Archives de catégorie : Delirium Tremens et billets d’humeur

Le Woodstock de la Daubasse…

période estivaleEn cette période estivale, nous avons répondu positivement  à l’invitation de notre ami, Michel Melinot qui nous a demandé d’écrire un petit texte, sur le thème de l’indépendance financière. C’est donc très simplement en vous racontant la rencontre des 4 « Daubasses » qui a eu lieu le samedi 19 juillet 2014 toute la journée et une partie de la nuit, que nous allons tenter d’illustrer le sujet. Chaque jour de l’année, sur notre forum privé, nous échangeons entre 50 et 150 messages. Mais rien ne peut remplacer le bonheur de nous rencontrer une, voire deux fois par an physiquement chez l’un d’entre nous.

Ce texte participe donc à l’événement « Une journée en indépendance financière » lancé par Michel Mélinot du blog Véritable Indépendance.

Samedi 19 Juillet 2014

6H30

C’est moi qui reçoit l’équipe des daubasses dans ma petite maison de la banlieue de Charleroi, en Belgique. Et le buzzer horripilant de mon réveil est là pour me le rappeler…

analyste financier chinois

En filant vers la salle de bain, Hanzu le chien de ma fille, un shar-pei  sable, allongé sur son « Memory Foam » comme le dernier empereur, me lance un œil droit interrogateur juste avant que ne chante Jérémie, le coq de notre voisin ! Je savais qu’il savait déjà que ce n’était pas une journée comme les autres car jamais je ne me lève avant 7 heures.

Après un petit coup de « Braunne » au « Semsodyme dents sensibles », j’enchaîne avec une petite crotte de gel « Nirvana peau irritable » et met en branle mon « Jupette proglide plus », l’exterminateur de pilosité faciale le plus cruel que je connaisse : chaque poil est coupé en quatre … logique puisqu’il dispose de quatre lames.

Une fois ma tronche de bébé retrouvée, j’enclenche le mélangeur suédois de ma douche et empoigne le flacon de « Love Silk Glow » pour une peau douce et lumineuse comme la soie (c’est ce qui est écrit en doré sur le côté pile).

Je file ensuite dans mon dressing pour enfiler mon jeans Lewis et ma chemise « Hugo Bosse » gris perle que je mets à chaque rencontre Daubasses (j’aime montrer que je Bossse) et fini par chausser mes mocassins espagnols en vachette bleu (comme dans les pubs « Milka », en plus bleu) achetés par ma fille lors d’un séjour à Salamanque.

attention, ceci n'est pas un conseiller financier

En repartant vers la cuisine pour me préparer un petit déjeuner rapide, Hanzu me jette un oeil gauche réprobateur : je sais qu’il sait déjà qu’il n’aura pas droit à sa petite croute de pain presque complet puisqu’il ne se lève jamais avant 7H 30.

Café à la turque, pain grillé  enseveli sous une fine tranche de saumon fumé écossais, rafraichi avec un jet de citron, une larme d’huile d’olive toscane première pression à froid et quelques grains de poivre verts concassés au moulin électrique sont prêts en 10 minutes à peine. Je savoure sur ma terrasse en écoutant le chant des oiseaux, l’oeil enivré par la palette de couleurs offerte par les 80 espèces de fleurs et de plantes du jardin déjà baigné d’une belle lumière d’été et d’un soleil sérieux.

vancances boursières

La journée promettait d’être belle, la météo annonçait 24°C.

 

7H

Je monte dans ma vielle Toyota noire qui a vu défiler 294 mille kilomètres de bitume et file vers le marché de Chapelle à 15 minutes de chez moi, puis direction la ferme à Bon-Villers pour les légumes.

Sur la route je repasse en mémoire le menu que je me propose de préparer pour mes amis et pointe les achats : Apéritif : un petit cristal de Roederer, tapenade sur des toasts… J’ai déjà tout… En entrée, sushi (acheter de la dorade, du concombre). Soupe de poissons : bouillabaisse spéciale du Pays Noir (il me faut carottes, poireaux, fenouil, oignons, ail, congres, racasses, saint-pierre, langoustines, encre de seiche, … j’ai tout le reste). Pour le barbuc : des saint jacques, des gambas et du thon rouge, tomates-cerise, mozzarella di bufala, un ananas d’Hawaï, des pousses d’épinards….Le reste j’ai !

investir dans les produits agricoles

On zappe malheureusement la superbe palette de « fromages qui puent de Franck » puisque le Français du groupe n’habite plus Paris.  Dessert : une petite « Basraï » flambée au vieux rhum made in Venezuela, « glace à la vanille bourbon home made » … acheter les bananes… Rien d’autres… Ah oui, le pousse café : Orval à volonté, six bacs dans la cave ! On est paré mon capitaine !

7H15

A cette heure-là, on peut encore se parquer facilement. Je descends la volée d’escaliers qui mène à la place, ma liste bien collée dans mon lobe frontal  et à portée de main.

Le marché est désert. Je file chez Rodrigo le poissonnier. Son camion-étal est magnifique, d’un bleu azur, rempli de glace pilée et de beaux poissons entiers, en filet ou en tranche.

Je lui annonce d’emblée que je suis pressé. Il n’a pas de congre. Je remplace par de la lotte, je paie, prends mes sacs et file à l’autres bout de la place chez le « Roi du Salami », Antonio et Cecilia, qui vend des produits italiens de première bourre. C’est Cecilia qui me sert. Je passe la commande, elle m’invite à déguster un pecorino sardo au poivre, maturation moyenne. Une merveille ! J’ajoute à la commande 1 kilo d’olives cassées (j’adore ces olives brutes que je prépare moi-même à l’ail ou au citron, au fenouil ou à l’origan)

7H40

En route pour la ferme, je passe en revue l’ordre du jour. En fait, nous nous sommes rendu compte que nous ne parlons  jamais d’investissement quand on se rencontre « physiquement » ou alors dans la dernière demi-heure.  Pour pallier à cet inqualifiable manque de rigueur, nous nous sommes obligés, depuis 3 ans, à établir un ordre du jour.

Bien sûr, il n’est pas toujours respecté (en réalité, c’est plutôt « jamais »), nous sommes quand même tous des latins. En réalité, tout dépend de la vitesse à laquelle se vide les bacs d’Orval.

En mach 3, comprenez trois bac enfilés, la concentration devient difficile.

A l’ordre du jour de cette rencontre, il y aura donc notre test habituel sur la valeur, en Chine continentale, Hong Kong, Macao et Taiwan.

Ensuite petit break avec ce que nous appelons le Woodstock de la Daubasse.

Enfin, on doit évoquer la production de notre dernier film et la pertinence de nos investissements directs, rien à voir avec la gestion Daubasses !

7H45

Germaine, la femme du fermier n’est pas en forme. Je l’observe jeter ses poireaux et ses carottes dans ma caisse comme si elle jetait des ballots de paille dans le fenil à la fourche. Je n’insiste pas. Je paie, charge dans le coffre et démarre vers la maison.

 

8H05

La maison  est toujours plongée dans un silence ingrat, personne à l’horizon et même Hanzu semble être reparti pour une grasse matinée, vraiment indigne du dernier empereur. Je déballe et range mes marchandises. Me fais couler un petit expresso, bien serré, que je sirote debout sur la terrasse

8H30

Allez hop au fourneau ! Je lance la bouillabaisse du Pays Noir que je colorerai en fin de cuisson avec un peu d’encre sèche de seiche.

en cuisine

Pendant que la souplette bavarde à gros bouillon et laisse échapper son fumet marin, je commence à préparer les sushis. Je lave plusieurs fois le riz japonais avant de lancer la cuisson.

crash boursier ... heu non, culinaire

C’est la première chose importante si l’on veut réussir ses sushis. Ce que j’aime le plus dans la préparation des sushis, c’est la découpe, le geste de la découpe… C’est d’ailleurs ce qui m’a donné l’envie de faire des sushis, la poésie du geste de la découpe des maîtres-sushi. Et notamment les tranches de poisson cru, taillées légèrement en oblique avec une précision chirurgicale et une chorégraphie des doigts… Du grand art… J’en suis encore très loin !

