L’investissement en Daubasses… un placement sans aucun risque ?

Nous vous proposons une nouvelle série pour suivre un investisseur débutant : Yannick.

Cette chronique présente plusieurs intérêts. Elle permet de suivre avec humour le cheminement d’un investisseur relativement « junior » qui investit en daubasses avec un portefeuille modeste (quelques milliers d’euros) au fil du temps : son approche, ses joies, les gains, les pertes, ses espoirs, bref, toutes sortes d’émotions !

Bonne lecture.


Dans ma première chronique, je m’étais présenté et avais expliqué comment j’en étais venu à investir en étant abonné aux Daubasses… Je ressors une phrase qui fera pleinement transition aujourd’hui : « Ainsi, fin 2014, me voilà un confiant abonné ! (tellement confiant que je me dis souvent que c’est louche… qu’il doit bien y avoir un risque « macro-économique », et donc tapi dans l’ombre, à cette méthode… mais je n’en vois pas… Je vais continuer à chercher tout de même). »

Fils de parents enseignants, et ma famille ne comportant que très peu d’entrepreneurs, autant vous dire que j’ai été éduqué/programmé avec l’idée omni-présente « Oulala, ne prend pas de risques » !

Aaaah ! Le risque… Je me rappelle qu’une des nombreuses choses qui m’a attiré vers les Daubasses c’est un des préceptes de maître Ben (Graham, pas Kenobi) : Veiller à ne pas perdre d’argent. On connait mieux la phrase attribuée à Warren Buffet « A la Bourse, il y a deux règles fondamentales à respecter. La première est de ne pas perdre, la seconde est de ne jamais oublier la première ».

Alors finalement, l’investissement en Daubasses, est-ce vraiment un placement sans risque ?

Laurent Muller a écrit un article sur le sujet également. Je ne reviendrai donc pas sur ce qu’il a présenté de façon pertinente (notamment, en lien direct avec mon introduction : le risque de ne rien risquer !).

Pour ma part, au risque de « spoiler« , je n’en vois pas… c’est justement ce qui m’a poussé à écrire cet article.

Je vous épargne le grand classique : « Il n’y a pas de secret en la matière : bien souvent, plus le risque est élevé, plus la rémunération est grande » qui ne signifie pas grand-chose mais qui est claironné à qui veut l’entendre (à l’inquiet qui n’investira jamais ou au téméraire qui se fera plumer).

Soulignant cette inquiétude de ne pas voir de risque 🙂 (suis-je à ce point aveugle ?), j’ai posté en 2017 une question sur le premier article du blog datant du 14 novembre 2008 car les daubasses écrivaient : « Aujourd’hui, il semble que ces opportunités disparues fassent leur réapparition…« . Fort de mon inquiétude, et trouvant ainsi cette phrase ambiguë, j’ai donc demandé pourquoi ces opportunités avaient disparues ? Était-ce dans le sens « De mémoire de dinosaure, on en avait plus vu » ou dans le sens « Galère de trouver des occaz’ en ces temps de surcote généralisée ! » ? Intuitivement et, cf. leur réponse, c’est plutôt la seconde option. « Plutôt » car nous n’avons pas de boule de cristal…

La notion de « risques », qui est un terme lourdement connoté de facteurs humains, est fortement atténué lorsqu’on emploie à la place le terme neutre de « probabilités ». On pourrait vouloir contrebalancer positivement en parlant aussi de « chances »… mais d’autres biais psychologiques pointeraient le bout de leur nez. Le terme d’« Avantage statistique » n’est donc pas choisi au hasard.

Indubitablement, pour le coup, la notion de probabilité est liée à la notion de temps qui défile. Donc pour être honnête, il me faut plutôt écrire : je ne vois pas de risques sur le long terme.

D’ailleurs, me demande-je, que dit l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) ? Cela tombe bien, il y a un article sur ce sujet. Par déontologie, je présume, ils introduisent le classique « En Bourse, aucun rendement ne peut être garanti ».  Mais ils pondèrent dès le départ par « Investir en actions, c’est accepter un certain risque, mais c’est aussi, sur la durée, un potentiel de rendement intéressant. » (Notons qu’ils ajoutent le mot « potentiel » au cas où…).

