Réflexion d’Alain sur la corrélation « rapport rendement/risque et capitalisation boursière » : la réponse en chiffre …

Nous revenons, ami( e) lecteur(trice), sur la réflexion d’Alain que vous pouvez relire ici.

Pour rappel, notre abonné nous demandait s’il n’existait pas une corrélation entre la capitalisation boursière et le rendement obtenu. Selon lui, acheter des daubasses sous 10 millions de capitalisation boursière ne permettait pas de gagner de manière significative.

Le raisonnement développé par Alain est  tout-à-fait rationnel et cohérent mais vous nous connaissez, ami(e) lecteur(trice) : nous aimons que la rationalité d’un raisonnement soit confirmé par des chiffres bien concrets.

Nous avons donc compilé toutes les opérations que nous avons clôturé au cours de l’existence de notre club, soit 70 opérations en tout.

Ensuite, nous avons cherché à reconstituer la capitalisation boursière de chacune des sociétés concernées au moment de notre achat. Un travail de longue haleine s’il en est …

Nous sommes néanmoins parvenu à le faire (de manière approximative pour certaines d’entre elles) sauf pour 2 sociétés : Cofigeo, un presque triple bagger et Forbes Meditch sur laquelle nous avons perdu 70 %.

C’est donc sur une statistique de 68 opérations que nous avons travaillé.

Sur ces 68 sociétés, 17 présentaient, au moment de leur achat, une capitalisation boursière inférieure à 5 millions de dollars (ou leur équivalent en devise).  Sur ces 15 sociétés, 6 ont été vendues avec profits et donc … 11 avec pertes.  Globalement, les 6 sociétés vendues avec profit ont généré un bénéfice de 8 849,40 euros en tenant compte des frais de courtage.  Les 11 sociétés vendues à perte ont généré un déficit  global de 8 563,33 euros.  Au cumul, toutes ces opérations nous ont donc laissé un très modeste gain de 286,07 euros pour un investissement total de 27 846 euros, soit un rendement de … 1 % …

Sur ces 68 sociétés, 10 sociétés présentaient une capitalisation boursière comprise entre  5 et 10 millions de dollars.  Sur ces 10 sociétés, 8 ont été vendues avec profit.  Globalement, les 8 sociétés vendues avec profit ont généré un bénéfice de 27 046,79 euros et les deux vendues avec perte ont généré un déficit  global et symbolique de 61,18 euros.  Au cumul, toutes ces opérations nous ont donc laissé un joli gain de 26 985,61 euros  pour un investissement total de 14 270,80 euros, soit un rendement de … 189 %.

Sur ces 68 sociétés, 42 sociétés présentaient une capitalisation boursière supérieure à 10 millions de dollars.  Sur ces 42 sociétés, 30 ont été vendues avec profit.  Globalement, les 30 sociétés vendues avec profit ont généré un bénéfice de 54 285,81 euros et les douze vendues avec perte ont généré un déficit  global de 7 883 euros.  Au cumul, toutes ces opérations nous ont donc laissé un gain de 46 402,81 euros  pour un investissement total de 57 356,58 euros, soit un rendement de … 80,9 %.

Nous vous proposons, sous cet article, les tableaux reprenant les détails de chacune de ces opérations.

La conclusion de tout ceci ?  C’est à chacun d’entre vous de tirer celle qui lui est propre.  Pour notre part, nous ne pouvons que constater qu’effectivement, sous  5 millions de dollars de capitalisation boursière, notre risque n’a pas été rémunéré par un rendement élevé.  Par contre, sous 10 millions de dollars, le rendement a bien été présent.

En résumé, nous pensons qu’il est effectivement intéressant de se pencher sur la taille boursière d’une société.  Les « super nano caps » présentent, comme nous l’avait suggéré Alain, les inconvénients suivants :

1. Pour que le cours soit irrationnel, il faut qu’il y ait au moins une certaine « foule » qui s’intéresse à l’action.   Si les capitalisations sont trop petites, il y a moins d’investisseurs qui s’y intéressent et donc la part d’initiés dans ceux qui font les prix pèse plus lourd et donc il est possible que la sous-évaluation repérée soit en réalité normale.

2. Une petite capitalisation peut, à tout moment, être délistée (exemples de Sport Haley et Chromcraft)

3.Dans une petite capitalisation, le management est seul aux commandes et les actionnaires n’ont souvent rien à dire.  Plus la taille augmente, plus on peut rencontrer d’investisseurs professionnels qui veilleront à ce que la direction travaille aussi pour les actionnaires.

4. Enfin, il  y a le poids des frais de cotation, proportionnellement plus lourd pour les petites sociétés.

Ces 4 arguments « nous parlent » et le fait que la statistique qui porte quand même sur 68 sociétés(ce qui n’est pas si négligeable) le confirme nous rassure sur la rationalité du raisonnement. Seul bémol par rapport à la limite posée par notre abonné : ce n’est pas à partir de 10 millions de CB que nous nous méfierions mais plutôt à partir de 5 millions.

 

DETAILS DES OPERATIONS CLOTUREES

 

Opératons bénéficiaires

 

Opérations deficitaires
Opérations deficitaires

 

 

Portefeuille au 26 Avril 2013 : 4 ans 154 jours

  • Portefeuille : VL 6,1370 € (Frais de courtage et de change inclus)
  • Rendement Total : 507,42%
  • .
  • Potentiel Estimé VANT / Cours 141,05%
  • .
  • Rendement Annualisé : 50,38%
  • Rendement 2013 : 6,69%
  • .
  • Rendement 2012 : 24,19%
  • Rendement 2011 : -15,65%
  • Rendement 2010 : 38,07%
  • Rendement 2009 : 308,74%
  • Taux de Rotation Annualisé : 18,75%
  • Effet Devise Total : 3,48%

.

  • Tracker ETF Lyxor MSCI World : VL 114,7384 € (Frais de courtage inclus et dividende réinvesti)
  • Rendement Total : 71,12%
  • .
  • Rendement Annualisé : 12,92%
  • Rendement 2013 : 11,73%
  • Rendement 2012 : 11,20%
  • Rendement 2011 : -8,22%
  • Rendement 2010 : 18,76%
  • Rendement 2009 : 30,34%

 

* Nous rappelons que ce portefeuille est un investissement réel

 

Performance mensuelle du portefeuille depuis sa création

 

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Détails du Portefeuille

 

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Question des lecteurs : Auriez-vous quelques réflexions à partager sur la corrélation entre le rapport « rendement/risque » d’une action et sa capitalisation boursière ?

Même si l’échange que nous avons eu avec un de nos abonnés commence par une question, c’est surtout son très bel exposé et la qualité de son raisonnement que nous avons envie de partager avec vous.  C’est cela la grande famille daubasses : un « remue-méninges » permanent et des échanges fructueux …

Mais tout d’abord le contexte…

Le 4 juin 2009, nous achetons quelques actions de la société Chromcraft Revington, une micro-cap active dans la distribution de mobilier résidentiel et de bureau aux US et au Canada.  Notre intérêt est surtout suscité par le beau patrimoine immobilier de la société : à notre coût d’achat, frais de courtage inclus, de 0,77 usd, nous obtenons, à l’époque, une Valeur Net Estate de 7,17 usd !

