Ecomérages : Savoir provoquer la chance !

Cette semaine, cher lecteur, nous allons tenter quelques « écomérages » sur un article de Patrick Thénière et Rémy Morel que nous avons découvert sur leur Blog du journal des Affaires et qui nous a « écoméré ». Cet article était intitulé : Savoir reconnaître les gains chanceux.

Patrick Thénière et Rémy Morel commencent par décrire dans leur article un investissement à 3$ sur une petite société d’intérim spécialisée dans le secteur de l’information et de la santé. Durant la crise, les profits de cette société avaient fortement diminué. « Acheter un tel titre signifiait donc un investissement dans la reprise économique » nous expliquent les auteurs. Ensuite les résultats de la société laissent à désirer et les auteurs se posent la question de vendre pour un titre plus prometteur. Leur interrogation prend fin sur un rachat d’actions de la direction et la hausse des indices propulsant le cours à 5$. Ils vendent donc sans hésiter et tirent comme conclusion qu’ils ont été chanceux sur cet investissement puisque leur prévision de bénéfice ne s’est pas réalisée.

Un peu plus loin dans l’article, les auteurs expliquent le cas suivant : « Un jour, un jeune investisseur de 20 ans nous déclara qu’il avait triplé son argent dans son celi (compte d’épargne libre d’impôts) en à peine un an. Et il ajouta qu’il avait été simplement chanceux, car les titres qu’il détenait ne correspondaient pas aux critères qu’il utilise aujourd’hui pour les sélectionner. Voilà une attitude gagnante! Ses choix de titres étaient concentrés dans des petites entreprises aux profits inexistants ou incertains. Et malgré le succès qui découla d’une telle stratégie, il reconnut qu’il courrait à la catastrophe s’il continuait à investir ainsi. »

 

C’est en fait ce dernier passage qui nous a le plus interpellé car nous pourrions facilement remplacer le « Jeune Investisseur de 20 ans » par de « Vieux investisseurs d’une moyenne d’âge de 40 ans » qui, sur un an en 2009, ont multiplié leur capital par 4. Vous l’aurez compris, cher lecteur, qu’il s’agit de l’équipe des « Daubasses » et de la performance de notre portefeuille de 308% en 2009.

Notre première réflexion, c’est de penser que tout investisseur doit impérativement créer un cadre solide pour « provoquer la  chance ». Un cadre solide c’est évidemment une stratégie de bon sens qui exclue au maximum l’émotionnel et que l’on peut répéter dans le temps.

Notre deuxième réflexion, c’est de penser que, dans tout investissement réussi, il existe une part de chance relativement importante car énormément d’éléments ne peuvent pas être maîtrisés. Chronologiquement, cela peut commencer quand on découvre la société…  Imaginons une journée de travail bien remplie à chercher les occasions. Une société qui semble intéressante est découverte dans les dix dernières minutes de la journée alors que, depuis une grosse demi-heure, la fatigue et une certaine lassitude nous suggéraient d’abandonner les recherches pour un dernier petit travail plus relaxant. La chance, c’est que l’on s’est dit sur le moment : « allez, encore une et puis j’arrête » au lieu de se dire : « c’est terminé pour aujourd’hui ».

Ensuite vient l’analyse de cette trouvaille… La décision d’investir ou pas se prend en général sur une accumulation de critères qui correspondent à ce que l’investisseur a définit dans sa stratégie. Une mauvaise nuit, un problème familial ou tout autre élément extérieur peut modifier votre perception de certains critères. En fait,  plus vous aurez de critères qualitatifs comme la qualité d’une direction, la qualité d’un produit, les bénéfices futurs, … plus vous serez influencés par de possibles éléments extérieurs qui viendront parasiter votre jugement. Vous devez donc avoir la chance de pouvoir vous concentrer pleinement sur le sujet pour le comprendre au mieux. Mais même avec une limpidité d’esprit optimum, tout investisseur sait qu’il a laissé derrière lui des zones d’ombres importantes.