En roulant l’avant dernier sushi dans son algue avec  la petite natte de bois, j’ai soudain une angoisse existentielle : je me demande si tout le monde aime la dorade crue ! J’aurais dû en faire seulement aux concombres mais voilà : je n’ai plus le moindre morceau de concombre.

Je cherche désespérément un ingrédient qui pourrait plaire si l’on est allergique au poisson cru. C’est un peu confus que je me résigne à  débiter quelques saucisses « zwam red devils », laissées de côté dès l’élimination des Diables Rouges de la coupe du monde avec le plus de poésie possible.

10H30

Le repas est prêt. Ma fille et mon beau fils débarquent pour me donner un coup de main. Ils me disent en chœur « ça sent le cochon ici ». Je suis obligé de leur expliquer que c’est un menu « poissons » mais qu’en flambant les bananes, je me suis grillé un partie des poils de l’avant-bras. Rien de grave …juste le démarrage de flamme qui lèche quelques secondes et fait rôtir le poil comme du nylon. Ce n’est pas la première fois.

feu sur les bourses mondiales

On déguste trois expressos sur la terrasse avant que ma fille ne s’occupe de dresser la table et mon beau fils le barbecue. Les 3 autres daubasses seront là dans moins d’une demi-heure.  Avant de filer une seconde fois sous la douche (mon odeur est barbare), je demande à ma fille si elle peut filmer la réunion.

11H18

Les daubasses sonnent à la porte. Ils sont là tous les trois. Depuis que Franck avait essayé de nous habituer à des retards variant entre 30 minutes et 4 heures lors de nos réunions précédentes, nous avions décidé, voici un an, que les 3 invités devaient se présenter ensemble chez celui qui reçoit. Ce qui permet d’entamer directement les discussions à quatre et surtout de ne pas clôturer la rencontre à 6 heures du matin : la volatilité a ses limites.

Pierre : « Souriez vous êtes filmés les gars ! C’est pour la journée de l’indépendance financière ! Et pas de tronches de nerd s’il vous plait ! »

Louis P :  « Je pensais que c’était un texte qu’il fallait envoyer »

Louis A : « Je trouve que c’est original, un film »

Franck :  « Il faudra envoyer sans son »

Louis P :  « Oui un film muet en noir et blanc, avec  des moustaches et des chapeaux boules, et des commentaires qui apparaissent entre les images. Il va falloir être expressif. »

Franck :  « un « power point » animé quoi ! »

Pierre : « Je me suis dit que je n’aurais peut-être pas le temps d’écrire le texte demain, si ma gueule de bois est aussi large qu’un baobab ! Et si le texte doit être rentré à minuit maximum… »

L’apéritif  démarre sur des chapeaux de roues, les sujets  s’enfilent comme des perles sur la terrasse ensoleillée. La future nouvelle voiture d’occasion de Franck, une grosse allemande avec du gros rabais. Les poulets « cous nus » de Louis P et son projet d’autarcie… Et puis l’art de soigner « nature » de Louis A …que Franck chambre un peu puisque la première potion magique sensée faire émerger nos esprits d’un trop plein de mousse d’Orval, l’année passée, nous avait tous mis à quatre pattes dans les parterres pour faire ressortir de la bière par tous les trous. Franck était tellement loin qu’il disait que même ses oreilles lâchaient de la mousse.

Louis A : « Tu n’as toujours pas compris Franck que la première tisane c’était pour éliminer. Et la seconde, pour vous sentir léger. Un process en deux temps ! »

Franck :  « Ce que je n’ai toujours pas compris c’est que je suis resté sourd trois jours »

Louis A : « Rien avoir avec l’Orval ou mes prescriptions, tu as des problèmes d’oreille interne. Je te concocte une solution au jus de betterave macéré dans de l’oseille et du romarin, si tu veux. Fait quand même gaffe car ça peut empirer avec l’âge. »

Pierre : « A table les gars, sinon on ne va pas tenir la route, on a déjà sifflé 3 bouteilles »

13H28

Je demande si tout le monde aime les sushis au poisson cru et tout le monde répond par l’affirmative. Je n’ai pas d’autre solution que de me servir les sushis « zwam red devils », cela m’apprendra à avoir des angoisses existentielles.

réunion d'investisseurs

Tout le monde trouve les sushis accompagnés d’un riesling grand cru excellents. Les miens sont profondément immondes. Mais je reste stoïque.

14H19

Après un petit break au cours duquel Louis P. nous explique la nouvelle recette de pâté de canard à la crème de cassis qu’il a mis au point avec les 12 premiers canards qu’il a élevés à l’herbe folle des Ardennes, je sers ma fameuse bouillabaisse Pays Noir.

bouillabaisse du pays noirLa mine des trois daubasses semble soudain s’assombrir.

Franck : « Qu’est-ce que c’est ? »

Louis P : « Sans vouloir te vexer Pierre, cela ressemble à de l’eau de vaisselle après un repas de 50 convives »

Louis A : « Oui là, il y a un truc vert, j’ai l’impression de reconnaître un bout d’éponge « scotjex » prix rouge de chez Colruyt »

Pierre : « Vous êtes durs les gars, j’ai essayé de vous faire une bouillabaisse Pays Noir avec un peu d’encre de seiche. De l’original…Mais c’est vrai qu’elle a une sale gueule ! On peut zapper, si vous voulez »

Franck : « Heu … oui si cela ne te dérange pas je zappe »

Les deux Louis ont fait échos à Franck avec soulagement.

Pierre :  « Pas grave, cela plaira à Hanzu….Et mon beau-fils va lancer le barbuc  »

Louis P : « On pourrait préparer le test VICC »

Franck : «  Excellente idée, j’adore notre dernier concept « Value » »

Louis A : « Vous êtes certain qu’on doit filmer ? Car c’est certain que l’on sera copié sur ce coup-là »

Louis P : « Je pense quand même que ce sera difficile à copier d’autant plus qu’il y a une interaction avec un vrai Chinois »

Louis A : «  Ok les gars mais ne venez pas me dire par la suite que les Chinois étudient notre blog jour et nuit en faisant grimper le CPU de notre serveur »

Franck : « On aura qu’à bloquer l’accès depuis la Chine et la Mongolie, on l’a déjà fait après tout ! »

Louis A : « Oui Franck, mais n’oublie pas que les chinois sont partout ! Et que derrière ton PC, personne ne voit ton cerveau « bridé », prêt à tout pomper »

14H30

Les préparatifs du test « Value VICC » démarre. Je vais chercher la malle au grenier. Il s’agit donc de transformer la pelouse en Mer de Chine et de recomposer la Chine continentale et les trois entités insulaires que sont Hong Kong, Macao et Taiwan avec des signes distinctifs.

carte de l'investisseur en chine

Franck, s’occupe de la Chine et étend un vieux drap blanc le long d’un parterre de tagettes. Il y a la place au milieu pour un vieux marteau rouillé, un portrait de Mao de Warhol tiré à l’imprimante et une faucille dont le manche est en mauvais état.

Louis P s’occupe de Hong Kong en installant un essuie de bain bleu juste devant le drap blanc. Il superpose ensuite des pacs de lait et de cacao pour simuler trois gratte-ciel.

A droite de Hong Kong, Louis A s’occupe de Taiwan avec un autre essuie de bain de couleur verte. Il dispose un clavier d’ordinateur et 4 veilles souris en plein milieu de l’île rebelle.

