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L’homme de tous les marchés – lecture de l’été 📖🏝️

Edward Thorp, père des « quants » (investisseurs quantitatifs), est malheureusement trop méconnu, surtout en France.

Véritable génie scientifique (chimie, physique et mathématique), depuis sa plus tendre enfance, Edward Thorp va sans cesse essayer de « réaliser l’impossible » en voulant toujours repousser plus loin les limites de la science pour dénouer les défis du quotidien. Il aime les challenges et se fera un malin plaisir tout au long de sa vie d’aller à contre-sens et de tenter de déjouer des systèmes réputés imbattables.

Dans un premier temps, il va mettre à profit ses connaissances physiques et mathématiques pour essayer de battre les casinos. Il va tester et réussir à mettre en place des techniques pour gagner durablement aux jeux suivants : blackjack, roulette et baccarat. Continuer la lecture de L’homme de tous les marchés – lecture de l’été 📖🏝️

Warren Buffett, l’effet boule de neige (5e partie) : les enseignements que nous en retirons

Cet article est le dernier d’une série de 5 qui reprend notre lecture de l’ouvrage d’Alice Schroder, Warren Buffett. La biographie officielle, l’effet boule de neige

Le point principal que nous avons retenu de cet ouvrage, c’est que, selon notre lecture, les réussites du plus grand investisseur de tous les temps tournaient, et tournent toujours autour de trois vecteurs.

Les quatre premiers articles :

 

La grande conclusion que nous avons retirée de notre lecture du « Snowball », cher lecteur, c’est qu’imiter Warren Buffett en investissant sur les blue chips est une gageure impossible à réaliser.

Si vous regardez de manière réaliste les cartes que vous avez en main, en tant qu’investisseur individuel par rapport à Buffett, cela pourrait se résumer de la manière suivante :

Vous n’avez, ni la machine à cash, ni le cercle d’amis ou de connaissances. Soit dès le départ, 66% de capacités en moins.

Il vous reste donc à première vue 33% avec  l’idée de « la marge de sécurité » qui est à la portée de tous …

Cependant, il vous est impossible de bien définir la marge de sécurité sur les société qui approchent de la faillite sans pour autant être cataloguées dans les mégots de cigare car elles ont souvent des problèmes graves de solvabilité qui nécessitent de connaître le dossier de l’intérieur.  Sans un cercle d’amis et de connaissances, cela fait 8.25% en moins.

Vous n’avez pas la capacité ni de juger de la qualité d’une direction, voire d’une nouvelle direction, ni de juger de la pérennité des produits, ni des bénéfices futurs, ni de la complexité du fonctionnement d’une multinationale pour l’acheter avec une marge de sécurité, bien définie et réaliste dans le futur, comme le ferait Warren Buffett qui peut, grâce à son cercle d’amis et de connaissances, fouiller tous les recoins. Cela fait 8.25% en moins.

Vous ne pourrez non plus avoir accès aux occasions en tout genre réservées à Warren Buffett (non coté, produits structurés, …).   Cela fait 8.25% en moins.

 

Conclusion

Ce qu’il vous reste pour pouvoir imiter réellement le meilleur investisseur de tous les temps, c’est donc 8.25% de la capacité d’investir de Warren Buffett et c’est sur des mégots de cigares ou « daubasses » que vous pouvez tenter de l’imiter le mieux.

Tout simplement parce que vous avez la capacité, avec les seuls chiffres du bilan et une belle diversification, de mettre de votre côté le plus de chances possible de battre le marché à long terme.

Et cela, Warren l’explique très bien, en 7 lignes, en parlant de son ami Walter Schloss : En 1975, « Big Walt » était le dernier défenseur des mégots de cigares. Lors des réunions du « Graham Group », ses confrères le moquaient gentiment sur son portefeuille « fouette cocher » avec des sidérurgistes au bord de la faillite et des sous-traitants automobiles ruinés. « Et alors , disait Schloss,  je n’aime pas le stress et je dors sur mes deux oreilles« . Il faisait des listes, appliquant la philosophie de Graham dans sa plus pure expression. Tout les soirs, il quittait son placard à balais chez Tweedy & Brown pour renter chez lui, et ses résultats étaient phénoménaux !

 

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Warren Buffett, l’effet boule de neige (4ème partie) : la marge de sécurité

Cet article est le 4ème d’une série de 5 qui reprend notre lecture de l’ouvrage d’Alice Schroder, Warren Buffett. La biographie officielle, l’effet boule de neige.