Les années passent et régulièrement, nous renforçons cette position « qui ne décolle pas » : le 16 novembre 2009 puis le 12 juillet 2012 et enfin le 9 janvier 2013.

Et le 9 avril 2013 … coup de tonnerre : la direction annonce qu’elle va délister l’action, ce qui signifie qu’elle ne sera plus cotée que sur les fameux « pink sheet ».  Cette nouvelle a évidemment fait fortement chuter le cours :  – 46 % en un jour la faisant finalement tomber à un plus bas de 0,35 usd.

Clairement, cette situation ne nous a pas fait plaisir : l’action sera sans doute moins liquide, les informations plus rares et moins réglementées.  Néanmoins, nous avons décidé de suivre notre process.  Cela signifie que nous  conservons nos actions en raison de la sous-évaluation mais resterons attentifs à la régularité des informations financières (la direction promet de continuer à les publier sur le site de la société).  Cette décision difficile a été prise après de longs débats entre nous.

Nous reviendrons plus tard sur le bien-fondé ou non de cette décision mais, ce qui nous intéresse ici, c’est la réflexion que  notre « ami-abonné » Alain nous a fait parvenir suite à cette annonce.  Nous vous la livrons « brute » ci-dessous.

« Bonjour à tous,

Je possède également une bonne ligne de Chromcraft Revington mais les années passant, en vous suivant dans votre aventure d’investisseurs dans la valeur, je deviens de plus en plus  sceptique à investir dans des sociétés dont la capitalisation boursière est trop petite (<10M€) : j’ai de plus en plus le sentiment que l’actionnaire minoritaire est, pour des sociétés de cette taille, davantage une charge (reporting, cotation, …) qu’un avantage et ce, indépendamment de la qualité du bilan de la société. Sans compter la liquidité de-facto réduite.

Partant du principe qu’il ne faut pas prendre un couteau qui tombe, j’attends une stabilisation avant d’éventuellement décider. Tout dépendra de la qualité de l’info financière qui sera donnée par la suite.

Auriez-vous quelque réflexion à partager à ce sujet? Je suis de plus en plus convaincu que l’investissement dans la valeur fonctionne bien pour des sociétés de capitalisation > 10M€ (où l’actionnaire est, de par son importance, respecté en quelque sorte). Auriez-vous fait quelque introspection sur vos investissements à ce sujet ? »

Après ce premier mail, Alain nous en a fait parvenir un deuxième dans lequel il détaille, avec beaucoup de bon sens, son raisonnement.  Le voici :

« Bonsoir à tous !

A vrai dire, je vois quatre raisons pour lesquelles je suspecte que les très petites capitalisations (<5M€ à 10M€ – à valider, mais c’est actuellement à ce niveau que je le perçois, sur base de mon expérience) influent négativement la performance de mon portefeuille « Daubasses ».

Commençons par une anecdote. Durant les vacances, nous nous baladions en vélo, au milieu de prés où paissaient non pas des dizaines, ni des centaines, mais des milliers de moutons. Voilà que ma femme s’arrêta et pour une raison qui m’est inconnue, s’intéressa à un mouton car elle voulait l’approcher. Mon fils et moi étions en retrait d’une cinquantaine de mètres et observions la scène. Ma femme n’intéressait visiblement pas le mouton qui  passa son chemin près d’elle. Les autres moutons, voyant que ma femme s’intéressait à l’un d’eux, commencèrent à s’interroger et voilà qu’un second mouton, intrigué alla rejoindre le premier. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il y ait tellement de moutons autour d’elle que celle-ci commençait à s’inquiéter. Le mouton d’intérêt s’en alla. Les autres se regardèrent et tout le monde s’en alla.

Ma première interprétation est que, pour obtenir une irrationalité certaine (dont celle de Mister Market), il faut qu’il y ait une certaine psychologie de foule et que l’on arrive à un stade où la réaction de l’investisseur ne dépende plus de sa réflexion personnelle, mais de l’observation du marché, ou du voisin, par celui-ci. Dans le cas de capitalisations d’une certaine taille (je teste actuellement la frontière d’un free-float de 10M€), Mister Market laisse de la place pour que les investisseurs puissent s’observer, et dès lors, laisse la place à ses sautes d’humeurs. Si les capitalisations sont trop petites, les investisseurs le savent, au vu de la très faible liquidité et, dès lors, se fixent un prix plutôt que de se laisser influencer par Mr Market. En d’autres termes, ils auront tendance à laisser des ordres traînants jusqu’à ce que preneur arrive.

Ma seconde interprétation est que, étant donné que la société est relativement petite, les personnes qui sont aux commandes de la société ont un réel pouvoir par rapport aux actionnaires minoritaires. On ne connaît pas toutes les intrigues qui se cachent derrière un management mettant systématiquement une société en perte. Je pense que c’est surtout le cas pour des sociétés de 1M€, 2M€ : ce sont des montants qui peuvent facilement représenter le patrimoine d’une et une seule personne et, dès lors, le biais de connaissance d’une personne par rapport aux actionnaires me paraît énorme.

Dès que l’on a affaire à des sociétés > 10M€ ou davantage, impliquant de-facto de plus grosses organisations, nous nous retrouvons avec une équipe de direction qui doit justifier de ses actes face à une équipe d’actionnaires. Là se joue une dynamique entre deux équipes ayant des personnalités et expériences différentes : il est dès lors plus difficile d’avoir des situations aussi déséquilibrées entre le propriétaire et les dirigeants.

Ma troisième est, comme vu avec le cas de Chromcraft Revington, les frais de listing et reportings deviennent très significatifs pour une entreprise de quelques M€ de capitalisation et, dès lors, négliger le reporting est effectivement une option pour réduire les coûts.

Ma quatrième interprétation est que, étant donné votre succès, que j’honore, il me semble relativement difficile que les achats que vous effectuez, et que nous effectuons, n’aient pas d’effet sur les cours, et la liquidité, surtout pour une société de 1M€ de capitalisation car, mine de rien, on ne sait tout de même pas de faire, tous ensemble 10M€ de profit sur les marchés avec une société de 1M€ de capitalisation (histoire de baliser la réflexion).

Mon expérience personnelle est que j’observe pas mal de déconfitures ces deux dernières années sur les positions prises sur des « nano- » caps et, d’un autre côté, les quelques baggers qui ont pu plus ou moins compenser cette bérézina sont toutes des baggers > 5M€.

Et pourtant les critères « Daubasses » sont tous au rendez-vous.

En espérant que ceci alimentera vos réflexions.

D’avance merci pour votre intérêt. »

L’ensemble de l’équipe des daubasses a été fortement interpelé par la qualité de ce raisonnement et aussi sa rationalité.  Mis à part le 4e point pour lequel nous n’avons, à l’une ou l’autre rare exception près, jamais constaté de réelles envolées de cours au moment où nous annoncions une opération à nos abonnés, les 3 autres points soulevés par notre abonné nous semblent imparables.

