Le premier quinquennat

Nous y sommes ami(e) lecteur (trice) : voici 5 ans que nous avons constitué notre club d’investissement, 5 années que notre blog existe, 5 années d’une très belle aventure.QE et LTRO

Pour fêter cet évènement, il fallait un lieu qui en soit digne. Franck, étrangement de plus en plus amateur de choucroute et de Kreuzpolka nous proposait de le faire juste en face du siège de la BCE  afin de rendre hommage aux fabricants de billets qui ont partiellement contribué à la performance de notre portefeuille (la Fed était un peu loin pour ce faire et, à défaut de remercier «Elicopter Ben », « Super Mario Draghi » aurait fait l’affaire). Mais Pierre a coupé court trouvant que l’équipe des daubasses n’avait pas à prendre une position « politique » en paraissant soutenir des initiatives aussi sensibles.

Le plus grand des deux Louis aurait bien fait ça en toute simplicité au bar Emmanuel du Quai des Vis d’autant que le tenancier tient à présent un stock suffisant de sa trappiste préférée mais le plus petit des deux Louis trouvait que ça manquait de solennité.

réunion d'investissement en AlsaceFinalement, nous avons opté pour un moyen terme entre les Pays-Bas maritime et l’accidenté land de la Hesse et avons choisi l’Alsace, carrefour des cultures germaniques et latines. Certes, l’équipe ne partait pas sans une certaine angoisse : si la qualité viticole de la région n’était plus à faire, la plupart des membres de l’équipe avait le souvenir d’infâmes Kronenbourg trop chaudes.

Mais Pierre a proposé l’idée géniale d’emprunter le Jumper de son voisin : 6 places assises et un volume largement suffisant pour transporter notre petit baluchon et les 10 casiers d’Orval nécessaires pour tenir un si long week-end chez les buveurs de vin.

Nous nous sommes donc mis en route, direction Colmar,  mais, dès que nous sommes arrivés à hauteur de Metz, la neige s’est mise à tomber, drue et épaisse.  Au fur et mesure que nous approchions du Col du Bonhomme et que le jour tombait, la circulation se fit de plus en plus rare. L’ascension du col fut néanmoins avalée d’une traite sans aucun incident mais, dans la descente, le plus grand des deux Louis poussa un cri d’effroi … « Attentioooooooon » !!!  Son homonyme qui pilotait le véhicule avait lui aussi aperçu l’ombre qui se profilait le long de la route. Un cerf majestueux et impérial envisageait de traverser. Mais les 4 compères n’eurent pas le loisir d’admirer ce roi des forêts : un brusque coup de volant pour l’éviter, la camionnette dérapa et … bardaf … ce fut l’embardée.

 

les investisseurs enneigésLe silence se fit dans la nuit blanche. Le Jumper se trouve coincé sur le bas-côté de la route, heureusement pas du côté « ravin » mais bien du côté « forêt ». Mais, avec la neige
et le dénivelé du fossé, impossible de dégager le véhicule.

–          « Merde … on n’a pas de réseau » constata Franck plaintif.

–          « Pas grave, on a des réserves de vivres et on ne sera pas déshydraté » remarqua le plus grand des deux Louis, toujours pragmatique.

–          « D’ailleurs, j’ai soif »

–          « Tu as ton décapsuleur ? »

–          « Ouais, envois les Orval »

–          « Ca me rappelle nos débuts – expliqua Pierre – la chasse à la daubasse avec du matos fait de bric et de broc »

–          « Ça n’a guère changé sur ce plan-là » dit Franck

–          « Non c’est vrai mais à l’époque, on n’avait vraiment l’impression d’être des amateurs. Aujourd’hui, c’est vrai, on a moins de complexes ».

