Antifragile de Nassim Nicholas Taleb (3e partie)

Antifragile-talebCet article constitue le 3e d’une série consacrée à l’ouvrage de Nassim Nicholas Taleb, Antifragile: Les bienfaits du désordre.Vous pourrez relire les première et deuxième parties ici et ici.

« Considérez que la nature, n’est pas simplement « sûre ». Elle est agressive puisqu’elle détruit et remplace, sélectionne et redistribue… »

C’est donc à partir du fonctionnement impitoyable de la nature que Nicholas Taleb nous explique qu’être robuste n’est pas suffisant car, dans la nature, pour résister, il faudrait trouver une robustesse parfaite qui n’existe pas.

Dans la nature, à longue échéance, tout ce qui a la moindre vulnérabilité finit par se briser, disparaître et être remplacé. Notre planète fonctionne de cette manière depuis plus de 4 milliard d’années.

Puisque la robustesse parfaite n’existe pas, la nature nous fait donc comprendre que nous avons en face de nous un mécanisme grâce auquel le système se régénère sans cesse en tirant profit d’évènements fortuits, de chocs imprévisibles, du stress et de la volatilité plutôt qu’en les subissant.

A longue échéance, ce qui est antifragile profite des erreurs de prédiction. Si on va au bout de cette idée, on pourrait en conclure que ce qui bénéficie du hasard devrait dominer le monde et que ce qui en est victime devrait disparaitre.

 » Et bien, il se trouve que c’est le cas. Nous avons l’illusion que le monde fonctionne en vertu d’un schéma programmé, de la recherche universitaire et de capitaux bureaucratiques, mais il existe des preuves convaincantes – très convaincantes – que c’est une illusion, une illusion que je nomme: « apprendre aux oiseaux à voler ». La technologie est le produit de l’antifragilité, exploitée par les preneurs de risque sous la forme du bricolage par la méthode d’essai – erreur. , en reléguant les plans conçus par les nigauds dans les coulisses. Les ingénieurs et les bricoleurs développent les choses tandis que les livres d’histoire sont écrits par les universitaires; nous allons devoir affiner les interprétations historiques de la croissance, de l’innovation et de bien d’autres choses du même ordre…. »

 

4 ° « La fragilité est tout fait mesurable, le risque pas du tout, et en particulier le risque associé aux évènements rares… »

Taleb affirme qu’on peut estimer et même mesurer la fragilité et l’antifragilité mais qu’il n’est pas possible d’évaluer les risques et les probabilités de chocs brutaux et d’évènements rares, aussi perspicace que l’on soit.

La gestion du risque que l’on pratique de nos jours est l’étude d’un évènement qui aura lieu dans le futur « …et seuls, certains économistes et autres fous du même genre peuvent prétendre « mesurer » – à l’encontre de l’expérience – la future incidence de ces évènements rares tandis que des naïfs les écoutent – à l’encontre de l’expérience et du résultat de telles déclarations… »

En fait, la fragilité et l’antifragilité se retrouvent dans tous les objets mais aussi dans les entreprises, les industries, les pays, les systèmes politiques… Il est assez aisé de repérer la fragilité et même de la mesurer dans de nombreux cas ou, du moins, d’en mesurer la fragilité relative avec de très légères erreurs.

En comparaison, affirmer d’une manière fiable que tel évènement ou choc est plus probable qu’un autre est un exercice douteux … à moins que l’on aime s’illusionner au sujet de ses dons divinatoires.

Par contre on peut établir avec beaucoup plus d’assurance qu’un objet ou un édifice est plus fragile qu’un autre si un tel évènement a lieu  » … On peut, par exemple, dire que sa grand- mère est plus fragile que soi-même quand la température change brusquement, que telle dictature est plus fragile que la Suisse en cas de bouleversement politique, que telle banque est plus fragile qu’une autre en cas de crise ou qu’un immeuble moderne mal construit est plus fragile que la Cathédrale de Chartes en cas de tremblement de terre. Et surtout on peut même prédire lequel résistera le plus longtemps.

Au lieu d’un débat sur le risque (ce qui est prévisionnel), je préfère le recours à la notion de fragilité qui n’est pas prévisionnelle et qui constitue, à la différence du risque, un mot intéressant qui peut décrire son contraire fonctionnel, le concept mature d’antifragilité.