De mon côté, à gauche de Hong Kong, j’installe un petit essuie de vaisselle troué et y dépose un Monopoly et un  jeu de l’oie, c’est Macao !

15H15

Nous repassons à table pour engouffrer le barbecue, tout le monde semble affamé.  Les brochètes de gambas à l’ananas et les Saint-Jacques aux tomates-cerises rencontrent cette fois un franc succès. Les steaks de thon rouge, un peu moins.  On arrose le tout avec un Montrachet côte de Baune très frais.

investir dans la valeur des saucisses

Louis P nous parle de sa production pharaonique d’épinards du Caucase et de la serre portable qui permet à ses plants de tomate de s’exprimer pleinement malgré le climat ardennais hostile qui convient plus aux sangliers qu’aux pomodoros.

Franck est impatient de savoir ce que donnera le Test VICC qui oriente depuis trois ans les investissements du portefeuille du club.

 16H08

Nous sirotons tous les quatre un petit expresso avant de lancer le test VICC.

concentration avant mise en fonction de notre screener actionsLe shar-pei est une race de chien chinois qui remonte à plus de 2000 ans. En 200 après Jésus-Christ, on retrouve pour la première fois des statuettes de la dynastie Han le représentant. Certains historiens affirment qu’il serait originaire de la province de Guangdong en Chine continentale.

Qui est donc mieux placé que Hanzu, le shar-pei de ma fille pour nous donner son sentiment sur la valeur de ces entités ? Le test VICC (pour Valeur de l’Instinct Canin Chinois) peut commencer.

Ma fille va donc chercher Hanzu qui est resté enfermé dans le salon pour son heure habituelle de concentration. Ce qui lui permettra de traquer la valeur là où elle se trouve vraiment.

Hanzu déboule sur la terrasse, commence par humer l’air encore empli des odeurs de poissons grillés. Ce chien ne mange en fait que du poisson et des légumes, aucune viande. Ses menus préférés sont de la sardine portugaise aux carottes et du colin d ‘Alaska aux courgettes.

screener sur les actions asiatiques

Il s’attarde près de nous pour voir si nous ne lui avons pas réservé un morceau de poisson. Comme ce n’est pas le cas, il s’élance dans la mer de Chine au galop et semble ne pas hésiter un instant en s’empallant comme un tsunami à quatre pattes sur les gratte-ciel de Hong Kong. Il piétine les pacs de laits et transperce de ses crocs acérés le trente-huitième étage d’un immeuble cossu représenté par un petit pac de cacao écolier.

Franck : « Je vous l’avais dit les gars : Hong-Kong ! Nos quatre derniers achats …Ce chien est magnifique. Quel flair ! »

Louis A : «  Attend ce n’est pas fini »

Effectivement, Hanzu prend brutalement Hong Kong dans sa gueule et traverse la Mer de Chine vers Macao qu’il dépasse, en secouant Hong Kong de toutes ses forces. Il s’allonge ensuite sous un érable japonais et essaie de littéralement dévorer Hong- Kong. Ma fille nous demande d’arrêter le test car un morceau d’Hong Kong dans l’estomac signifierait les urgences vétérinaires.

Il aime tellement Hong Kong que l’on doit s’y mettre à trois pour extirper de sa puissante machoire l’essuie de bain bleu.

Louis P : « Oui on arrête c’est de toute façon très clair, c’est Hong Kong sans discussion possible. Et il n’a pas hésité. »

Franck : « L’année passée c’était nettement plus difficile à interpréter ». Vous vous rappelez ? »

Louis A. : « Oui, il  avait carrément fait la sieste entre Taiwan et Macao. Et on a dû mesurer comme à la pétanque. Taiwan l’a remporté d’un bon centimètre devant  Macao et Hong Kong. Et il y avait matière à interprétation puisque lors de la mesure, il battait de la queue et cela oscillait sans cesse entre Taiwan et Macao. Nous avons même décidé de modifier le process et d’exclure tout ce qui était mobile. »

Franck : «  Au début je n’y croyais pas trop mais c’est vrai qu’en 2012 quand il a pissé sur la Chine continentale, je me suis posé quelques questions. Il a finalement été plus lucide que nous ! Quel instinct, je n’en reviens toujours pas ! Et aujourd’hui Hong Kong ! Il nous confirme vraiment que notre dernier achat d’un holding immobilier sur la presqu’île est judicieux. Vous avez vu comme il aimait les grattes ciels ? ».

Louis P : « Effectivement, et je me demande quand est-ce qu’il reviendra nous indiquer que la Chine continentale vaut le coup »

Pierre : « Peut-être jamais car j’ai lu que dans les années 60, la race a failli disparaître, il ne restait que quelques centaines d’exemplaires et ce sont des éleveurs de Hong-Kong, Macao et Taiwan qui ont sauvé la race shar-pei. »

Louis A : «  Donc il pourrait quand même avoir un biais psychologique négatif sur la Chine continentale … »

Pierre : « C’est possible, il faudra sans doute imaginer un test l’année prochaine pour en avoir le cœur net. Qu’est-ce que vous diriez d’une petite Orval avant le dessert pour fêter cette confirmation dans la valeur ? »

« Yesss » …ont répondu en chœur les Daubasses.

club d'investissement

Tout le problème, c’est que la petite Orval s’est transformée en 7 Orval coup sur coup … multipliées par  4, cela faisait 28 Orval ! L’excitation sur la méthode VICC ne faiblissait pas.

18H40

Nous étions donc déjà en Mach 2 quand j’ai servi le dessert que tout le monde a apprécié.

Louis P : « Vraiment excellent Pierre »

« Oui super » ont relayé Franck et Louis A.

Louis P : « Cela dit et même si je pourrais te paraître mal poli, j’ai encore faim. A mon avis, les Orval mon ouvert l’appétit. Et quand je mange du poisson, j’ai toujours la sensation 30 minutes plus tard de ne rien avoir mangé. »

Louis A : «  Moi aussi »

Pierre : « Pas de problème, on va commander des pizzas au feu de bois »

Franck : « extra…finalement quand est-ce que l’on discute de notre film porno ? »

Louis A : « Franck, merde ! Tu boussilles notre com ! On avait dit qu’on ferait un article pour le blog. On ne peut pas en parler ici. Et en plus tu déconnes :  ce n’est pas un film porno … à moins qu’on coupe… »

Louis P. : « Oui coupe, on arrête de filmer ! De toute façon, cela va dégénérer, on est déjà  à notre deuxième bac d’Orval »

Franck : «  Oui Florine on coupe »

Louis A : « On coupe, je n’ai pas envie que l’on voit Franck faire du break dance et se fouler le doigt comme il y a deux ans et Louis P commencer à tailler la haie du voisin pour nous faire comprendre en détail ce que signifie « culture sous mulch ». On coupe Florine, il faut que l’on soigne notre image »

Pierre : « Et finalement l’indépendance financière c’est quoi pour vous ? Laisse encore tourner ».

Louis P : « Je dirais que c’est le bonheur de vivre »

Franck : « Extra Louis P, je suis de ton avis ».

Louis A : « Oui, je ne vois rien d’autre comme définition  et nous venons de le montrer ».

Pierre : « c’est beau … On coupe cette fois ! »

« COUPEZ » ont hurlé en chœur les Daubasses.

