Les chroniques de l’investisseur chronique : quelques classes d’actifs

chronique investisseur

Ce texte fait partie de la série proposée par notre ami-chroniqueur Laurent Muller.

Même si nous ne partageons pas tout-à-fait les mêmes principes d’investissement, nous nous sommes trouvés énormément de points communs et les raisonnements développés par Laurent nous ont paru marqués par le sceau du bon sens.

Il nous a semblé intéressant de vous faire profiter de ces raisonnements et c’est la raison pour laquelle Laurent tiendra, sur ce blog et à intervalles réguliers, une chronique présentant ses principes d’investissement.

Ce sera l’occasion de débattre avec l’équipe des daubasses mais aussi avec vous, ami( e) lecteur(trice) des sujets qui seront développés par notre ami.

Je vous propose dans cet article un panorama de différentes classes d’actifs. L’objectif n’est pas d’être exhaustif mais d’exposer mon opinion sur quelques classes d’actifs usuelles. J’avais présenté mon opinion sur l’immobilier physique résidentiel et les actions dans cet article.

 

Or physique

L’or physique est un métal qui possède des propriétés physiques intéressantes :

  • L’or est malléable.
  • L’or est ductile.
  • L’or est conducteur.

Mais ces propriétés physiques justifient-elles d’un point de vue valeur le prix que nous devons payer pour acquérir ce métal ? L’attrait de l’or physique repose-t-il sur des bases solides ou sur une image exagérément positive ?

L’un des arguments souvent avancés pour la défense d’un investissement en or physique est de constituer une protection en cas de crise majeure. Imaginons qu’après l’effondrement hypothétique du système financier mondial, nous soyons réduits à la chasse dans les bois et à la cueillette pour nous nourrir. Quelle garantie avons-nous que notre or physique ne sera pas simplement pris de force par notre voisin armé jusqu’aux dents ? Ne vaut-il pas mieux investir dans des miradors, des armes et des stocks de nourriture pour être protégé contre le risque d’effondrement du système ?

Comme protection contre l’inflation, je privilégie d’autres supports plus dynamiques : l’immobilier ou les actions.

Or papier

L’or papier me semble présenter un désavantage majeur par rapport à l’or physique : en cas de retour à l’état nature, il semble douteux que nous en voyons la couleur.

Les avantages de l’or papier par rapport à l’or physique me semblent être les suivants :

  • La protection contre le risque de vol.
  • Une fiscalité plus avantageuse (au moins dans certains pays).

Si je devais faire un arbitrage entre l’or physique et l’or papier, j’opterais donc pour l’or physique.

SICAV

Les SICAV présentent plusieurs désavantages par rapport à un investissement en actions en direct, à mon sens :

  • Des frais plus importants (droit d’entrée, de sortie, de performance, etc…).
  • Le coût de l’intermédiaire.
  • L’intérêt du gestionnaire n’est pas nécessairement aligné à celui de l’investisseur. Il s’expose au risque d’être mal conseillé.
  • L’investisseur individuel n’est pas nécessairement prêt à assumer les risques pris par le gestionnaire.
  • En raison de la profondeur de marché, le gestionnaire n’a pas accès à des actions faiblement liquides ce qui induit une réduction des opportunités.
  • La performance du fonds est liée au comportement des autres investisseurs du fonds : le meilleur gestionnaire peut être contraint de vendre contre son gré au mauvais moment, si les investisseurs décident de vendre sous l’effet de la panique lors d’une chute des titres du portefeuille, accentuant la contre-performance.

Je préfère aux SICAV l’investissement en actions en direct.

Obligations

Les obligations ont une performance historique inférieure à celle des actions, comme le montrent par exemple les études de Jérémy Siegel. Ce support expose l’investisseur au risque de faillite de l’entreprise.

L’une des caractéristiques intéressantes des obligations est la régularité du rendement, par rapport aux actions (le paiement d’un dividende peut être stoppé, par exemple). Pour cette raison, je n’exclue pas, à terme, d’investir sur ce type de support (par exemple, si mes revenus salariés devaient décroître, le cas échéant).

Monétaire

Les placements monétaires ont un rendement inférieur à celui des obligations ou des actions, comme le montrent les études de Jérémy Siegel.

