Malgré la performance vous faites des pertes… Ah bon ?

C’est cette fois la réaction d’un ami, qui semblait surpris que nous enregistrions aussi des pertes, que nous avons essayé de résumer dans l’intitulé. Elle nous a franchement interpellé et amené à vous proposer une réflexion sur les pertes dans l’investissement, chiffres de notre portefeuille à l’appui.

Ce qui est vraiment frappant dans la réaction de notre ami, qui n’est ni un novice, ni un investisseur disons… « pointu », mais que nous pourrions finalement qualifier sans le moindre problème d’investisseur « bon père de famille », prudent et gérant son patrimoine avec une dose importante de bon sens, c’est qu’il avait un certain mal à imaginer qu’une performance à 3 chiffres comme celle du portefeuille « Daubasse » génère aussi des pertes.

Si nous imaginons la perception des pertes possibles que génère la performance, nous pourrions tenter de dégager 4 catégories en partant du postulat que le marché a fait +10% sur 3 ans

1° Si en 3 ans, un portefeuille s’inscrit avec une perte de -30%, tout le monde comprend que celui-ci a généré des pertes. C’est donc simple.

2° Si en 3 ans, un portefeuille s’inscrit avec une rendement de +7%, on aura tendance à imaginer un nombre de pertes plus important que la moyenne.

3° Si en 3 ans, un portefeuille s’inscrit avec une performance de +40%, on aura tendance à imaginer que les pertes sont limitées et inférieures à la moyenne.

4° Si en 3 ans , un portefeuille s’inscrit avec une performance de +300%, on aura tendance à imaginer que les pertes sont pratiquement inexistantes.

A part la première hypothèse qui est évidente et n’appelle aucun commentaire, il est fort possible que le portefeuille qui affiche +300% ait généré plus de pertes que le portefeuille affichant +7%. Tout le monde comprendra que si vous êtes investi sur des « big caps » que vous n’avez pas payées trop cher et que le marché est stagnant, une performance de +7%, même si c’est une légère sous-performance, ne signifie pas obligatoirement des pertes. Par contre, si vous investissez sur les « Daubasses » et que vous affichez +300%, vous avez forcément des casseroles et même parfois bien remplies.

En fait, nous pensons que cette perception erronée des pertes par rapport à la performance est principalement due au fait qu’en investissement, « les pertes » sont un véritable tabou, une sorte de « maladie vénérienne » de l’ego de l’investisseur, qu’il veut cacher à tout pris, honteux qu’il est.

Quand vous parcourez la presse, les blogs, les lettres financières, les rapports des fonds, …  qui vous parle de ses pertes, qui les étale en long et en large, qui consacre un partie de ses communiqués à vous expliquer comment il a intégré cette notion de perte dans son processus d’investissement ?  Peu de monde, très peu.

Même si en théorie tout le monde est d’accord pour dire que l’on apprend de ses pertes, même si tout le monde  est d’accord pour dire qu’il faut en faire le moins possible, il est rare qu’elles soit mentionnées dans un processus d’investissement.

Ce n’est pas le cas de votre illustre équipe des Daubasses qui a réfléchi à ce problème dès le débuts de l’aventure et investi de manière à pouvoir contrer ses pertes avec un fort degré de probabilité. 3 ans et 2 mois plus tard, nous pouvons vous présenter des pertes chiffrées et les replacer dans le processus d’investissement.

 

Passons donc de la théorie à la pratique…

Depuis le 24 Novembre 2008 jusqu’au 31 Janvier 2012, soit sur 38 mois, le portefeuille « Daubasse » a enregistré 19 ventes avec perte. Si on essaie de répartir ces pertes sur la durée, cela fait quand même 1 perte tout les deux mois.

Nous avons déboursé pour ces sociétés en pertes 26 690,07 euros et encaissé lorsque nous avons décidé de les vendre, parce qu’elles ne correspondaient plus à nos critères de valeur ou parce qu’il y avait une magouille clairement visible, 15 152,73 euros. La perte encourue sur l’ensemble de ces 19 sociétés est de -43.23%. Si nous calculons maintenant la perte moyenne par société, c’est donc -607.23 Euro.

La meilleure manière de contrecarrer ces pertes dans le processus d’investissement spécifique aux « Daubasses », tel que nous expliquions sur notre blog au début de l’aventure, c’est la diversification. Nous nous sommes fixés comme règle de base de ne jamais investir plus de 3.33% de la valeur totale du portefeuille sur une seule société. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’au lancement du portefeuille, le 24 novembre 2008, nous étions  investis sur 30 sociétés. Nous avons continué de suivre scrupuleusement cette règle tout au long de ces 38 mois.

