Question des lecteurs : dans quelle mesure les contraintes/risques juridiques sont ils pris en compte dans l’analyse daubasse ?

avenir boursierDepuis le 24 avril 2009, nous avons échangé plus de 8 500 mails avec nos abonnés et lecteurs. Nous n’avions jamais imaginé au départ que la rencontre avec d’autres investisseurs puissent prendre une part aussi importante dans l’aventure « Daubasse ».

En fait, si nous sommes parvenus à créer des relations privilégiées basées sur le dialogue et l’échange, nous le devons sans doute à la ligne que nous avons choisie au départ, une ligne logique et de bon sens. Nous n’avons jamais voulu poser une relation maître-élève, voire investisseur « sachant » vs investisseur « ignorant » entre nos abonnés et nous et ceci tout simplement parce que nous ne savions pas plus qu’eux si la méthode que nous avions décidé d’appliquer avec nos propres deniers et en direct sur notre blog porterait ses fruits.

Le seul maître que nous connaissions était simplement Benjamin Graham. Nous tenons à dire que nous n’avons pas inventé le « fil à couper le beurre ». Nous nous sommes contentés de bien comprendre la théorie de Benjamin Graham, de l’ajuster avec les critères qui nous semblaient les mieux adaptés à nos personnalités, d’écrire le process que nous allions appliquer et qui a fait l’objet de très nombreux articles sur notre blog et ensuite d’appliquer ce process à la lettre.

Bien entendu, comme nous aimons aussi la créativité, nous avons aussi inventé quelques appellations « 100% Daubasse » comme la VLMV (pour Valeur en cas de Mise en Liquidation Volontaire), VANE (pour Valeur d’Actif Net Estate) ou RAPP (Rentabilité à Petit Prix).

Nous pensions aussi que toute personne dotée qu’un QI moyen était capable de comprendre la théorie de Benjamin Graham en lisant L’investisseur intelligent et en essayant de comprendre la comptabilité basique avec l’un ou l’autre bouquin comme, par exemple, L’interprétation des Etats financiers de Benjamin Graham et Sprencer Meredith … ou encore en lisant la cinquantaine d’articles dans lesquels nous expliquons chaque point qui permet d’appliquer le process que nous nous sommes choisi avec des exemples concrets ainsi que les réponses que nous avons tentées d’apporter à nos questionnements.

En effet, pour déterminer un prix d’achat ou de vente par rapport aux actifs de la société, une décote sur la valeur net-net ou net-estate, il suffit de faire des additions, des multiplications, des soustractions ou des divisions en allant chercher quelques chiffres dans les postes du bilan.

Sept ans et demi plus tard, nous n’avons pas changé d’un iota et nous pensons toujours que chaque investisseur décidé à appliquer la méthode d’investissement de Benjamin Graham doit d’abord faire l’effort de la comprendre, seul comme un grand, avec tous les outils à sa disposition.

Tout simplement parce qu’il doit l’adapter à sa personnalité d’investisseur, à l’ensemble de son patrimoine mais aussi aux sommes d’argent qu’il a décidé d’investir sur les Daubasses, à la fiscalité de son pays et à un tas d’éléments strictement personnels. C’est pour cette raison que « nous ne conseillons rien, nous expliquons juste ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons, mais en aucun cas ce que nos abonnés doivent faire ». Cette maxime que nous répétons à l’envi surprend parfois les nouveaux abonnés. Pourtant, une fois qu’on a compris notre ligne de conduite et admis le fait que nous fournissons principalement un travail de recherche et des analyses pour expliquer dans le détail pourquoi telle ou telle société correspond entièrement à nos critères, nous pouvons aller plus loin dans l’échange et le dialogue, d’investisseur à investisseur.

Il y a néanmoins un élément que nous n’aurions jamais soupçonné : c’est que « l’esprit daubasse » pourrait influencer certains de nos abonnés jusque dans leur carrière professionnelle…

C’est en effet ce que nous a expliqué notre ami Alex dont certains d’entre vous se souviennent sans doute lorsqu’il nous avait proposé, il y a trois ans, un article portant sur les obligations de dépôt d’offre.

Nous vous proposons ci-dessous, avec son autorisation,  l’échange de mail que nous avons eu avec lui, échange au cours duquel nous avons pu aborder divers aspects de l’investissement.  Nous vous en souhaitons une excellente lecture.

Hello les daubasses,

Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, membre du club il y a deux ans, j’avais écris un article juridique intitulé : « quand y a t’il obligation de dépôt d’offre publique en France ? ».
Alors étudiant en master de droit et de gestion, j’ai depuis avancé dans mes études. Et il faut dire que l’influence « daubasse » a été déterminante à plusieurs reprises.

En voici quelques exemples.

A la fin de ma double quatrième année, j’ai postulé auprès des masters 2 les plus côtés en droit des affaires.
Le meilleurs que je pouvais avoir était le M2 de droit des affaires et management de l’université Paris II – Panthéon-Assas, alors dirigé par le professeur Michel Germain, équivalent de Warren Buffet dans le milieu du droit des affaires.
Durant l’entretien de sélection, je sentais que ça n’allait pas passer. Et avant de partir, Michel Germain me dit : « Je vois sur votre CV que vous avez écrit un article pour les daubasses : qu’est ce que c’est ? »
Cela m’a permis de me lancer dans un pitch sur l’investissement dans la valeur et sur une comparaison analyse technique/analyse fondamentale (j’ai fait pas mal d’analyse technique et de forex durant mes années collège lycée, donc je maîtrisais un peu le sujet) qui a laissé le jury fortement impressionné.
En partant, j’étais sur à 99% que c’était bon. Ce qui m’a été confirmé le lendemain.