Un placement monétaire peut être un outil intéressant en cas de déflation. J’ai également déjà utilisé ce support en position d’attente.

Matières premières

J’ai un a priori positif sur le marché des matières premières sans avoir approfondi la question à ce stade. Mon approche consisterait à construire un modèle de valorisation des matières premières et de comparer prix à la valeur pour me positionner à l’achat quand le premier me semble très inférieur au second.

Produits dérivés

J’ai un avis mitigé sur les produits dérivés. Les produits dérivés pour les investisseurs individuels (turbo, warrants, etc…) me semblent s’adresser à un public de joueurs de casino (levier très important, notamment, et coût du facteur temps).

Par contre, les produits dérivés me semblent également ouvrir des possibilités que l’investissement en actions ne permettrait pas ou pas de manière aussi directe, par exemple, couvrir un risque de change, etc… De ce fait, ce type de support me semble intéressant.

Immobilier papier

Je préfèrerais l’immobilier papier (décoté) à l’immobilier physique si mon banquier était prêt à me faire un emprunt dans les conditions de celui d’un emprunt immobilier physique (y compris en réduisant le montant du crédit pour tenir compte du levier indirect). Ce n’est malheureusement pas possible en pratique.

Immobilier commercial ou de bureau

Je n’exclue pas d’investir à terme dans l’immobilier commercial ou de bureau, qui me semblent une alternative intéressante à l’immobilier résidentiel, car ce type d’investissement permet de réduire le coût en temps de la gestion, par rapport à l’immobilier locatif résidentiel.

Conclusions

Cet article n’a pas vocation à lister de manière exhaustive toutes les classes d’actifs mais décrit simplement mes idées sur certaines classes d’actifs usuelles. N’hésitez pas à le compléter, en postant en commentaires les supports d’investissement que vous utilisez en précisant leurs avantages et inconvénients.

7 réflexions au sujet de « Les chroniques de l’investisseur chronique : quelques classes d’actifs »

  1. Merci pour cet article Laurent.

    Comme tu le sais, j’ai un avis un peu moins tranché sur les supports alternatifs aux actions que toi.

    Par exemple, je ne considère pas l’or physique comme un métal précieux ou une matière première mais une simple devise qui permet l’échange monétaire, qui ne peut être imprimé à volonté et qui est hors du circuit bancaire. Si la plupart des banques centrales disposent d’or dans leur réserves monétaires (au même titre que des dollars ou des euros), c’est bien parce qu’il permettrait d’échanger des biens.

    Dans cet optique, en tant que devise, elle est aussi soumise aux fluctuations du marché et n’est certainement pas le support le plus rentable en temps normal mais resterait, je pense, intéressant en temps troublés (ou considérés comme « troublés » par le marché).

  2. Bonjour!

    Excellent article!

    Pour ma part, suite à mon expérience personnelle, il n’existe rien pour me faire changer d’idée.

    La meilleure classe d’actifs pour s’enrichir sur le long terme sont: LES ACTIONS.

    Elles offrent une excellente protection contre l’inflation et nous permettent de participer à la croissance continue de remarquables entreprises.

    Martin
    http://www.investir-a-la-bourse.com

  3. Bonjour Laurent,

    Qu’entends-tu par « immobilier papier » ? Car avec une foncière cotée, tu peux acquérir de l’immobilier coté avec décote, et… avec un effet de levier, directement intégré au produit. La société immobilière cotée s’étant elle-même endettée pour acquérir ses biens.

    En ce qui me concerne, vu l’univers d’investissement possible (géographique, type d’activité, décote potentielle et transparence de l’information financière), je préfère acquérir des actifs via des actions qui permettent d’ailleurs d’acquérir avec de la gestion déléguée et une décote la plupart des investissements alternatifs que tu proposes.

  4. Bonjour à tous,

    Je reconnais avoir grossi un peu le trait et ne conteste pas le fait que l’or puisse également être considéré comme une monnaie que les états ne peuvent pas « imprimer », comme l’a justement indiqué Louis.