–          « Souvenez-vous de nos premières chasses …. »

Traveling avant sur une bouteille d’Orval, fondu enchaîné, … retour en septembre 2008 …

Un petit groupe de fanas de l’investissement se retrouve régulièrement dans un groupe de discussions pour tenir différentes conversations portant sur leur thème favori. Au sein de ce groupe baptisé Valeur&Convictions, les débats sont parfois musclés, souvent passionnés et presque toujours intéressants. Si l’ensemble de ces boursicoteurs partagent un point commun – leur intérêt pour l’investissement « value » – ils défendent des approches fondamentalement différentes même si toutes sont respectables. Parmi ceux-ci, quelques « extra-terrestres » se sont mis à étudier l’approche « net-net », chère à Benjamin Graham et le 25 septembre 2008, Louis P présente à ses compères une liste de 9 sociétés françaises répondant aux critères « net net » sans qu’aucun autre critère comme la solvabilité n’entre en ligne de compte. Souvenir … Souvenir … voici cette fameuse liste avec le cours de l’époque et le rapport cours/VANN

LNC             3           0,23

Vet’Affaires 13,69       0,62

Capelli         1,15       0,81

Adomos       0,87       0,81

Passat         2,49       0,62

JAJ              0,94       0,52

Dane Elec    0,63       0,41

Kindy           6,25       0,94

GEA          12,7         0,86

La machine était lancée … Pierre, qui deviendra plus tard un “chasseur de daubasses d’élite” commença alors à retourner pierre par pierre (Pierre qui retourne des pierres, c’est rigolo ça ?  … ou ce sont les premiers effets de notre 6e Orval … c’est vrai qu’il commence à faire froid dans la Jumper !). Quelques semaines plus tard, le 16 octobre, il présente une liste de 30 sociétés « net net ». Deux jours plus tard, la liste se monte à 64 sociétés. C’est à ce moment, bien avant la constitution du club donc, que l’idée de diversification (une des pierres angulaires de notre approche) voit le jour. Le raisonnement tenu était et nous citons littéralement : « Soyons conscients que certaines société de la liste vont sans doute rester au tapis (faillite) mais si l’on réfléchit un peu, et en partant d’un portefeuille de 20 valeurs… Et si nous avons par exemple au moins 10 sociétés dont les cours représentent 30% de l’actif courant….Le potentiel sur ces 10 valeur est disons de 200% ou un cours X 3 , pour atteindre 1 soit la valeur de leurs actifs courants….Cela peut-être plus, mais restons en là….Imaginons que 3 sociétés sur les 10, fasse donc X 3…..Cela nous permet alors 6  faillites sur les 17 valeurs restantes du portefeuille….. Une dernière réflexion sur ce portefeuille Net-Net…….Comme déjà exprimé, je pense que sans diversification, le risque société est plus important que la moyenne des méthodes value….A un certain niveau de diversification que j’estime entre 20 et 30 sociétés en portefeuille, ce risque me semble se restreindre fortement, car les quelques sociétés qui vont repartir fortement annulent en partie les faillites potentielles des autres ».

Le 18 octobre, la liste se monte à 75 net net et Pierre annonce triomphalement avoir trouvé la plus sous-évaluée entre toutes, une certaine … Chromcraft Revington … un investissement qui s’avérera disons … moyen quelques années plus tard.

C’est le 20 octobre 2008 que germe l’idée de créer un club d’investissement permettant d’investir dans des net-net. Si plusieurs d’entre nous commençaient à être intéressés par un « portefeuille » Net-Net, la conviction n’était pas encore absolue et, pour équilibrer les risques, nous avons donc souhaité mutualiser une petite partie de notre épargne pour constituer un portefeuille suffisamment diversifié. Il faut souligner que la faillite de Lehman Brother remontait à un mois à peine et que le marché dévissait … dévissait … dévissait … de quoi ébranler certaines certitudes des plus expérimentés parmi nous.

Après d’interminables formalités administratives, le compte du club était enfin ouvert. Entretemps, nous n’avions pas sombré dans l’oisiveté : notre watch list avait atteint les 200 lignes. La peur sur les marchés à ce moment était à son comble, le VIX, indicateur de la volatilité du marché des options, avait atteint son plus haut historique le 20 novembre à 80,86 %. Jamais il n’avait été aussi haut et jamais, par la suite et à ce jour il n’a été aussi haut. Voilà pourquoi notre mini club ne put, au départ, réunir que la modique somme de 15 400 euros : malgré la rationalité de nos raisonnements et la bonne conviction que nous avions en sa fiabilité, un soupçon d’angoisse nous a fait garder le pied sur la pédale de frein.  Quand on connait la suite, quelle perte d’opportunité ce fut là !

Il restait à déterminer les règles qui encadreraient nos achats : au départ, elles furent d’une simplicité étonnante. Nous n’achèterions que des sociétés dont le cours présentait une marge de sécurité d’au moins 30 % sur la VANN et dont la solvabilité serait d’au moins 40 %.