Six mois plus tard, je passais l’oral du barreau de Paris. Ayant (aussi) 4 ans d’étude de gestion derrière moi, j’ai choisi parmi les matières présentées comptabilité.
Manque de bol, je tire au sort, comme sujet principal de l’oral : »l’impôt sur le revenu ». Autant vous dire que c’était totalement hors du programme officiel prévu.
Je me débrouille tant bien que mal puis viens le temps des questions réponses. L’examinateur était assez sec et cassant, posant des questions qu’un « simple juriste » ne pouvait pas forcément connaître.
Mais l’une des premières questions qu’il me pose, dont je ne me souviens plus, me permet de placer que l’objectif de taux de la BCE est de 2%. Intrigué, il me demande comment je sais cela, ce qui me conduit a lui expliquer mon parcours boursier et donc les daubasses. Je lui raconte Benjamin Graham, Warren Buffet… Et pendant l’oral, il prend son portable, va sur votre site et vérifie ce que je dis.
A la fin de l’oral, il conclu en me disant : »aujourd’hui, j’ai appris quelque chose ». J’ai eu 15 ça paraît bas, mais vu la notation sèche, c’est une note plutôt élevée.

Enfin, durant ma cinquième année, l’une des épreuves phare que j’ai du passer était (encore) un grand oral avec jury extérieur sur un sujet de mon choix. J’ai donc choisi le sujet qui m’avait plusieurs fois porté bonheur : une analyse comparative des l’AT/AF.
J’ai eu la note maximale AAAA et surtout, une avocate qui faisait parti du jury m’a laissé sa carte. Montant son cabinet, elle m’a proposé de la rejoindre, ce que j’ai fait. Je suis désormais en stage chez elle.

Autant vous dire que participer, même de loin, à l’aventure daubasse m’a ouvert de nombreuses portes.

Avant d’être officiellement avocat, il me reste encore deux stages de 6 mois à effectuer : un à la Haye, avec une dominante en propriété intellectuelle, l’autre à Paris, en capital-investissement.

Je m’intéresse en effet au monde des start-up (j’ai lancé divers projets, notamment un journal étudiant en économie à diffusion nationale) et essaie d’orienter ma spécialisation juridique à la frontière des mondes de la bourse et des start-up

Cela me conduit à vous poser les questions suivantes :
– dans quelle mesure les contraintes/risques juridiques sont ils pris en compte dans l’analyse daubasse ? Sont-ils (et doivent-ils) pris en compte hors des provisions et autres techniques comptables réalisées par les entreprises elles-mêmes ?
– envisagez vous des pistes de recherches sur lesquels je pourrais réfléchir, pas forcément à court terme, afin d’améliorer l’analyse daubasse globale en prenant en compte des éléments juridiques ?

Si vous voyez d’autres sujets de réflexions auxquels je n’aurais pas pensé, n’hésitez pas à m’en faire part.

En attendant, je vous remercie pour tout ce que j’ai pu apprendre grâce à votre blog et reste à votre disposition pour tout complément.

Alex

Et voici notre réponse …

Bien sûr, nous nous souvenons parfaitement de vous ainsi que de l’article que vous aviez écrit.

Nous sommes en tous cas très heureux que l’approche « daubasses » vous ait permis de progresser dans votre vie personnelle. Votre aventure est passionnante.

Les contraintes juridiques sont prises en compte dans l’approche « daubasses » lorsque nous calculons la Valeur en cas de Mise en Liquidation Volontaire. Nous vérifions s’il n’existe pas de litiges hors bilan ou d’autres risques de responsabilité.

Néanmoins, il y a souvent le problème de valoriser ce « hors bilan » dans le cas où la direction ne chiffre pas les risques potentiels. Nous ne pouvons souvent que prendre connaissance de ce « hors bilan » et de conserver ces risques potentiels dans un coin de notre mémoire.

Parmi les pistes de réflexions permettant d’améliorer l’analyse d’une société, peut-être que les conflits d’intérêts entre les parties liées avec les actionnaires identiques aux diverses sociétés de sous-traitance pourraient constituer une axe intéressant.

Un autre aspect intéressant résiderait dans les abus commis par un actionnaire majoritaire au détriment des minoritaire comme le fait de s’accorder une rémunération en tant que dirigeant d’entreprises telle qu’il ne reste pas grand chose de la valeur créée pour les minoritaires.

Nous avons récemment vendu Taitron par exemple parce que nous soupçonnions des manœuvres de ce genre. Par exemple, si, sur une période de plusieurs années, la rémunération des dirigeants-actionnaires majoritaires est largement supérieure à l’Ebitda de la société, il faudrait pouvoir analyser quels pourraient être les recours des minoritaires. Ou comment bloquer des risques de dilutions excessives faites au profit de quelques amis : nous avons connu le cas avec First Farms, une entreprise agricole danoise qui avait émis un prêt obligataire convertible à des conditions intéressantes mais dont les montants minimum à souscrire faisaient qu’il ne pouvait être réservé qu’aux actionnaires majoritaires ou à des institutionnels mais pas au petit porteur qui aurait investi 10 ou 20 000 euros dans la société.

Excellente journée

L’équipe des daubasses selon Benjamin Graham

 

 

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