    Martin, merci de votre message. Ne pensez-vous pas qu’il pourrait être intéressant d’adosser à votre investissement en actions, un investissement en immobilier physique (levier x 2 à hauteur du patrimoine en actions avec un emprunt à 100 %, remboursé par les loyers), pour augmenter sa performance, bénéficier des taux d’intérêts bas, et avec un risque assez limité ?

    Franck, j’appelle effectivement « l’immobilier papier » les foncières cotées. Je suis d’accord, qu’elles permettent de bénéficier d’un effet de levier indirect et être achetées avec de la décote, deux aspects intéressants. Cependant, contrairement à l’immobilier physique où il est possible de trouver un financement à 100 % voire 110 % pour acquérir un bien, ces conditions de crédit sont difficilement trouvables en pratique pour des foncières cotés.

    Cordialement,

    Laurent

  5. Concernant les produits dérivés, certains d’entre eux, utilisés à bon escient, font partie intégrante de la malette de l’investisseur Value.
    Je citerai l’exemple bien connu par l’équipe des daubasses des options put ou encore les warrants (long terme of course) comme ceux émis par les banques US lors du programme TARP par exemple.

    Pour ceux qui sont intéressés pas le sujet, je vous recommande vivement « You can be a stock market genius » de Greenblatt. Il nous explique cela avec maestria

  6. Bonjour Juan,

    Merci de votre message et de votre question intéressante.

    Je vais préciser les hypothèses pour cadrer le contexte:
    – Vos sources de revenus hors immobilier à hypothéquer et actions à acheter permet à lui seul de subvenir (largement) à vos besoins.
    – Vous n’aurez besoin ni du bien immobilier ni des actions pour la durée du crédit.
    – Vous n’avez pas actuellement d’autres emprunts en cours.

    Sous ces hypothèses, l’idée d’hypothéquer le bien immobilier pour acheter des actions me semble pertinente pour 3 raisons principales:
    – Votre bien a une rentabilité intéressante malgré le fait que d’autres ont parfois des niveaux de rentabilité plus forte: il ne me semble donc pas indispensable de le vendre pour acquérir un bien à plus forte rentabilité.
    – Les taux d’intérêts sont bas.
    – Vous optimisez l’utilisation de vos capitaux en utilisant l’effet de levier, sans prendre pour autant de risques démesurés.
    – Vous diversifiez votre patrimoine.

    Je vous propose de calculer de manière conservatrice le revenu immobilier que vous êtes certain d’obtenir sur votre bien, en tenant notamment compte des éléments suivants:
    – Impact sur l’impôt sur le revenu
    – Taxe foncière
    – Travaux
    – Assurances
    – Vacance locative
    – Provision pour impayés
    – Etc…

    Imaginons par exemple que ce revenu réel soit égal à 1 000 euros / mois.
    Mon idée serait d’utiliser ce montant pour rembourser les mensualités d’un crédit amortissable.

    Par exemple, un crédit amortissable à taux fixe de 170 000 € sur 20 ans à 2,9 % et avec une assurance coûtant 0,36 % correspond à des mensualités de crédit de 985 €.

    Du point de vue du risque, si votre revenu immobilier réel a été calculé de manière conservatrice (et idéalement, si vos autres sources de revenu permettent de rembourser les mensualités de l’emprunt au cas où vos revenus immobiliers devenaient subitement nuls), vous avez une garantie raisonnable de pouvoir rembourser votre crédit, sans entamer le capital emprunté. De ce fait, quelle que soit la variation du capital emprunté (du fait de la volatilité du support actions, elle pourrait être fortement négative, au moins temporairement), vous n’êtes jamais dans une position dans laquelle vous risqueriez le surendettement.

    Du point de vue de la rentabilité, l’opération est intéressante si vous parvenez à obtenir une rentabilité supérieure à 3,5 % sur votre placement en actions, dans la durée, ce qui semble une hypothèse conservatrice, si vous êtes un investisseur en actions averti.

    D’un point de vue pratique, il faudra vérifier que les conditions de crédit correspondent à celles d’un emprunt immobilier « classique » ou, par défaut, sont suffisamment intéressantes pour justifier l’opération.

    En conclusion, je trouve votre idée intéressante et j’espère que mon opinion aura pu vous être utile.

    Cordialement,

    Laurent Muller

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