Mais vous nous connaissez, cher( e) lecteur(trice) : nous aimons que la rationalité d’un raisonnement soit confirmé par des chiffres bien concrets.

De la création de notre portefeuille à ce jour, nous avons clôturé 67 opérations d’achat-vente.  Nous nous sommes plongés dans un « travail de bénédictin » afin de déterminer la capitalisation boursière de chacune de ces sociétés au moment de leur acquisition, ce qui nous permettra de vérifier s’il y a bien une corrélation entre celle-ci et le rendement finalement obtenu.

Nous espérons avoir terminé ce travail au cours de la semaine prochaine et pouvoir vous en présenter les résultats et, le cas échéant, les conclusions lors de notre prochain article.

A suivre …

 

 

Portefeuille au 19 avril 2013 : 4 ans 147 jours

  • Portefeuille : VL 5,9334 € (Frais de courtage et de change inclus)
  • Rendement Total : 487,27%
  • .
  • Potentiel Estimé VANT / Cours 157,14%
  • .
  • Rendement Annualisé : 49,50%
  • Rendement 2013 : 3,15%
  • .
  • Rendement 2012 : 24,19%
  • Rendement 2011 : -15,65%
  • Rendement 2010 : 38,07%
  • Rendement 2009 : 308,74%
  • Taux de Rotation Annualisé : 18,75%
  • Effet Devise Total : 3,26%

.

  • Tracker ETF Lyxor MSCI World : VL 111,3042 € (Frais de courtage inclus et dividende réinvesti)
  • Rendement Total : 66,00%
  • .
  • Rendement Annualisé : 12,20%
  • Rendement 2013 : 8,39%
  • Rendement 2012 : 11,20%
  • Rendement 2011 : -8,22%
  • Rendement 2010 : 18,76%
  • Rendement 2009 : 30,34%

* Nous rappelons que ce portefeuille est un investissement réel

 

Performance mensuelle du portefeuille depuis sa création

 

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Détails du Portefeuille

 

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L’investisseur débutant intelligent (3e partie)

Oui, ami(e) lecteur(trice), à l’instar de Nicolas, nous ressentons en vous une certaine impatience de pouvoir prendre connaissance de la suite de notre entretien avec avec celui que nous avons appelé L’Investisseur DébutantIntelligent. Un mot, un geste … l’équipe des daubasses fait le reste.

Cet article fait suite à celui-ci. Etienne terminait en nous expliquant qu’il avait sans doute opté pour l’investissement « deep value » parce qu’il convenait bien à son tempérament : il est radin, il n’aime pas faire comme tout le monde et, dans la vie de tous les jours, il adore faire des bonnes affaires.

Mais revenons dans cette charmante maison normande. Le plus petit des deux Louis place une buche de bois supplémentaire dans l’âtre rougeoyant qui continue à diffuser une douce chaleur, bienvenue en ce début printemps qui tarde à se confirmer par des températures supérieures à 0. Dans la pièce annexe, Franck dispose sur un plateau des morceaux de fromage de Bricquebec alors que le plus grand des deux Louis fait de même avec de la noix de jambon fumée directement issue de « porcs des prairies d’Ardenne ». Quant à Pierre, il remplit consciencieusement 5 autres verres d’Orval.

Voilà, une fois la logistique assurée, nous pouvons reprendre l’entretien à bâtons rompus avec notre ami Etienne.

Passons maintenant à l’action proprement dite. Tu démarres donc ton portefeuille le 1er juin 2010. Nous avons compris avec tes réponses précédentes que tu es fin près, ta réflexion de départ est complète et extrêmement solide. Ton mental est celui d’un gagnant avec ta lucidité et ta modestie, ton choix stratégique est clair… tu sais comment tu vas mener ta barque d’investisseur débutant.

Aujourd’hui la performance de ton portefeuille est de + 43% depuis le 1 juin 2010, pendant que le CAC affiche +7.50% ou le MSCI World +25% sur la même période. Pourrais-tu expliquer, en opérant un flash back qui oublie complètement ta performance actuelle, quelle a été ta réaction et ton état mental de l’époque quand 2 mois après le démarrage, soit en juillet 2010, ton portefeuille affichait un cinglant -12% ?

– Ah oui effectivement, cela pourrait en refroidir plus d’un ! La chance que j’ai eue était que mon portefeuille de débutant était vraiment modeste, donc la douleur ressentie était supportable.

– Mon portefeuille était également en constitution, j’avais donc très peu de lignes et pour le coup j’étais préparé aux montagnes russes.

– Et puis, je me rassurais en relisant les « anciens » (je ne parle pas de vous les gars ;)) : Buffet/Munger, Browne, etc… J’essaie de rationaliser le phénomène en me consacrant sur la valeur des entreprises et non sur ce que Mr Market voulait m’en donner.

Sur la même lancée et en opérant le même flash-back donc en faisant abstraction de ta performance actuelle, pourrais-tu nous parler de ton état d’esprit, de tes doutes, de ce que tu as du peut-être « secouer » en toi, pour garder ta ligne stratégique : en effet, 15 mois après le début de ton aventure d’investisseur, fin septembre 2011, ton portefeuille affichait un beau 0% assez rond et sans doute assez désespérant pour un débutant ?

– Je me souviens bien de la fin de l’été 2011. Contrairement à ce que le suggère la question, j’étais bien content, honnêtement, d’être à 0 à cette époque. Je le vivais plus qu’un signe d’espoir, dans le sens : « tu t’en sors pas mal, tu n’as pas fait de grosses conneries ». Mon objectif n’étant pas de faire du 15% par an mais plutôt de ne pas perdre d’argent, au final, çà je le vivrais vraiment mal.

– Mais je suis effectivement posé la question de savoir si cela valait la peine de « faire tout çà pour ça ». Je me suis raisonné en me disant qu’il fallait à minima 3 ans pour vérifier que j’étais dans le vrai et que je devais accepter de faire, peut-être quelques années maigrichonnes, pour pouvoir avoir une ou deux années d’exception derrière. C’était peut-être aussi une période d’apprentissage nécessaire. Je me suis dit aussi que cela aurait été le pire moment pour arrêter.

– Enfin, j’étais surtout content car j’avais fait certains achats en pleine tourmente (août 2011) et il me semblait que j’avais bien fait…

A ce stade de l’interview, nos lecteurs doivent se dire que nous n’avons finalement fait que te cirer les pompes et que nous sommes vraiment « amis comme cochons » et que les Daubasses qui essaient toujours d’aller un maximum au fond des choses, n’ont pas été capables de trouver la moindre « anomalie » dans ton parcours ou, pire, voulu en discuter. Mais, un peu de patience, nous y arrivons : nous avons effectivement trouvé un point qui nous « chiffonne » dans ton parcours sans faute doublé d’une brillante performance. Une autre Orval Etienne ?

