Nauru, une autre version de l’histoire de la cigale et de la fourmi

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Connaissez-vous Nauru ?

C’est une île perdue au milieu du Pacifique à plusieurs milliers de km des premières côtes continentales. Cette république de 21 km² où vivent 14 000 habitants a connu une histoire fabuleuse puisqu’elle est devenue le pays le plus riche du monde dans les années 1970 et 1980 grâce à une richesse enfouie dans son sous-sol : le phosphate.

Comment ce bout de terre au milieu du Pacifique est-il devenu le pays avec le PIB par habitant le plus élevé au monde ? Et comment les Nauruans sont devenus une génération plus tard, la population la plus assistée de la planète ?

Nous vous proposons ci-dessous quelques extraits du livre  Nauru, l’île dévastée : Comment la civilisation capitaliste a détruit le pays le plus riche du monde afin de comprendre la vie sur Nauru lors de son apogée et puis lors de sa lente descente en enfer.

Un niveau de vie hallucinant, années 1970 :

« L’Etat nettoie même les toilettes des habitants. Des femmes de ménage sont payées par le gouvernement pour tenir rangées et propres les maisons. Dans les années 1970, Nauru est un paradis pour une population qui n’a pas besoin de se lever pour aller travailler. Les Chinois et les islanders travaillent pour elle. »

« Violette, la cinquantaine joviale, a connu l’âge d’or de Nauru : « les gens qui touchaient les royalties du phosphate avaient une telle richesse. Vous ne pouvez même pas imaginer. Ils avaient tout ! Pourtant nous sommes sur une île perdue. Mais ils profitaient des voyages pour ramener le nouveau téléviseur, la nouvelle chaîne hi-fi. Tout ce qu’ils voulaient. C’était effarant. Des gens se promenaient parfois avec des attachés-cases remplis de dollars australiens, juste pour payer un repas de la famille au restaurant du coin. »

L’apogée :

« Le 21 janvier 1977, le Nauru House Building est inauguré avec faste. Toutes les télévisions du pays se pressent sur le parvis du building, filmant une à une les voitures qui déposent les personnalités invitées. Avec 183 mètres de haut, c’est la tour la plus haute d’Australie. La soirée est superbe, cinq cents convives sont invités, ravis d’être là. Bernard Dowiyogo, le tout jeune président de Nauru qui vient de succéder à Deroburt, serre des mains par poignées. Cinquante-deux étages, 50 500 mètres carrés de bureaux. Le Nauru House est l’œuvre de son prédécesseur mais c’est lui qui l’inaugure. C’est son jour de gloire. Et celui de son pays. Le projet a été entièrement financé par les dividendes tirés de la vente du phosphate. Dans quelques jours, Dowiyogo s’installera dans ses spacieux bureaux aux derniers étages de la tour. Et, entouré de ses ministres, il contemplera son empire. »

Les requins :

« De nombreuses sociétés portant le nom « Nauru » voient le jour un peu partout dans les pays où l’île investit. Celles-ci ont, semble-t-il, pour mission de gérer des constructions immobilières ou d’autres acquisitions. Et autour de ces sociétés et des Nauruans, on trouve une nuée de conseillers et d’avocats. L’argent de Nauru attise les appétits pour des gains importants et faciles. Les autorités du pays ne se méfient guère de ces conseillers qu’on leur présente à la volée. »

« En décembre 1994, le Nauru Phosphate Royalties Trust fait l’acquisition pour 50 millions de dollars d’un ancien hôpital dans le quartier de Queen Victoria à Melbourne. Le pays a fait affaire avec un promoteur immobilier australien, David Marriner. Nauru apprendra plus tard que le promoteur avait acheté le même site six mois plus tôt à l’Etat de Victoria pour seulement 15 millions de dollars. »

Une gestion désastreuse des actifs du pays alors que l’exploitation de phosphate est en perte de vitesse.

Mai 1993 :

« Devant la situation très tendue dans le pays, les gouvernants (…) tentent d’atténuer le malaise. Une bonne nouvelle va les y aider. L’Australie est prête à payer la même année 57 millions de dollars pour avoir extrait le phosphate du sous-sol de Nauru quand celui-ci était sous tutelle australienne. ( …) C’est une bouffée d’oxygène pour l’économie du pays. Et un répit pour Dowiyogo et son gouvernement. Quelques mois plus tard, celui-ci décide de distribuer aux citoyens 23 millions de dollars provenant directement du Nauru Phosphate Royalties Trust. Soit l’équivalent de 20 000 dollars pour chaque famille. En dilapidant un peu plus le « trésor de guerre » de l’île, le gouvernement espère acheter la paix sociale. De son côté, le gouvernement ne change pas son fastueux train de vie et continue de mener les affaires publiques comme bon lui semble. »

« En 1997, l’activité de la mine est réduite au minimum. Mais l’Etat ne freine pas pour autant ses dépenses et a toujours besoin de plus de liquidités. Alors les gouvernements successifs dans les années 1980 et 1990 empruntent. (…) L’île vit désormais sous assistance respiratoire. Avec des rentrées d’argent réduites au minimum, Nauru entre dans un cercle vicieux qui l’oblige à emprunter pour payer les intérêts d’autres emprunts. A la fin des années 1990, le gouvernement contracte un énorme emprunt de 268 millions de dollars australiens auprès de General Electric, l’une des plus grosses multinationales américaines. Nauru ne pourra jamais rembourser. »

