qu’il faut se méfier de l’excès de confiance qui nous ferait nous arrêter à des évidences en négligeant des points de détail qui auraient toute leur importance. Xerxès était manifestement le plus fort mais il l’aurait emporté peut-être plus facilement s’il était, par exemple, parvenu à attirer Léonidas dans un lieu qui lui était plus favorable ou s’il avait adapté sa tactique à la méthode de combat en phalange des Spartiates. Peut-être qu’alors il l’aurait emporté en subissant moins de perte.

      En bourse, si on trouve « un titre de qualité au bilan impeccable et potentiel de croissance à 8 fois les profits » mais qu’on néglige les petits caractères du rapport de gestion comme par exemple des stock options abondantes ou des gros litiges non provisionnés, on pourrait, tout comme Xerxès, « s’en tirer » mais en subissant des pertes non prévues au départ.

  2. Comme vous avez raison! Et dans les manifestations du biais psychologique qui consiste à se voiler la face, il y a une attitude encore plus radicale, qui consiste à détourner la citation chrétienne « Malheur à celui par qui le scandale arrive! ».

    Cela donne des investisseurs refusant non seulement de voir des signaux d’alerte pourtant manifestes, mais qui stipendient de plus ceux qui les annoncent. Ceux qui parlent des points négatifs deviennent forcément « des jaloux, des aigris, qui souhaitent faire chuter le cours de l’action pour racheter plus bas », « des malades mentaux en mal de reconnaissance » et autres joyeusetés. Et ces « oiseaux de malheur », le plus simple est s’en débarrasser : en les tuant symboliquement. Cela passe par l’insulte, l’ignorance, l’exclusion, quand ce ne sont pas des plaintes pour diffamation.

    Les Perses n’ont pas été les seuls à perdre leurs guerres. Mais que la position est difficile à assumer après, une fois les pertes constatées. Beaucoup malheureusement n’arrivent pas à en tirer les conclusions qui s’imposent, et cherchent à se convaincre qu’en aucun cas ils n’auraient pu prendre la bonne décision. « Il aurait fallu être un expert » ou « On nous a menti » ou « mon courtier n’avait pas le droit de m’autoriser à investir sur cette valeur réservée au IQ » ou « c’est de la faute des analystes qui ont recommandé cette valeur », ou encore « on devrait interdire aux sociétés de ce type d’entrer en Bourse ». Bref, « ce n’est pas ma faute… »

    Ce qui est rassurant, c’est que d’autres tout de même finissent par comprendre, et éviteront peut-être ainsi leur prochains Termopyles, en refusant désormais les dossiers meRdiques.

  3. C’est amusant, j’habite une commune où Jean le Bon a été fait prisonnier par les anglais alors qu’il était également très supérieur en nombre (probablement 4 contre un d’après les estimations).

    Il avait juste oublié la division des seigneurs français qui ont attaqué sans concertation et le fait que les anglais possédaient des arcs longs meurtriers contre la cavalerie lourde français.

    1. Jean le bon, célèbre en France pour avoir inventé le jambon qui doit être essentiellement composé « de bons gros jarrets de ces cochons d’anglais » selon ses dires historiques !

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