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A vous la parole : Quand y a-t-il obligation de dépôt d’offre publique (OPA ou OPE) en France ?

Dans cette rubrique, nous vous laissons la parole, à vous, ami(e) lecteur(trice). Cette rubrique est la vôtre : n’hésitez pas à nous proposer des textes de votre choix traitant de l’investissement au sens large.

Aujourd’hui, nous publions un article qui nous a été proposé par Alexis Dana, un de nos fidèles abonnés.  Alexis est étudiant en double master de droit des affaires et de gestion.  Il nous a très aimablement demandé si nous étions intéressés par la rédaction d’un article portant sur son domaine de compétence.  Nous avons vu là une possibilité de répondre à une question souvent posée par ses abonnés : Quand y a-t-il obligation de dépôt d’offre publique en France ? Voici sa réponse …

Pour répondre à une telle question, et de façon générale, pour répondre à une question concernant le droit, la première chose à faire est d’aller chercher la source de ce droit qui est généralement le texte de loi. En l’espèce, le texte de référence est l’article L433-3 I du Code Monétaire et Financier (CMF), qui dispose que :droit des sociétés cotées

« Le règlement général de l’Autorité des marchés financiers fixe les conditions dans lesquelles toute personne physique ou morale, actionnaire d’une société dont le siège social est établi en France, et dont les actions sont admises aux négociations sur un marché réglementé d’un Etat membre de l’Union européenne ou d’un autre Etat partie à l’accord sur l’Espace économique européen, agissant seule ou de concert au sens de l’article L. 233-10 du code de commerce, venant à détenir, directement ou indirectement, plus des trois dixièmes du capital ou des droits de vote, ou détenant, directement ou indirectement, un nombre compris entre trois dixièmes et la moitié du capital ou des droits de vote et qui, en moins de douze mois consécutifs, augmente sa détention en capital ou en droits de vote d’au moins un cinquantième du capital ou des droits de vote de la société, est tenue d’en informer immédiatement l’Autorité des marchés financiers et de déposer un projet d’offre publique en vue d’acquérir une quantité déterminée des titres de la société. A défaut d’avoir procédé à ce dépôt, les titres détenus par cette personne au-delà des trois dixièmes ou au-delà de sa détention augmentée de la fraction d’un cinquantième susmentionnée du capital ou des droits de vote sont privés du droit de vote. »

Arrivé à ce niveau du texte, je me retourne et… je constate que nous avons presque perdu la moitié de nos lecteurs. Pas de panique, une fois que vous aurez fini de lire cette explication, vous constaterez que vous pourrez relire le charabia ci-dessus avec une facilité déconcertante. Que dit l’article L433-3 I du CMF ? Plusieurs choses.

OPA législationD’abord, il précise quand existe une obligation de dépôt d’offre publique, distinguant deux cas. D’une part, lorsque la détention du capital ou du droit de vote dépasse le seuil des 30% (50% sur Alternext, mais ce n’est pas dans l’article). D’autre part, lorsque détenant déjà plus de 30% du capital ou du droit de vote, il est procédé à l’acquisition de 2% (en plus) du capital ou du droit de vote dans un espace de temps inférieur à un an. Ainsi, un actionnaire possédant 35% du capital et qui en trois mois rachète 4% du capital supplémentaire va se trouver, sauf exception, dans l’obligation de déposer une offre publique. Le prix proposé doit être au moins égal au prix le plus élevé payé par l’auteur de l’offre au cours des douze derniers mois.

Les esprits les plus retors auront déjà commencé à réfléchir sur le moyen de contourner les obligations précédemment évoquées. On pourrait notamment penser à s’arrêter au seuil de 29,5% en demandant à son frère, son beau-frère, éventuellement au poisson rouge, d’acheter chacun 2% du capital et ainsi dépasser allègrement et sans contraintes le seuil fixé par le législateur, tout en gardant un pouvoir certain lors des assemblées générales d’actionnaires et dans le fixation de la politique de la société. Mais ce dernier à prévu des remparts et c’est pourquoi l’article L433-3 I précise «une personne, physique ou morale, agissant seule ou de concert ». Ainsi, même si l’on possède 29,5% du capital mais que le beau-frère avec lequel on décide des actions que pourrait mener la société en détient 2%, notre groupement, qui vient de dépasser les 30% et détient désormais 31,5% (29,5%+2%) du capital devra solidairement déposer une offre publique. Evidemment, les sommes en jeu étant considérables, même pour des sociétés cotées de « faible » capitalisation, ce genre de contraintes concerne plus des sociétés que des particuliers.

obligation d'offre publique d'achat

Mais pourquoi cette obligation de dépôt d’offre publique ? Par les contraintes posées, que l’on peut rapprocher des obligations de déclaration de franchissement de seuil (obligation de déclarer lorsque le seuil de 5, 10, 15% etc. du capital est franchi, à la hausse comme à la baisse) le législateur entend lutter contre les prises de contrôle « rampantes », qui consistent à acquérir par petit paquets, discrètement et progressivement, les titres d’une société jusqu’à en prendre le contrôle, au détriment des actionnaires minoritaires, moins biens armés et informés que les investisseurs institutionnels, les zinzins. A ce souci d’égalité des actionnaires s’ajoute une volonté de transparence du marché.

Quelles sont les sociétés visées concernées par cette obligation de dépôt d’offre publique obligatoire ? Deux critères sont posés. D’une part la société visée doit avoir son siège social en France : elle doit être considérée comme domiciliée en France. D’autre part, ses actions doivent être « admises aux négociations sur un marché réglementé d’un Etat membre de l’Union européenne ou d’un autre Etat partie à l’accord sur l’Espace économique européen ».

Lorsque les contraintes et obligations ne sont pas respectées, les titres ayant permis de dépasser le seuil en question ne sont pas comptabilisés dans le calcul des droits de vote. Concrètement, cela signifie que l’investisseur qui a dépensé une certaine somme afin d’atteindre une force relative dans le pouvoir politique de la société se voit privé de cette force.

Des dérogations à l’obligation existent. On pourrait faire le parallèle avec un radar posté sur une autoroute : la vitesse limite ne peut être dépassée, mais avec une bonne justification (véhicule de secours…), il est possible d’obtenir une annulation de l’amende payée. De même existent des dérogations à l’obligation de dépôt d’offre publique, contrôlées par le gendarme de la bourse, l’autorité des marchés financiers (AMF), qui va pouvoir dans certaines situations permettre le non-dépôt d’une offre publique. Tel est le cas lorsque le franchissement de seuil est dû à des conditions particulières, comme un héritage ou une fusion. Reprenons l’exemple précédent. Si l’on possède 29,5% du capital et qu’un cousin très éloigné nous lègue 4% de ce capital, il sera possible de demander une dérogation à l’AMF afin de n’avoir à déposer une offre publique.