– Allez, soyons fou…

Tu as, au fil de l’évolution de tes investissements, scindés ton portefeuille en plusieurs catégories. La première que tu as appelée « les Daubasses », la seconde « Small Caps Value ». Ces deux catégories peuvent clairement s’encadrer dans ta stratégie de départ… Ensuite, plus récemment, tu as ajouté une troisième catégorie « Big Caps Value »… Que trouvons-nous dans cette catégorie ? Des warrants sur l’assureur AIG et sur Bank of América ! Nous avons lu tes analyses et rien à redire : c’est pertinent, voire très pertinent.

Mais ce que nous ne parvenons pas à comprendre, c’est qu’avec cette poche « Big Caps Value » pesant 40 % de l’ensemble, ton portefeuille a été bouleversé puisque les financières pèsent aujourd’hui 45% en y ajoutant une banque que tu as dans la catégorie « Small Caps Value ». Jusque là, tu avais pris des position de 3-4%, voire un peux plus sur LNC.

Nous n’avons jamais lu sur ton blog, un article de « money management » ou portant sur la taille d’une position. Est-ce un oubli ? Penses-tu que c’est important ou pas dans le cadre de ta gestion value ? Pourrais-tu aussi nous expliquer ce changement de cap brutal sur la taille de certaines positions ?

– Cà c’est une bonne question ! Mettons bien de côté le fait que l’on parle de financières. Ceci aurait tout à fait pu se passer avec un vendeur de soda à base de cola ou bien un vulgaire vendeur de pansements (petit clin d’œil à Coca-Cola et à Johnson&Johnson que j’ai eu en portefeuille pendant quelques mois). Je veux dire par là que si demain une très belle entreprise dans un autre secteur se présentait avec une grosse décote et que ma conviction soit suffisant forte, je n’hésiterais pas à miser gros.

Je ne sais pas si c’est bien ou pas… mais je n’ai absolument aucun money management… si ce n’est que j’essaie de limiter la valeurs unitaire des daubasses (mais vous connaissez bien le sujet ! ;)).

Pour le reste, au fur et à mesure de mes lectures et de l’avancée de mon cheminement intellectuel, cela m’a semblé de plus en plus naturel que, si mon degré de conviction (c’est bien là que le bât blesse puisque, par définition, une conviction est subjective !) était supérieur sur une société, pourquoi ne pas investir plus.

Pourquoi ne pas laisser mon meilleur joueur sur le terrain plus longtemps ? C’est du bon sens, non ?

Et concernant les cas de Bank Of America et AIG, je trouve que la probabilité que ces entreprises gagnent de l’argent dans les années à venir et en fassent profiter intelligemment leurs actionnaires est largement supérieure à ce que pourront dégager Gévelot ou Sigmatron que vous connaissez bien. Je parle bien du degré de probabilité de l’évènement : « AIG va gagner de l’argent de manière récurrente » et non du potentiel d’upside. D’où une pondération bien plus importante dans mon portefeuille à l’heure actuelle.

J’ai procédé de même sur d’autres valeurs sur lesquelles j’avais une forte conviction que j’allais gagner de l’argent à long terme, je pense à Siph ou MGI Coutier en particulier.

Dans ma tête, et effectivement je ne l’ai pas écrit noir sur blanc dans un article (mea culpa), sans considérer les variations naturelles de cours…:

– Daubasses : maxi 5%. On sait tous pourquoi.

– Le reste entre 5 et 10%…et plus quand ma conviction est plus forte. Je ne me suis pas fixé de limite haute, mais je ne me sens pas de mettre 40% de mon portefeuille sur un titre.

J’ai également évolué car, au départ, l’investissement « deep value » avait quelque chose de très rassurant pour moi. C’est très mécanique, ta valeur est solvable et cote en dessous de la VANN, tu achètes et c’est tout. Mes lectures m’ont amenées ensuite vers le F-score de Piotroski et la formule magique de Greenblatt. Ce n’était pas dans le même genre mais le concept assez « mécanique » m’a bien plus, d’autant que cela a fait ses preuves. Je trouvais enfin, sans avoir aucune données scientifiques derrières, que cela complétait bien mon portefeuille, cela m’apportait de la diversification car on ne se situait pas du tout dans les mêmes secteurs d’activités.

Puis, en lisant et en échangeant avec d’autres investisseurs, je me suis ouvert un peu aux « situations spéciales », notamment grâce à Serge du site Be Rich et à la lecture du bouquin de Greenblatt (qui n’est pas connu que pour sa formule magique) : Vous pouvez être un génie de la bourse que j’ai trouvé vraiment d’une limpidité déconcertante sur le sujet. Les situations de recovery à la BAC et AIG font parties de ce champ d’investigation.

Cela m’a pris énormément de temps à m’organiser car j’ai envie (besoin ?) d’investiguer plusieurs champs et dénicher la valeur là où elle est. C’est le gros avantage d’un investisseur individuel. Ainsi, j’ai trouvé beaucoup de sens dans les 3 domaines qui structurent aujourd’hui mon portefeuille.

J’ai expliqué quelque peu ma position dans un article qui pourra compléter ma réponse (site désormais fermé).

Pour conclure cette question, je dirais que l’investissement est très complexe, mouvant, dynamique, et qu’il faut savoir profiter des inefficiences de marchés là où elle se trouve et puis je ne suis pas du genre à rester cantonner dans un registre, j’aime apprendre et évoluer.

 

Comme nous l’avons dit un peu plus haut (dans l’article précédent), deux membres de notre équipe sont passés par la case « Buffet » avant la case « Graham » …

Et quand nous étions sur la case Buffet jusqu’en 2006-2007 et même un peu après, nous nous appliquions à analyser point par point, les financières, banques ou assureurs, avec tout ce que nous avions lu sur Buffet car c’était le naufrage et nous pensions que c’est là que les plus belles occasions se trouvaient…

Ceux qui ont connu le blog du groupe « Valeur et Conviction » doivent se souvenir de quelques analyses et nos cibles de manière large étaient : Wells Fargo et US Bancorp en passant par KBC, l’ex Fortis devenu BNP Paribas, Loyd, Banco Popular, Allied Irish Bank, Banca Transilvania et aussi le réassureur Allemand Munich Ré.

Nous avons parfois acheté quand les cours étaient divisés par 3-4, voire plus, avec des décotes importantes sur les fonds propres, ce qui met en confiance un bon investisseur Value… et nous avons payé « cash » cette erreur de penser que nous avions la capacité de comprendre une banque ou un assureur : Buffet peut faire cela mais pas nous… Pourtant, nous n’avions rien laissé au hasard : par exemple, nous comprenions parfaitement que le float de Munich Ré ne rapportait qu’un malheureux 1.20% …ou que le back office de Fortis avait perdu des milliard sur certains investissements… Nous comprenions aussi parfaitement qu’avec des fonds propres de 100 et des actifs de 1000, chaque erreur d’investissement de 1% sur les actifs entrainait mécaniquement une baisse de 10% de l’actif net et donc que 10 erreurs signifiait disparition de ce même actif net.

