Question des lecteurs : pourquoi utilisez-vous pour vos analyses « seulement » le dernier rapport ?

Cette semaine, nous répondons à une question de notre abonné Adrien que nous avons reçue par mail :

Bonjour les daubasses,

Je suis membre depuis le début du mois, tout d’abord félicitation et merci pour le super-boulot effectué.

Je commence doucement à me familiariser avec le value investing. J’ai encore beaucoup de boulot, avant de le maitriser. Et j’avais une question à ce propos (auquel vous avez surement répondu, mais je n’ai pas trouvé).

J’ai remarqué, que lors de vos analyses, vous vous basez toujours sur le dernier rapport financier (annuel, trimestriel…) ? Vous n’utilisez pas des rapports antérieurs.

Cordialement,
Adrien


Et voici notre réponse :

Bonjour Adrien,

Merci pour vos compliments qui sont moteurs de notre motivation.

Oui, vous avez raison. Pour nos analyses de net-net et de net-estate, qui sont fortement majoritaires dans nos investissements, nous n’utilisons que les derniers rapports, effectivement.

Dans ces deux catégories, notre but est d’acheter des actifs tangibles décotés. Seul nous importe le passé le plus récent possible correspondant à la réalité financière de la société la plus proche du présent. Le passé, « plus lointain » dirons-nous, ne nous semble pas utile. Nous ne nous interdisons pas de regarder ce que la société a fait par le passé, mais comme la société côte sous ses Actifs Nets Tangibles, il est plus que probable que le passé « plus lointain » sera plus brillant que le passé le plus récent…. ce qui pourrait psychologiquement engendrer un biais positif et minimiser les points négatifs du présent, eux, bien réels.

En fait, lorsque les chiffres de la société cotée correspondent au process, le plus gros du travail est fait et c’est donc blanc ou noir, dans le sens où le titre correspond à nos critères ou il ne correspond pas. Quand le titre de la société cotée correspond donc à nos critères chiffrés, le principal objet de l’analyse est d’être à la recherche d’un problème qui n’apparaît pas dans le bilan : une dette inscrite en hors-bilan, un litige, voire des litiges ou autres engagements financiers « cachés ». Le second objectif de nos analyses est de donner une valeur minimale à la société en cas de liquidation volontaire (la VMLV pour la Valeur de Mise en Liquidation Volontaire) et donc si le management décidait de vendre l’entreprise plutôt que de continuer ses activités. Vous comprendrez alors facilement que, pour avoir l’esprit objectif le plus objectif possible, un beau passé, avec l’envie que cela redevienne plus beau qu’au présent peut parasiter l’analyse qui se veut la plus proche de la réalité économique actuelle de l’entreprise et qui tente de comprendre et d’estimer ce qu’elle vaudrait dans le pire des cas, soit en cas de liquidation volontaire… une des dernières issues avant la faillite.

En ce qui concerne notre catégorie RAPP – pour Rentabilité A Petit Prix -, analyse un peu plus rare, nous utilisons des données sur un historique de 7 années. Même si le prix est « petit », nous payons pour une certaine rentabilité, nous voulons donc nous assurer sur plusieurs points d’une certaine continuité signifiante dans la gestion par la direction des coûts par exemple, ou dans l’évolution du nombre d’actions en circulation pour vérifier si la dilution n’est pas excessive dans le temps, voire aussi la solidité du bilan, voire, enfin, la création de valeur pour l’actionnaire et la rentabilité. Tout cela est chiffré et bien défini pour ne pas laisser de la place à l’interprétation et ne pas se laisser impressionner par le trois pièces extrêmement bien coupé du CEO ou par un discours vous promettant monts et merveilles… très actuels.

L’important dans tout cela étant d’essayer d’avoir une idée la plus objective et la moins parasitée possible par n’importe quel évènement ou autre. La chose la plus importante que notre expérience d’investisseur nous a appris, c’est que nous sommes extrêmement faibles psychologiquement (cf. notre série sur la psychologie de l’investisseur). A partir du moment où nous avons compris que nous ne pouvions rien changer en nous, l’élaboration d’un process défini qu’il faut appliquer devient une véritable merveille en tant qu’outil pour investir. Et on comprend d’autant mieux notre faiblesse psychologique quand on a juste du mal à « simplement » appliquer le process. Un élément qui n’entre pas en compte normalement est capable d’insinuer le doute en nous.

Nous espérons avoir répondu à vos questions Adrien.

Bien à vous,

L’équipe des Daubasses

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