Evidemment, il n’est pas possible de rentrer dans les détails et la complexité des calculs de seuils qui sont encore aujourd’hui matière à controverse tant pour les juges qu’au sein de la doctrine juridique. Mais les principes de base ont été posés. Désormais, il ne vous reste plus qu’à relire l’article L433-3 I du CMF et à bien en apprécier chaque mot et expression.

 

A vous la parole : « Beating the street »

Dans cette rubrique, nous vous laissons la parole, à vous, ami(e) lecteur(trice). Cette rubrique est la vôtre : n’hésitez pas à nous proposer des textes de votre choix traitant de l’investissement au sens large.

Après un premier article de Michael, nous en publions aujourd’hui un autre proposé par Ben qui anime Bourseensemble, un blog pour débuter en bourse avec des résumés de livres sur les investissements financiers, des démarches et conseils pour réussir en bourse !

Parmi les challenges que s’est fixé Ben pour l’année en cours, il y a celui de lire 20 livres sur les placements financiers et de fournir une synthèse et critique pour chacun d’eux.

C’est dans ce cadre qu’il nous propose le résumé du best-seller de Peter Lynch : Beating the Street

 

Description de produit

 

Développer une stratégie d’investissement gagnante avec les conseils experts du “gestionnaire financier aux USA”.

 

La stratégie “investis dans ce que tu connais” de Peter Lynch est une référence pour les petits et grands investisseurs.

 

D’après Peter Lynch, une des clés pour investir est de se rappeler que les actions ne sont pas des tickets de loterie. Il y a une entreprise derrière chaque action et une raison qui explique pourquoi les entreprises et leurs actions se comportent comme elles le font. Dans ce livre, Peter Lynch nous montre comment devenir un expert sur une entreprise et comment on peut élaborer un portfolio rentable d’investissement, basé sur notre propre expérience et recherches. Il n’y a aucune raison qu’un investisseur individuel ne puisse pas égaler l’intelligence des experts, et ce livre nous montre comment faire.

 

Dans “Beating the street”, pour la première fois Lynch:

 

  • Explique comment concevoir une stratégie de fond commun de placement
  • Montre comment il s’y prend pour faire du stock picking, étape par étape
  • Décrit comment un investisseur individuel peut améliorer les performances de ses investissements pour rivaliser avec les experts des clubs d’investissement.

 

Résumé

 

Introduction

Les obligations ne valent pas le coup! Pour espérer avoir plus d’argent demain qu’aujourd’hui, il est conseillé de placer ses économies sur les actions, et principalement les actions ordinaires et non pas sur les obligations. En faisant cela, on a six fois plus de chance de faire mieux qu’en restant avec les obligations. Par exemple, sur une soixantaine d’années de 1920 à 1980, un investissement de $100,000 vaudrait $1.6 millions avec des obligations d’état et $25.5 millions.

Il est assez facile de faire mieux que 95% des experts qui gèrent des fonds communs en passant un peu de temps à étudier les entreprises d’une industrie qu’on connait bien et en utilisant des méthodes beaucoup plus simples de stock picking.

 

Chapitre 1: Le miracle de St. Agnès

Le stock picking est un art qui se meurt, principalement à cause des pertes engendrées. Les courtiers font leur argent grâce aux commissions qu’ils appliquent sur les fonds communs, les financements et les options et non pas sur le conseil.

Voici quelques points importants à garder à l’esprit:

 

  • Une bonne entreprise augmente souvent ses dividendes chaque année.
  • On peut perdre de l’argent très rapidement, mais il faut beaucoup de temps pour en gagner.
  • Le marché n’est pas un casino tant qu’on choisit les bonnes entreprises en pensant qu’elles iront bien plutôt que seulement à cause de leur cours.
  • On peut gagner beaucoup d’argent avec le marché, mais on peut aussi en perdre beaucoup.
  • Il faut faire ses recherches sur une entreprise avant de mettre de l’argent dessus.
  • Il faut toujours se diversifier quand on investit en bourse car sur cinq actions, une sera super, une sera vraiment bidon et trois seront moyennes.
  • Il ne faut jamais tomber amoureux d’une action pour toujours garder un esprit ouvert.
  • On peut avoir des dividendes plus élevés avec les entreprises des services publics, mais on gagnera plus d’argent avec les actions de croissance.
  • C’est pas parce qu’une action a chuté qu’elle ne peut pas aller encore plus bas.
  • Sur le long terme, c’est toujours mieux d’acheter les actions de petites entreprises.
  • Il ne faut jamais acheter une action parce qu’elle est pas chère, mais plutôt parce qu’on en sait beaucoup à son sujet.

 

De ces concepts basique, on en déduit les quelques conseils simples suivants:

 

  • Ne pas détenir plus d’actions qu’on peut en suivre.
  • Investir régulièrement.
  • Observer d’abord que les ventes et bénéfices par action augmentent raisonnablement pour ensuite vérifier qu’on peut acheter l’action à un cours raisonnable.
  • Evaluer la solidité financière et la structure de la dette pour vérifier si quelques mauvaises années pourraient   entraver les perspectives à long terme.
  • Acheter ou non l’action en fonction des perspectives de croissances et du cours.
  • Comprendre les raisons derrière la croissance passée des ventes pour anticiper la même progression.

 

Chapitre 2: L’inquiétude du weekend

La clé pour gagner de l’argent avec les actions est de ne pas en avoir peur. Et pour un investisseur, il est dangereux de vouloir essayer de connaitre toutes les news. Sa stratégie ne doit pas être influencée par ses inquiétude du weekend où rien ne se passe. Tout aussi important, il est impossible de connaitre le futur en regardant dans un rétroviseur.

Pour se protéger de ces différents aspects, une bonne approche est d’acheter des actions de manière régulière chaque mois par exemple. Et aussi, de conserver une vue sur la situation globale, en sachant que sur les 70 dernières années, les actions ont connu une performance de 11% par an en moyenne contre la moitié pour les obligations d’état et autres obligations.

Un bon stock picker sait conserver ses actions quand elles baissent, voire même en acheter d’autres.