Par contre, ce que nous n’avons absolument pas compris, c’est que toutes ces banques avaient du hors bilan… Et le hors bilan d’une banque, ce n’est pas comme les leases d’une société que l’on retrouve dans les annexes du rapport financier, le hors bilan d’une banque, il n’apparaît pas clairement dans le rapport financier.

Et comme les règles n’ont pas vraiment changé depuis 2007, c’est encore vrai aujourd’hui. Nous avons même eu une discussion sur le sujet voici deux jours quand Franck nous a parlé d’un réassureur anglais qui cotait à 33% de sa Valeur d’Actif Net Tangible et donc offrait un potentiel de 200% avec, en plus, quelques points du bilan qui mettent en confiance.

La conclusion de cette discussion tenait en une phrase : « si nous sommes incapable de comprendre le produit d’une société techno, nous sommes au moins capables de comprendre les ventes de ses produits, de mesurer son stock, ses créances clients, sa solvabilité, son hors bilan avec les leases ou les stock options, en gros nous sommes capable de comprendre les chiffres de son bilan… Mais pour une banque ou un assureur, on peut comprendre assez facilement ce qu’il font… mais pas leur bilan ».

Bien entendu, nous te souhaitons toutes la réussite possible sur tes financières. Mais si cela « tourne mal » comment vas-tu communiquer sur ton blog en sachant que ta taille de position est trop importante dans le cadre d’une stratégie value de type Graham et en sachant que il manque des données aux bilans qui faussent toutes les analyses ?

– En premier lieu, je vous dirais qu’il est bien dommage pour votre portefeuille de ne pas avoir gardé une petite ligne de Wells Fargo et d’avoir renforcer début 2009 !

– Après j’avoue ne pas y avoir trop pensé. A vrai dire, je prévois plutôt que ça tourne bien… c’est comme la femme qui dirait à son mari : « comment on fera pour la garde des gosses si on est plus ensemble… » ? La situation est inenvisageable à l’heure actuelle donc, pourquoi passer du temps à échafauder un plan B ?

– Concernant AIG et BAC nous ne sommes pas du tout dans une stratégie value de type Graham qui consiste à avoir une décote importante sur le fond de roulement.

– Ici, on a :

  • Des financières qui ne rentrent pas dans le cadre de cette stratégie (à noter toutefois que Graham himself était particulièrement investi dans Geico, célèbre assureur, avant de passer le relais à son protégé Warren).
  • Des bigcaps parmi les géants de leur secteur.
  • Des entreprises qui reviennent de l’enfer (= Recovery, situations spéciales)
  • Des entreprises qui possèdent une capacité bénéficiaire certaine. L’achat, en tout cas le mien, ne se fait pas sur la base de l’actif mais bel et bien sur la capacité à générer du cash à l’avenir. La décote sur l’actif offrant un coussin de sécurité supplémentaire.

– Je suis bien conscient que dans ces deux dossiers, les choses ne sont pas aussi limpides (je parle du bilan) que dans le cas d’un vendeur de sous-vêtements ou de bonbons. Mais les concomitances de plusieurs facteurs m’incitent à croire qu’il s’agit là d’opportunités qui ne se représenteront pas de si tôt (je ne connais pas tous les cas de banques que vous évoquez dans la question) :

  • Ces entreprises ont survécus (plus ou moins aidées bien entendu par la contribuable US) à la pire crise financière depuis 1930.
  • La situation s’améliore lentement mais sûrement aux USA.
  • Le nettoyage de bilan a été mené à la hache (il doit bien rester quand même quelques cadavres dans le placard), comme en témoigne les derniers stress-tests. Si on observe la tendance de ces deux sociétés depuis 2 ans, on peut dire qu’un boulot de titan a été mené.
  • Les problèmes se résolvent un par un et ces entreprises gagnent de l’argent. C’est d’autant plus remarquable que les frais, pénalités, indemnités et autres réjouissances payés par ces sociétés depuis quelques années sont colossaux…et ils sont toujours debout à faire rentrer du cash. Je trouve que c’est un signe encourageant et témoigne d’une véritable position de force, d’une forme de franchise, pour ainsi dire.
  • Plus que la décote, qui est réelle, c’est la pente positive qu’emprunte ces sociétés qui me conforte dans mes choix. Je ne pourrais, par exemple, pas acheter une banque très décotée même si elle est à 0,1 X les fonds propres si je n’avais pas une vision claire de ce que fait et ce qu’a entrepris le management. Cela me semble primordial dans le cas d’une recovery. C’est ce qui peut éviter de tomber dans la « value trap ».
  • Le meilleur gérant de la décennie passée, spécialiste des financières a misé des sommes considérables et joue surtout sa carrière sur ce coup-là.
  • J’ai du temps devant moi, au bas mot 5 ans.

– Je ne vais pas m’étendre car il ne s’agit pas d’un article sur BAC et AIG mais si les choses tournaient mal, j’espère que j’aurais l’honnêteté et la franchise de faire mon mea culpa. C’est plus facile quand on tient un blog car on se sent un peu obligé vis-à-vis des lecteurs, et ça, c’est très bien. A titre individuel, on pourrait vite mettre un couvercle dessus et oublié l’histoire gentiment. J’essaierais bien tendu d’analyser et de comprendre d’où proviendraient les erreurs. Je compte sur vous pour me le rappeler si les choses tournent mal ! Et puis vous pourrez passer un savon à Serge aussi !! 😉

– Je pourrais me consoler aussi en me disant que certains, je pense en particulier à Berkowitz, auront perdu un peu plus d’argent que moi 😉

Revenons à ton excellent parcours d’investisseur débutant intelligent …

Quelles mises en garde et quels conseils pourrais-tu donner à des investisseurs débutants ou pas qui seraient tentés de copier tes investissements parce qu’ils jugent tes analyses pertinentes et ton parcours déjà hors norme, soit parce qu’ils ne se sentent pas encore capables d’analyser une société soit parce qu’ils n’ont pas envie de le faire ?

– Tout d’abord je ne pense pas que mon bilan soit exceptionnel, et je dis ça en toute modestie 😉 ! Je suis bien conscient, aussi paradoxal que cela puisse paraître, d’avoir eu beaucoup de chance de commencer dans un climat aussi volatil et pas en plein marché haussier. Je ne pense pas qu’il y ait pire pour un débutant de commencer sa carrière sur le dos des taureaux. J’ai eu donc beaucoup d’opportunités pour pouvoir acheter des entreprises à bon prix et pour pouvoir essuyer quelques -10 à -20%.

– Ensuite, je mets en garde quiconque qui essaie de copier tel autre investisseur. Chacun à sa psychologie, ses états d’âmes, ses biais, ses préférences. Chaque portefeuille est donc par définition unique. On peut bien entendu avoir des valeurs communes d’un portefeuille à l’autre mais cela s’arrête là. D’autre part, je pense nécessaire, pour ne pas dire obligatoire, de faire ses devoirs et de savoir pourquoi vous investissez dans telle ou telle entreprise. Si vous n’êtes pas capable de l’expliquer en 2mn à un parfait inconnu, passez votre chemin.