Pour mesurer l’antifragilité, il existe une recette pareille à une pierre philosophale qui consiste à recourir à une règle concise et simplifiée pour nous permettre de l’identifier dans tous les domaine, de la santé à la construction de sociétés »

Et Taleb conclut ce paragraphe en disant que depuis que l’homme existe, il a inconsciemment tiré parti de l’antifragilité dans la vie pratique mais l’a consciemment rejeté dans sa vie intellectuelle.

Commentaires

Il y a vraiment quelque chose qui nous parle dans le début de ce livre et même qui nous enthousiasme : quelle que soit le concept, on ne s’arrête pas à la théorie mais on passe réellement de la théorie à la pratique ou à la compréhension pratique de l’idée. C’est sans doute ce qui distingue Taleb de pas mal d’autres théoriciens et penseurs qui conduisent souvent dans un monde rêvé, très loin du réel et dans lequel le côté pratique n’existe pas.

Nous savons depuis longtemps que le réel n’est pas facile à affronter comme l’a écrit et expliqué le philosophe Clément Rosset dans  » le réel , traité de l’idiotie » ou encore « le réel et son double » qui commence par une phrase de Edgar Allan Poe qui en résume magistralement l’idée générale : « Je veux parler de la manie de nier ce qui est et d’expliquer ce qui n’est pas ».

On comprend mieux avec Taleb que l’homme refuse de voir ce réel ou cette nature qui est agressive qui détruit et remplace, sélectionne et redistribue. Et si dans la vie de tous les jours, tout est fait pour édulcorer voire masquer ces côtés du réel que nous ne supportons plus de regarder en face, ce n’est pas du tout le cas du monde de l’investissement et des marchés en général qui détruisent et remplacent, sélectionnent et redistribuent.

L’idée d’oublier la mesure du risque ou le prévisionnel pour ne raisonner qu’en terme de fragilité ou d’antigragilité nous semble vraiment lumineuse pour un investisseur. Nous n’allons pas divulguer la suite et, par exemple, ce que Nicholas Nassim Taleb nomme sa pierre philosophale ou sa recette pour mesurer l’antifragilité.

Mais il faut bien avouer que cela éclaire le process que nous mettons en pratique, et, à notre tour, nous nous essayons à une question sur la fragilité pour voir si c’est aussi simple que ne le dit Taleb.

La question serait : qu’est-ce qui est le plus fragile : les actifs ou les profits d’une société commerciale ? Nous avons posé la question à Walter Schloss, voici sa réponse :

Essayez d’acheter des actifs avec décote plutôt que des bénéfices. Les bénéfices peuvent changer significativement sur un laps de temps très court. Les actifs, eux, sont plus stables. On doit en connaître nettement plus sur une entreprise si on base sa décision d’achat sur les bénéfices.

Extrait de « Antifragile : les bienfaits du désordre », page 19 – 20

PS : A chaque article sur le livre de Nassim Nicholas Taleb  » Antifragile: Les bienfaits du désordre, », nous espérons vous démontrer que c’est un livre important pour tout investisseur et que son achat nous semble être un excellent investissement.

 

Les chroniques de l’investisseur chronique : les assurances

rp_chronique-investisseur-300x188.jpgCe texte fait partie de la série proposée par notre ami-chroniqueur Laurent Muller.

Même si nous ne partageons pas tout-à-fait les mêmes principes d’investissement, nous nous sommes trouvés énormément de points communs et les raisonnements développés parLaurent nous ont paru marqués par le sceau du bon sens.

Je vais décrire dans cet article mes idées sur le principe d’assurance. S’il y a bien une certitude, avec les assurances, c’est que nous passons par un intermédiaire qui va prélever sa part. Nous avons donc l’assurance que notre assurance va nous coûter de l’argent, au moins tant que le risque n’est pas survenu. Avons-nous l’assurance que nous serons remboursés de manière juste et diligente, en cas de sinistre ?

Avantages et inconvénients de l’assurance

Avantages :

  • Dans une situation dans laquelle le montant assuré induit un risque d’endettement ou de perte d’un montant significatif, une assurance prémunit contre ce risque.
  • Lisser une dépense apériodique, par nature non anticipable.
  • Mutualiser le risque sur un grand nombre de personnes.

Inconvénients :

    • Qu’est-ce qui nous garantit que l’assurance va effectivement nous rembourser, en cas de sinistre ? Il semble à l’inverse que pour des montants importants, l’assurance fera tout pour ne pas avoir à rembourser.
    • Risque de faillite de l’assurance elle-même si le risque assuré peut toucher un grand nombre d’assurés simultanément.
  • Coût de passage par un intermédiaire.
  • Consommation de cash-flow.