Nous partions du postulat que si nous nous étions complètement trompés sur une société et qu’elle faisait faillite, notre perte maximum serait de 3.33% de la valeur totale du portefeuille. D’autre part, si une société multipliait son cours par 3, cette société pourrait donc compenser 2 faillites. Si nous reprenons nos 30 sociétés de départ et que nous envisagions le pire, 10 sociétés qui multipliaient leur cours par trois, pouvaient annuler la faillite de 20 sociétés. En d’autres mots, même si nous n’avions raison qu’une fois sur trois, nous restions à l’équilibre. Et le pire était bien entendu que la valeur des 20 société sur lesquelles nous nous serions trompés tomberait à 0.

Comme vous allez pouvoir le constater dans le tableau récapitulatif des pertes, classées de la plus importante à la moins importante, nous n’enregistrons aucune faillite.

 

 

La perte la plus importante à ce jour a été enregistrée par T-Bay Holding et ses -88%, une « casserole » bien remplie !  Et gardons en mémoire que ces 19 sociétés lorsque nous les avons achetées remplissaient toutes les critères de sélection d’une daubasse tant sur le plan de la marge de sécurité sur l’actif que du point de vue de la solvabilité.

Comprenons maintenant le sens de la diversification à l’aide de ce tableau des pertes du portefeuille « Daubasses ». Si par hasard, vous aviez décidé d’investir sur seulement 5 sociétés en vous disant que, de toute manière, elles correspondaient à tous les critères et que vous étiez « tombé » sur les 5 premières classées du tableau des pertes ci-dessus … Et bien, cher(e) lecteur(trice) vous auriez perdu 71% de la valeur de votre mini portefeuille. Autant dire une vraie catastrophe !

Mais notre tableau nous enseigne aussi autre chose :  si, par hasard, vous aviez décidé d’investir sur les 19 Daubasses qui ont occasionnées des pertes, vous auriez perdu -43.23%.

Nous pouvons donc conclure qu’à malchance égale, le fait de n’avoir choisi que des perdants, en diversifiant, c’est-à-dire en choisissant d’investir sur 19 sociétés au lieu de 5 sociétés, vous auriez pu réduire votre perte de 39%. Et nous trouvons ce constat plutôt rassurant.

Bien entendu, ce n’est pas avec des perdants que l’on bâtit la performance d’un portefeuille dans le style Daubasses. Les pertes font seulement partie de l’investissement et le style « Value » que nous décrivons sur ce blog  n’y échappe pas.

Pour dégager de la performance dans un portefeuille « Daubasses », il faut obligatoirement parvenir a remplir les deux points suivants.

1° Avoir un nombre de gagnants nettement plus important que le nombre de perdant

2° Générer un gain moyen nettement plus élevé que la perte moyenne

Le bilan actuel du portefeuille Daubasses, c’est 36 gagnants contre 19 perdants. Le rapport est donc de presque 2 : 1

Le gain moyen des gagnants est de 1899.80 euros contre -607.23 euros de perte moyenne. Le rapport est d’un peu plus de 3 : 1

En fait si l’on reprend le prix payé à l’achat de ces 36 gagnants et que l’on reprend leur prix encaissé à la vente, on constate que le prix d’achat a été multiplié par 3,11.

Vous pouvez découvrir les différents détails des 36 gagnants dans les deux tableaux suivant.

 

 

 

 

 

En conclusion, si vous n’arrivez pas à vous faire à l’idée que la méthode « Value » selon Benjamin Graham, va générer des pertes, ce n’est pas la peine de vous y intéresser.

Si vous n’êtes pas conscient, qu’avec une sélection répondant entièrement aux critères « value » les plus stricts, bonifiée par une analyse pointilleuse que la diversification est nécessaire pour contrebalancer les pertes, vous augmentez le risque de ne pas parvenir à un résultat satisfaisant.

 

18 réflexions au sujet de « Malgré la performance vous faites des pertes… Ah bon ? »

  1. Ce fanstasme du « zéro perte » est aussi entretenu par le mythe qui dit que Buffett n’aurait jamais vendu une société à perte, ce qui d’ailleurs est complètement faux.

    1. Je comprend pas, mais alors pas du tout votre raisonnement de diversification:

      « Comprenons maintenant le sens de la diversification à l’aide de ce tableau des pertes du portefeuille « Daubasses ». Si par hasard, vous aviez décidé d’investir sur seulement 5 sociétés en vous disant que, de toute manière, elles correspondaient à tous les critères et que vous étiez « tombé » sur les 5 premières classées du tableau des pertes ci-dessus … Et bien, cher(e) lecteur(trice) vous auriez perdu 71% de la valeur de votre mini portefeuille. Autant dire une vraie catastrophe ! »

      Je vous fais la démonstration à l’envers, si par chance vous aviez décidé d’investir sur 5 entreprises et que vous étiez « tombéé sur les 5 premières classées du tableau des gain et bien cher(e) lecteur(rice) vous auriez gagner 730% de la valeur de votre mini portefeuille. Autant dire une vrai merveille!