« Un pays criblé de dettes alors qu’il avait le PIB par habitant le plus élevé au monde. Un Etat subordonné se résignant à louer ses terres pour en faire un camp de rétention. Nauru a fait le grand écart. Sa richesse s’évaluait il y a quelques années en milliards de dollars. De ces milliards, il ne reste plus rien. (…) « L’argent s’est envolé », dit-on d’un haussement d’épaules sur l’île. »

« A l’arrivée de Ludwig Scotty [en tant que nouveau président] en juin 2004, les employés de l’Etat, c’est-à-dire la majorité de la population, n’ont plus touché de salaires depuis six mois. La Bank of Nauru, la seule banque officielle sur l’île, a fermé ses portes et les gens n’ont plus accès à leurs comptes. C’est à ce moment que les habitants se sont remis à pêcher pour nourrir leur famille comme leurs ancêtres lointains. »

Concernant la vie du président en 1999 :

« (…) René Harris ignore les faits, n’entend pas les injonctions de son peuple ni celles des différents créanciers de Nauru. (…) René part en vacances en Asie avec femme et petits-enfants. Il prend le Concorde. Il achète des bijoux à sa femme et se fait tailler des costumes sur mesure hors de prix. »

Avec la fin du phosphate, l’île vend alors ses services comme camps de réfugiés, sa seule richesse étant désormais sa terre :

« En 2001, l’île se dirigeait vers une banqueroute inéluctable. Trois ans plus tard, au plus fort de l’activité des camps de réfugiés, Nauru semble amorcer son redressement. En 2004, si les camps sont bondés – près de deux mille deux cents réfugiés -, les conditions de vie se sont améliorées. »

L’île en vient même à monnayer le peu qu’il lui reste : ses droits de vote à l’ONU…

« En échange [d’un vote en faveur de la pêche à la baleine], Nauru reçoit une aide financière [du Japon] pour l’un de ses soucis quotidiens : l’énergie. A Nauru, tout marche à l’essence : les voitures, mais surtout la centrale électrique ou l’usine de désalinisation. Sans essence, le pouls de Nauru ne bat plus. »

« Nauru, l’île dévastée : Comment la civilisation capitaliste a détruit le pays le plus riche du monde« , ce n’est pas une fiction, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est une histoire vraie ! Cette enquête de Luc Folliet doit nous faire réfléchir sur plusieurs points : richesse, investissement, politique, management, formation, éducation, …

Nous pensons que cet ouvrage a l’avantage de mettre l’accent sur de nombreux principes qui peuvent être rapprochés du monde de l’investissement :

–         Il faut se méfier de la corruption de ceux qui ont le pouvoir (ce sont par exemple les managers et/ou les actionnaires majoritaires dans une entreprise). Combien sont payés les dirigeants ? Quid du programme d’attributions d’actions ? Existe-t-il des parachutes dorés ? Est-ce que l’actionnaire minoritaire est considéré à sa juste valeur ?

–         Attention à l’impression de richesse. Comme expliqué dans ce livre, les Nauruans ne se souciaient pas de l’avenir et dépensaient sans compter. De même, le gouvernement investissait dans des actifs surpayés. Parfois il vaut mieux garder son « trésor de guerre » pour profiter d’opportunités et ne pas investir à tout va. Pour une entreprise, si elle n’a pas de projets réellement créateurs de valeur et qu’elle possède beaucoup de cash, il est plus intelligent de le retourner à ses propriétaires (les actionnaires) sous forme de dividende. Sinon, c’est la course à la plus grosse entreprise surdiversifiée dans des métiers qu’elle ne maîtrise pas…

–         Syndrome des « lunettes roses ». Tout actionnaire doit à chaque décision d’investissement toujours prendre du recul et voir ce qu’il va se passer en cas de scénario catastrophe. C’est ce nous tentons de faire avec notre approche de la Valeur en cas de Mise en Liquidation Volontaire (VMLV) . En période d’abondance de cash ou d’euphorie boursière, il est aisé de se laisser tenter par l’appât du gain facile.

–         Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Les gouvernements successifs de Nauru se sont faits flouer à maintes reprises lors de l’acquisition d’hôtels, de terrains et autres investissements prometteurs sur le papier. Il n’y a pas de « recette miracle » et quand un investissement nous semble trop beau, nous « faisons nos devoirs » : nous prenons du recul, étudions le dossier, lisons et relisons les modalités de l’investissement et nous nous demandons quel est l’intérêt du vendeur dans cette affaire.

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3 réflexions au sujet de « Nauru, une autre version de l’histoire de la cigale et de la fourmi »

  1. Cette lecture semble instructive, merci de nous l’avoir fait partager.
    Le titre est tout de meme un peu abusif, ce n’était pas le « pays le plus riche du monde », mais les « habitants les plus riches du monde ».

  2. Affirmer, comme le fait l’auteur de ce livre, que c’est le « capitalisme » qui a détruit Nauru, alors que c’est la gestion désastreuse d’un actif par des GOUVERNEMENTS successifs, donc le socialisme, qui a créé cette situation, est tout simplement malhonnête.

    Le gouvernement a utilisé un actif providentiel pour transformer sa population en assistés. En quoi le capitalisme est il coupable là dedans ?

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