 

Chapitre 3: Un tour d’horizon des différents fonds

La stratégie à suivre avec les fonds communs est la suivante:

 

  • Mettre le plus d’argent possible sur les fonds en action.
  • Pour acheter des obligations d’état, il vaut mieux les acheter directement au Trésor Public et éviter les fonds obligataires à cause des frais de gestion.
  • Connaitre les types de fonds en action qu’on possède et comparer leurs performances avec des fonds similaires.
  • Il est préférable de repartir notre argent entre trois ou quatre fonds en action (croissance, valeur, croissance émergent, etc.) pour toujours avoir son argent investi dans les secteurs les plus profitables du marché.
  • Quand on ajoute de l’argent dans son portfolio, il vaut mieux le mettre dans le fond sur le secteur qui est en retard sur le marché depuis plusieurs années.
  • Essayer de sélectionner le fond qui va réussir en fonction de ses performances d’hier est un exercice difficile et futile. Il faut plutôt se concentrer ceux qui ont un succès solide et s’y tenir. Constamment changer d’un fond à l’autre coute très cher.

 

Chapitre 4: Gérer Magellan: Les premières années

Avec plus de recul sur ses premières années chez Magellan, Lynch réalise que il aurait dû garder ses actions beaucoup plus longtemps car elles sont devenues encore plus rentables par la suite. Au milieu des années 80, Magellan détenait 130 lignes, par rapport à 50 – 60 durant les deux premières années. En 1981, Magellan dépassait les $100 millions et le portefeuille était principalement constitué de petites et moyennes entreprises dans la distribution et les banques.

Lynch passait aussi beaucoup de temps à visiter les bureaux des entreprises qui l’intéressaient. Et il a constaté que plus les bureaux d’une entreprise sont luxueux et plus la direction est généralement réticente à récompenser les actionnaires.

Il est préférable d’être sur l’offensive en recherchant constamment de meilleurs opportunités que celles qu’on a déjà, plutôt que sur la défensive.

 

Chapitre 5: Magellan: Les années intermédiaires

Une autre des clés pour réussir dans l’investissement est de se concentrer sur les entreprises et non pas sur les cours. Pour cela, les méthodes ressemblent à celle d’un reporter, c’est-a-dire lire les documents publics, discuter avec des intermédiaires comme les analystes et aussi directement avec les entreprises concernées. Le tout doit être fait en prenant des notes.

Le seul véritable moment où il est rentable de vendre ses actions pour acheter des obligations est quand le rendement des obligations dépasse le rendement des dividendes d’au moins 6%.

Quand Magellan était encore un petit fond, Lynch se concentrait sur les grosses actions et quand le fond est devenu plus gros il s’est concentré sur les petites actions. C’était pas une stratégie délibéré mais c’est ce qui a fonctionné.

Les bonnes affaires sont le Saint-graal des stock pickers. Une correction ne représente pas une catastrophe mais bien une opportunité pour acheter des actions à des cours peu élevés. C’est de cette manière que les grandes fortunes se sont constituées au fil du temps.

 

Chapitre 6: Magellan: Les dernières années

Le temps nécessaire à faire des recherches sur les actions et directement proportionnel au nombre d’actions détenues. Mi 1983 il y avait 450 titres dans le portfolio de Magellan et à l’automne le nombre avait doublé à 900. Vanguard Windsor géré par John Neff était le plus gros fond commun au monde. Magellan était le deuxième avec $1.6 milliards d’actifs. La théorie selon laquelle un gros fond ne peut qu’être mauvais est fausse et le nombre de titres détenus ne présage en rien de la performance.

Magellan a souvent été décrit comme un fond de croissance. La réalité était plutôt que Lynch avait la flexibilité d’acheter vraiment ce qu’il voulait. Courant 1984, les position de mon top 10 n’ont pas beaucoup changé car il s’est focalisé sur une stratégie “buy-and-hold” (“acheter et conserver” en français).

En 1983, $1 milliard avait été ajouté au fond, pareil en 1984 et $1.7 milliards en 1985. Pour absorber cette quantité d’argent, Lynch était constamment sur l’offensive en ré-évaluant le portfolio, en trouvant de nouvelles positions ou en renforçant celles existantes. Et la meilleure action à acheter peut être une qu’on détient déjà. En février 1986, Magellan dépassait les $5 milliards d’actifs.

Durant le reste de ma carrière à chaque fois que les marchés baissaient, Magellan baissait encore plus, pour se rattraper encore plus par la suite. À mon dernier jour chez Magellan, le fond avait $14 milliards d’actifs, dont $1.4 milliards de cash.

Il n’y a pas de honte à perdre de l’argent avec une action. Ça arrive à tout le monde. Ce qu’il ne faut pas faire en revanche c’est de s’accrocher à un titre, ou pire, d’en acheter encore plus si les fondamentaux se détériorent.

Les intervenants sur les obligations sont plutôt des investisseurs prudents qui surveillent attentivement la capacité de remboursement d’une entreprise. Comme les détenteurs d’obligations sont prioritaires sur les actifs de l’entreprise par rapport aux détenteurs d’actions, si les obligations ne valent presque plus rien alors les actions seront encore pires. Donc avant d’investir dans une action au cours très bas, il vaut mieux jeter un coup d’oeil au prix des obligations d’abord.

 

Chapitre 7: Art, Science et Travail sur le terrain

Le stock picking est aussi bien un art (intuition et passion) qu’une science (mesures et fondamentaux). Trop favoriser l’un par rapport à l’autre est dangereux.

Il suffit de quelques gros gagnants sur une décennie pour gagner beaucoup. Si une seule position sur cinq est un “10-bagger” (performance multipliée par 10) et que les quatre autres ne vont nulle part, on a quand même réussi à multiplier son capital par trois.

Les actions qui sont généralement valorisées au-dessus de leur ligne de bénéfices ont leur cours qui a tendance à se déplacer latéralement ou bien à baisser pour atteindre une valorisation plus raisonnable. La solution est donc d’acheter des actions dont le cours est en-dessous de leur ligne de bénéfices.

Quand une entreprise qui habituellement augmente ses dividendes annonce qu’elle va arrêter pour faire des économies, c’est assez souvent un drapeau rouge.

 

Chapitre 8: Faire ses courses pour les actions: Le secteur de la distribution

Comme stratégie d’investissement dans la distribution il vaut nettement mieux trainer dans les supermarchés et comptabiliser les entrées et sorties plutôt que de suivre les conseils de son courtier ou de la presse financière. Si on aime une boutique, il y a fort à parier qu’on va adorer l’action.

Une action de croissance qui se vend 40 fois ses bénéfices pour l’année qui vient est dangereusement surévaluée. En règle générale, une action doit se vendre au même niveau ou en-dessous de son taux de croissance (le taux auquel ses bénéfices augmentent chaque année). Une entreprise peut rarement tenir une croissance effrénée avec un taux de 25% ou 40%.

Quand on aime une entreprise mais pas son cours actuel, le mieux est de s’engager un petit peu et d’augmenter ses positions aux prochaines ventes.