Le premier quinquennat

Nous y sommes ami(e) lecteur (trice) : voici 5 ans que nous avons constitué notre club d’investissement, 5 années que notre blog existe, 5 années d’une très belle aventure.QE et LTRO

Pour fêter cet évènement, il fallait un lieu qui en soit digne. Franck, étrangement de plus en plus amateur de choucroute et de Kreuzpolka nous proposait de le faire juste en face du siège de la BCE  afin de rendre hommage aux fabricants de billets qui ont partiellement contribué à la performance de notre portefeuille (la Fed était un peu loin pour ce faire et, à défaut de remercier «Elicopter Ben », « Super Mario Draghi » aurait fait l’affaire). Mais Pierre a coupé court trouvant que l’équipe des daubasses n’avait pas à prendre une position « politique » en paraissant soutenir des initiatives aussi sensibles. Continuer la lecture de Le premier quinquennat

L’investisseur débutant intelligent !

Voici presque 3 ans, le 28 avril 2010, nous vous proposions, cher(e) lecteur(trice), une interview de François Badelon, le « boss » de la société d’investissement Amiral Gestion et surtout un des plus grands gérants « value » européens. Il faut bien avouer que c’est plutôt difficile ensuite de trouver un investisseur qui suscite autant d’intérêt que François pour vous faire partager son expérience. Comme nous sommes toujours assez exigeants et surtout que nous devons être quatre à nous « emballer » sur un sujet pour qu’il soit publié sur notre blog, nous avons donc mis un certain temps à trouver un autre investisseur « value » qui puisse vous apporter, de notre point de vue, quelque chose de concret et de digne d’ intérêt en faisant partager son expérience.

Il s’agit en fait de notre ami Etienne, investisseur particulier, âgé d’une trentaine d’années et qui a commencé à investir le 1er  juin 2010, en voulant faire partager son expérience, voire son manque d’expérience, sur un blog qu’il a intitulé : Investisseur débutant (site aujourd’hui fermé).

investisseur débutant

Pour ceux qui ne connaisse ni Etienne, ni son blog, ni son court parcours d’investisseur, vous pourriez à juste titre vous poser la question : mais qu’est-ce que peut nous apprendre un investisseur débutant ?

La réponse est très simple pour ceux qui comme nous ont suivi son cheminement d’investisseur depuis presque 3 ans : un investisseur débutant peut vous apprendre énormément, vous faire gagner un temps précieux si vous êtes vous-même débutant, vous remettre sur les rails si vous êtes « à côté de vos pompes » et enrichir la réflexion d’investisseurs plus aguerris.

Ce que nous allons essayer de comprendre, c’est comment et pourquoi un investisseur qui débute a les idées aussi claires sur ce qu’il va faire en investissement, pourquoi il a choisi d’investir dans la valeur, pourquoi il a choisi les méthodes de Graham bien moins sexy que celles de Buffett. En résumé, pourquoi et comment un investisseur débutant est capable d’éviter la période que nous avons tous connue dans l’équipe des Daubasses et sans doute pas mal d’autres d’investisseurs, cette période durant laquelle on commence dans l’investissement par faire parfois n’importe quoi ou à peu près puis, ensuite, après la lecture de deux bouquins sur Buffett, on se lance dans du Buffett sans finalement bien comprendre les moyens dont dispose Buffett à moins qu’on ne poursuive indéfiniment ses recherches sans jamais prendre la décision d’une méthode auxquels on se tient.

aspects psychologiques de l'investissement

Ce qui nous intéresse donc ici, ce n’est pas d’interroger Etienne sur les détails de sa méthode d’investissement ou d’analyse (vous trouverez de toute manière tous ces éléments sur son blog) mais plutôt de comprendre comment, psychologiquement, on se met dans la position d’un investisseur qui va prendre dès le départ des résolutions de bon sens pour échafauder une stratégie qui lui convient et qui sera au bout du compte gagnante.

Si Etienne est un ami, nous n’allons pas vraiment tenter de faire une petite interview du type « petit coup de pub entre amis » mais tenter de pousser notre confrère au-delà de ce qu’il explique  sur son blog pour essayer de bien comprendre son mental, ce qui était naturel chez lui, ce qu’il a travaillé, étudié, ce qu’il a dû modifier en lui, combattre.

Nous allons aussi tenter de comprendre certains de ses réflexes, ses doutes et les rouages de ce qui fait sa force d’investisseur. Bien entendu, nous allons lui demander un petit effort de mémoire pour certain « flash-back » en faisant abstraction du présent ou de ce qui s’est passé ensuite …

Bien entendu, comme les Daubasses n’aiment pas faire les choses dans la demi-mesure, nous nous sommes demandés d’emblée dans quel endroit nous allions organiser la rencontre avec Etienne :  Paris, Bruxelles, Charleroi, dans un bon resto, un café pas cher, un salon de thé, dans le salon de la grand-mère de Franck en Normandie ou  dans un endroit insolite comme le hall du parlement flamand, le musée de la petite Couère, la gare de Libramont ou encore le musée de la pêche de Oostduinkerke…

Musée de la pêche à Oostduinkerke
Musée de la pêche à Oostduinkerke

Les premières propositions ne coûtent pas cher et sont dans le pur esprit Daubasses mais manque cruellement d’originalité … Pierre, propose le café du « feu rouge » au 4 bras de Couillet (banlieue de Charleroi) la chope est à 1.30€ et la petite restauration est abordable. Le plus petit des deux Louis propose un bar à sushi pas loin de chez lui à la frontière flamande de Bruxelles, le « Watashi, Jefke ». « C’est classe » nous dit-il et Jefke est un ancien copain de lycée.

Le plus grand des deux Louis n’y va pas avec le dos de la cuillère et propose une rencontre « Skype » chacun chez soi à 0€ de déplacement, 0€ de boisson, 0€ de repas…

Quant à Franck, il annonce qu’il a une belle idée mais qui demande quelques délais …

15 jours plus tard, lors de notre rencontre mensuelle à Amsterdam au Bar Emmanuelle Quai des « VIS », c’est sur ce sujet que nous débutons le D.M.C.P. pour le « Daubasse Montly Check Point ».  Franck déballe son dossier : des notes, des photos, des devis, des copies de mails, jonchent rapidement la petite table, sur laquelle trône quatre verres de Chimay au col blanc immaculé (le tenancier avait cette fois prévu un stock suffisant).

Franck semble plus qu’enthousiaste, il est carrément énervé.

– On va faire le « buzz », les gars, ça va être du tonnerre d’enfer dit-il en essayant de mettre un peu d’ordre dans son fouilli.

– On t’écoute, répliquent en coeur les trois autres Daubasses

– Bon voilà, j’ai loué un salon au 72ièm étage du « Shard », pour la journée du 24 mars, c’est le week-end avant pâques.

– Du quoi, demande le plus grand des deux Louis ?

– Le « Shard » explique Franck en nous balançant quelques photos, c’est le plus haut bâtiment d’Europe, 309 mètres, et il est situé a Londres face à la City……Tout un symbplace financière de Londresole…!!!

– Franck, j’ai bien peur que l’on ne te suive pas sur ce coup-là, coupe Pierre en éclusant son verre de Chimay et en en commandant un autre dans la foulée.

– Tu t’imagine le budget ? renchéri le plus grand des deux Louis

– Attendez les gars, vous ne connaissez même pas mon business plan et vous rejetez directement  l’affaire alors que je n’arrête pas de vous dire que c’est du béton !

– « Allez vas- y ! Déballe nous ton plan foireux », invite le plus petit des deux Louis en rigolant.

– OK … je vous passe les détails de la filière amis d’amis mais en gros voilà l’affaire : la location d’un salon au « Shard » coûtait 100€ le quart d’heure, soit pour 8 heures 3200€. Et je savais d’avance que vous ne seriez pas d’accord, alors j’ai trouvé une espèce de sponsor qui prend toute la location en charge, nous fournis une hôtesse d’ accueil, quatre repas chauds à midi, trois bacs d’Orval et des sandwiches pour le soir et se charge aussi des billets de train aller-retour… J’ai donc loué de 11 heures à 19 heures.

– Donc si j’ai bien compris, cela ne nous coûte pas un centime ? demande le plus grands des deux Louis.