Composition du portefeuille daubasse au moment du lancement, il y a 5 ans
Composition du portefeuille daubasse au moment du lancement, il y a 5 ans

Retour dans la descente du Col du Bonhomme

–   « Quel était votre sentiment à l’époque ? » demanda le plus petit des deux Louis

–   « Pour ma part, répondit le plus grand des deux Louis, je me trouvais face à un mélange d’excitation et de crainte. Excitation qui me donnait le sentiment, non comme Warren, de me trouver dans un harem mais plutôt d’entrer dans les caves de l’Abbaye d’Orval au moment où le père-abbé me dirait : « tout ce qui est là est pour toi ». Il me semblait tellement évident que, dans la vraie vie, aucun chef d’entreprise ne se séparerait de sa société en demandant des prix aussi faibles que ceux proposés. Mais aussi un peu de crainte parce que, au fonds, étions-nous certains que les oiseaux de mauvaise augure avaient tort ? Si nous assistions bel et bien à la fin du monde ? C’est facile après coup mais quand on vit l’évènement au moment même et qu’on n’a pas encore totalement mis au point un process qui protège contre les biais psychologiques, ce n’est pas si évident. Et vous les gars, vous l’aviez vécue comment cette période ? »

crise 2008-2009

– « L’approche de Graham m’intéressait » répondit Franck, vautré au fond de la camionnette sirotant sa bière et cherchant du réseau,  « mais de loin. A mes yeux, vous étiez tous les deux (Pierre et Louis P), des joyeux lurons qui se prenaient pour des mini-Buffetts. En fait, les sociétés que vous proposiez étaient tellement pourries que c’était difficile d’y croire, de se projeter sur un bon retour sur investissement. Et comme tu le dis, il faut se rappeler de la période : fin 2008 ! Tout investisseur lambda qui se respectait, scrutait son propre portefeuille et constatait les dégâts. En jeune investisseur que j’étais, cette crise m’a permis d’encaisser la plus grosse chute des marchés des 30 dernières années. Autant dire que j’étais occupé et que j’étais préoccupé à trouver ma propre voie d’investissement. Et vous, tranquilles, en train d’élaborer une nouvelle stratégie basée sur le maître de l’oracle d’Ohama : Benjamin Graham… C’était irréaliste de commencer un projet de ce style à cette période ! Mais en fait, la période idéale en y repensant, puisque les net-nets étaient abondantes sur les marchés. J’en ai presque une larme à l’œil… Je me reprends une petite Orval… »

–  Le plus petit des deux Louis enchaîne : « Quant à moi, je l’ai vécue assez mal. J’ai perdu beaucoup d’argent en 2008, étant investi principalement sur des fonds, non pas de bouteilles, hélas, mais des fonds d’investissement, des SICAVs quoi! Tiens ça me rappelle que je dois encore mettre de l’ordre dans mes caves à vin… Bref, pour revenir à ce que je disais, j’avais bu la tasse et ma motivation était au raz des pâquerettes. Et c’est alors qu’en discutant avec mon ami Pierre, autour d’une Duvel au cimetière d’Ixelles (au café La Bécasse pour ceux qui connaissent), il me parla pour la première fois des netnet. Et là s’enchaîna une discussion des plus intéressantes et passionnantes qui ont fini par me sortir de mon état de chat échaudé… Ah, quels souvenirs, n’est-ce pas, Pierre? »

Capitalism Grave

–  Pierre : « Et oui Louis c’est presqu’une blague notre première rencontre…Imagine toi un pote qui te demande, finalement vous vous êtes rencontré où la première fois avec Pierre et tu lui dis : au cimetière d’Ixelles… Et ton pote interloqué te demande, mais qu’est-ce que vous alliez foutre dans un cimetière et tu lui dis : Pierre avait acheté une chrysanthème et on cherchait la fosse où on allait enterrer le mort, pour être certain d’être les premiers à déposer la « potée »… Et ton pote, de plus en plus ébahi, te demande et c’était qui le mort ? Le capitalisme pardi ! Vous n’êtes pas obligé de rire hein les gars, surtout ne vous forcez pas ! Remarque que c’était encore plus loufoque avec le plus grand des deux Louis … Puisqu’on avait déjà mis du pognon dans un compte commun, pour le club et on ne s’était jamais rencontré, même pas téléphoné. J’avais l’impression de bien le connaître avec nos échanges sur le forum V&C ! Et quand on a annoncé l’histoire à nos nanas, je parle de nos épouses évidement, elles nous ont demandé chacun de notre côté si on avait quatorze ans ou bientôt quinze sur ce coup-là ! Et tu ne le connais même pas et si et ça, juste des remarques lucides de nanas quoi… ! Mais c’était déjà trop tard….!