Le point principal que nous avons retenu de cet ouvrage, c’est que, selon notre lecture, les réussites du plus grand investisseur de tous les temps tournaient, et tournent toujours autour de trois vecteurs.

Les trois premiers articles :

 

3ème vecteur : la marge de sécurité

C’est évidemment le troisième vecteur de la réussite de Warren Buffett, d’une importance tout aussi fondamentale que les deux précédents et dont une partie est liée au vecteur précédent.

C’est aussi le vecteur qui, selon nous, est le plus mal compris des fans de Buffett ou des investisseurs qui essaient d’appliquer une stratégie à la Buffett en achetant des blues chips ou big caps qu’ils s’imaginent pouvoir garder à vie.

 

  1. Les mégots de cigare ou Daubasse

Le mégots de cigare ou Daubasses sont de tous les investissements de Buffett ceux qui ont la marge de sécurité la plus importante… Et l’idée de ces mégots de cigares revient de manière récurrente pendant toute la vie d’investisseur de Warren Buffett et pas seulement au début. Cette idée, comme vous le savez ou avez pu le lire, a été inventée par le professeur-employeur-ami de Warren :  Benjamin Graham. C’est aussi dans cette catégorie que le cercle d’amis ou de connaissances n’est pas nécessaire :  les chiffres du bilan suffisent.

Bien entendu, nous la retrouvons au début de la carrière de Buffett dans le Partnership qui dure de 1956 à 1967, mais également quand il en a la possibilité, tout au long de cette même carrière.

Ainsi,  en 2004 quand il ne trouve plus d’occasions aux USA et qu’il décide d’investir dans le reste du monde, il reste comme stupéfait de découvrir des mégots de cigare en Corée. Voilà ce qu’il en dit :

« Regardez cette entreprise de farine, elle a plus de liquidités que sa valeur de marché et s’échange à 3 fois ses profits. Je n’ai pas pu en acheter beaucoup, mais j’ai quelques actions. Et en voilà une autre, une laiterie. Il se pourrait que je finisse par ne plus avoir que des actions coréennes dans mon portefeuille personnel… ».

Vous remarquerez ici que, dès que Buffett ne peut plus activer son cercle de connaissances et d’amis américains pour évaluer une société, il revient d’emblée aux mégots de cigare ou daubasses avec marge de sécurité très importante. Et cela nous semble logique.

On peut aussi penser sans se tromper que, si la taille de ses actifs avait été moins importante, l’Oracle d’Omaha aurait poursuivi ses achats de daubasses cotées à un rythme plus alerte. Mais avec la taille de Berkshire Hataway, il était impossible de prendre une position relevante sur un marché comme le Pink Sheet ou l’OTC. On peut enfin noter que pour son portefeuille personnel, Buffett n’a rien perdu de son enchantement pour les daubasses.

 

2. Les sociétés en route pour la faillite

Nous retrouvons dans cette catégorie beaucoup d’exemples de « presque daubasses » mais des « presque daubasses » dont l’investisseur individuel devrait se méfier car elles demandent un cercle de connaissances et d’amis solide pour être informé avec la plus grande précision. Si nous les avons nommées des « presque daubasses », c’est parce que leur solvabilité est extrêmement précaire et leurs besoins de capitaux souvent élevés.

Il s’agit évidemment pour Buffett d’une catégorie qui a enregistré les plus belles réussites de sa carrière d’investisseur. Citons quelques exemples comme la première fois qu’il achète  American Express au moment du scandale « Salad Oil ». Une histoire de futures et d’escroqueries sur l’huile de soja qui a amené Américan Express au bord de la faillite. Warren Buffett achète pour 13 millions de $. Vous remarquerez qu’il ne garde pas à vie mais revend quelques années plus tard et double son investissement de départ.

Ou quand il achète Geico, en 1976, la société est en déconfiture complète et proche de la faillite, il l’achètera pour une bouchée de pain et en fera sa principale « machine à cash » qu’il va garder à vie, principalement pour son rôle de « machine à cash ».