– Ce que je veux dire aux débutants, d’une manière générale : si vous n’avez pas envie de passer du temps à dénicher des pépites et que vous n’êtes pas réellement passionnés par ce que vous faîtes, arrêtez avant de commencer et achetez des trackers ou bien faites confiance à des investisseurs d’exception (Buffet, Fairfax, Leucadia, etc).

– Ensuite, si vous voulez tout de même tenter l’aventure, prenez le temps de :

  • Travailler votre psychologie, car il faudra savoir garder le cap pendant la tempête et rester impassible lorsque les sirènes des prix trop chers chanteront.
  • Définir votre style (daubasses, rendement, smallcaps dégageant du cash-flow, etc…). Je vois beaucoup de portefeuilles de débutants ou moins débutants et je n’arrive pas à comprendre la cohérence d’ensemble…Cela me semble tellement important : à quoi bon de connaitre la route si on ne sait pas où l’on va ?
  • Etudier l’histoire des investisseurs talentueux, je parle de ceux qui ont réussi depuis plusieurs décennies et non pas ceux qui sont dans la place depuis 3 ans. Il est en effet inutile de vouloir réinventer la roue.

Toute l’équipe des Daubasses te remercie pour cet entretien au cours duquel nous avons pu apprécier ta lucidité, ta sincérité et ta clarté. Nous te souhaitons le plus de succès possible dans tes investissements à l’avenir et sur le très long terme… une petite Orval  pour la route ?

 

Portefeuille au 12 avril 2013 : 4 ans 140 jours

  • Portefeuille : VL 6,0276 € (Frais de courtage et de change inclus)
  • Rendement Total : 496,59%
  • .
  • Potentiel Estimé VANT / Cours 149,14%
  • .
  • Rendement Annualisé : 50,30%
  • Rendement 2013 : 4,79%
  • .
  • Rendement 2012 : 24,19%
  • Rendement 2011 : -15,65%
  • Rendement 2010 : 38,07%
  • Rendement 2009 : 308,74%
  • Taux de Rotation Annualisé : 18,75%
  • Effet Devise Total : 2,87%

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  • Tracker ETF Lyxor MSCI World : VL 113,4748 € (Frais de courtage inclus et dividende réinvesti)
  • Rendement Total : 69,24%
  • .
  • Rendement Annualisé : 12,75%
  • Rendement 2013 : 10,50%
  • Rendement 2012 : 11,20%
  • Rendement 2011 : -8,22%
  • Rendement 2010 : 18,76%
  • Rendement 2009 : 30,34%

 

* Nous rappelons que ce portefeuille est un investissement réel

 

Performance mensuelle du portefeuille depuis sa création

 

4-Portefeuille-devenir rentier-berkshire-top invest

 

Détails du Portefeuille

 

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L’investisseur débutant intelligent (2e partie)

Comme nous vous l’avions annoncé la semaine dernière, nous vous proposons la retranscription de l’entretien à bâtons rompus que nous avions eu avec notre ami Etienne, auteur du blog L’investisseur débutant (site fermé).

Si Etienne est un ami, nous n’allons pas vraiment tenter de faire une petite interview du type  « petit coup de pub entre amis » mais tenter de pousser notre confrère au-delà de ce qu’il explique  sur son blog pour essayer de bien comprendre son mental, ce qui était naturel chez lui, ce qu’il a travaillé, étudié, ce qu’il a dû modifier en lui, combattre.

Mise en situation : nous sommes confortablement installés dans le salon de la grand-mère de Franck, un des membres de l’équipe, quelque part dans un petit village de Haute Normandie. Le mobilier est rustique, chaleureux et typique.  Un feu crépite dans l’âtre en cette fin d’hiver et cette attente de printemps qui tarde à venir. L’observateur silencieux peut aussi remarquer dans un coin de la pièce trois casiers de bière empilés les uns sur les autres.  Précisons de suite qu’il ne s’agit pas des réserves personnelles de notre charmante hôtesse mais bien d’une livraison de trappistes en direct des Ardennes belges afin de fêter dignement l’évènement qui va se dérouler sous vos yeux : mieux que « Rencontre du 3e type« , mieux que « Quant Harry rencontre Sally« , voici « Quand Etienne rencontre les quatre types« .

Quand Etienne rencontre les quatre types

 

Salut Etienne, tu vas bien ?

–       Très bien, je suis particulièrement honoré de votre demande, pour ne pas dire un peu surpris. J’estime en effet, plus à avoir à apprendre de vous, que l’inverse, mais le challenge est intéressant ! Et puis je vous dois bien çà : j’ai beaucoup grandi durant ces 3 années grâce à vous.

 Installe toi dans le divan. Une petite Orval, pour se mettre en piste ?

–       Ça fait un peu psychanalyse le divan mais je le prends plus comme une discussion au coin du feu. Et j’accepte avec plaisir l’Orval, ma culture trappiste étant peu développée…

Nous avons souvent remarqué, chez les plus grands investisseurs « value », certains points d’originalité dans leur vie, une pointe d’excentricité, dirons-nous. Par exemple Walter Schloss qui installe son bureau dans un couloirs chez Tweedy Browne et y reçoit ses clients, Warren Buffett qui vit toujours dans la même maison et roule dans la même voiture depuis plusieurs décennies… ou encore Martin Withman qui se rend à son bureau sur la Third Avenue à New York avec des chaussettes trouées et une mallette que l’on pourrait croire récupérée des poubelles…

Au-delà de ces anecdotes, nous pensons chez les Daubasses que pour adhérer d’emblée à l’idée d’acheter quelque chose qui vaut 1€ mais que l’on n’est pas disposé à payer plus de  60 cents, il faut un petit côté excentrique, voire original, et donc appréhender certaines choses dans la vie de tous les jours parfois autrement que les gens qui nous entourent. Pourrais-tu donc, nous dire si tu as quelques points d’excentricité, voire un point de vue différent sur certaine chose, dans ta vie de tous les jours. Et éventuellement nous les expliquer ?

– Et bien malheureusement je crains fort de ne pas être du même calibre que ces gens-là puisque je ne crois pas faire quelque chose de bien excentrique ou qui sorte de l’ordinaire.

 Dans un article du blog que nous avons écrit fin 2012, intitulé :  « Les « Daubasses » selon Friedrich Nietzsche », nous avons essayé de comprendre pourquoi il était sans doute  difficile d’adhérer à la notion de valeur dans notre société actuelle alors que, selon Nietzsche, le début de la pensée humaine a pour base l’échange et donc une certaine perspicacité sur la valeur de ce que l’on échange et  serait finalement la base de la fierté humaine.