–   « Tu ne réponds pas à la question là »

–   « C’était quoi encore la question ? A oui, comment on a vécu la période..?..Mal….!

–   « Mais encore……. »

–    Comme le disait Francki, quand on se prend pour un « mini Buffett », on nage dans la mer sans maillot et pourtant on a l’impression d’avoir un maillot bien moulant du genre speedo « spécial compet ». On se rend seulement compte que l’on n’est pas dans la mer mais juste dans sa baignoire au moment où on boit la tasse qui a un goût de savon et pas de sel. Et pourtant ce qui est énervant, c’est que j’ai fait un maximum pour comprendre et pour appliquer au mieux. Mais c’est précisément là l’erreur : en gros, j’ai pas mal perdu grâce à Warren qui m’a guidé pas à pas vers ce qui devait être la lumière mais qui s’est finalement révélé être un gouffre. Mais d’un autre côté, c’est aussi grâce à Warren que j’ai compris que j’étais vachement plus limité que je ne l’imaginais et aussi grâce à notre ami Michael et au plus grand des deux Louis quand ils ont commencé à nous parler de la « simplissime » valeur net-net d’une société, avec une soustraction et une division,….. pan…….on sortait un chiffre costaud sur lequel on pouvait compter…! Finalement j’ai presque vécu deux révélations… La première, j’ai compris que j’étais trop con pour imiter Warren et la seconde qu’il y avait peut-être une histoire à mon niveau pour redémarrer du bon pied. Le pire, c’est que j’ai même mis du temps avant de comprendre tout convenablement : c’était trop simple sans doute ! Le plus difficile ensuite, ça a été de se dire : c’est extra, on a 200 sociétés « fortminables » pour réaliser un investissement formidable. C’est vrai que c’était excitant mais sur le moment et vu les pertes subies un peu avant, j’ai l’impression que j’ai juste trempé le bout de mes orteils avec mes 7 000€…. Mais bon vu le nouveau 1929 que l’on allait vivre, l’équation était simple, soit on restait prudent en étant conscient que ce n’était pas la fin des pertes, mais peut-être encore le début de nouvelles pertes… soit je ne l’étais pas et j’allais finir en clochard « orvalisé » sous les ponts de Marchienne-au pont ! »

–  « N’empêche qu’on n’est quand même pas resté « scotché » sur notre approche et qu’on a su évoluer.  Hein Louis ? » interroge Franck

–  « C’est vrai, pour ma part, la divergence la plus marquante que nous avons eue par rapport aux « net-net », ce fut les  « net-estate » ou « VANE« . Parce que d’une part, cette notion est une exclusivité des daubasses : nous ne nous sommes plus contentés de suivre une formule inventée par un autre mais il s’agit d’une création issue de nos imaginations fertiles … enfin qui sont fertiles quand on a ingurgité moins de 15 trappistes … ce qui n’est plus le cas depuis un bon moment dans cette camionnette. D’ailleurs je vois le cerf de tout à l’heure en train de faire « coucou » par la fenêtre »

cerf

–  « Ça ? c’est juste le givre sur la vitre. »

–  « Ah bon, c’est vrai que l’Orval tient chaud et que je ne sens pas vraiment cette fraicheur. Je disais aussi qu’avec les VANE, nous nous sommes constitué un avantage compétitif très intéressant : il n’existe aucun screener capable de détecter cette valeur … et on ne peut d’ailleurs la calculer qu’en plongeant très en avant dans les rapports financiers. Un peu de labeur supplémentaire donc pour pouvoir sélectionner les meilleures » valoriser de l'immobilier d'entreprise

–  Franck enchaîne :  » ne plonge pas trop Louis … Tu risques de ne pas remonter à la surface. L’Orval contient des bulles, mais son ingestion ne te fait pas flotter ! Bizarre ça d’ailleurs… »