 

Assurance responsabilité civile, logement et PNO pour un investissement locatif

Ces assurances me semblent faire sens car elles permettent de prémunir l’assuré d’un risque de surendettement, même si sa fréquence est faible.

Assurance voiture

Mon assurance voiture est réduite à son strict minimum, c’est-à-dire à une assurance au tiers.

Le surcoût d’une assurance tous risques ne me semble pas justifié pour les raisons suivantes :

  • Je suis un conducteur prudent (respectant le code de la route et les limitations).
  • J’achète mes voitures d’occasion en-dessous de 10 000 euros.
  • Je peux faire face à une dépense imprévue de 10 000 euros avec mes liquidités.
  • Je roule peu.

Assurance pour un emprunt immobilier

Pour l’emprunt de mon investissement immobilier, j’aurais préféré ne pas devoir prendre d’assurance, mais elle m’a été imposée par ma banque. En effet, dans une configuration avec un endettement inférieur à mon patrimoine net (liquide) d’une part et un investissement locatif rationnel, j’aurais préféré m’assurer moi-même, comme je ne courais pas le risque de faillite.

En tous cas, j’ai limité l’assurance au minimum indispensable : assurance une tête (la mienne, pour que mon épouse puisse en bénéficier, le cas échéant).

Assurance loyers impayés pour un locataire

Le coût d’une assurance loyers impayés (GRL / GLI) est relativement faible : 2,5 % du loyer, charges comprises. Cette assurance me semble intéressante pour sécuriser un investissement locatif, en phase de remboursement de prêt, en admettant que l’assurance joue le jeu en cas de problème avec un locataire, en pratique, ce qui reste encore à prouver…

La loterie

Je considérais jusqu’à récemment le cas de la loterie d’un œil parfaitement sceptique : comme son espérance mathématique de gain est négative, je n’ai jamais joué à un jeu de hasard.

La loterie me semble maintenant un cas plus subtil que ce qui m’était initialement apparu.

Je distinguerais deux catégories de jeux selon le gain espéré :

  • Lorsqu’il ne permet pas de changer radicalement de vie (je situerais la limite par exemple à 2 millions d’euros), jouer me semble absurde.
  • Lorsqu’il permet de changer radicalement de vie, pour un coût n’ayant pas d’impact sur son budget (par exemple 5 euros par mois), la loterie introduit une possibilité qui n’existe pas par ailleurs (changement radical de niveau de vie), même si l’espérance mathématique est négative et que le joueur « perd de l’argent ». Si je ne participe pas moi-même à ce type de loterie, je ne considère plus pour ma part cet acte comme absurde, dans les conditions indiquées.

Me laisserais-je tenter par une loterie dans laquelle les joueurs pourraient remporter exactement la somme de 2 millions d’euros, afin de maximiser le nombre gagnants potentiels, tout en minimisant les frais de gestion qui rendent structurellement l’espérance mathématique de gain négative ?

Parler de loterie dans un article sur le principe d’assurance peut sembler hors sujet, de prime abord. Pourtant, je trouve des similitudes intéressantes entre la loterie et l’assurance :

  • Dans les deux cas, un phénomène apériodique est échangé contre un paiement anticipable, régulier (au moins dans le cas de l’assurance). Pour l’assurance, il faut payer pour que le phénomène apériodique négatif ne nous touche pas. Pour la loterie, il faut payer pour pouvoir bénéficier d’un phénomène apériodique ayant un impact positif.
  • La loterie, comme moyen de changement radical de vie, me semble symétrique aux assurances permettant de se couvrir contre des risques peu probables mais dont l’impact nous ferait également changer radicalement de vie, en négatif, si nous y étions exposés (assurance responsabilité civile, logement, PNO).

Conclusion

Comme vous l’aurez compris, je ne suis pas un inconditionnel du principe d’assurance. Je lui trouve des applications pratiques intéressantes. Pour un changement de vie radical positif, préférez-lui la loterie !

 

Bas les masques : Loeb Holding

analyse financiere de Loeb Holding de SuisseUne fois n’est pas coutume (et ce fut une première dans nos lettres mensuelles), c’est une daubasse helvétique que nous démasquons aujourd’hui.

