La discipline : une des clefs de l’investissement

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Ce n’est pas facile de se créer une approche d’investissement et un process qui correspondent à un ensemble de critères propres à chaque investisseur : durée de placement, appétence pour le risque perçu (volatilité), univers d’investissements (taille des entreprises et horizon géographique), style de gestion (croissance / valeur), … Partons donc du principe que vous avez réussi à définir votre propre process : Process = OK.

Mais une fois cette étape franchie, qu’est-ce qui différencie l’investisseur qui réussit à long terme de l’investisseur, soi-disant, malchanceux ?

Discipline

C’est simple : sa discipline.

Nous répéterons ce mot peut être une dizaine de fois dans cet article pour être sûr que le lavage de cerveau fonctionne à plein et que le message passe – et parfois reste – dans le plus grand nombre possible de cervelles.

Si l’approche daubasse est facilement duplicable (après tout, ce ne sont que des ratios assez simples que nous calculons pour définir nos marges de sécurité), elle est dans les faits peu utilisée. Car l’élément manquant à de nombreux investisseurs réside dans l’application stricte, bête et méchante dans la durée d’un process. Même si dans la théorie tout le monde trouve que l’idée d’acheter des actifs qui valent 2 EUR pour 1 EUR, voire moins, et parfois avec des bénéfices, est une idée excellente, une fois qu’il faut passer à l’acte et acheter ces daubasses, il y a moins de candidats. Curieux…

Serait-ce parce qu’on est dans l’univers de l’argent et que cela touche une fibre particulièrement sensible du cerveau des individus ? Possible. Et le : « Pourquoi est-ce que je vais acheter cette mer** alors que l’action Apple vaut 12x ses bénéfices et que la presse financière n’en dit que du bien ? ». Questions légitimes.

Et bien tout simplement parce qu’en faisant comme les autres, vous obtiendrez un résultat identique aux autres. Ceci est valable dans tous les domaines de la vie : performance sportive, hygiène de vie, prospection commerciale, progression de carrière, épanouissement social, …

Adopter une approche atypique, même si vous savez que c’est une approche qui fait sens, pose (presque) toujours problème car c’est se mettre dans une zone d’inconfort. Et le risque est alors très élevé qu’à la moindre déconvenue l’émotion prenne le dessus : « qu’est-ce que je fais avec cette entreprise pourrie en portefeuille ? ». Et là nous répondons : discipline.

Prenez du recul. Repensez à votre approche.
Est-ce qu’elle vous correspond ? (oui / non). Statistiquement et fondamentalement, est-ce que c’est un style d’investissement qui vous rassure et qui vous permettra de générer une performance confortable à long terme ? (oui / non).

Si vous répondez deux fois à « oui » à ces questions, et bien arrêtez de remettre en cause systématiquement les décisions issues de votre process et appliquez-les, quoi qu’il arrive. C’est la discipline de l’investisseur, surtout dans ses moments de doute, qui vont lui permettre de se créer un véritable atout maître dans la constitution d’une performance durable à long terme de son portefeuille.

Ne vous laissez pas perturber par un environnement boursier qui va de mode en mode. Restez disciplinés !

L’importance de travailler sa discipline est due au fait que nous ne somme pas programmés instinctivement pour investir sur des sociétés en difficulté. Au contraire, on est plutôt attirés par des sociétés qui fonctionnent bien, dont tout le monde parle, car connues et dont la performance vue dans le rétroviseur est époustouflante… et ce qui fait croire que la performance future sera elle aussi époustouflante ! Ce qui n’est… qu’une supposition.

La manuel pratique : comment rester discipliné ?

Voici quelques astuces.
Il est facile de travailler sa discipline en tenant par exemple un petit journal pour chaque société vendue. Vous aurez remarqué que c’est ce que nous faisons dans chaque lettre mensuelle quand il y a une vente dans notre portefeuille, nous revenons sur cette vente, nous parlons d’abord de l’achat, des renforcements éventuels, puis de la vente, des difficultés rencontrées et des hasards heureux ou malheureux qui nous ont fait gagner un peu plus ou un peu moins. Nous voyons enfin si nous avons fait une erreur quelque part et nous la relatons si c’est le cas. Nous réfléchissons ensuite s’il est possible de corriger une erreur plus largement au niveau du process. C’est assez rare mais cela arrive de temps en temps. Car il n’est pas évident de partir d’un cas isolé pour modifier de façon systématique un process. Mais parfois une tendance à la même erreur peut émerger.