Bref, oui, les VANEs, c’est beau… (pensée évasive : esprit miroitant les grattes ciels américains amortis à 80%, décote sur valeur historique de 1955 … – j’arrête ici, sinon je vais faire une rupture d’anévrisme liée à l’excitation). Bel exercice de style non « machinable ». Tout à l’artisanat comme tu dis. C’est ça qu’est beau, des ouvriers comme nous qui savent encore travailler les rapports financiers ! Les robot-traders qui travaillent à la milliseconde, ils ne les voient pas passer les VANEs ! Héhé (sourire ébahi de Franck , fier de sa comparaison + gorgée d’Orval). En tant que titi parisien, n’oublions pas de préciser que j’ai pris un sérieux virage aussi direction le Nord, la Belgique. Il a fallu que je vire à 180°C pour me mettre… à la bière. (clin d’oeil aux compagnons du Jumper et trinque d’Orval). Trêve de plaisanterie… C’est vrai qu’on a eu une belle période créative. Avec les holdings décotés, et fonds fermés décotés aussi. On a chassé tout ce qu’il était possible de chasser dans une approche patrimoniale et surtout sur des actifs dont la décote est facilement mesurable. Une fois qu’on a gouté la liqueur « valeur » et l’agréable sensation douillette du confort des actifs en grosse décote, on les cherche un peu partout. Mmmm… On dort si bien avec un portefeuille rempli à craquer de daubasses et autres mignardises mielleuses, croquantes décotées à souhait ! Le moment que j’apprécie le plus, et qu’on a, je pense, tous découvert dans notre aventure, c’est la chasse à la daubasse. Ce plaisir de lire sur mon écran à la lueur du clair du lune les rapports annuels, semestriels, trimestriels voire d’obscures messages d’informations de la société pour comprendre des événements qui expliquent une Potentielle Décote Identifiée (PDI), mettre des centaines de chiffres dans des cases… qui donnent des décotes trop faibles ou alors avoir trouvé la SUPER daubasse de l’année, et se rendre compte au dernier moment que les comptes sont en USD… et que la société cote en GBP ! ARGH !!! (Orval pour la peine). C’est dans ce moment qu’on sent qu’on va tomber sur une daubasse… Mais peut être que sur ce sujet, il faut mieux laisser la place à notre spécialiste maison… Pierre ? … C’est de toi que je parle… Réveille-toi ! Et raconte nous un peu tes passionnantes recherches sur des centaines de sociétés ? »

– Il dort vraiment, qu’est-ce qu’on fait…..!

– Met lui un coup de coude dans les côtes pour le réveiller….!

– Et s’il me balance une tarte ?

– Tu lui mettras un coup de boule !

OH EH, Pierre, tu nous parles de la chasse s’il te plait ?

– La chasse… La chasse de quoi ?

– AAAA à la Daubasse, on venait juste de dire que t’étais le spécialiste et que tu pourrais dire un petit mot sur le sujet.

– Il n’y a pas grand-chose à dire…

– Tu veux une petite Orval pour t’éclaircir les idées ?

– Oui, ce n’est pas de refus.

– Et tu as aussi loupé l’évocation par Louis de la catégorie VANE, une appellation Daubasse incontrôlée, fruits délicieux et rémunérateurs de nos QI et de nos imaginations enlacées.

– Comme on est à s’auto-congratuler et à se lustrer l’égo à la crème Lancôme, vous avez parlé de l’équipe des Daubasses au moins ?

– Qu’est-ce que tu veux qu’on dise ? Qu’on est les meilleurs, qu’on l’a prouvé et qu’on va le prouver dans le futur et que même si on ne connait pas le futur, c’est comme si c’était déjà fait.

La Jumper s’emplit de rires interminables déclenchés par la réplique du plus petit des deux Louis.

– C’est un détail que je n’oserais même pas évoquer. Ce n’est pas notre style. Je voulais juste dire que le vrai moteur des Daubasses, c’était nous, nos personnalités, notre entente, nos débats, notre organisation qui me fait parfois penser à un staff de formule 1 dans les stands pendant la course. Nous avons chacun une part de boulot bien précis. Mais on peut aussi se ruer, tous les quatre, ventre à terre, sur une Daubasse, pour lui changer les roues, la remplir de kérosène, faire ingurgiter à l’entonnoir deux trappistes au pilote et la larguer sur la piste… et tout cela en 30 secondes chrono. Au moment opportun, il n’y a pas de question sur qui fait qui et qui fait quoi mais un seul homme à quatre tête, huit bras et huit yeux.