– Pas un penny, rétorque Franck, car notre sponsor est le photographe Steve Hiett, spécialiste des photos de mode, beauté, déco, people, natures mortes et des reportages-choc.

– Et il nous prend dans quel catégorie, le Stivie ? demande le plus petit des deux Louis.

– Avec nos tronches et nos physiques de rêve, je ne pense pas qu’on puisse espérer autre chose que « nature morte » ! lâche Pierre hilare.

– Allez, on peut peut-être tenter notre chance dans la catégorie déco ! renchérit le plus grand des deux Louis, hilare lui aussi…

– Les mecs, regardez les clichés ! lance Franck en nous balançant des couvertures de vogue et autres copie de photo de Steve Hiett.

– il n’y a que des nanas ! s’exclame le plus  petit des deux Louis.

– Ne me dit pas que l’on va faire un calendrier nu comme les Pompiers de Bollène avec Stivie Yeti ? s’esclaffe Pierre.

– Arrêtez de déconner les gars ! Il nous prend pour un reportage pour l’hebdo britannique « The Economist ». Et d’après nos premiers échanges, il va l’intituler : « les actions ne montent pas jusqu’au ciel, seulement jusqu’a la VANT« .  Il a même loué un hélicoptère pour l’heure et demi que durera le reportage et les shoot.

– Et on fait quoi ? demande Pierre.

– « On lui fait signe du 72ièm étage dans nos beaux costumes » lance le plus grand des deux Louis, plié en deux. « Finalement, tu aurais du lui demander en plus des frais un petit cachet de 1000€ chacun : cette discussion avec Etienne nous aurais même finalement rapporté ».

– En fait le challenge, c’est que nous devons grimper les 72 étages par la face nord du gratte ciel sur la façade de verre, encordés comme des alpinistes urbains. On sera accompagné par deux laveurs de vitre professionnels pour la sécurité.

ascension boursière

– Hein ? Pas possible Franck, j’ai le vertige et je suis incapable de voyager en avion depuis une quinzaine d’années tellement j’ai peur, explique Pierre redevenu soudain sérieux.

– « J’ai déjà signé au nom du groupe, tu n’a pas le choix Pierre ». a dit Franck d’un trait. « Et les Louis qu’en dites vous ? »

– « Pas mal » ont dit les deux Louis en coeur, on est partant.

– Je te dis que je ne saurais pas le faire, Francky… Mais j’ai une idée : on demande à Etienne de jouer la Daubasse, il grimpe à ma place et moi, je me fais passer pour Etienne et j’arrive par l’ascenceur vers 14 heures.

– Impossible Pierrot, j’ai déjà refilé notre cliché sur les marches de la bourse de Bruxelles, la première fois que nous nous sommes rencontrés. Il connait déjà nos tronches. Tu sait la photo qui défile en mode aléatoire sur la page d’accueil de notre site entre Schloss, Buffett, Graham, Sonkin, Klarman et les autres, en clin d’oeil aux « maitres de l’investissement dans la valeur » ?

– T’a quand même pas refilé cette photo ? a demandé le plus grand des deux Louis.

– Ben oui, je la trouvais pas mal cette photo. Pourquoi ?

– On était tous sapés comme des barakis de Charleroi, c’était en plein hiver … sans vouloir te viser hein, Pierre.

– Pas de problème … mais je vous assure que je ne vais pas pouvoir y arriver les mecs !

– « Ecoute Pierre, on t’achète une bouteille de single mat écossais et elle doit au moins être à moitié vide avant qu’on t’enfile les harnais … Tu ne sauras même plus où tu sera exactement ensuite.  Tu fermes les yeux et on te parle pendant toute la montée des meilleures opportunités de notre watchlist pour t’occuper l’esprit » propose très sérieusement le plus petit des deux Louis.

– Mais comment voulez vous que je grimpe si je suis complètement bourré ?

– Pierre et nous tu crois qu’on va grimper ? On fait tous semblant d’escalader mais en fait on est treuillé du dessus. Au troisième étage et au 74iém étage, il y a aura deux holographes géants qui nous suivront en direct… Ca va être top… Avec l’hélico, la foule en bas… Quand nous arriverons au salon que j’ai loué au 72ièm, l’holographe du dessus, affichera en grand :  » les Daubasses préfèrent les VANT aux étoiles, C’est ici qu’ils s’arrêtent » et il y aura aussi des slogans pendant toutes la montée du style « le manque de lucidité en investissement, c’est comme une peau de banane sur la vitre de 25ièm étage du « Shard » … Ce sera top. Et il y aura de la musique techno !

Malheureusement ami(e) lecteur(trice),  face au refus d’un des membres de l’équipe de participer à cette aventure inédite à London et après moultes essais pour le convaincre, nous avons opté pour la conversation à bâtons rompus avec notre ami Etienne dans le salon de la grand-mère de Franck dans un petit village merveilleux de haute Normandie. Dans un cadre idyllique et champêtre, en toute simplicité mais avec quelques Orval en provenance directe de l’abbaye. Une situation moins médiatique et prestigieuse mais bien plus « cosy ».

« On frappe à la porte……C’est sûrement notre investisseur débutant intelligent préféré ! »

C’est la grand-mère de Franck qui va ouvrir la porte …

(à suivre)

un investisseur débutant intelligent

 

 

 

Un cours qui tombe suite à une VANT qui tombe ou … quand il est question d’Odyssée de l’espace, de cerises, de bières et aussi un peu d’investissement.

Oui fidèle lecteur(trice), nous faisons des pertes … nous allons vous l’expliquer mais, tout d’abord, un petit retour en arrière …

Flash back … Floue artistique …

4 australopithèques sont penchés sur le sol.  Ils fouillent frénétiquement les détritus de la tribu.  Tout à coup l’un d’eux pousse un cri bestial et exhibe sa trouvaille à ses compères : une magnifique cerise.  Les trois autres l’acclament avec des gloussements d’aise.  L’homme  lance sa cerise dans les airs.  Durant l’envol du superbe fruit vermeil retentit la musique de Richard Strauss « Ainsi parlait Zarathoustra » … Continuer la lecture de Un cours qui tombe suite à une VANT qui tombe ou … quand il est question d’Odyssée de l’espace, de cerises, de bières et aussi un peu d’investissement.

En attendant notre PEA……. !!!!

Je n’en pouvais plus de garder cela pour moi seul.

Franck et les deux Louis, j’espère que vous ne m’en voudrez pas et je vous prie déjà de bien vouloir accepter mes excuses, pour ne pas vous en avoir parlé avant. C’est la première fois que je prends une initiative seul au nom du groupe sans vous consulter et je comprendrais si vous me viriez de l’équipe sur le champ. Mais, à ma décharge, mon intention était juste de nous éviter la double taxation des dividendes que nous subissons en Belgique, cette taxation qui réduit de manière insupportable 100 euros en 50 euros ! Vous me direz que l’on encaisse sans doute pas beaucoup de dividendes sur les « Daubasses »… mais la devise de Franck « il n’y a pas de petit profit, juste des profits » a raisonné en moi comme les carillons de Notre Dame de Paris et surtout plus que je ne l’aurais imaginé.

Et puis cela fait des mois que Franck (NDLR : le français du groupe) nous rabâche les oreilles au minimum deux fois par semaine avec les bienfaits d’un PEA, véritable « pansement gastrique d’un portefeuille » pour nos amis Français. Sans finalement jamais entrer dans les détails, ce qui a aussi eu comme effet d’aiguiser ma curiosité.

Oui, j’ai voulu ouvrir un PEA, en France, au nom du club d’investissement « les Daubasses selon Benjamin Graham » pour éviter la double taxation belge de nos dividendes.

Voici donc en quelques lignes le récit de mon aventure fiscale.