En fait, s’il est difficile dans notre époque d’adhérer à la notion de valeur, hormis dans l’investissement, c’est tout simplement parce qu’il n’est pratiquement pas possible d’exercer dans notre vie de tous les jours cette idée de valeur perspicace au sens « primitif ». La valeur de ce que nous achetons aujourd’hui  est souvent à 90% intangible pour paraître, pour s’agrandir dans le regard des autres, pour se faire plaisir…

Pourrais-tu faire un petit travail de mémoire et d’introspection pour nous expliquer ce qui, avant d’investir, aurait pu t’influencer sur la valeur « primitive » ? Sur qui, en-dehors investissement, t’a peut-être fait comprendre ou réfléchir à cette notion de bonnes affaires ou de valeur « primitive » : dans ton éducation (parents, grand-parents, instituteurs, professeurs), amis-amies, des lectures, une fait vécu ou vu…?

–       Pas facile…après une recherche approfondie, je dois bien avouer que j’ai été en peine de trouver une réponse à cette question. Les éléments que je peux apporter sont plutôt de l’ordre de mon histoire familiale. Ma famille est on ne peut plus modeste et issu d’un milieu rural. Personne n’était dans le commerce, les finances et mon père n’était ni courtier ni sénateur. Mais j’ai été confronté peut-être tout jeune à la notion de « troc », d’échanges de services beaucoup plus important dans un milieu rural.

–       Cela n’a pas tout à fait à voir, mais je me suis tout de même trouvé un point commun avec le jeune Warren. Etant enfant, j’étais un collectionneur patenté (timbres, pin’s), j’adorais collecter, classer, trier et j’aimais aussi particulièrement mes pièces de monnaies : les empiler, les compter, ça me plaisait !

 Venons-en à tes débuts. Quand les Daubasses ont consulté pour  la première fois ton blog, ce qui les a le plus frappées a été l’intitulé de ton blog  » L’investisseur débutant  » .

En fait nous avons trouvé que cet intitulé dénotait dans la blogosphère sur l’investissement : de notre point de vue, s’ il y avait l’idée directe de dire « je n’ai pas d’expérience et je commence à investir » mais aussi « je suis quasi ignorant mais je vais tenter d’apprendre », il y avait également l’idée implicite que l’auteur de cet intitulé était lucide et modeste. Et quand on connait l’importance de la lucidité et de la modestie, qualités indispensables pour tout investisseur,  on se dit que si tu étais effectivement débutant dans la matière qu’est l’investissement, tu étais parvenu à entamer cet apprentissage, déjà armé de l’esprit de tous les investisseurs qui réussissent bien mieux que la moyenne. On peut même dire que pas mal d’investisseurs ne sont parfois pas en mesure d’acquérir ces deux qualités essentielles.

Pourrais-tu d’abord nous dire,  qui, en dehors de l’investissement, t’a fait comprendre que la lucidité et la modestie étaient en mesure de te faire avancer dans la vie en général ? Et pourrais-tu ensuite expliquer en quoi et pourquoi, la lucidité et la modestie sont des éléments majeurs pour réussir dans l’investissement, et ce, bien avant de commencer à apprendre quoi que ce soit sur l’investissement ?

– Il n’y a personne en particulier qui m’a montré au grand jour ces deux vertus. Tous simplement, mes parents sont modestes et nous avons été élevés dans un esprit de modestie et de simplicité. Ce n’est pas le genre de la maison de fanfaronner et de se mettre en avant. C’est aussi simple que cela il me semble. Pour le côté lucidité, je dois dire que j’ai un esprit assez cartésien, j’aime bien comprendre les choses. Quand je ne sais pas je cherche…et parfois je demande (même lorsque j’ai perdu mon chemin en voiture et que ma femme me supplie de me renseigner depuis 30mn). Je n’ai pas un ego surdimensionné, ce qui, je crois, est une chose tout à fait utile dans le monde boursier.

– Je dirais que, bien souvent, quand on se lance dans l’investissement, on a tendance à vouloir dénicher tout de suite la pépite, sans préoccuper du sens. Ce qui me semble le plus fondamental n’est pas d’acquérir des techniques mais bel et bien de comprendre pourquoi et comment on veut investir.

Pour moi, il y a 4 piliers, inégaux, sur lesquels reposent une démarche d’investissement :

–       La technique : les bases de la comptabilité, maîtriser à minima excel, calculs de divers ratios, les différentes façons d’investir, les stratégies gagnantes…et j’ai oublié aussi quelque chose de très important, la lecture.

–       L’organisation : le portefeuille, le bon courtier, la fiscalité (et dieu sait qu’il y a du boulot sur ce point), quand vendre ? quand acheter ?

–       Les connaissances : la vie des entreprises, des dirigeants, des grands investisseurs, l’économie, l’histoire…mais aussi l’intelligence de la compréhension dans un monde de plus en plus complexe… sans doute le plus passionnant.

–       L’homme : Quel investisseur je suis ? Quels sont mes points faibles ? Suis-je assez patient ? Suis-je capable de revenir sur mes erreurs ? Quels sont mes biais ?

Je crois que, quand on est débutant, on se concentre beaucoup sur les 2 premiers points, puis le 3ème prend le pas et que le plus important est au final le 4ème. En se centrant sur le 4ème, on devient nécessairement modeste (mais il faut déjà l’être pour pouvoir entreprendre cette démarche) et plus lucide.

Aussi, je ne pense pas que l’on puisse réussir sans un de ses quatre éléments.

Pour revenir à la question, à laquelle je répondrais par l’inverse (Inverser, toujours inverser comme dirait Munger) : être trop confiant et sûr de soi peut amener un biais négatif très fort qui peut nous aveugler sur les failles éventuelles d’une société ou nous faire oublier une valorisation excessive.

Etre modeste nous enclin à douter, à se poser des questions. Ceci me semble très sain, cela va nous obliger à nous questionner et donc à chercher la petite bête, à recommencer 10 fois le même calcul pour être certain. C’est un moteur de progrès très important.

 Restons sur ton blog, au départ de ton aventure. Dans ta rubrique « qui suis-je ? » sur ton blog, tu nous expliques que : « A travers ce blog, le challenge, pour moi, est d’une part de vous faire partager les différentes étapes d’investisseur que je vivrai et, d’autre part, me discipliner, m’organiser afin de développer une stratégie cohérente qui me permette de vivre en harmonie avec moi même. »

En fait, c’est la vieille idée remise au goût du jour de tenir un « journal » d’investissement, une feuille de route, pour être bien certain de suivre sa stratégie, l’améliorer et aussi pouvoir analyser ses erreurs, pour essayer de ne plus les répéter et donc pour tenter au fur et à mesure de devenir un meilleur investisseur. Bien entendu, il n’est pas obligatoire que chaque investisseur tienne un blog, il peut-très bien tenir un journal dans lequel cela se passe entre lui et lui.

Par contre, en tenant un blog, nous pensons qu’il y a un « plus » de taille et un « moins » de taille. Le « plus », c’est que tes lecteurs sont des témoins de ce que tu fais… si tu n’es pas prêt à jouer le jeu de l’honnêteté avec toi-même et avec eux, ils vont d’abord te le dire, puis se désintéresser de ton blog…

Donc même si ce n’est pas toujours facile, tes lecteurs te poussent dans le bon sens : présenter des idées claires, suivre sa stratégie et faire part du résultat.