      Un n’ayant moins diversifié votre écart à la moyenne aurait été simplement plus important. Vous continuez :

      « Mais notre tableau nous enseigne aussi autre chose : si, par hasard, vous aviez décidé d’investir sur les 19 Daubasses qui ont occasionnées des pertes, vous auriez perdu -43.23%.

      Nous pouvons donc conclure qu’à malchance égale, le fait de n’avoir choisi que des perdants, en diversifiant, c’est-à-dire en choisissant d’investir sur 19 sociétés au lieu de 5 sociétés, vous auriez pu réduire votre perte de 39%. Et nous trouvons ce constat plutôt rassurant. »

      Je fais quelques calculs:

      Si par hasard vous aviez décidé d’investir sur les 36 daubasses qui ont occasionnées des pertes vous auriez gagner 248%.

      Nous pouvons donc conclure qu’à chance égale, le fait de n’avoir choisi que des gagnants, en diversifiant, c’est-à-dire en choisissant d’investir sur 36 sociétés au lieu de 5 sociétés, vous auriez réduit vos gains de 66%. Et nous trouvons ce constat plutôt mauvais. »

      J’espère avoir été clair mais tout cela est pour montrer que je ne comprend pas le concept de diversification. A mon sens il ne dépend que du degré de résilience d’un investisseur donné par rapport à la perte possible.

      1. Bonjour Walhalla,

        En fait, nous ne comprenons pas votre incompréhension 🙂

        Ce que nous voulons dire, c’est que si on veut appliquer un des premiers préceptes de l’investissement (surtout ne pas perdre de l’argent), la diversification est nécessaire, plus encore avec des daubasses que dans d’autres cas de figure.

        Le dire, c’est bien … le démontrer avec des chiffres, c’est mieux.

          1. Salut les Daubasses,

            j’adore ce que vous faites mais là je suis plutôt d’accord avec Walhalla. Entendons-nous, je pense que la diversification permet de minimiser les risques liés aux situations extrêmes. Mais la démonstration que vous faites, quand vous choisissez vos 5 ou 19 actions, n’est pas complètement juste d’un point de vue des probabilités.

            Fondamentalement le fait de prendre plus de lignes ne change pas l’espérance de gains, elle diminue la variance de ce gain.

            Essayons de dire ça moins mathématiquement. Imaginons que vous puissiez prendre toutes les lignes des sociétés value qui rentrent dans vos critères, admettons que cela fasse beaucoup de lignes. Ce portefeuille vous donnerait un certain gain, c’est celui vers lequel vous voulez tendre en diversifiant, appelons-le « gain espéré » (qui est inconnu à l’avance bien sûr). Si vous prenez une seule ligne parmi celles-ci, il est également probable que le gain de cette ligne soit supérieur ou inférieur au « gain espéré ». Le gain que vous pouvez espérer est donc exactement celui que nous avons appelé « gain espéré' ». Cela veut dire que c’est le gain le plus probable (ce n’est pas tout à fait vrai mathématiquement mais je vais supposer que c’est vrai, ça ne change pas grand chose au propos), mais évidemment cela ne veut pas dire que vous allez atteindre ce gain. Le gain réel sera différent du « gain espéré » et c’est là que la diversification arrive : la probabilité, que l’écart entre « gain espéré » et gain réel soit petit, est d’autant plus grande que le nombre de lignes est grand. Au contraire avec un petit nombre de lignes vous pouvez vous écarter beaucoup plus du « gain espéré », mais aussi bien avec un gain plus important qu’un gain plus faible !

            Vous aurez peut-être compris que « l’espérance » est définie en mathématique par la moyenne de toute les réalisations possibles. On peut montrer que (pour beaucoup de cas) l’espérance de cet écart entre « gain espéré » et réel diminue en racine(n) où n est le nombre de lignes. Cet écart sera donc probablement 2 fois moins grand pour 4 lignes que pour 1,
            puis de nouveau 2 fois moins grand pour 16 lignes que pour 4. Après il faut aller à 64 lignes pour diviser encore l’écart.

            Pour moi il ne sert pas à grand chose d’aller au delà de 30 lignes (chiffre approximatif, cela pourrait être 20 ou 36, mais c’est l’ordre de grandeur qui compte).