Aucun investisseur lucide ne peux prétendre connaître l’activité d’une société dans ses moindres détails même après plusieurs jours d’analyse. Aucun investisseur sérieux ne peut affirmer que les points négatifs qu’il a relevés dans son analyse n’iront pas en s’aggravant. Aucun investisseur expérimenté ou pas ne peut prévoir à l’avance l’impact qu’aurait une détérioration économique globale sur l’activité de la société. Tous ces éléments tiennent du hasard et ne peuvent être gommés d’un investissement. Vous aurez donc compris que même en ayant pris toute vos précautions, vous vous contentez juste de provoquer la chance… pour réussir votre investissement.

La phase suivante c’est l’achat :  entre votre découverte de la société, votre analyse et votre achat, la société peut avoir perdu 4-5%… Vous avez donc la chance d’acheter à meilleur prix que la semaine précédente.

La phase de détention est psychologiquement rythmée par votre analyse et votre stratégie. Une nouvelle fois, plus vos critères sont qualitatifs, plus vous aurez émotionnellement difficile à résister à une baisse du cours, voire à résister à une plus ou moins longue stagnation du cours.

Nous pensons aussi qu’un investissement vraiment réussi est toujours régi par un événement imprévisible, l’entrée sur un nouveau marché, un nouveau contrat, une nouvelle technologie, une vente d’actif, une nouvelle direction… Des éléments qu’il est impossible de prendre en considération et donc qui tiennent de la chance, une fois de plus.

La dernière phase , la vente, peut aussi être chanceuse sur un tas de facteurs qui vous font gagner un peu plus que prévu.

Nous pensons donc pour conclure cette partie que ne pas vouloir admettre qu’il y a une part de chance dans tout investissement n’est pas réaliste. Etablir une stratégie sérieuse, pour permettre de provoquer la chance autant de fois que possible et le plus longtemps possible ne nous paraît pas le moins du monde honteux, au contraire ! C’est ce que nous faisons avec les Daubasses depuis fin 2008 et nous sommes bien décidés à poursuivre sur cette voie.

Nous pensons même que notre approche patrimoniale réduit le facteur chance au maximum en écartant toute projection future par exemple et d’un autre côté provoque aussi la chance au maximum par une belle diversification.

Même si nos lecteurs des premières heures connaissent sur le bout des doigts notre stratégie, voici un résumé synthétique de notre manière de provoquer la chance :

1° nos critères d’investissements avec des repères précis à l’achat et à la vente : marge de sécurité sur la valeur, solvabilité, collatéral tangible, valeur d’actif net tangible, …

2° nos analyses qui consistent principalement à débusquer les « entourloupes« , les points cachés qui n’apparaissent pas nécessairement dans les chiffres du bilan mais qui pourraient peser sur le valeur comme les litiges, les actions préférentielles mais aussi ce que nous appelons les possibles « cerises sur le gâteau » comme des grosses dépenses en R&D, une activité de niche, …

diversification… que nous considérons comme une seconde marge de sécurité, dans le sens où les probabilités sont plutôt avec nous que contre nous. Petit exemple ? Vous avez 30 sociétés en portefeuille. La probabilité d’avoir 30 faillites est plutôt mince mais d’un autre coté, si vous avez 5 sociétés qui multiplient leur cours par 5, le portefeuille peux supporter 20 faillites sans que vous ne perdiez le moindre centime d’euro.

4° l’équipe composée de 4 personnalités d’investisseur qui permet de prendre les décisions d’investissement avec une objectivité optimale et donc sans la moindre concession.

Pour conclure en paraphrasant Philip Fisher, il y a deux catégories d’investisseurs : ceux qui sont chanceux parce qu’ils sont capables de provoquer la chance sur la durée avec une stratégie de bon sens et  les autres qui sont chanceux quelques fois et malchanceux la plupart du temps parce qu’ils naviguent à vue, sans la moindre stratégie.

Nous supposons que Patrick Thénière et Rémy Morel voulaient mettre en garde les seconds pour leur éviter des désillusions.

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