– Si on revenait tranquillement à la chasse….!

– La chasse … ben … pour tout dire, la chasse c’est barbant 98% du temps, ça fatigue les yeux, éreinte le cerveau, endolori le poignet et fait picoter les fesses même sur la meilleure chaise directoriale de bureau. Retourner des milliers de pages web plusieurs jours d’affilés pour vérifier toujours la même rengaine : Current Asset – Toutes les Liabilities et diviser par le nombre de petites actions en circulation. On a envie de se taper la tête dans le mur par moment. Et pour certaines sociétés de certains pays dans lesquels l’info est comme planquée dans la botte de foin de leur site foutoir, ça donne parfois envie de chasser la daubasse avec un vrai flingue. Et puis bien sûr, il y a l’inénarrable société cotée sur Euronext qui n’a pas la version anglaise du rapport … alors tu dois faire appel à « google plus traduction » pour chaque ligne du bilan ou à peu près. Et ton envie de chasser au flingue réel se transforme en envie de chasser au bazooka. Et c’est la même chose quand ta joie explose, quand tu penses avoir trouvé la belle affaire, une daubasse au cours anorexique avec des actifs du père dodu dans la boutique mais que tu n’as pas fait attention au fait que les petits malins publient leurs comptes en dollars et font coter leur actions livres sterling : quand tu refais le calcul avec le change, tu t’aperçois que le cours est dodu et les actifs anorexiques. En fait, la seule joie qui te procure une douleur viscérale intégrale un peu comme si un astéroïde te traversait le bide !

chasse à la daubasse1

 

-Et quand tu trouves !

– Oui les gars, c’est vrai qu’il y a les 2% de temps où c’est le nirvana, la consécration, l’arrivée au stade devant une foule en liesse composée de votre chien, de quelques mouches en été et quelques moustiques le soir… et de quelques tourterelles qui roucoulent dans les arbres. C’est le moment où vous semblez vous décerner seul, un diplôme de docteur honoris causa de la chasse scientifique à la daubasse, d’une quelconque université que vous inventez sur le champ. Remarquez que la trouvaille d’une daubasse me donne aussi l’envie d’aller faire ma petite…..  Hum … il y a en moi comme un trépignement physiologique incontrôlable que je dois absolument évacuer avant de compléter la fiche. Et cela se répète juste avant de vous envoyer cette fiche et quelques commentaires souvent positifs sur notre forum privé. Et ensuite, une fois la fiche postée, l’attente commence… Je sais que mes biais provoqués par ma trouvaille sont à vif et nombreux et que je n’ai rien regardé en profondeur. Mais j’attends toujours que vous me disiez « tu es notre héros…Sans toi on est foutu… ». Et au lieu de tout cela, 75% du temps sur les maigres 2% de bonheur intense de tout ce labeur, vous me dites des trucs du genre :  « bof, t’a vu les procès en cours ? » ou encore « Pas terrible, il y a des options » ou bien « Je ne la sens pas, la direction a prêté à la société à un taux de 12% » ou même « C’est pas mal mais on va la mettre en réserve » et le pire : « ils viennent de payer un dividende qu’il faut déduire des fonds propres, la décote n’est plus de 45% mais de 25% ! » A partir de ce moment, je suis bien obligé de revenir sur terre……!

– C’est pas mal.

– Instructif, Pierre…

– Quel est le prochain sujet ?

– Allez, comme vous m’avez réveillé, et que je me sens de plus en plus en forme, je vous propose que nous passions au PEA. J’ai toujours trouvé que ce support d’investissement français avait un côté malsain, presque pervers. Je vous demande aussitôt les deux Louis de vous censurer « à donf » dans vos commentaires pour ne pas nous attirer les foudres de nos amis français qui ne le méritent pas. Franck, finalement tu crois que c’est une bonne chose cette taxe ? Elle va libérer la vision … ou c’est le ferment probable de la prochaine révolution ? Allons z’enfants de la patrie ieeee, le jour de gloire eeeest arrivé. pom po po pom pompom……!

