Flash-back « hivernal » : quand l’investisseur « value » se nourrit de la peur …

En cette période festive, l’équipe des daubasses prend un peu de repos bien mérité.

Pour la partie rédactionnelle du blog, nous avons plongé en apnée dans nos archives afin de vous proposer, cher(e) lecteur(trice), un ancien édito de notre lettre mensuelle tel que nos abonnés ont pu le découvrir à l’époque.

Ces archives nous semblent intéressantes parce qu’elles nous permettent de nous rappeler notre état d’esprit de l’époque et de l’analyser avec un recul suffisant.

Cette fois, c’est l’édito de la lettre de mai 2012 que nous vous proposons.  Dans cet édito, alors que le CAC40 venait de perdre 14 %, en 3 mois, nous expliquions que l’investisseur « value » a besoin de « peur » comme de pain et nous espérions bien que la panique allait se poursuivre un peu.  Hélas, il n’en fut rien et jamais plus depuis cette époque, l’indice français ne connu une telle correction.

La remise en perspective de cet edito va également vous permettre de comprendre la démarche que nous venons d’entreprendre :  la « zenitude » relative actuelle du marché a rendu les opportunités d’investissement « Daubasses » très rares et nous avons dû nous adapter.  C’est ainsi que depuis plusieurs mois, nous « planchons » sur une nouvelle approche qui nous permettra de continuer à investir, tout en restant dans la tradition de Benjamin Graham.  Nos abonnés ont déjà eu un aperçu de cette nouvelle approche et nous y reviendrons précisément la semaine prochaine à l’occasion du bilan que nous tirerons sur l’année écoulée.

En attendant, nous vous laissons profiter de ce petit flash-back.  Nous sommes début juin 2012 …

 

Paradoxe et zone de turbulence

profiter de la volatilité en bourseQuand vous prenez l’avion et que vous entrez dans une zone de turbulence à 10.000 mètres d’altitude, cela crée généralement chez la majorité des passagers un sentiment d’inconfort.

S’il est bien difficile de mesurer ce que ce sentiment produit sur chaque passager, on peut affirmer qu’une majorité espère sortir d’une zone de turbulence au plus vite. Si ce n’est pas le cas, ce sentiment d’inconfort va progressivement se transformer en inquiétude, puis en peur, puis enfin en panique. Tout simplement parce que la perception du danger va s’amplifier.

Cette métaphore introductive que nous allons rapporter à l’investissement, nous a semblé intéressante pour mieux comprendre le paradoxe auquel doivent faire face les investisseurs dans la valeur du style « Daubasses ». Car il n’y a pas la moindre possibilité d’investir judicieusement, s’il n’y a pas une zone de turbulence à un certain niveau : turbulence politique, macro-économique, turbulence sur un secteur, turbulence sur une société.

Au contraire, plus ces turbulences surviendront simultanément, plus les affaires seront intéressantes pour l’investisseur. Mais dans un même temps, ce même investisseur va devoir affronter la panique. Et si pour les passagers de l’avion nous avons relevé des stades de peur intermédiaires qui commencent par de l’inconfort et se terminent par de la panique, il n’y a pas le moindre stade intermédiaire pour l’investisseur, seulement des degrés de panique différents selon l’interactivité et la simultanéité des niveaux cités à l’instant.

Prenons l’exemple du degré de panique le plus bas, soit sur une société. Si la société parvient à s’encadrer dans nos critères, c’est forcément parce qu’il y un ou plusieurs éléments, internes ou externes à la société, qui vont créer de la panique et pousser de plus en plus d’investisseurs à vendre, alors que les acheteurs sont peu nombreux. C’est donc dans cette minorité d’acheteurs qu’un investisseur en « Daubasses » va se retrouver.

panqiue sur les marchés financiers

Si dans l’avion, pratiquement aucun passager ne se pose vraiment la question sur la qualité des moteurs Rolls Royce qui vont permettre de sortir de la turbulence au plus vite, il est par contre impératif pour l’investisseur de contrôler l’état des moteurs de la Daubasse. Et évidemment, s’il ne faut pas s’attendre à trouver des moteurs Rolls Royce dans le bilan, il faut au moins s’assurer qu’il y ait encore des moteurs qui tournent, des gilets de sauvetage et un minimum de personnel naviguant à bord. Mais à chaque fois, et nous disons bien à chaque fois, c’est en pleine panique que vous monterez à bord de la société en sachant toujours que la zone de turbulence peut avoir raison et pas vous.

Malgré tout, le passager de l’avion pourra tenter de rationaliser sa panique même s’il n’a ni les compétences pour contrôler la santé des moteurs, la qualité des circuits électriques, la fiabilité des appareils de mesures de l’avion, en prenant quelques renseignements à défaut de se glisser dans la carlingue.