Hé oui, il est aussi possible de trouver de la décote dans ce pays qui ne connait pas (ou si peu) la crise. Ce qui était appréciable, vous allez le voir, c’est que la société en question disposait d’actifs de qualité facilement réalisables (principalement du cash et de l’immobilier) qu’il était possible d’acheter sur le marché avec une décote.

Cette société s’appelle donc Loeb Holding.  Nous avions acquis des titres le 23 avril 2013.

Un peu plus de deux ans plus tard, en septembre 2015, nous avons appris que la direction allait faire coter les actions de l’entreprise sur un marché de gré à gré.

Nous avons alors cédé notre participation en générant ainsi une plus-value de 18,6 % en euro en tenant compte des dividendes, du change, des taxes et des frais de courtage. 

Si ce gain semble assez faible compte tenu de la durée de détention des actions (2 ans et 4 mois) et du potentiel théorique, il reste, finalement, assez satisfaisant comparé à ce qu’on pouvait obtenir en obligations sans risque … car finalement, c’est un peu ce que constituait Loeb comme vous allez pouvoir le voir dans l’analyse que nous vous proposons.

Cette analyse avait été proposée à nos abonnés au moment de la constitution de la ligne (en avril 2013 donc) et ceux-ci  ont d’ailleurs été averti en temps réel des opérations d’achat et de vente auxquelles nous avons procédées.

Bonne lecture !

Loeb Holding AG

(Zürich, Ticker: LOEP.SW/ ISIN : CH0002045497)

 

I. Introduction

La société Loeb est un holding familial détenu à 100% par la famille… Loeb. Oui, cela peut sembler étonnant, si ce n’est impossible, de vouloir acquérir des parts d’une société qui appartient exclusivement et entièrement à une famille. En fait, pas tant que ça. S’il est vrai que la famille détient 100% des actions qui composent le capital de la société en question, il existe en fait une sorte de parts sociales, Partizipationsscheine en allemand, négociées en bourse qui ne donnent aucun droit de vote ni la possibilité d’assister aux Assemblées Générales. Mais ils présentent le double intérêt d’être privilégiés sur les dividendes (jusqu’à +5%) par rapport aux actions ordinaires et de jouir des droits pécuniaires sur la valeur liquidative de l’entreprise, et ceci, avant les actionnaires « classiques ». C’est de ce titre, assimilable à une action préférentielle, dont nous ferons mention dans la suite de l’analyse.

Passons à une présentation historique de l’entreprise et de son activité. La Saga Loeb a commencé en 1881 avec un magasin textile. L’entreprise, au fil des ans, s’est diversifiée et emploie aujourd’hui 410 salariés. Son activité peut être distinguée en deux divisions opérationnelles : le commerce et l’immobilier. Sur la partie commerciale, l’entreprise est uniquement présente en Suisse et vend toutes sortes de marques dans ses magasins. C’est une chaine de Grands Magasins. L’année dernière, Loeb a mis en service un e-shop. A noter que l’enseigne possède également son propre label BIO. Ils sont donc au top de l’actualité et se mettent à l’air du temps, aussi bien au niveau du canal de distribution que des produits. Enfin, l’entreprise ouvre également des franchises. Comme dernièrement une boutique sous l’enseigne MEXX à Bern. Les valeurs de la maison Loeb sont « Régional, traditionnel, engagé et confiance ».

Passons maintenant à la seconde activité : l’immobilier. Ce qui est intéressant, et nous le verrons dans nos calculs plus bas, est que la famille a une activité immobilière propre via 2 filiales. Tout d’abord avec la détention des murs de ses propres magasins mais aussi avec la détention de bureaux, d’habitations et de boutiques loués à des tiers. Ces actifs immobiliers sont principalement situés à Bern. On trouve également des actifs immobiliers dans d’autres villes suisses: Biel, Solothurn et Thun. Les rendements bruts de ces actifs varient de 2,6% à 9,9% pour une moyenne pondérée de 6,3%.

L’analyse actuelle est réalisée à partir des comptes annuels arrêtés au 31 décembre 2012 et avec un capital composé de 277 700 actions ordinaires et 266 702 « actions préférentielles ». Nous n’avons pas trouvé de quelconque plan de dilution via des plans d’attribution d’options ou d’actions.

Nous avons acquis des titres à un prix de revient de 170,17 CHF.