Dans la distribution et la restauration, la croissance qui pousse les bénéfices et les cours provient principalement des expansions. Du moment que les ventes d’un même magasin augmentent, qu’il ne croule pas sous les dettes et qu’il suit le plan d’expansion décrit dans le rapport aux actionnaires, alors il est souvent payant de rester avec l’action.

 

Chapitre 9: Prospecter au milieu des mauvaises nouvelles: Comment “l’effondrement” de l’immobilier m’a conduit vers Pier 1, Sunbelt Nursery et General Host

Pour être récompensé, il faut chercher là où les autres investisseurs et particulièrement les autres gérants de fonds ont peur d’investir.

Les indicateurs intéressants à suivre dans l’immobilier sont:

 

  • le prix médian des maisons
  • l’indice d’accessibilité
  • le pourcentage de défaut sur les prêts immobiliers

Souvent ces indices plus discrets décrivent une toute autre histoire que ce qui est clamé haut et fort par les media. Une technique assez efficace est d’attendre que l’opinion générale sur un secteur bascule de mauvaise à encore pire pour acheter les entreprises les plus solides de ce secteur. C’est exactement ce que Lynch a appliqué avec Pier 1, Sunbelt Nursery et General Host.

Et quand les initiés achètent, c’est souvent un bon signe.

Aussi quand la valeur comptable d’une entreprise augmente, il est toujours bon de vérifier si c’est réel ou non. Pour cela, il faut se tourner vers le bilan. Normalement, la partie droite montre les passifs de l’entreprise (c’est-à-dire combien elle doit) et la partie gauche montre les actifs (c’est-à-dire ce qu’elle possède). La différence entre les deux est ce qui appartient aux actionnaires, appelée les capitaux propres. Ce qu’on veut voir sur le bilan, c’est des capitaux propres d’au moins deux fois la dette, et même plus si possible (Note: cliquez ici pour plus d’informations sur le bilan, les passifs, actifs, capitaux propres selon Buffett)

 Chapitre 10: Ma coupe courte à Supercuts

Par curiosité Lynch est allé chez Supercuts pour se faire couper les cheveux. Il y a des exceptions à “si on aime une boutique, il y a fort à parier qu’on va adorer l’action” 🙂 Il n’a pas aimé la coupe, mais pour les raisons suivantes il a quand même décidé de recommander l’action:

 

  • Le niveau de dette n’était finalement pas si élevé après discussion avec un membre du comité exécutif.
  • Comme c’est une franchise, les fonds sont apportés par les franchisés pour une expansion rapide sans utiliser le capital de l’entreprise ni des emprunts excessifs.
  • Le marché potentiel était énorme avec les petits salons de coiffure qui fermaient les uns après les autres sans une chaine qui dominait le marché pour adresser le manque.

 

Chapitre 11: Les fleurs dans le désert: Les belles entreprises dans les industries minables

Lynch a toujours été a l’affut des belles entreprises dans les industries minables. Une industrie qui grandit rapidement attire souvent trop d’attention et trop de concurrents. Comme l’a dit un jour Yogi Berra au sujet d’un restaurant célèbre à Miami Beach “c’est tellement célèbre, que plus personne n’y va”. Quand un secteur devient trop populaire, plus personne ne gagne de l’argent avec.

Dans une industrie minable qui ne grandit pas ou peu, les faibles disparaissent et les survivants obtiennent une plus grosse part du gâteau. Une entreprise qui peut capturer une portion grandissante d’un marché qui stagne est dans une meilleur position que celle qui lutte à protéger une petite part d’un marché séduisant. En affaire, la compétition n’est jamais aussi bien que la domination totale.

Ces belles entreprises dans les industries pourries partagent toutes les caractéristiques suivantes:

 

  • Elles sont toutes opérées à bas coûts par des économes au comité exécutif.
  • Elles évitent de s’endetter.
  • Elles rejettent les systèmes de caste d’entreprise.
  • Leurs employés sont bien payés et ont un intéressement dans le futur de l’entreprise.
  • Elles trouvent des niches dans des parties du marché qui ont été délaissées par les grosses entreprises.
  • Elles grossissent rapidement, plus rapidement que la plupart des entreprises dans les secteurs réputés pour leur croissance rapide.

 

Chapitre 12: C’est un super achat

Les S&Ls (“Savings & Loans Association” en anglais pour les “associations d’épargne et de crédit” en français) sont devenus très tendance au moment où le livre a été écrit.

 

Voici tout ce qu’il faut connaitre au sujet des S&Ls pour bien les évaluer:

 

  • Le cours actuel.
  • Le cours au moment de l’offre publique initiale (“IPO” en anglais pour “Initial Public Offering”).
  • Le ratio Capitaux propres sur Actifs (“Equity to Assets ratio” en anglais), d’au moins 7,5.
  • Les dividendes.
  • La valeur comptable (“Book value” en anglais).
  • Le PER (“Price Earnings Ratio” en anglais), c’est-à-dire le ratio de cours sur bénéfices.
  • Les actifs immobiliers à haut risque.
  • Les actifs défaillants à 90 jours (les prêts défaillants).
  • L’immobilier détenu.

 

Chapitre 13: Un examen plus approfondi des S&Ls

Pour augmenter ses chances Lynch préfère appeler directement les entreprises (le President, le CEO ou un membre du comité exécutif) plutôt que de seulement dépendre des informations communiquées par des intermédiaires. En faisant cela, il cherche ou bien à découvrir des informations spécifiques ou bien à déceler des surprises qui ne sont pas encore connues de Wall Street.

Pas besoin d’être un expert pour comprendre les S&Ls, il suffit d’avoir une idée assez simple de comment le business fonctionne. Un S&L a besoin de clients loyaux qui veulent conserver leurs économies sur des comptes d’épargne ou courants. Pour gagner de l’argent, il suffit de prêter cet argent à des emprunteurs fiables et d’avoir des couts opérationnels bas pour maximiser les bénéfices.

Lynch préfère aussi investir dans une S&L qui a démontre qu’elle pouvait survivre dans un environnement économique défavorable plutôt qu’une qui excelle dans un environnement en plein essor et qui n’a jamais été testée dans des conditions défavorables.

Voici les exemples de S&Ls que Lynch couvre dans le livre:

 

  • Glacier Bancorp
  • Germantown Savings
  • Soverign Bancorp
  • People’s Savings Financial
  • First Essex
  • Lawrence Savings

 

Chapitre 14: Les Master Limited Partnerships: Une affaire de rendement

Les “Master Limited Partnerships” (MLP) sont des sociétés en commandite. La grosse différence avec une entreprise à responsabilité limitée est que la MLP distribue tous ses bénéfices aux actionnaires ou bien sous forme de dividendes ou bien en remboursement de capital. Les dividendes en règle générale sont plutôt élevés. Le remboursement en capital permet à une partie de la distribution annuelle d’être exemptée de taxe aux Etats-Unis.