Le « moins » de taille, c’est que beaucoup de bloggeur-investisseurs ne semblent pas vouloir faire ressembler leur blog à un journal d’investissement : ils présentent des analyses et le résultat de leurs portefeuilles sans avoir bien détaillé leur stratégie et sans jamais parler de leurs échecs ou sans jamais réellement se dévoiler.

Si tu avais 4-5 conseils à donner à un investisseur qui voudrait tenir un journal à l’ancienne ou un blog, quels seraient-ils et pourrais-tu expliquer en même temps les avantages de suivre ces 4-5 conseils et les problèmes qui peuvent survenir dans le cas contraire ?

–       Le faire, même si vous écrivez peu, le fait d’écrire va vous obligez à avoir une réflexion sur ce que vous faites. Ecrire permet de rationaliser et parfois il y a beaucoup d’émotions et peu de raison dans nos choix d’investissements.

–       Cela vous cadre un peu. C’est important, notamment pour ceux qui, comme moi, peuvent avoir une tendance naturelle à s’éparpiller.

–       Ne pas se sentir obliger d’écrire pour écrire. Il faut que ce que vous écriviez ait de la valeur. J’ai horreur de lire des articles du genre : « Hier j’ai mangé des pommes et aujourd’hui je me suis brossé les dents 3 fois ». Il faut du sens et un minimum de profondeur, de travail de réflexion, de recherches, enfin c’est comme cela que je conçois l’écriture. A titre personnel, je préfère n’écrire, ou lire sur d’autres blogs, que 3 articles par mois qui ont de la qualité qu’un article quotidien fade et insipide.

–       Etre méticuleux dans son reporting, ne pas « sauter » un mois pour une raison X ou Y.

–       Ecrire sur les sociétés que vous investiguez vous permettra de mieux les connaître.

–       Choisissez une forme qui vous convienne, car, dans ce processus, c’est la démarche et le fond qui sont importants. « Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse »…

 Dans ta stratégie « value » de départ, tu as choisi, sur l’investissement en actions, la ligne Graham, basée sur la valeur, avec décote sur les actifs, plutôt que la stratégie de « Buffet 2e époque » avec la barrière contre la concurrence et un juste prix à défaut d’être à un prix cassé. La majorité des investisseurs « value », dont deux membres de l’équipe des Daubasses, sont d’abord passé par la case Buffet avant la case Graham.

Dans le choix de départ, on a d’un côté un professeur peu « sexy » comme Graham qui a écrit un livre finalement très sérieux et extrêmement intelligible mais qui demande pas mal de discipline. De l’autre, nous avons Warren Buffet, un milliardaire élève de Graham, au sujet duquel des livres écrits par d’autres investisseurs nous expliquent que son approche est assez facile à partir du moment où l’on trouve une barrière contre la concurrence qui va résister  dans le temps.

C’est évidement très sexy et en plus, l’exemple de Buffet est immense et vient renforcer l’idée que l’ont va bosser de cette manière pour y arriver. De surcroît, de tous les élèves de Graham (la fameuse équipe de « Doddsville »), il n’y avait que Walter Schloss qui a finalement suivi les enseignements de Graham pendant toute sa vie d’investisseur. Qu’est-ce qui a influencé ton choix de la stratégie du vieux prof peu sexy contre son élève le plus brillant qu’est  « Warren la bombe » ?

–       Grâce à vous Messieurs ! Cela m’a paru tellement évident lorsque j’ai commencé à lire vos écrits, j’ai trouvé cela d’une simplicité désarmante. En lisant  « L’investisseur intelligent » et ensuite « Investir dans la valeur », je me suis dit « mais bon dieu, c’est çà ! c’est tellement évident. Pourquoi chercher autre chose ». J’ai eu la même impression que Moïse quand il a découvert les tables de la loi (enfin je suppose). Je me suis dit : « çà tombe sous le sens et une poignée de gars s’enrichissent comme cela depuis des décennies. J’achète ! ». Et, pour revenir à la question, j’ai adoré la 1ère période d’investissement de Warren… que tout le monde veut oublier facilement ou ne connait tout simplement pas. C’est bien dommage car c’est la période pendant laquelle il a fait ses meilleurs rendements.

–       Ensuite, dire que l’on va faire du Warren quand on n’a pas la moitié de ses compétences, de ses ressources financières et de son réseau, cela me semble voué à l’échec. Autant donc essayer de jouer à un jeu auquel j’ai une chance de gagner. Iriez-vous faire un match de basket contre Jordan ou match de tennis contre Federer en pariant de l’argent ? Personnellement, moi, non. Donc je fais un sport dans lequel je me sens à l’aise, contre des adversaires que je pense pouvoir battre.

–       L’autre aspect qui m’a plu dans l’approche « deep value » à l’ancienne et que l’on peut mettre un prix, objectiver la valeur, ce qui est une toute autre paire de manches dans l’approche Buffet, telle que l’on veut nous la vendre.

–       D’autre part, je suis fondamentalement un « radin », dans le sens où je déteste payer un prix qui me semble trop élevé et quand j’ai le sentiment de me faire arnaquer, cela me rend dingue. De plus, je n’aime pas nécessairement faire comme tout le monde et je préfère dénicher un truc dont personne ne veut et l’avoir à une bouchée de pain, c’est quand même beaucoup plus excitant, non ?

Oui Etienne, vachement plus excitant. Tu parles à des convaincus. 

A suivre …

 

Portefeuille au 5 Avril 2013 : 4 ans 133 jours

  • Portefeuille : VL 6,0998 € (Frais de courtage et de change inclus)
  • Rendement Total : 503,75%
  • .
  • Potentiel Estimé VANT / Cours 147,64%
  • .
  • Rendement Annualisé : 50,98%
  • Rendement 2013 : 6,04%
  • .
  • Rendement 2012 : 24,19%
  • Rendement 2011 : -15,65%
  • Rendement 2010 : 38,07%
  • Rendement 2009 : 308,74%
  • Taux de Rotation Annualisé : 18,75%
  • Effet Devise Total : 3,76%

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  • Tracker ETF Lyxor MSCI World : VL 111,2023 € (Frais de courtage inclus et dividende réinvesti)
  • Rendement Total : 65,85%
  • .
  • Rendement Annualisé : 12,29%
  • Rendement 2013 : 8,29%
  • Rendement 2012 : 11,20%
  • Rendement 2011 : -8,22%
  • Rendement 2010 : 18,76%
  • Rendement 2009 : 30,34%

* Nous rappelons que ce portefeuille est un investissement réel

 

Performance mensuelle du portefeuille depuis sa création

 

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Détails du Portefeuille

 

1-Portefeuille-valeurs-décotées-net-net-Buffett-Graham

2-Portefeuille-Schloss-value-netcav-millionaire

3-Portefeuille-affaire-gagner en bourse-s'enrichir

 

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