Ils ressortent d’ailleurs un graphique (ci-dessous) permettant de prendre du recul et résument bien l’idée par « un rendement peut fluctuer fortement d’une année à l’autre » & « le rendement moyen des actions sur le long terme est supérieur à celui des obligations et du marché monétaire ».

Ceci leur permet d’introduire (de même source) un autre graphique :

On y constate que, certes, la durée réduit le risque de pertes mais réduit aussi le « risque » de gains. Ils concluent par « Le temps joue donc pour les investisseurs. Les hausses de la Bourse compensent les baisses et les placements en actions, à condition qu’ils soient correctement diversifiés, rapportent plus en moyenne que les placements moins risqués. ».

Cette phrase me fait penser tout de suite à une autre phrase classique que j’ai souvent entendue chez les plus âgés : « Mouais… crois-moi la bourse c’est bien gentil mais on a investi il y a 30 ans et on n’est pas de devenu millionnaires. Heureusement aujourd’hui on n’a ni gagné ni perdu ! ». Outre les aspects que Julien Delagrandanne aborde très clairement dans son livre « Investir en bourse… » (à savoir qu’il ne faut pas confier son argent à des tiers car pour attirer les clients ils ne visent pas de bonnes performances sur le long terme mais des sur-performances sur le court terme, sans évoquer la suite moins reluisante…), je trouve intéressant que ce morceau choisi et ce graphique pointent du doigt la problématique de minimiser les pertes tout en maximisant les gains. C’est justement l’objectif premier d’un investissement en Daubasses.

La Commission des valeurs mobilières de l’Ontario (ça ne s’invente pas !) explique la même chose que l’AMF et ajoute un petit complément : « N’essayez pas de prévoir le comportement du marché ». Oh ?! Ça me rappelle encore quelque chose.

Bon. A ce stade, je suis toujours inquiet… de ne pas m’inquiéter. Le risque de liquidité est géré dans le process, de même que le risque de perte en capital (marges de sécurité notamment). Le risque de faillite l’est aussi grâce à l’avantage statistique et la diversification « naturelle », en plus du suivi de la solvabilité des entreprises et le risque de change a fait l’objet d’un article sur le blog… Mince…

Ah mais : « Les rendements passés ne présument pas des rendements futurs »… Ok, je repars de cette phrase pour relancer mes réflexions : se peut-il donc, même si on ne l’a jamais vu, que pendant 10, 20, 30… ans les performances stagnent (voire pire) ?

Je n’y crois absolument pas du fait d’une déformation professionnelle : de manière générale, en sciences, on a affaire à des « flux » et des « efforts » (voire les ouvrages d’Oliver Maurice sur la méthode de Gabriel Kron). On retrouve ces notions dans les graphes de liaisons. Un effort, une force, s’applique en un point (une tension électrique, un couple en mécanique, une pression en mécanique des fluides, une température en thermodynamique…) et un flux est la « résultante » par déplacement de matière d’un point vers un autre (respectivement : un courant électrique, une vitesse, un débit/courant, un flux entropique…). Je veux en venir au fait que lorsqu’on parle de « flux » en économie, en finance, il me semble, peut-être de façon simpliste, que des échanges d’argent à travers le monde se font du fait de l’application d’« efforts » ou, pour faciliter la compréhension, de « différences de potentiels ». En somme : de différences de richesses entre 2 parties où que ce soit dans le monde, d’échanges commerciaux, etc… L’Homme est tellement avide de cette dynamique qu’il en vient même à créer inconsciemment des choses comme le Bitcoin ou autre moyen alternatif de spéculation pour toujours plus de « chaud / froid ». Je crois donc profondément que cela ne s’arrêtera jamais tant que la vie existe. Allez ! Une telle philosophie de comptoir mérite bien une petite bière !