Un haut PER est souvent caractéristique d’une MLP.

Le célèbre dicton “Acheter au son des canons et vendre au son des trompettes” est souvent peu judicieux. Une mauvaise nouvelle à tendance devenir encore pire. Donc acheter sur une bonne nouvelle est plus avisé sur le long terme. On peut perdre un peu à attendre une bonne nouvelle plutôt que d’acheter la rumeur. Mais une bonne rumeur qui se concrétise sera toujours bon pour le cours à long terme. Alors qui si la bonne rumeur ne se concrétise pas, on se protège en attendant sa confirmation.

Lynch explique ensuite ce qu’est la survaleur (“goodwill” en anglais) – Location 3760.

Voici les exemples de MLPs que Lynch couvre dans le livre:

 

  • EQK Green Acres
  • Cedar Fair
  • Sun Distributors
  • Tenera Limited Partners

 

Chapitre 15: Les cycliques: On récolte ce qu’on a semé

Quand l’économie est en plein marasme, les gestionnaires financiers professionnels s’orientent vers les valeurs cycliques. Les hausses et baisses de l’aluminium, l’acier, le papier, les constructeurs automobiles, les produits chimiques et le secteur aérien sont presque aussi régulières et fiables que les saisons.

Quand le PER de ces entreprises cycliques est très bas, c’est souvent le signe qu’elles terminent leur période de hausse. Les cycliques sont comportent donc à l’opposé de la plupart des actions puisqu’un PER bas pour celles-ci indiqueraient plutôt la fin d’une baisse.

Avec les cycliques il faut donc arriver à identifier le bon timing. Il est dangereux d’acheter trop tôt, ou de ne pas avoir une bonne connaissance de l’industrie en question et de son rythme. Lynch investit donc au plus bas sur les cycliques, quand tout semble dire qu’elles ne peuvent pas aller pire.

Pour cela, le plus important est de savoir si le bilan est suffisamment solide pour survivre au prochain déclin. Et Lynch essaie souvent d’évaluer les différentes divisions d’une entreprise pour déterminer si la somme des différentes parties n’est pas supérieure à l’ensemble. Ce calcul est assez facile à faire avec les informations disponibles dans le rapport annuel, en multipliant les bénéfices d’une division par un PER standard puis en l’additionnant à ceux des autres divisions.

Voici les exemples de cycliques que Lynch couvre dans le livre:

 

  • Phelps Dodge
  • General Motors

 

Chapitre 16: Le nucléaire en détresse

Un peu comme les personnes physiques, les entreprises changent leur nom pour deux raisons: ou bien elles viennent de se marier, ou alors elles ont été mêlées à un fiasco qu’elles voudraient que tout le monde oublie.

Dans le nucléaire, quand un désastre frappe une entreprise, on retrouve facilement 4 étapes:

 

  1. Le désastre frappe: L’entreprise accuse une chute rapide de ses bénéfices. Cette chute se produit car l’entreprise subit un énorme cout qu’elle ne peut pas répercuter sur ses clients, ou bien parce qu’un énorme actif n’est plus utilisable. Assez rapidement, l’entreprise se trade entre 20% à 30% de sa valeur comptable.
  2. La gestion de crise: Dans la deuxième étape, l’entreprise essaie de baisser ses couts et d’adopter une politique d’austérité en réduisant ou même supprimant ses dividendes.
  3. La stabilisation financière: Pendant la troisième étape, grâce à la réduction de couts et les paiements réguliers de ses clients, l’entreprise arrive à continuer à opérer. Il n’y a toujours pas de dividendes, mais l’action se vend maintenant entre 60% à 70% de sa valeur comptable.
  4. Le rétablissement: L’entreprise est de nouveau capable de verser des dividendes et se vend à sa valeur comptable. L’entreprise peut s’améliorer si elle reçoit des capitaux ou bien si les autorités de régulation l’autorisent à transférer une partie de ses couts à ses clients.

Pour profiter de ces situations, il suffit donc d’acheter quand les dividendes s’arrêtent et de tenir jusqu’à ce qu’ils soient restaurés. Cette stratégie pour obtenir une performance impressionnante.

« Too big to fail » le livre et le film permettent de mieux comprendre les signes de crise, et plus particulièrement la dernière crise financière qui a touché le monde entier.

 
Chapitre 17: La vente de garage de l’Oncle Sam: Allied Capital II

Lynch trouve que la privatisation est un concept étrange. Une privatisation prend quelque chose qui appartient au public pour ensuite lui revendre. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à chaque fois qu’une privatisation a eu lieu pour les américains ou les britanniques, ça a souvent été bénéfique pour les acheteurs.

Ce phénomène s’explique assez facilement puisque les acheteurs sont aussi des électeurs, les gouvernements préfèrent satisfaire les investisseurs qui investissent dans le téléphone ou les énergies par exemple.

Chapitre 18: Mon carnet sur Fannie Mae

 

Pour qu’une action se comporte mieux que prévu, il faut que l’entreprise soit largement sous évaluée, sinon elle se vendrait à un cours plus élevé de toute façon. Quand l’opinion générale est plus pessimiste que la notre, on doit constamment vérifier les faits pour s’assurer qu’on n’a pas été trop optimiste.

Fannie Mae a été fondée en 1938 en tant qu’entreprise détenue par le gouvernement et a ensuite été privatisée dans les années 60. Sa fonction principale était de fournir de la liquidité au marché de l’immobilier en achetant des prêts immobiliers aux banques et S&Ls. La stratégie était d’emprunter de l’argent pas cher, pour acheter des prêts immobiliers à long terme qui payaient un taux fixe plus élevé et d’empocher la différence. La stratégie fonctionnait très bien au début, mais quand les taux d’intérêt ont augmenté, le cout d’emprunt a augmenté aussi et Fannie Mae a perdu beaucoup d’argent.

Lynch passe le reste du chapitre à fournir un historique rapide de Fannie Mae.

 

Chapitre 19: Le trésor au fond du jardin: Le Colonial Group of Mutual Funds

Pendant plusieurs années, Lynch est passé à côté d’un des groupes qui réussissaient le mieux dans Wall Street: les fonds communs de placement (“mutual funds” en anglais). Pendant les périodes où les fonds communs de placement sont populaires, il vaut souvent mieux investir dans les entreprises qui les commercialisent plutôt que dans leurs produits. Ce phénomène est identique à la Ruée vers l’or où ceux qui vendaient des pelles et des pioches réussissaient beaucoup mieux que ceux qui cherchaient de l’or.

