Ecomérage : Inévitable hausse d’impôts ?

 

Crise, austérité, hausse des impôts, … La sinistrose est d’actualité en Europe. En pleine tourmente sur la forte hausse de la fiscalité sur plus-values lors de cessions d’entreprise en France, le contribuable européen est en droit de se demander s’il doit subir une hausse d’impôt. Est-ce inévitable ? Quels sont les risques pour les investisseurs que nous sommes ?

En fait, il existe de fortes disparités européennes. La France AAA (« ha ha ha » ?) est dans une situation des plus délicates. Tous les acteurs de la vie économiques mettent la main à la poche : particuliers comme entreprises. Une fatalité dans le contexte actuelle ?

Et bien non. Il existe un pays qui, pendant que d’autres se serrent la ceinture et nuisent aux développements de leur tissu d’entreprises nationales, au contraire, commence à se doter d’un sérieux avantage compétitif pour l’investisseur. Il s’agit de la Suède.

En effet, ce pays, qui n’a pas les réserves pétrolières ou gazières de ses voisins russes ou norvégiens, a réussi un joli coup de pub vers les investisseurs internationaux en annonçant le 13 septembre dernier une baisse de 4,3 points de l’imposition des sociétés. Ni plus, ni moins.  Le taux d’imposition des entreprises sera donc de 22%. A comparer aux 33,33% d’imposition en France, les capitaux de plus en plus fongibles et qui ne connaissent plus de frontières dans une économie globalisée vont être comme aimantés par la Suède. La publicité actuelle du gouvernement français envers les entrepreneurs est sur un autre créneau…

Le secret de ce coup de force médiatique ? Une rigueur de gestion de l’Etat suédois et un déficit qui devrait atteindre 0,5% du produit intérieur brut. Un excédent avait même été envisagé par le gouvernement en ce début de 2012 (sic).

Le ministre des finances suédois semble avoir tout compris : « « Cela améliore les perspectives de nouveaux emplois et d’investissements. La diminution significative du taux de l’impôt sur les sociétés doit renforcer l’environnement pour les investisseurs et la croissance« .

« Grâce à une politique prudente qui assure une base solide et stable à son économie, la Suède peut faire des investissements importants pour l’avenir, afin d’avoir plus d’emplois dans un contexte où presque tous les autres pays européens sont confrontés à des hausses d’impôts et des réductions des prestations sociales » ». Ainsi, la Suède va booster son économie en dépensant dans ses infrastructures (11,7 milliards d’euros), dans la recherche (1,3 milliard d’euros) et dans l’insertion professionnelle des jeunes (950 millions d’euros).

Pour enfoncer le clou, comme pour narguer les vilains petits canards du Sud de l’Europe, la semaine suivante le gouvernement suédois a annoncé dans le cadre « d’une politique de relance pour lutter contre la crise » la baisse de la fiscalité des retraités et un relèvement des pensions. Les particuliers sont donc aussi de la fête.

Et pour 2013, de nouvelles baisses d’impôts seraient dans les tuyaux. Mais chut. Encore une fois, nous n’en entendrons bien entendu très peu parler dans nos pays qui subissent de plein fouet le régime du coup de bâton.

Selon vous, quel pays va attirer les capitaux internationaux, investisseurs innovants et entrepreneurs de demain, la France ou la Suède ? Dans quel pays seriez-vous plus serein pour investir ?

Comme nos abonnés ont déjà pu prendre connaissance dans nos lettres mensuelles, nous ne sommes pas insensibles à ces pays d’Europe qui constituent selon nous une Europe forte qui est capable de faire face à la crise. Surtout, nous pensons que dans ces pays gérés de manières exemplaires par des gouvernements plus fourmis que cigales, les investissements en actions sont plus confortables. Dans le cadre de notre diversification dans la valeur, nous avons identifié des actions d’entreprises dont le siège social se situe dans ces pays et qui présentent soit une décote importante par rapport à notre valeur patrimoniale estimée, soit un potentiel de croissance conséquent, soit une solidité et une gestion exemplaire ou alors un peu de tout ça. 

Dans le contexte actuelle – et la France est un exemple parfait -, l’instabilité fiscale pèse sur les entreprises et donc directement sur nous autres actionnaires. Il est intellectuellement très inconfortable d’investir ses quelques euros durement gagnés dans des titres d’une entreprise sans avoir de visibilité sur la fiscalité qui va s’abattre sur celle-ci. Car point par point, chaque hausse d’impôt, chaque nouvelle taxe, ce sont des bénéfices en moins, des investissements et de la R&D en réduction, et donc des retours sur investissements immédiatement puis durablement plus faibles. Ce risque fiscal est largement amoindri pour les entreprises localisées dans un pays vertueux.

Bien entendu, d’un point de vue purement patrimonial, l’idéal serait d’investir dans des daubasses avec les meilleurs décotes issues de ces pays « solides ». Malheureusement (ou heureusement ?), le marché a tendance à confondre la santé économique d’un Etat avec la santé financière des entreprises de cet Etat. C’est la raison pour laquelle nous avons dans le portefeuille et trouvons sur le marché les plus grosses Daubasses dans les pays critiqués par les experts comme la France et l’Italie.