Je n’ai pas « cherché midi à quatorze heures » : habitant dans la banlieue de Charleroi, soit à moins de 35 minutes de la frontière française, c’est tout simplement dans une agence bancaire d’un petit village de la banlieue de Maubeuge que j’ai pris rendez-vous.

C’était le 6 juin à 9 heures exactement. Il pleuvait abondamment, le ciel était d’un gris pas possible. On ne peut pas dire que la banlieue de Maubeuge m’ait dépaysé de la banlieue de Charleroi : même style d’éventration des sacs poubelles, quelques foyers sauvages de détritus au bord des champs, un asphalte aussi défoncé, des petites maisons en briques rouges délavées par le temps et de la verdure sur les toits.

L’agence bancaire dans laquelle je me suis rendu détonnait un peu dans le paysage.

la succursale de la banque ****** à Maubeuge

C’était une construction flambant neuve, avec une façade entièrement vitrée dans un style architecturale New-Yorkais, très épuré et qui avait au moins six étages. En plus de l’architecture, il y avait aussi un contraste sur la localisation de l’agence qui était plantée au bout d’un petit chemin en terre battue sur lequel il n’était pas certain que deux Buick puissent se croiser sans s’arracher mutuellement les rétroviseurs… Et le pire : pas le moindre parking pour la clientèle. Même si j’ai eu l’impression en arrivant que j’étais le seul client, mais bon à 9 heures, je me suis dit ,un peu comme dans la banlieue de Charleroi, qu’ il n’y avait sans doute pas grand monde de réveiller. J’ai donc parqué ma Mustang en bordure de prairie.

J’ai décidé de ne pas révéler le nom de la banque, pour ne pas attiser inutilement la haine, puisqu’à la télé, tout le monde dit que c’est eux les responsables de la crise des subprimes, de l’endettement des états, du chômage et parfois même du temps pluvieux du week-end. Je m’en voudrais de faire un appel au saccage d’un bâtiment flambant neuf sans doute construit grâce au trading alimenté par la liquidité des comptes épargnes durement engrangés des citoyens des environs.  Néanmoins, vous aurez compris qu’il s’agit bien entendu d’une agence d’une des 3 plus importantes banques françaises.

 

Je me suis engouffré dans un hall d’entrée de marbre blanc après qu’aient coulissé les deux immenses portes vitrées dans un feulement presqu’inaudible. Après m’être présenté et avoir expliqué que j’avais rendez-vous à 9H, j’ai eu droit à un large sourire de la demoiselle de l’accueil qui m’a demandé de patienter quelques secondes.

 

La charmante hôtesse et son sourire chaleureux

 

L’homme qui est venu à ma rencontre m’a également chaleureusement souri en me tendant la main et en me demandant de le suivre. C’était un homme extrêmement élégant vêtu d’un complet bleu profond,  à la coiffure soignée et à l’air posé. Il portait une chemise  d’un blanc immaculé et une cravate en soie bleue légèrement plus claire que son costume. Il ne portait pas de bijou juste une montre Bréguet au poignet droit. Ce qui signifiait qu’il était gaucher !

 

mon sympathique conseiller bancaire

 

En le suivant dans un dédale de couloir, et pendant que nous échangions quelques banalités sur le temps,  je me suis dit immédiatement que sa tête me disais quelque chose.

Il m’a ouvert la porte d’un grand bureau, en me demandant de bien vouloir m’installer, ce que j’ai fait sans attendre. Le siège était confortable et j’avais devant moi une large baie vitrée perlée de pluie qui donnait sur un jardin à la verdure chatoyante et extrêmement bien dessiné. J’étais donc à l’arrière du bâtiment, installé confortablement quand mon interlocuteur m’a demandé si je désirais un café. J’ai accepté et il est sorti en me disant :

« Je suis à vous dans une seconde. »

Toujours occupé à essayer de mettre un nom sur son visage, j’ai hoché de la tête, au lieu de lui dire :

–     Faites à votre aise.

Et j’ai continué à me creuser les méninges pour mettre un nom sur son visage qui m’était connu, j’en étais certain. Le flash est arrivé quelques secondes plus tard lorsque la porte s’est entrouverte et que la demoiselle de l’accueil a déposé sur la table un petit café noir bien serré. Le flash c’était que j’étais assis dans un bureau à l’arrière du bâtiment, soit le fameux « back office » et ce gars ressemblait à… Jérome Kerviel, le plus connu des employés bancaires travaillant dans les « back office » ou plutôt les « black office ».

Cela m’a plutôt décontenancé quand Jérôme s’est assis derrière son bureau, en m’adressant à nouveau un large sourire et en me demandant ce qu’il pouvait faire pour moi.

Bon, j’ai décidé de ne pas révéler la véritable identité de mon interlocuteur pour ne pas attiser la haine et qu’il soit pris à partie par des actionnaires floués ou des anti-capitalistes. Maubeuge n’est finalement pas si grand que cela. Et ressembler à Jérôme Kerviel, voire être son frère jumeau ou encore son sosie, ne doit pas être aisé à vivre au quotidien quand, en plus, on bosse dans une banque.

Je dois vous avouer que j’ai commencé à lui expliqué l’objet de ma présence dans son « back office » en balbutiant.

– En fait, ai-je bredouillé, je fais partie d’un club d’investissement, les « D selon Benjamin Graham » et je voudrais ouvrir un PEA pour échapper à la double imposition sur le dividende pratiquée en Belgique.

– Les D selon Benjamin Graham, avez-vous dit ? a presque murmuré Jérôme en m’adressant un nouveau sourire. Et que signifient les D ? m’a-t-il demandé.

– En fait on est quatre copains : Dominique, Daniel, Damien et Didier !

– Ah oui les D, j’ai compris a dit Jérôme sérieusement.

Franck et les deux Louis, je vous demande une nouvelle fois de m’excuser car je n’ai pas pu dans le « back office » en face du duplicata de Jérôme Kerviel, prononcer le mot « Daubasses ». Avec nos lecteurs, nos abonnés, nos connaissances, je le dis avec plaisir par autodérision comme nous l’avions imaginé au début… Mais devant Jérôme, dans ce bureau en train de demander des renseignements sur un PEA, je n’ai pas pu. Je comprendrais parfaitement que ma part de recettes des abonnements soit supprimée pour six mois pour avoir eu honte du nom du groupe. Alors que, comble de l’histoire, c’est finalement moi qui vous l’ai proposé.

– L’ennui, Monsieur, m’a dit Jérôme, c’est que le PEA est réservé aux personnes physiques. Pour un club d’investissement ce n’est pas possible. En plus vous êtes Belge, si j’ai bien compris. De quelle région ? m’a demandé Jérôme qui semblait avoir enclenché soudainement les vitesses ?

– Je suis de Valonnie, la région de Charleroi. Cela s’écrit avec un W au début et chez nous on dit oualonnie…. !!! Mais bon…..Remarquez que le grand Louis, heu … Damien … dit souvent que nous sommes plutôt en oualbanie….Mais bon, c’est politique et trop belgo-belge pour que cela signifie quelque chose pour vous.

Oui, je comprends. Par contre, vous n’êtes pas français, ni domicilié en France et cela se complique pour un PEA. En plus pour un club d’investissement…

Sinon, je pourrais me domicilier en France et prendre le PEA à mon nom pour le groupe. Je ne pense pas qu’ils y seront opposés si c’est pour gagner des tunes et on se fait tous confiance. En plus, j’ai vu une jolie pension à 10 euros la journée, à l’entrée du village. Et la pension porte un joli nom « Ambroise et Julot ». Vous pensez que ça pourrait coller ? 10 euros par jour c’est 300 euros par mois, pas exagéré.. ?