La technique de trouver des actions sous-évaluées au sein d’un groupe attractif est une solution que Lynch s’est employé à utiliser avec un grand succès en général comme par exemple avec Colonial Group.

 

Chapitre 20: Les actions dans la restauration: Mettre son argent où sa bouche est

Le secteur de la restauration est réputé être un secteur coupe-gorge. Mais la restauration a un énorme avantage par rapport au secteur de l’électronique ou des vêtements par exemple. Si une nouvelle chaine de fish and chips démarre en Californie, alors qu’une meilleure existe déjà à New York, celle de Californie n’en pâtira pas du tout.

Ce qui fait la différence dans le succès entre plusieurs chaines de restaurants c’est une gestion compétente, un financement adéquate et une approche méthodique pour l’expansion. Quand une chaine essaie d’ouvrir trop de restaurants à la fois, elle risque de choisir les mauvais emplacements, les mauvais managers, payer trop cher pour l’immobilier ou échouer à former les employés correctement.

Les éléments à surveiller dans la restauration sont les mêmes que dans la distribution: le taux de croissance, la dette et les ventes d’un même restaurant. Donc a chaque fois qu’on trouve une chaine avec une croissance de 25% qui se vend à 20 fois les bénéfices, c’est un bon achat.

 

Chapitre 21: Le bilan des 6 mois

Le bilan des 6 mois est un exercice qui permet de suivre l’histoire qui se déroule et de déterminer si l’action est toujours raisonnablement évaluée par rapport à ses bénéfices et quelles mesures sont mises en place dans l’entreprise pour augmenter les bénéfices. Pour cela, il est préférable d’être équipé des bons outils boursiers et notamment d’un journal.

Après cette évaluation, il existe 3 scénarios possibles:

 

  1. L’histoire s’est améliorée, auquel cas on peut même augmenter l’investissement.
  2. L’histoire s’est dégradée, auquel cas on peut réduire l’investissement.
  3. L’histoire n’a pas changé, auquel cas on peut conserver cet investissement ou bien mettre son argent dans une autre entreprise aux perspectives plus brillantes.

 

Critique

 

Pour

 

  • C’est assez appréciable d’avoir un livre écrit par un des plus grands gérants financiers de fonds communs de placement car il est souvent rare d’avoir accès à ce genre d’informations privilégiées.
  • Une approche très simple basée sur les fondamentaux d’une entreprise et le bon sens.
  • Pas de jargon trop technique donc le livre reste vraiment accessible au débutants.
  • Peter Lynch a touché à de nombreux secteurs durant sa carrière auprès de Magellan ce qui permet d’avoir une vue sur divers secteurs.

 

Contre

 

  • Les exemples d’entreprises sont vieux maintenant puisque le livre a été écrit en 1993, mais la logique reste néanmoins tout à fait valide.
  • Le livre est un peu long sur certains passages, surtout quand Lynch rentre dans le détail de conversations spécifiques comme celles avec son coiffeur.

 

 

Crédits photo: © Unclesam – Fotolia.com

 

 

 

A vous la parole : le niveau des frais dans la gestion des fonds

Nous inaugurons une nouvelle rubrique dans laquelle nous vous laisserons la parole, à vous, ami(e) lecteur(trice). Cette rubrique sera la vôtre : n’hésitez pas à nous proposer des textes de votre choix traitant de l’investissement au sens large.

Le premier article que nous vous présentons aujourd’hui est proposé par notre ami Michael. Michael est un membre historique de « Valeur et Conviction ». C’est quoi « Valeur et Convictions » ? Il s’agit d’un groupe d’amis créé  à l’origine (en août 2006, 6 ans déjà !) par des membres du forum Sicav de Boursorama qui ont souhaité discuter, entre eux, d’investissement en actions directes. Petit-à-petit, au sein de « Valeur et Convictions », quelques-uns se sont intéressés aux fameuses « net net » et Michael fut un de ceux-là. Malgré une participation active à notre réflexion de départ, il n’a pas franchi le pas d’intégrer l’équipe des daubasses à l’origine : il préféra rester concentré sur ses investissements en fonds de placement devenant un observateur avisé de ce milieu.

Un des critères les plus importants qu’il utilise pour sélectionner les fonds dans lesquels il investit, ce sont justement les frais de gestion. En effet, maîtriser ses coûts, c’est une des missions essentielles pour les managers d’entreprise. Et pour des fonds de placement pour lesquels la rentabilité future est encore plus aléatoire, le poids des charges est un des éléments prépondérants de la performance future du fonds.

D’ailleurs, pour certains gérants partisans de l’efficience des marchés comme John Bogle, le niveau de frais est le seul critère qui permettra, sur le long terme, de différencier les performances des différentes sicav.  Même si vous vous doutez que nous ne partageons pas ce dernier point, nous pensons que c’est malgré tout un élément à prendre en compte.

Aimablement, Michael nous a proposé un petit article qui résume son travail d’analyse des management fees des maisons de gestion qu’il suit. Nous avons le plaisir de vous le présenter…

 

Méthodologie :

Nomenclature :

TER (Total Expense Ratio) représente la totalité des frais prélevés sur l’année. Il correspond à la somme des frais de gestion et des frais de surperformance.

Les valeurs sont représentées de la manière suivante dans le tableau :

TER (frais de gestion + frais de surperformance).

Ex : 2.10 (2+0.10) signifie un TER de 2.10% composé de 2% de frais de gestion et 0.10% de frais de surperformance.

« ? » signifie que la valeur n’est pas précisée.

 

Commentaire :

L’AMF nous a présente le document DICI (Document d’information clef pour l’investisseur : http://www.amf-france.org/documents/general/10165_1.pdf) comme une homogénéisation du format des prospectus au niveau européen pour garantir la transparence des OPCVM aux investisseurs.

Je cite : « Le DICI affiche un tableau des frais réellement prélevés l’année précédente (pour les frais courants) et un taux maximal (pour les frais d’entrée et les frais de sortie). Cela vous offre une vision plus précise. »

Ceci est malheureusement faux, vu que dans ce format les frais d’intermédiation (transaction, mouvement) sont exclus des frais de gestion et que le chiffre réel des frais de surperformance n’est plus obligé d’être précisé.

Il y a donc certaines maisons, qui en passant au format DICI, ne donnent plus leur chiffre de frais de surperformance, alors qu’il le précisait jusqu’à présent… Ce manque de transparence regrettable explique le nombre croissant de « ? » dans les calculs de TER.