Néanmoins, pour prévenir au maximum les risques fiscaux qui pourraient en découler, nous réclamons sur ces daubasses de plus grosses décotes et des actifs tangibles de qualité  (immobilier, créances clients, cash, …) plus élevés que pour un pays de qualité telle que la Suède. 

 

Selon son approche, sa sensibilité au risque fiscale et son besoin en diversification géographique, l’investisseur peut se poser la question. Est-il prêt à détenir essentiellement des actions  de sociétés dont le siège social est localisé dans un pays économiquement plus fragile, fiscalement instable ? 

Vous aurez compris, cher(e) lecteur(trice) que, pour diversifier dans les pays du Nord, en raison de la bonne santé des états et de la relative stabilité fiscale, les investisseurs seront un peu moins exigeants en terme de décote. Cette moindre exigeance en terme de marge de sécurité fera que les capitaux mondiaux auront tendance à « percoler » vers ces « pays de qualité » accentuant ainsi encore les avantages compétitifs de ses entreprises.

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10 réflexions au sujet de « Ecomérage : Inévitable hausse d’impôts ? »

  1. La suède est un pays ou il fait bon de vivre, on a qu’a regarder le modèle de leur système d’école!

    D’ici quelques années, on nous dira, tu l’avais prédit!
    Mais j’imagine que d’autres en parlent aussi, merci pour cet information.

  2. Personellement ca fait 18 ans que je l´ai remarque. Depuis le jour ou je suis revenu de Suede pour m´installer en France. Bien sur ce n´etait pas la meme situation economique. Mais je voyais bien que la pensee globale du gouvernement en Suede etait plus ˝ saine ˝ qu´en France.

  3. On présente toujours la Suède comme un paradis social mais aussi comme un enfer fiscal.

    Dans notre texte, nous avons présenté le taux d’impôt sur les entreprises, significativement plus faible en Suède par rapport à la Belgique et la France mais il y a mieux : l’imposition sur les personnes physiques est également plus faible.

    Voici un petit calcul sur un comparatif entre le coût d’un travailleur pour son employeur et ce qui lui reste en poche après paiement des impôts et cotisations sociales :

    pour un coût annuel pour l’employeur de 100 000 euros(cotisations patronales incluses), un travailleur belge percevra un salaire net (c’est à dire après charges patronales, cotisations de sécurité sociale et impôt sur le revenu) de 42 568 euros sur l’année alors qu’un travailleur suédois percevra 46 327 euros. Cette différence est due au fait que, si le taux d’imposition marginal sur les personnes physique est effectivement plus élevé en Suède, les cotisations sociales sont largement plus faibles.

    Ces deux comparaisons permettent réellement de nuancer la représentation populaire qui veut que la Suède apparaissent comme un paradis assortis d’une fiscalité très élevée.

    Je n’ai pas trouvé les données pour faire le calcul pour la France mais, « à la grosse louche », elle doit se trouver plus ou moins entre la Belgique et la Suède.

    1. D’après mes informations, lorsqu’en France, un salarié reçoit 1K € net, l’entreprises à payer 1820 (charges partonnales et sociales comprises).

      Soit pour 100 000 euros décaissés donnent 54 945. J’ai trouvé plusieurs sources différentes, toutes donnent un résultat autour des 54K.

      1. Attention Walhalla, avec 1 820 de coût par mois (je suppose), vous n’obtenez pas 100 000 euros de coût annuel mais 21 800. Le taux d’imposition est donc, fort logiquement, plus bas.

        Je me demande aussi si, quand on parle de salaire net, les notions sont bien les mêmes en Belgique et en France. En Belgique, un salaire net est un salaire après déduction des cotisations sociales tant patronales que celles supportées par le travailleur ET de l’impôt sur le revenu. Il m’a déjà semblé comprendre qu’en France, on ne parle de salaire net qu’après déduction des cotisations sociales mais avant impôts. Si vous pouvez confirmer ou infirmer …

        1. Quand je parlais de 1820 euros, et que je ramenais à 100 000 euros, c’est parce que j’avais trouvé un exemple qui prenait comme base de calcul un salaire de 1K net et que j’ai voulu remettre à votre échelle.

          De plus je confirme qu’en France quand on parle de salaire net, c’est avant l’impôt sur le revenu.

        2. Oui,

          En France, le salaire net est après charges patronales et salariales.
          On pourrait définir le « net-net » (n’y voyez aucune allusion) après impôts.

  4. Le problème c’est que l’impôt sur le revenu est calculé par tranche et par part fiscale, que des revenus autres que le salaires sont ou peuvent être incorporer dedans, qu’il existe des niches. Donc c’est pas très calculable.

    Je sais pas si vous pouvez vous en Belgique et en Suède faire le calcul jusqu’au taux net comme entendu en France, pour pouvoir comparer.

    1. En Belgique, comme en France ou en Suède, l’impôt est aussi progressif et calculé par tranche. Le calcul que j’ai effectué ci-dessus ne tient effectivement pas compte des niches fiscales, niches qui existent, peu ou prou, dans tous les pays.

      Je suis bien conscient que ces calculs sont approximatifs mais, comme en matière d’investissement, de « l’à peu près juste » nous semble préférables à du « totalement faux » afin de relativiser certaines idées reçus, en l’occurence celle qu’un paradis social doit obligatoirement s’accompagner d’un enfer fiscal.

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