Que cela ne s’arrête jamais c’est bien beau mais, sur le principe, cela peut stagner pendant quelques années ou décennies tout de même. Possible. Il faudrait un grand coup d’arrêt à la frénésie humaine et je pense alors que nous aurons d’autres chats à fouetter. Ceci dit, c’est tout de même un risque plausible même s’il devient hors sujet.

En creusant encore, je vois peut-être un risque mais en est-ce vraiment un… ? Cela repose davantage sur une perception qui n’engage que moi que sur un fait avéré, chiffré. Il s’agit de risquer à se constituer un portefeuille de Daubasses uniquement à l’aide d’un PEA… C’est en fait un point socio-culturel : à mon sens, la mentalité Anglo-saxonne, et qui plus est Nord-Américaine, implique un dynamisme et une capacité à se redresser des échecs que l’Europe (et surtout la France) ne possède pas. Cela se ressent dans les entreprises. Je pense à une interview de Steve Jobs en 1984. Il me semble (mais je n’ai pas retrouvé trace) que c’est dans ce même contexte que Steve Jobs demandait aussi à François Mitterrand quelle était la différence entre une Maman Américaine et une Maman Française lorsqu’elles regardent leur enfant jouer dans un parc et se faire mal… ?

Steve expliqua : la Maman Américaine dit à son enfant « C’est pas grave mon chéri, ça arrive, tu vas y arriver, recommence… ». La Maman Française, quant à elle, dit à son enfant : « Tu vois ! Je te l’avais dit que tu allais te faire mal ! ». Signifiant par là que, non, malgré nos informaticiens de talents, la France ne deviendrait pas la « Silicon Valley » Européenne. Je vous invite d’ailleurs à lire sur ce sujet le livre de Charles Pépin « Les vertus de l’échec » (il se lit très facilement). Ainsi, pour moi, créer un portefeuille de Daubasses en se passant des marchés Américains, c’est se tirer une balle dans le pied. Globalement, mon portefeuille est investi entre 30 et 50% en USD et CAD. Et lors de chasses à la daubasse personnelles, clairement, le marché américain est celui qui recèle le plus d’occasions. Cela bouge vite, en bien, comme en mal, mais au moins on est fixé relativement rapidement ! Je pense par exemple que la règle de conserver une Daubasse pendant 5 ans avant de s’en débarrasser si l’investissement n’a pas porté ses fruits pourrait être revu à la hausse dans le cas d’une société Française. Son réveil (ou sa décadence) vont être bien plus lents à se concrétiser. Mais 5 ans, c’est déjà long…

Alors finalement ce dernier aspect est plus un manque à gagner qu’un véritable risque de pertes. Donc en théorie je ne vois que des risques très limités à investir selon les Daubasses de Benjamin Graham. En « théorie » ? Mais c’est peut-être là finalement que se trouve la réponse : et qu’en est-il de la pratique ? Oui, là je trouve plusieurs risques… un début de liste non exhaustive :

    • Le risque de se faire mettre dehors par Madame (Monsieur ? Cela doit bien exister des Dianes Daubassiennes…) qui en a marre de voir sa moitié passer ses soirées à la chasse de Daubasses récalcitrantes.
    • Le risque de se fatiguer, de se lasser… c’est long quelques décennies…
    • Le risque, pour une raison ou pour une autre, de ne plus pouvoir profiter des conseils des Daubasses et de ne pas être capable de se débrouiller tout seul.
    • Le risque de trop grande confiance en soi et de faire de plus en plus d’entorses au process en se croyant plus futé.

Au final, le point commun c’est que le risque principal c’est : soi-même (cf. toute la série d’articles des daubasses consacrée à la Finance Comportementale). C’est donc pour l’essentiel une question de choix, d’acceptations et de renoncements. Ouf ! Je suis rassuré ! J’ai trouvé des points sur lesquels m’inquiéter. Il s’agit de rester vigilant !

Je vous invite – en commentaires – à partager vos sentiments, appréhensions face à la méthode des Daubasses. Que craignez-vous ?