Indépendamment des frais de surperformance, nous ne connaissons plus les frais d’intermédiations, en particulier les frais de mouvements que je considère comme des frais de gestion cachés. En général ces frais de mouvements sont limités, mais il est regrettable de ne pas avoir ce chiffre, car nous ne pouvons plus connaitre le réel TER annuel. De plus certaines maisons peu scrupuleuses pourraient profiter de cette brèche règlementaire pour augmenter les frais de mouvement sans que cela ne soit visible pour l’investisseur. J’ai mis en avant dans le tableau, les maisons les plus sérieuses, qui dans un souci de transparence, continue à donner des indications sur leur frais de mouvement.

 

Tableau :

 

 

Fonds TER 2008 TER 2009 TER 2010 TER 2011 Commentaire
 Fonds France/Europe 
Sextant PEA 2.40 2.40 4.56 (2.40+2.16) 2.50 (2.41+0.09)
Sextant Europe N/A N/A N/A Non dispo
MMC  (Moneta) 1.80 4.93 (1.80+3.13) 1.99 (1.80+0.19) 1.80+? Chiffre de surperformance 2011 non précisé. Il s’agit d’un high water mark sur indice de référence
MME (Moneta) 1.80 1.80 1.80 1.80+? Chiffre de surperformance 2011 non précisé. Il s’agit d’un high water mark sur seuil de 7%
Entrepreneurs (Flinvest) 1.79 Non dispo 1.80 (1.80+0) 1.79+? Chiffre de surperformance 2011 non précisé.
Tricolore Rendement 2.15 2.37 2.20 2.27
Valfrance 2.17 2.09 2.16 2.12
Centifolia 2.63 2.63 non dispo 2.60
Tocqueville dividende 2.81 2.64 non dispo 2.56
Agressor 2.84 2.84 2.91 2.76 frais de mouvement inclus
Bestinfond N/A 1.93 2.25 2.25
 Fonds Mixte 
Carmignac Patrimoine 1.82 2.35 (1.74+0.6) 1.77 (1.77+0) 1.65 (1.65+0)
Echiquier Patrimoine 1.20 1.20 1.20 1.19
Eurose 1.40 1.40 Non dispo 1.41
 Fonds Monde 
Sextant GL  2.07 2.06 5.20 (2.06+3.14) 2.08 (2.01+0.07)
Sextant Inc N/A 2.08 5.67 (2.05+3.62) 2.06 (2.02+0) frais de mouvement inclus
Carmignac Investissement 2.09 5.71 (2.01+3.70) 2.57 (1.88+0.69) 1.78 (1.78+0)
Valeur Intrinsèque 2.25 2.24 2.25 2.26 (2.26+0)
Skagen global N/A 2.75 (1+1.75) 1.29 (1+0.29) 1.00 (1+0)
 Fonds Emergents 
Sextant ADM  2.43 2.42 5.06 (2.42+2.64) 2.17 (2.46+0.01)
Carmignac Emergents 2.51 2.70 3.79 (2.13+1.66) 1.81 (1.81+0)
Magellan 2.15 2.04 2.01 2.03
East Capital Balkan 2.50 2.50 2.50 2.46
East Capital Eastern Europe N/A N/A N/A 2.49
 Fonds Matières premières
Sextant Peak Oil 2.79 2.41 6.99 (2.40+4.52) 2.49 (2.44+0.05)
Carmignac Commodities 4.09 6.96 6.96 2.56 (2.56+0)
Tectonic Fund 2.54 Non dispo 20.81 (2.80+18.01) 2.79 (2.79+0)

 

 

 

 Analyse :

L’année boursière 2011 ayant été mauvaise, les frais de surperformance sont presque inexistants, ce qui aboutit à une normalisation des TER.

Aucun OPCVM n’a un TER supérieur à 2.80%, ce qui est rassurant. La palme des frais les plus raisonnable est attribuée à Skagen global avec un TER de 1%. Cela tend à montrer que les frais des OPCVM des maisons françaises sont globalement élevés en comparaison des OPCVM gérés par des maisons européennes. Un coup d’œil rapide aux OPCVM gérés par des américains, vous montera que leurs frais sont également significativement plus faibles que les OPCVM gérés par des français.

A propos du calcul du TER, je rappelle tout de même que certains TER peuvent avoir été sous-estimés vu que les frais de mouvements ne sont plus obligés d’être précisé règlementairement.

De plus, 3 OPCVM n’ont pas donnés leur frais de surperformance (comme leur autorise DICI) : MMC, MME et Entrepreneurs. Je pense que ces frais de surperformance ont été nulles pour l’année 2011, mais j’espère qu’ils donneront ces chiffres les prochaines années. Cela sera évidemment à surveiller.

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Les actifs de l’entreprise comme "plan B" ou "collatéral"

Les articles traitant avec intelligence de l’investissement dans la valeur sont une denrée rare sur le net : la majorité des rédacteurs préfèrent traiter de macro économie ou d’analyse technique (pour les plus sérieux d’entre eux) voir de jouer aux « pythies » pour d’autres. Il faut d’ailleurs reconnaître que ce sont ces articles qui recueillent, en règle général, le plus de succès : les lecteurs préférant qu’on leur dise le « quoi faire » plutôt que le « comment faire ».

Néanmoins, après l’article « La bourse aujourd’hui » de Azetoz que nous vous avons présenté voici quelques jours, nous vous proposons aujourd’hui un extrait d’un article sur la marge de sécurité rédigé par l’équipe des Investigateurs Financiers.

L’intérêt de ce passage est qu’il met en évidence l’intérêt de considérer les actifs tangibles d’une entreprise comme marge de sécurité ou sortie de secours quand « tout tourne mal », un peu comme nous le pratiquons, avec quelques nuances, dans nos investissements en « daubasses ».

D’ores et déjà nous remercions Patrick Thénière et Rémy Morel, les auteurs pour nous avoir autorisés à reproduire l’extrait ci-dessous.

Tout comme les banques, nous aimons rechercher des titres qui offrent une certaine garantie, ou un plan B en cas de revirement. Et plus le prix est bas, plus le risque est exponentiellement plus bas lorsqu’un certain collatéral (1) est présent. Un exemple simple constitue l’encaisse d’une entreprise. Si celle-ci détient 10$ d’encaisse par action, et que l’on paie seulement 8$ pour acquérir le titre, les risques sont très faibles.

Il subsiste toujours un risque. La direction pourrait dilapider l’encaisse rapidement. Mais elle pourrait aussi verser un généreux dividende de 10$ par action. Non seulement on réduirait à 100% le risque, mais on obtiendrait un rendement systématique de 25%, tout en ayant encore les actions de l’entreprise. 