II. La Valeur d’Actif Net Net (VANN)

La société possède un actif courant d’une valeur de 116,11 CHF par action et l’ensemble de ses dettes représente 147,26 CHF par action. Sa valeur d’actif net-net est donc de -31,15 CHF par action. Il n’y a donc aucune décote sur la VANN.

III. La Valeur d’Actif Net Estate (VANE)

Comme nous l’avions vu dans la présentation, l’entreprise familiale possède des immeubles et terrains en Suisse. Ce qui est remarquable réside dans le fait que l’entreprise, plus que centenaire, a opté pour l’amortissement de ses actifs immobiliers. La valeur d’acquisition historique des immeubles et terrains est de 345,94 CHF. Nous prenons notre habituelle marge de sécurité de 20% sur cette valeur d’acquisition historique (276,76 CHF) à laquelle nous « ajoutons » la VANN négative et obtenons une VANE de 245,61 CHF par action.

Du fait de l’ancienneté des bâtiments et de la rentabilité importante des immeubles de bureaux et de magasins en location, cette valeur nous semble conservatrice.

IV. La Valeur de Mise en Liquidation Volontaire (VMLV)

Dans cette évaluation, nous essayons d’estimer la valeur de la société si elle était mise volontairement en liquidation. C’est-à-dire dans une position confortable de réalisation de l’ensemble de ses actifs.

Tout d’abord, commençons par l’actif courant, avec la trésorerie qui est composée de cash et d’obligations. Elle représente 67,14 CHF par action et n’appelle aucun commentaire. Nous la reprenons telle quelle.

Nous avons ensuite les stocks pour une valeur de 31,31 CHF par action. La rotation moyenne des stocks sur les 3 dernières années a été de 117 jours et de 113 jours sur l’exercice 2012. Sans plus de détails sur la composition de ces stocks, nous prenons une marge de sécurité de 30%. Ainsi, la valeur retenue pour ces stocks est de 21,92 CHF par action.

Le troisième poste est composé des créances clients inscrites au bilan pour une valeur de 9,99 CHF par action. La société a été payée en moyenne en 24 jours sur les 3 dernières années et en 20 jours en 2012. Ces délais très courts s’expliquent par son activité de distribution où les clients paient généralement sans délais de paiement. Nous décidons ainsi de prendre une marge de sécurité réduite de 10%, soit un montant de 8,99 CHF par action.

Les autres créances vis-à-vis de tiers, notamment liées à la facturation, différées via les cartes de fidélité, représentent 5,37 CHF par action. Même si nous estimons qu’il y ait peu de risques que les clients habitués des grands magasins Loeb deviennent subitement insolvables, nous allons prendre une marge de sécurité plus importante à hauteur de 30% et allons ajouter à la VMLV la valeur de 3,76 CHF par action.

Enfin, nous trouvons également dans les comptes des paiements en avance pour une valeur de 2,30 CHF par action, que nous reprenons tels quels.

En ce qui concerne les actifs non courants, comme nous l’avons vu dans le calcul de la VANE, l’entreprise possède de l’immobilier. Après notre marge de 20% sur la valeur d’acquisition historique, ces actifs représentent l’équivalent de 276,76 CHF par action.

Le groupe helvète possède d’autres actifs dits durables comme des machines, des équipements et du mobilier amortis à près de 80%. Même si l’entreprise génère des bénéfices depuis des années, nous préférons prendre le maximum de précaution sur ces actifs qui se monnaient généralement peu chers lors d’une revente. Nous allons donc reprendre seulement 10% de leur valeur comptable (donc amortis à près de 80% sur leur prix d’achat), soit 3,75 CHF par action.

Nous avons ensuite une surprise. Du fait de l’acquisition passée de l’entreprise Krompholz AG, le Groupe Loeb semble avoir acquis la réserve de contribution de l’employeur au profit de la société Krompholz qui n’est en fait plus redevable à qui que ce soit puisque la dite société a été liquidée. Nous ne comprenons pas très bien cette subtilité suisse, même s’il semble que cette créance anciennement légale semble avoir une certaine garantie et générer un intérêt annuel de l’ordre de 2%. Aussi, par prudence, nous n’allons retenir dans notre valorisation que 50% de la valeur inscrite au bilan, soit 6,92 CHF par action.

Enfin, nous trouvons également dans le bilan des actifs financiers pour 0,48 CHF par action, que ne préférons par prudence ne pas retenir et ceci afin d’augmenter notre marge de sécurité.