Même si cela est possible, et est plus facile, de ne pas se poser cette question – et donc ne pas remettre en cause ses échecs – c’est se priver d’un puissant levier d’amélioration de son process et être certain de répéter des erreurs que l’on peut éviter. Ce petit travail constitue selon nous un investissement rentable à long terme.

Au niveau individuel, vous n’êtes pas obligé de rédiger un texte de plusieurs pages (comme nous). Vous pouvez très bien fonctionner sur 3-4 questions et 3-4 sous-questions dans un fichier Excel, où votre réponse peut-être oui ou non avec un petit développement quand c’est « non » pour expliquer le pourquoi vous n’avez pas suivi votre process.

Par exemple, question principale : « Ai-je suivis mon process à l’achat ? » + sous-question : « est-ce que le potentiel de mon achat était supérieur au potentiel moyen pondéré de mon portefeuille ? »

Autres exemples.
Question principale : « Ai-je suivi mon process à la vente ? ». Autre question principale : « Est-ce que j’aurasi pu améliorer quelque chose sur ce trade ? » + sous-question : « Est-ce que cette amélioration peut être généralisée et servir à tous mes autres trades et intégrer mon process ? », … A vous de définir vos propres questions.

N’oubliez pas, enfin, qu’il est important de travailler sa discipline car chaque trade génère du regret sur le moment et dans les deux sens : quand vous venez de vendre un bagger (gains > +100%) comme lorsque vous devez prendre une perte. Car sur un gain tout investisseur en aurait voulu encore plus – pour profiter de la dynamique haussière qui continue parfois en dehors de toute rationalité sur le titre que vous venez de vendre ! – et sur une perte, il est certain qu’il aurait pu perde moins…

Et les regrets étant systématiques sur le moment, votre petit journal vous permet de vous juger plus objectivement et surtout de comprendre quelques jours après ce trade, voire quelques semaines plus tard, que si vous avez suivi votre process vous n’avez rien à vous reprocher, et ceci qu’il soit perdant ou gagnant, puisque vous avez compris qu’une performance positive en bourse à long terme est une série de gains supérieurs à votre série de pertes.

Finalement, seul compte le suivi de son process qui, appliqué avec discipline et rigueur, permet d’augmenter la probabilité des gains (en quantité et en valeur) tout en essayent de réduire les pertes (idem : en fréquence et en montant).

 

Pour approfondir le sujet, nous vous proposons de (re)lire les articles complémentaires suivant :

Investir dans la valeur, un exercice facile : il « suffit » d’acheter sous la vraie valeur

Pourquoi n’y a-t-il pas de titres connus dans notre portefeuille ?

Les daubasses ? Des investisseurs simplets ou des investissements en toute simplicité ?

Sur le désintérêt des investisseurs pour l’investissement « dans la valeur »

Pourquoi nous investissons dans des daubasses

2 réflexions au sujet de « La discipline : une des clefs de l’investissement »

  1. Hi Daubasses,

    Assuming we have an quantitative investment process (eg. Net Net or VANE), how do we balance between
    1. The market may be « over-valued » (since as per our investment process, nothing fulfills our criteria, so we should not buy anything), but in fact the market is still not over-valued.
    eg. In 2010, net-nets have started to disappear. At this point of time, how do we know if we should be on cash position or tweak our process to a new one like VANE?

    2. Adapting to the market (like what you guys have done by moving from Net Net to VANE)

    Thank you!

    1. Bonjour Jx,

      Merci pour votre message.

      En fait, nous ne faisons pas de timing de marché. C’est notre process qui nous dicte nos achats et nos ventes. C’est mécanique.
      Et actuellement, le marché semble cher puisque nous vendons un petit plus que nous achetons. Car :

      1. les actions en portefeuille atteignent leur objectif de cours et sont donc vendues ;
      2. nous les remplaçons par de nouvelles opportunités, mais elles sont moins nombreuses.

      Donc, nos liquidités semblent augmenter (aujourd’hui 30% du portefeuille) avec la cherté des marchés. Et cela se fait tout seul.
      En cas de forte volatilité, il n’est pas exclu que nous soyons rapidement investis à 100%.

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