– La jolie pension, c’est une maison de passe, Monsieur, m’a dit Jérôme, le visage un peu inquiet. Et ce n’est pas 10 euros la journée mais 10 euros de l’heure.

– Ah oui, ça change tout… Mais j’ai entendu récemment une ministre française dire qu’elle voulait supprimer la prostitution en France. Donc, à terme, cela pourrait peut être intéresser les propriétaires de la maison de passe, une reconversion en chambre « boîtes aux lettres » pour exilés fiscaux belges.

Oui c’est possible, mais vous auriez tout intérêt à louer un deux pièces en ville car je doute que cela passe auprès du fisc de résider dans une maison de passe.

Pas de problème, on en discutera ai-je dit. Vous pourriez m’expliquez en gros ce qu’est un PEA ?

Le Plan d’Épargne en Actions, appelé communément le PEA, est apparu en 1992. Le législateur a souhaité encourager un actionnariat populaire en France, en faisant bénéficier par des avantages fiscaux la détention d’actions sur le moyen ou long terme.

 On peut définir le PEA comme une enveloppe fiscale permettant  d’investir sur les marchés européens. Cette enveloppe étant exonérée d’impôt (mais pas du prélèvement social) après 5 ans.

Les conditions rattachées au PEA sont les suivantes :

 L’ouverture d’un PEA est réservée aux personnes physiques fiscalement domiciliées en France.

Chaque contribuable ne peut détenir qu’un seul PEA (contrairement à un compte titres classique).

Le nombre de PEA au sein d’un même foyer fiscal ne peut être supérieur à 2 (il n’est donc pas possible d’en ouvrir pour les personnes à charge ou les enfants).

Un contrat PEA est obligatoirement individuel, il ne peut pas être ouvert sous la forme d’un compte joint et de fait, seul le titulaire peut effectuer les opérations d’achats et de ventes.

Donc vous voyez comme les choses sont assez étroitement définies.

 

– Parfait jusque-là.

Bon poursuivons, il existe en fait deux types de PEA, le PEA B et le PEA A

– Ne me dites pas qu’ils ont même prévu un PEA spécial Daubasse, le B…. Là je ne vous crois pas !

« Un PEA Spécial Daubasses », a répété Jérôme, en fronçant cette fois sérieusement les sourcils !

Eh bien oui, vous avez bien dit PEA B, pour je suppose « Plan d’Epargne en Actions Bancales »…. C’est exactement sur ce type  de société que nous investissons, des Daubasses, des sociétés avec à la direction des manchots, des charlots, pas la moindre compétitivité, le tout à prix cassé et sous la Valeur d’Actif Net Tang…

« Excusez-moi de vous interrompre », m’a dit Jérôme, mais il s’agit  pour PEA B de « Plan d’Epargne en Actions Bancaire » et le PEA A c’est « Plan d’Epargne en Actions Assurance », alors que je m’apprêtais à lui expliquer notre philosophie d’investissement de A à Z… Merde.

« Je poursuis si vous le voulez bien sur le PEA B qui nous concerne. Et son fonctionnement »

– Pas de problème.

 

– Le PEA est composé d’un compte titres sur lequel sont investies les différentes valeurs mobilières ainsi que d’un compte espèces permettant la transition des fonds lors des opérations d’achats et de ventes, le versement des dividendes ou le prélèvement de différents frais. Le compte espèces ne peut pas être débiteur.

« Nous n’avons pas en grande estime les OPCVM » ai-je dit, pour dire quelque chose, « bien qu’il y ait quelques rares exceptions ». Mais Jérôme n’a pas relevé, il a poursuivi

Le montant total de tous les versements ne peut excéder un plafond de 132 000 €.

Le PEA permet l’acquisition d’un choix restreint de valeurs mobilières et interdit les opérations à découvert.

L’absence de possibilité d’un découvert sur le compte espèces dédié au PEA implique une obligation de couverture des ordres de bourse à 100%. Concrètement, pour pouvoir acheter 1.000 euros d’actions, il faut avoir ces 1.000 euros disponibles sur le compte espèces ou en attente de comptabilisation d’une autre vente de titres effectué le jour- même. Tout achat ou vente à découvert est donc impossible.

–  « Pas de put dans un PEA, j’ai compris, Franck nous l’a souvent rappelé », ai-je dit pour permettre à Jérôme de reprendre son souffle

Mais Jérôme, m’a soudain fixé d’un regard brutal qui m’a fait penser qu’il commençait à être excédé par mes interventions. Je me suis senti obligé d’ajouter :

– Je voulais dire des options put, bien entendu

–  Bien entendu, a -t-il comme ironisé avant de poursuivre sur la fiscalité du PEA, le rubicube des rubicubes, c’est d’ailleurs sans doute pour cette raison que Franck, ne nous en avait pas parlé. 

 

Les fonds investis sur un PEA sont toujours disponibles. Tout retrait effectué avant 8 ans entraîne obligatoirement la clôture du PEA et la vente de la totalité des valeurs inscrites sur celui-ci.

Après 8 ans, le produit est très souple et permet plusieurs options.

Clôture du PEA avant 5 ans

Les plus-values sont imposables selon le régime des plus-values mobilières. Depuis le 1er janvier 2011, la totalité des gains réalisés est soumise à l’impôt, au taux fixe de 19% et aux prélèvements sociaux 12,3%, puis 13,5%, à compter du 1er janvier 2011.

Entre 2 et 5 ans, le taux d’imposition est de 19% depuis le 1er janvier 2011 ce qui correspond au taux commun d’imposition des plus- values mobilières. Voir aussi le compte-titres ordinaire.

Avant 2 ans, le taux d’imposition est un taux majoré qui est fixé à 22,5%. La clôture du PEA doit être déclarée avec le formulaire fiscal 2074.

 Clôture du PEA entre 5 et 8 ans

Les plus-values ne sont pas imposables et subiront seulement les prélèvements sociaux.

Après 8 ans, les possibilités sont nombreuses. Le calcul du prélèvement social, effectué dans le cas d’un retrait partiel ou total, devient particulièrement complexe.

La première raison est que le taux à appliquer dépend de la période où les plus-values ont été réalisées. En effet, comme le PEL, il faut tenir compte des différentes évolutions du taux des cotisations sociales. Par exemple, la CSG a connu des taux de 3,4%, 7,5% ou 8,2%. Ensuite la base de calcul, ce sont les plus-values. Plus exactement, c’est la différence entre les différentes valeurs liquidatives du PEA le solde du compte espèces + la cotation des différentes valeurs à une date donnée et la somme totale des versements effectués.

Pour un PEA ayant plus de 15 ans c’est alors……

–   « Si je comprends bien », ai-je interrompu l’air assez concentré, « c’est difficile d’ouvrir un PEA avec Bac +1 ou 2. Ou alors, il est nécessaire de prendre des cours du soir de fiscalité. »

–  « Ne vous inquiétez pas » a dit Jérôme, « nous avons des services à l’intérieur de la banque qui peuvent vous aider aux différents calculs. »

– Services payants, je suppose ?

– Eh oui a dit Jérôme en retrouvant le sourire !

– Finalement écoutez, à nous quatre on a bien Bac +11 même avec moi qui suit Bac -6 donc on devrait s’en sortir, car on a vraiment en horreur les dépenses inutiles. Vous pouvez y allez, ai-je dit ?

– « Y aller ? » m’a demander Jérôme, comme s’y je m’apprêtais à le virer.

– « Vous pouvez ouvrir le PEA », ai-je dit en me frottant les mains, « je veux absolument leur faire une surprise ».

Jérôme a griffonné pendant deux minutes sur un formulaire qu’il m’a demandé de signer. Ce que j’ai fait. Il m’a donné une copie du document, puis il a ajouté avant de se lever de sa chaise :

– Dès que nous recevons votre domiciliation sur le territoire français, nous activons votre PEA !