Pour terminer, voici pour l’aspect « chiffres personnels », j’ai obtenu les rendements suivants via mon portefeuille (dividendes et taxes incorporés)  :

  • -2.96% sur le mois de décembre 2014
  • +8.85% brut en 2015 (7.69% net d’impôts)
  • +20.73% en 2016 (19.22% net d’impôts)
  • +17.86% en 2017 (15.24% net d’impôts)

Au 20 janvier 2018 :

  • Le rendement de « mon » portefeuille de 31 sociétés est de +2.6% sur 2018.
  • Le rendement total depuis la création est de +54.3% brut (48.4% net).
  • Côté devises principales environ : 50% en euros, 35% en dollars et 9% en livres sterling.

Enfin, sur 24 sociétés vendues pour l’instant : 20 en gain (dont 5 baggers), 4 en perte et 54.3% de rendement « effectif » (~4 000€).

Yannick

5 réflexions au sujet de « L’investissement en Daubasses… un placement sans aucun risque ? »

  1. Bonjour,

    Merci à vous et à Yannick pour ces enrichissantes réflexions.

    On pourrait sans doute ajouter que, pour optimiser la gestion du risque à ces niveaux stratosphériques des places américaines et alors que que l’on assiste à une arrivée massive de néophytes sur les marchés (élément à prendre très au sérieux), la constitution d’une quantité croissante de liquidités paraît indispensable.

    M. Buffet et les Daubasses ne s’y trompent d’ailleurs pas, à en juger par les nouvelles du magnat américain et les dernières chroniques publiées sur ce blog.

    1. la constitution d’une quantité croissante de liquidités paraît indispensable.

      Oui et non. En tout cas, en ce qui nous concerne.

      Comme expliqué dans le rapport de gestion d’octobre 2017, la part croissance des liquidités au sein du portefeuille est une résultante du process, du fait :
      1/ d’achats de moins en moins fréquents, car les opportunités se font rares sur le marché ;
      2/ une accélération des ventes, car le marché se montre plus généreux dans ses valorisations et se rappelle plus rapidement qu’il a oublié quelques valeurs (les daubasses) sous le tapis et les revalorise à une valeur qui a un peu plus de sens en réduisant fortement les décotes, auparavant excessives.

  2. Bonjour StevInvest,

    Oui tout à fait. Bonne remarque ! Il y a pas mal de garde-fous lorsqu’on respecte le process et je n’ai pas pensé à citer celui-là : la constitution automatique d’une réserve en liquidités.

    Je me dis que sans doute n’y ai-je pas pensé parce que finalement cette protection au risque est une conséquence du process : lorsque les occaz décroissent c’est que le marché monte… et si le marché monte alors on vend plus et les liquidités augmentent en prévision de la prochaine braderie.

    Merci !

    Yannick

  3. bonsoir tout le monde!

    En ce qui me concerne, l’indicateur le plus fiable d’un marché cher est que…
    … je m’ennuie!
    je n’arrête pas de vendre mais ne trouve pas grand chose à acheter. C’est assez peu stimulant tout ça.
    Que voulez-vous, déjà gamin quand je m’ennuyais ça finissait par craquer! ^^

  4. Bonjour,

    Petite réflexion du jour :
    Je suis en train de me dire (avec la petite chute des bourses depuis 15 jours – et non pas « mini krach » comme il est racolé ici et là) que posséder des sociétés Francophones est sympathique tout de même…

    J’ai l’impression (j’insiste sur « impression ») que ces sociétés, grâce à leur inertie, permettent de compenser le dynamisme (ce coup-ci en négatif) des sociétés Américaines.

    Dans l’article, je pointais du doigt le fait que se passer du dynamisme des sociétés Américaines était « se tirer une balle dans le pied »… mais je souhaite pointer aujourd’hui une hypothèse qui est que les sociétés Francophones (et de quelques autres pays Européens) permettent potentiellement de limiter la baisse globale du portefeuille.

    Certes j’enfonce sans doute une porte ouverte en parlant ici d’un élément de diversification mais…

    Bon dimanche !

    Yannick

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