– C’est vrai que, à jeun ou non, j’ai toujours eu difficile de comprendre l’attitude de notre Franck qui, à chaque fois qu’on tombait sur une daubasse « éligible-au-PEA » se retrouvait les yeux exorbités, la langue pendante et la bave aux lèvres.

– Arrêtez un peu d’exagérer les belges… C’est grâce à des outils comme le PEA que vous avez eu la chance de pouvoir accueillir notre Gégé national ! Vous nous pillez les icônes de FRANCE avec votre paradis fiscal belge !! s’indigne Franck

– Oui, ça doit être ça pouffe le plus petit des deux Louis.

– En tous cas, à chaque fois qu’on a parlé de PEA, on a toujours eu l’impression qu’on était sur des planètes différentes : entre le Français qui tentait, en vain, de nous démontrer son utilité et les Belges qui le regardaient d’un air ahuri en acquiesçant poliment mais en réalité sans rien comprendre du tout, ça a été assez folklorique.

–  Le bon côté des choses, si on a bien compris, c’est qu’à présent, avec ces taxes supplémentaires, ta politique d’investissement sera moins influencée par des critères fiscaux puisque l’écart des prélèvements entre le PEA et le compte-titres ordinaire a diminué ?

–  C’est ça approuva Franck, je crois que je vais pouvoir lâcher mon pea rigide et me lâcher sur mon compte-titre.

– Ouais ! ponctua la plus grand des deux Louis. Tient, on dirait qu’il a cessé de neiger.

– Regardez devant : les phares d’une voiture

Une 206 rouge vif s’arrêta à hauteur de la Jumper, la vitre s’abaisse et un visage avenant apparu :

– Ca va Messieurs ?

– Ben, on a un petit problème comme vous voyez. Vous avez du réseau vous ?

– Heu … non. Je vais à Mittenwhir pour quelques dégustations de vin. Je vous emmène ?

– Pourquoi pas ? Eh Louis, tu prends un casier d’Orval au cas où ?

– Des Orval ? Vous êtes belges ?

– Oui … dirent en cœur … les trois belges mais Franck cru bon de se désolidariser en expliquant que lui, il était français et bien français.

– Nous, on est « les daubasses » expliqua le plus grand des deux Louis en gonflant la poitrine, très fier de lui et sûr que sa notoriété s’était étendue à l’ensemble de l’Europe occidentale.

– Daubasses ? connais pas expliqua notre bon samaritain. Moi, je m’appelle Muller, Laurent Muller. Et vous faites quoi les 4 Daltons … heu … les 4 daubasses ?

– On fait de l’investissement « deep value » comme Benjamin Graham expliqua Pierre.

– Là, vous commencez à m’intéresser : moi aussi je suis un passionné d’investissement. Vous connaissez Gevelot ?

Et c’est ainsi qu’une grande discussion s’engagea entre les daubasses et leur sauveur … Ami(e) lecteur(trice), vous lisez peut-être là, en direct, les début d’une amitié naissante … et de nouvelles aventures qui débuteront … pas plus tard que la semaine prochaine.

Pour l’heure, nous savourons ces 5 années d’aventures, d’amitiés, d’échanges avec vous, cher(e) lecteur(trice), au travers de 402 articles. Vous êtes 2 700 visiteurs uniques qui visitez notre blog en moyenne 2 fois par mois, vous avez échangé avec nous au travers de 2 684 commentaires et de milliers de mails.  De plus,  une bonne partie d’entre vous nous a fait le plaisir de s’abonner à notre lettre mensuelle afin de nous suivre « à la trace » et d’encore mieux partager nos aventures dans le monde merveilleux de l’investissement dans la valeur.

Alors, pour tout cela, nous vous disons merci et … santé !

trinquer aux plus-values boursières

 

6 réflexions au sujet de « Le premier quinquennat »

  1. Félicitations à vous,

    Première fois que j’explose de rire en lisant un article, j’adore votre humour !! 🙂

    Si cela n’intéresse pas que moi, un petit article détaillant vos erreurs majeures lors de votre période Buffet serait fort bien venu. Cela m’intéresse énormément.

  2. Bravo à l’équipe des daubasses,

    On vous souhaite longue vie!
    Avec ce que le gvt français a ds ses cartons pour le PEA, je sens qu’il va y avoir des bouchons pour le demande d’asile en Belgique.

    Du coup, je me mets à l’Orval, mieux vaut s’adapter assez tôt…

    Joyeux anniversaire

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