Il est passé devant moi, pour m’ouvrir la porte et m’a demandé de le suivre. Je me suis exécuté.

Au détour d’un couloir, nous nous sommes brièvement arrêté devant un homme plus âgé à l’allure débonnaire et au costume impeccable. « Je vous présente le directeur de l’agence » m’a dit Jérôme. Et l’homme m’a aussitôt serré la main, en me disant quelque chose du style « merci pour la confiance que vous nous accordez, à bientôt. »

En poursuivant notre chemin, je me suis dit que son visage me disait quelque chose : ces lunettes cerclées or et sa cravate imprimée de Dollar …

Dans le hall d’entrée, Jérôme m’a souri une dernière fois en me serrant la main.

Dehors le ciel était toujours gris et il pleuvait toujours abondamment. En mettant le moteur en marche, j’essayais toujours de mettre un nom sur la figure du directeur de l’agence… Mais pas moyen, alors que j’étais persuadé que je connaissais ce visage.

Je me suis arrêté, sur le retour à l’hotel « Ambroise et Julot » pour me domicilier. Julot était un gars absolument charmant qui me faisait penser au défunt Fred Chichin des « Rita Mitsouko » avec mèche folle, pas mal de bagouses aux doigts et la petite moustache taillée avec méticulosité. Ambroise était partie faire du shopping  à Auchan à Louvroil. Julot a accepté de s’occuper entièrement de ma domiciliation contre 300 euros que j’ai déboursés volontiers et l’affaire s’est réglée en moins de 10 minutes.

Mais quand je suis ressorti, je réfléchissais toujours au nom que je pourrais mettre sur le visage du directeur de l’agence, et je me suis également mis à penser que j’avais trahis complètement l’esprit « Daubasse » en allongeant aussi facilement 300 euros à Julot pour une démarche administrative que j’aurais pu régler moi-même.

Franck et les deux Louis, je vous dois de nouvelles excuses pour cette trahison de l’esprit « Daubasses », je vous offre à tous un bon resto pour me faire pardonner.

Sur le chemin qui me ramenait en Belgique, mon esprit n’arrêtait pas d’être taraudé par le visage du dirlo de la banque jusqu’à ce que j’aie un flash provoqué par sa cravate imprimée de dollars : le dirlo ressemblait à Bernard Madoff… Eh oui :  même nez aquilin, sourcils circonflexes et un regard affable qui vous inspire une entière confiance.

Pour ne pas attiser la haine, j’ai décidé de ne pas vous révéler le véritable nom du directeur de la banque : ressembler physiquement à Bernard Madoff, c’est sans doute pour certains anticapitalistes déjà un fait pénalement punissable mais, en plus, engager un gars qui ressemble à Kerviel, cela mérite sans doute pour certain pas moins que la chaise électrique… Alors que ces deux personnes ne sont coupables de rien, juste d’un physique que l’on pourrait aujourd’hui, qualifier d’ingrat.

Je roulais sur les premiers kilomètres d’autoroute belge quand l’étrange sensation d’être projeté dans le futur m’a assailli.

Je me suis retrouvé deux ans plus tard dans ma chambre, allongé dans mon lit, les yeux rivé au plafond, dans une attitude purement catatonique. Mon emploi du temps se résumait à descendre de mon lit vers 10 heures du matin, ouvrir la boîte au lettre en façade pour voir si le facteur n’avait pas glissé une lettre de la banque, m’annonçant que notre PEA était activé… Avant de remonter dans ma chambre, j’arrachais la feuille du jour au calendrier accrochée dans ma cuisine… Et c’est de cette manière que je sais que nous sommes aujourd’hui le 1 Juillet 2014 et que demain nous seront le 2 juillet…

J’avais le sentiment d’être à la fois le Valdimir et l’Estragon, de la pièce de Beckett, « En attendant Godot »… J’attendais notre PEA. Sans faim, ni soif, ni désir d’aucune sorte, juste l’attente de notre PEA qui arriverait dans ma boîte aux lettres… Plus de famille, plus de Franck et les deux Louis, plus de Daubasses… J’étais dans le vide sidéral de l’attente de notre PEA… Et les jours passaient inlassablement pareil en attendent notre PEA…

Il était exactement minuit et douze minutes, le 12 septembre 2014 quand j’ai entendu clairement du monde grimper les escaliers. Dans un premier temps, je me suis dit « ça y est, on m’amène notre PEA, au lit, il sont top la poste Belge, la B Post…. ». Mais quand la musique du générique de fin de Taxi Driver  a empli toute la maison, je me suis dit que j’étais sans doute cambriolé… Et que je devais juste me concentrer, sur l’attente de notre PEA….

Mais dans une véritable scène à la Dalton de la BD Lucky Luke lardée d’un suspens typique de thriller, la porte a d’abord grincé sur ses gonds, puis la tête de Franck est apparue au chambranle de la porte. Seulement la tête un peu penchée et pas le corps… Puis, au-dessus de la tête de Franck, la tête du plus petit des deux Louis est apparue et finalement au-dessus des deux têtes de mes amis, la tête du plus grand des deux Louis….. !!! Les Daubasses étaient dans ma chambres alors que j’attendais notre PEA et j’allais devoir leur annoncer que j’attendais notre PEA.

« Qu’est-ce que vous foutez dans ma chambre les gars ? », ai-je hurlé en commençant à transpirer.  La seule réponse que j’ai eu, c’est un long sourire du plus de petit des deux Louis… Mais un sourire lugubre qui m’a glacé le sang.

« Je sais les gars, je ne vous ai pas donné de nouvelles, mais j’attends notre PEA depuis deux ans, même plus, j’ai dit et je voulais vous faire la surprise, même si c’est compliqué comme fiscalité ! »

Mais j’ai eu l’impression qu’ils ne m’entendaient pas car ils sont entrés solennellement dans ma chambre et se sont approchés du lit. Franck à droite, le plus petit des deux Louis à gauche et les plus grands des deux Louis au pied de mon lit. J’ai aussi remarqué assez rapidement dès qu’ils sont entrés dans la chambre que le plus grand des deux Louis tenait dans la main un immense couteau de boucher, on aurait dit celui d’Anthony Perkins de « Psychose » le film d’Hitchcock !

« Tu ne vas pas me dire que tu as amené une noix de jambon de Rochefort et de la Chouffe chère à Franck et que l’on va manger et boire et faire la fête, pendant que je vous explique l’attente insoutenable de notre PEA » ai-je dit pour essayer de détendre l’atmosphère… Mais les trois Daubasses sont restées impassibles, on aurait dit qu’il ne m’entendaient pas… Merde.

« On est venu te dire que TU ETAIS VIRE, TU ENTEND ?  TU EST VIRE », a dit le plus grand des deux Louis en hachant chaque mot d’un timbre de voix d’outre-tombe….. « Et on veut les listes », ont renchérit en cœur Franck et le plus petit des deux Louis avec le même timbre de voix et en détachant lentement chaque syllabe.

J’ai dit : « non, non, les gars, c’est pas possible … pas pour un PEA … » « Non », ai-je encore répété en commençant à pleurer. Mais j’ai eu l’impression qu’ils comprenaient que je ne voulais pas leur donner les listes remplies de Daubasses….. !!!!!

 C’est alors que le plus grand des deux Louis a brandit son couteau de boucher !

 Et que je me suis réveillé, d’un bond le visage couvert de transpiration…

 

L’équipe des Daubasses, souhaite à tous ses lecteurs et à tous ses abonnés d’excellentes vacances.

 

A tous nos abonnés, ne ratez pas la lettre 100% PEA que nous publierons dans la première semaine de juillet, malgré les vacances, le soleil, et ce texte « détente » sur ce sacré PEA !