            Désolé si ce n’est pas totalement clair mais ce ne sont pas des notions faciles.

            Fred

  2. quand une ligne tombe à 300 euros, autant la laisser en portefeuille non? un peu plus ou un peu moins entre les frais de transaction et laisser la ligne en portefeuille, çà ne change pas grand chose.

    et puis çà laisse un souvenir emu de nos plantages, moi j’en ai plusieurs

  3. Bonjour,

    Investissez vous sur le marché US OTC ?
    Mon broker Binck ne me permet pas d’y investir et les tarifs chez les autres brokers sont élevés.
    D’autre part , j’ai entendu que le marché OTC est obscur et peu être l’objet de manipulation de cours. (es sociétés ne sont pas tenus de fournir un rapport trimestriel audité…)
    Quel est votre avis ?

    Merci

    1. Bonjour Marc,

      A une certaine époque, nous étions assez fortement investi sur les « pink sheet » et « l’otc », c’est toujours le cas pour le moment mais dans une bien moindre mesure. Effectivement, nous avons constaté que sur ces marchés, les actionnaires minoritaires n’étaient pas toujours respectés. Ceci dit, si une « grosse occase » se présente et que nous pouvons vérifier qu’historiquement, les actionnaires minoritaires n’ont pas été lésés et que les informations financières sont relativement régulières, nous n’hésiterions pas à acquérir quelques actions.

      L’intérêt de la récente correction (comme de celle de fin 2008), c’est qu’elle présente les super z’occases sans qu’il soit nécessaire d’aller pêcher sur ces marchés plus confidentiels.

  4. Bonsoir les daubasses !

    Prenons par exemple le CAC 40, pensez vous que l’entreprise du cac qui se rapproche le plus de vos criteres « daubasses » ( s’en les atteindre )s’en sortira sur le long et/ou court terme mieu que les entre bluechips ?

    1. Aucune idée. Ca dépend de l’entreprise. Mais nous n’achèterons en principe pas une entreprise qui n’atteint pas nos critères si ce n’est à titre de diversification mais alors, nous n’en attendrons pas grand chose … puisque le marché en attend encore quelque chose. D’une manière générale, nous ne voyons pas l’intérêt d’acheter « une entreprise du CAC 40 ». L’appartenance à un quelconque indice est bien le dernier de nos soucis.

  5. Bonsoir a tous !

    citation:
    « Nous avons déboursé pour ces sociétés en pertes 26 690,07 euros et encaissé lorsque nous avons décidé de les vendre, parce qu’elles ne correspondaient plus à nos critères de valeur ou parce qu’il y avait une magouille clairement visible, 15 152,73 euros »

    J’aimerais que vous éclaircissiez ce point:
    – « elles ne correspondaient plus à nos critères de valeur » cela signifie que le nouveau rapport financier(apparu apres achat) ne correspond plus a vos criteres ?
    – « une magouille clairement visible » pouvez -vous me donnez un exemple ou eclaicir ce point ? comment un magouille peut etre clairement visible ?

    Bonne soirée /Bonne continuation

      1. « le nouveau rapport financier ne correspond plus a vos criteres  »

        il y a dans ce cas deux cas : disparition d’actifs ou apparition de dettes, c’est sa ?

  6. Bonjour,

    Je crois que vous aviez déjà répondu à cette question sur un autre post mais je ne sais plus où. Avez vous fait des statistiques sur tous vos baggers selon un classement par catégorie : VANN, VANE, VLMV, VCB…ou un mix de toutes ces catégories?
    En clair, y a t il un profil type Daubasse qui fonctionne mieux que d autre?ou vos baggers sont ils très diversifiés?

    En espérant avoir été clair dans ma question
    Bonne soirée

    1. Bonjour Kyou,

      Nous avions identifié les baggers en fonction de l’événement déclencheur de la vente ici : Question des lecteurs … ou plutôt supposition de Serge : « Je suis presque sûr que c’est ce principe de « retour vers la moyenne » qui vous crée historiquement pas mal de baggers ? ».

      Pour ce qui est du type de bagger, nous avons les données statistiques et il n’est pas exclu que nous les publions prochainement. Afin de vous donner une première réponse, nous n’avons pas vraiment identifié de type de Daubasse qui fonctionnerait mieux qu’une autre.

      Nous vous rappelons enfin, que nous achetons que des actions qui cotent avec au moins une marge de sécurité de 30% soit sur la VANN, soit sur la VANE. Les valorisations de VCB et de VMLV sont des garde-fous, ou alors des cerises sur les gâteau quand elles sont supérieures à la VANN et/ou à la VANE.

      Un petit rappel sur notre process ici .

      Merci pour votre commentaire.

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