Voici un exemple courant avec une série d’actifs composant le collatéral, ainsi que le niveau de risque selon le prix payé : 

Le collatéral que nous avons choisi pour notre exemple est composé de plusieurs actifs. Nous avons 3$ en en caisse d’argent liquide dans la compagnie. Elle détient également 5$ par action en immobilier. L’immobilier ici peut servir de collatéral lorsqu’une alternative d’utilisation autre que les activités de l’entreprise est disponible. Par exemple, si vous aviez un immeuble et que vous perdiez un locataire, ce n’est pas bien grave. Vous aller en chercher un autre. Cependant, si vous avez une usine de voitures, et que vous cessez les opérations, vous pourriez à avoir à débourser une somme gigantesque pour changer la vocation de l’usine. 

Comme elle a été conçue pour satisfaire le besoin de l’entreprise (la fabrication de véhicule), il est difficile de trouver une autre entreprise qui fabriquera la même chose, de la même manière. D’importantes modifications à l’usine seraient requises, à un point tel qu’il est souvent moins coûteux de tout simplement détruire la bâtisse et en reconstruire une nouvelle. C’est pourquoi l’immobilier servant de collatéral doit offrir une alternative. Pour les banques, cette alternative consiste à revendre la maison à d’autres personnes. S’il s’agissait d’une usine, les chances de récupérer leur capital s’avèreraient très minces!  

Quant à la division à vendre (4$ par action), il s’agit d’un montant qui sera affecté à l’encaisse une fois vendue. Il faut bien sûr savoir à l’avance comment se déroulera la transaction. Si la vente de la division n’affecte en rien les ventes et les profits futurs de la compagnie, on peut considérer que sa vente future apportera une sécurité additionnelle en cas de scénario pessimiste.   

Nous avons établi trois scénarios, différenciés par le prix d’achat. En achetant à 12$, on supporte un certain risque. Par exemple, si la compagnie perdait de l’argent dans les mois suivant l’achat, l’encaisse pourrait être moins élevée (le collatéral serait partiellement grugé).    

Si on achète à 8$, un coussin de 4$ supporte un certains nombres d’imprévus. Quant au troisième scénario, il est difficile d’imaginer comment on peut perdre de l’argent en acquérant à 4$, une compagnie supportée par 12$ d’actifs solides par action.     

 On peut affirmer avec certitude qu’un achat à 4$ sera bien moins risqué qu’à 12$. Cependant, le risque ne sera pas nécessairement 3 fois moins élevé, même si le prix est effectivement 3 fois moins élevé. Comme le collatéral (1) couvre entièrement le prix d’achat, le risque est peut-être 20 fois moins élevé.»     

(1) Pour « Les Investigateurs Financiers », un « collatéral » est un actif qui sert de garantie à un créancier quand son débiteur se trouve en défaut de paiement. Pour un actionnaire, cet actif procure une marge de sécurité complémentaire s’il s’avérait que la société acquise n’est pas capable de générer de la capacité bénéficiaire.      

 
 
 

 

 

 

 

La bourse aujourd’hui

 

Voici un très beau texte, tout-à-fait dans l’optique avec laquelle nous investissons dans le portefeuille du club.

Nous remercions Azetoz, un forumeur de Boursorama qui nous a donné l’autorisation de reproduire son texte.

« La bourse aujourd’hui c’est la valorisation d’une société, non pas sur sa valeur intrinsèque, mais sur sa rentabilité à un instant T.

Prenons monsieur Michel, agriculteur, qui fait des confitures d’abricots.

Année 1 : Il a acheté 10 hectares de terrain pour 100.000 euros et pour 100.000 euros d’équipements : machine à faire les confitures, tracteur… Il a pris un crédit de 200.000 à 5% sur 20 ans. La première année il n’a pas de revenu, il s’installe. Il crée sa boite et se verse un salaire. La valeur de sa société est de 200.000 euros. Par simplification, l’inflation est de 0%.

Année 2 : Année « normale ». La récolte est normale. Après son salaire, l’entreprise fait un bénéfice de 10.000 euros issu intégralement de son activité de confiture. L’entreprise vaut toujours 200.000 euros. Soit 5% de rendement. Avec une inflation de 0%, un rendement du livret A à 2%, la prime de risque sur la société est de 3%. Normal.

Année 3 : « Excellente année ». Les conditions météo ont été optimales, et la récolte est très abondante. Le bénéfice a doublé et se monte à 20.000 euros. L’entreprise vaut maintenant 400.000 euros (cours de bourse : x2). Soit 5% de rendement. Avec une inflation de 0%, un rendement du livret A à 2%, la prime de risque sur la société est de 3%. Normal… Rien n’indique que les 100 prochaines années ne seront pas météorologiquement identiques…

Année 4 : « Encore une excellente année ». Le bénéfice est encore de 20.000 euros sur l’activité de confiture. Mais les récoltes étant tellement abondantes et offrant un bon rendement, le prix des terres agricoles a doublé. Michel inclut à son bénéfice de 20.000 euros, 100.000 euros de plus-value sur ses terres agricoles. Bénéfice année 4 : 120.000 euros. L’entreprise vaut maintenant 2.400.000 euros (cours de bourse : x6). Soit 5% de rendement. Avec une inflation de 0%, un rendement du livret A à 2%, la prime de risque sur la société est de 3%. Normal…

Année 5 : « mauvaise année ». Les conditions météo ont été désastreuses. La récolte est très mauvaise. Michel peut juste se payer son salaire, mais ne rembourse que les intérêts de son emprunt, aucune partie du capital. Bénéfice année 5 : zéro. L’entreprise vaut quelque chose : 1.000.000 que parce qu’on espère que l’année prochaine sera meilleure.

Année 6 : « encore une mauvaise année ». Le bénéfice de l’année 6 est encore de zéro. Mais les terres agricoles ont baissé de moitié, tellement leur rendement était faible. Michel inscrit donc une perte pour cette année de 100.000 euros. Le cours de bourse s’effondre proche de zéro. Michel ne pourra pas rembourser ces prêts, la banque le saisira crie la bourse. L’entreprise vaut maintenant 4.000 euros. Rien n’indique que les 100 prochaines années ne seront pas météorologiquement identiques…

Année 7 : Année « normale ». La récolte est normale. L’entreprise fait un bénéfice de 10.000 euros issu intégralement de son activité de confiture. L’entreprise vaut toujours 200.000 euros. Soit 5% de rendement. Avec une inflation de 0%, un rendement du livret A à 2%, la prime de risque sur la société est de 3%. Normal.

Sur une entreprise toute banale, très mature (20.000 ans d’ancienneté pour l’agriculture) on aura une valorisation JUSTIFIEE oscillant de 4000 à 2.400.000 euros en à peine 7 ans.

Il y aura toujours de benêts pour acheter à 2.400.000 et d’autre pour vader à 4.000. Parce que oui c’est possible, les conditions météo peuvent être identiquement désastreuses ou optimales pendant tout un siècle sans interruption. «