Le total du passif (le total de ce que doit la société) représente 147,26 CHF par action.

En hors bilan, nous n’avons trouvé aucun engagement liés à des contrats de location, de garanties ou autres cautions.

Pour résumer, nous obtenons en cas de mise en liquidation volontaire, la valeur suivante (en CHF par action) :

Actif courant

+ Trésorerie : 67,14

+ Stock : 21,92

+ Poste client : 8,99

+ Autres créances : 3,76

+ Paiement en avance : 2,30

Actif immobilisé

+ Immobilier : 276,76

+ Equipements et matériels : 3,75

+ Réserve de contribution employeur : 6,92

Passif

– Total passif : -147,26

Nous obtenons donc une VMLV de 244,28 par action.

V. La Valeur de la Capacité Bénéficiaire (VCB)

Sur les 5 derniers exercices, la société a toujours généré des résultats opérationnels positifs.

Ainsi, après prise en compte d’une imposition forfaitaire de 20% (plus proche de la réalité fiscale de la Suisse que notre habituel taux d’imposition de 35%), d’un taux d’actualisation de 12% et l’ajout de la trésorerie nette (en fait une dette nette), nous obtenons une VCB de 64,40 CHF par action.

Nous n’avons donc pas décote sur la VCB.

VI. Conclusions

A notre cours d’achat de 170,17 CHF, nous avons pu acquérir des titres de Loeb avec une décote de :

31% sur la VANE

30% sur la VMLV

Le potentiel sur la Valeur d’Actif Net Tangible (VANT) est de : +96%

Notre calcul de solvabilité maison ressort à : 81%

C’est bien la première fois que nous avons dans le viseur une société suisse qui rentre dans nos critères daubasses et qui nous permet d’acquérir des actifs facilement réalisables et dont la valeur des actifs estimée nous semble sage.

D’autant plus que nous percevons une triple cerise sur le gâteau concernant l’immobilier : en plus d’être en Suisse et d’être âgés, pour certains biens, de plusieurs dizaines d’années (voire bien plus !), l’immobilier est amortis dans les comptes. C’est-à-dire qu’il n’est pas évalué en valeur marchande. Il y a donc fort à parier que depuis toutes ces années, la valeur comptable d’acquisition de cet immobilier soit quelque peu sous-estimée…

Mais pourquoi donc le marché nous offre une décote sur une entreprise de cette qualité dans un des pays les mieux gérés de la planète ?

Une possibilité est que l’ensemble des éléments financiers, communiqués de presse et rapports de gestion divers, sont uniquement écrits dans la langue de Goethe… Heureusement que nous avons des notions d’Allemand, et avec l’aide de certains de nos proches qui sont allemands, nous sommes arrivés à déchiffrer les arcanes des comptes annuels. Mais pour l’investisseur lambda international, il n’est pas exclu que ce peut être rebutant et ainsi expliquer en partie la décote offerte par le marché.

Bien entendu, au-delà de la liquidité du titre, somme toute relativement faible, il y a un risque à ne pas négliger. Malgré les décotes identifiées, les titres négociés sur la bourse zurichoise ne donnant pas de droit de votes, peuvent se transformer en value trap pour son acquéreur, ou « piège à valeur ». Il peut en effet se passer du temps avant que quelque chose ne se passe avec ce titre… car il n’y aura pas de raiders qui viendront faire « toc toc » à la porte du conseil d’administration pour demander à la famille de réaliser plus de valeur. Même si en attendant, le porteur de cette part préférentielle de l’entreprise peut patienter avec un dividende brut en francs suisses de plus de 2%.

Pour résumer, nous sommes avec ce titre dans le même bateau que la famille Loeb, pour le meilleur… et pour le pire.

Portefeuille au 1 Avril 2016 : 7 ans 129 jours

Portefeuille : VL 7,6859 € (Frais de courtage et de change inclus)
Rendement Total : 660,73%

Potentiel Estimé VANT / Cours 115,69%

Rendement Annualisé : 31,76%
Rendement 2016 : -2,44%

Rendement 2015 : 7,56%
Rendement 2014 : 5,46%
Rendement 2013 : 20,74%
Rendement 2012 : 24,19%
Rendement 2011 : -15,65%
Rendement 2010 : 38,07%
Rendement 2009 : 308,74% Continuer la lecture de Portefeuille au 1 Avril 2016 : 7 ans 129 jours