Le passager un peu méfiant, pas à l’aise en avion, pourra avant son départ et lors de la sélection de la compagnie, vérifier si la compagnie en question n’est pas black listée par les institutions internationales. Ce n’est certes pas suffisant pour prévenir tout accident, mais nous pensons, comme lors de notre sélection de titres avec un ratio de solvabilité au moins égal aux 40% exigés, que c’est un critère qualitatif qui peut réduire les risques. Ainsi, le passager anxieux en vol, aura moins tendance à appréhender son voyage et à paniquer s’il traverse une zone de turbulence.

Le client d’une quelconque compagnie aérienne, aussi minable soit-elle, sait qu’il y a un process industriel de contrôle qualitatif important lors de la construction de l’avion (que ce soit chez Boeing ou chez Airbus) et qu’il peut donc considérer le risque comme étant faible s’il monte à bord d’un avion récent.

Si ce n’est pas le cas (l’avion est quelque peu âgé ou alors il s’agit d’un fabriquant inconnu au bataillon), le passager peut être sûr que toute compagnie, aussi minable puisse-t-elle sembler, doit rendre des comptes sur des check lists récurrentes et obligatoires pour pouvoir atterrir sur des aéroports occidentaux. Tout comme un investisseur rationnel doit se contenter des chiffres et de la réalité économique de la société, le voyageur rationnel sait qu’il prend des risques mesurés car le travail de contrôle de chaque avion et de tout équipage est strict. Cela, bien sûr, n’enlève rien à la réalisation d’événements exceptionnels, mais tend tout de même à réduire fortement les incertitudes et les risques de défaillances techniques (matériel) et humaine (bonne formation)

L’investisseur doté d’un plan stratégique bien précis, comme le nôtre, se donne évidemment les moyens de rationaliser la panique contagieuse à laquelle il doit faire face, en se fiant bien entendu aux informations financières fournies, mais également en recoupant différents paramètres. Notre comparaison avec le passager de l’avion n’est donc pas fortuite, même si nous pensons que nous sommes en mesure de creuser un peu plus. Nous serons toutefois pilotés jusqu’à la VANT.

surfer sur la peur

Autre paradoxe que nous avons relevé sur ces degrés de panique, c’est que plus cette panique est déclenchée simultanément sur les 4 niveaux, ou en d’autre mots, généralisée sur le plan politique, macro-économique, et donc sur quasiment tous les secteurs, plus vous trouverez facilement des sociétés à prix soldés, dotées de fondamentaux nettement plus solides. Nous n’irons pas jusqu’à dire « dotées de moteur Roll Royce », mais dotées de très bonne copie. Ce fut évidemment le cas en 2008 où la vente panique a balayé sans distinction des sociétés relativement peu résistantes et des sociétés nettement plus résistantes.

Ces différentes observations des degrés de panique depuis nos 3 ans bientôt et demi d’existence, nous ont permis ces derniers mois d’affiner notre stratégie de recherche de « cibles potentielles ».

Nous procédons en quelque sorte par anticipation, selon des événements épinglés dans la presse financière qui pourraient déclencher la panique. En recherchant un maximum de sociétés dotées de moteurs solides qui au moment où nous les trouvons ne correspondent pas encore à nos critères, mais qui s’encadreraient assez facilement s’il y avait vente panique.

Un exemple très récent est celui de l’élection présidentielle française pour laquelle certains analystes économiques évoquaient la possibilité d’une certaine peur des marchés en cas d’élection du candidat socialiste. L’équipe des Daubasses, n’ayant pas la moindre compétence en analyse politique pour mesurer plus ou moins à leur juste valeur les arguments pour une telle éventualité, nous sommes contentés très simplement de penser que c’était peut-être possible. A partir de ce moment, nous avons orienté massivement nos recherches sur toutes les sociétés françaises pour faire entrer dans nos listes les meilleurs candidats, ceux qui subiraient sans doute la panique par contagion, mais qui seraient capables de s’en sortir. Comme vous le savez tous et nos amis français en particulier, l’élection de François Hollande n’a rien déclenché du tout !

C’est finalement l’élection en Grèce qui avait lieu simultanément qui a fait entrer les marchés dans une turbulence qui ne cesse depuis de s’amplifier. Avec les banques espagnoles d’une part et un manque de cohérence et de cohésion politique au niveau européen d’autre part.

Sans une solution qui tarde à venir, nous pensons qu’il y a de nouveau la possibilité qu’il se produise un vent de panique qui pourrait cette fois être beaucoup plus ample, voire même qui pourrait se généraliser.

Dans l’optique d’anticipation de cette possibilité, nous avons chargé nos listes avec un maximum de Daubasses potentielles, qui ne répondent pas à nos critères, mais dont la solidité est effective. Et nous nous sentons fin prêts à profiter de ces occasions sur coup de « blues panique » de monsieur le marché.

Pour conclure cet édito de juin, sur le paradoxe principal de l’investisseur en Daubasse et des zones de turbulences, c’est qu’il est sans cesse confronté à la baisse potentielle de son portefeuille, ce qui n’est jamais joyeux à vivre, tout en jubilant devant des occasions que ces zones de turbulence lui permettent d’acquérir.

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