Quand il achète le Washington Post, c’est pareil :  le journal est en grosse difficulté… Sur cet investissement, il y mêle aussi de l’émotivité car il est depuis toujours fasciné par la presse écrite et également, une certaine galanterie, qui l’empêche d’acheter de manière plus massive, car Kay Graham, la patronne, ne voulait pas qu’il prenne le contrôle du journal et le lui avait demandé. Ce que Buffett respecta. Cet investissement lui a aussi permis d’élargir considérablement son carnet d’adresses et on peut penser que cet argument fut bien plus déterminant dans le choix de Warren de conserver la société à long terme que sa qualité intrinsèque.

Bien entendu dans cette catégorie, nous retrouvons un tas d’autres investissements sur des société non cotées qui apparaîtront dans la quatrième catégorie.

La marge de sécurité est extrêmement importante, voire plus importante qu’un simple mégot de cigare, mais sans comprendre dans tous les détails la sociétés sans le cercle d’amis et de connaissances, le risque est proportionnel et donc extrêmement important.

 

3. Les achats à bon prix

C’est donc dans cette catégorie que nous retrouvons les sociétés qui ont retenu l’attention de la majorité des investisseurs, au point de penser que Buffett n’a investi que sur des blue chips à bon prix et pour toujours. Mais nous pensons que comme pour les catégories précédentes, le cercle d’amis et de connaissances est nécessaire pour ne pas commettre d’erreur.  Et pourtant, c’est dans cette catégorie, même avec son cercle de connaissances et d’amis que Warren en commettra le plus finalement. Comme Salomon ou Cocono-Philips et pas mal d’autres.

Même si Coca-Cola est une de ses plus belles réussites, nous en avons vu sa fragilité au moment des maquillages comptables dans le précédent article.

Nous avons également remarqué que ce type d’investissement de Warren Buffett était souvent effectué par défaut… à défaut d’autre chose de plus attractif. Quand la taille des actifs ne permet plus d’envisager autre chose.

Les sommes sont souvent importantes mais on ne sent jamais d’enthousiasme chez Warren, en tous cas, pas autant que lorsqu’il découvre les daubasses coréennes et qu’il déclare  « c’est comme si j’avais soudain une nouvelle fiancée ! »… et il n’en espère pas de miracle.

Même si See Candy fait partie des investissements réservés exclusivement à Warren Buffett, c’est un de ces investissements à bon prix qui exprime bien comment « le meilleur investisseur de tous les temps » abordera par la suite ces investissement à juste prix en les ayant analysés dans tous les détails, aidé de son cercle d’amis et de connaissances. Il dira donc lors de son achat de See Candy : « nous abordons cet investissement comme une obligation en espérant qu’il nous servirait un coupon de 9% si la société parvenait a faire croître ses profits au fil des ans. »

De notre point de vue, cette manière de voir de Buffett n’a pas changé sur les sociétés à juste prix de See Candy à Burlington Santa Fee. Ce n’est pas ce type d’affaires qui rend enthousiaste Warren Buffett mais seulement les affaires à tout petit prix.

En plus, nous ne pouvons pas éviter ce passage en 1996 quand  Berkshire vaut 41 milliards de $ : pour court-circuiter  des fonds de placements collectifs qui commercialisent des actions Berkshire Hataway, Warren décide de mettre en circulation les actions B. Il se dira assez flatté de la ruée des  petits porteurs. A l’époque, l’action A vaut 34 000$ et l’action B en vaudra 1/30 ième… mais en privé, il se moque un peu de ces petits porteurs qui achètent juste pour sa renommée, voire pour son nom.

« Ni Warren Buffett, ni Charly Munger n’achèteraient des actions de Berkshire à ce prix, pas plus qu’ils ne recommanderaient à leurs amis ou à leurs familles de le faire. »

Warren Buffett se moque donc de ceux qui achètent principalement des big caps ou blue chips majoritaires par rapport au poids de leur valeur dans le portefeuille de Berkshire en 94, seulement sur son nom sans avoir fait la moindre prospection pour trouver de belles occasions ailleurs.

Nous pouvons franchement penser que Buffett est toujours resté perplexe sur cette idée de le copier avec des big caps, que se soit de la part d’investisseurs individuels ou professionnels. Car c’est diamétralement opposé à son idée de bonnes affaires sauf à quelques rares moments d’une vie d’investisseur que personne ou presque n’est capable d’attendre par manque de discipline.

La plupart des investisseurs s’arrangent avec l’idée de bonnes affaires en payant pratiquement toujours trop cher et en n’ayant pas le moindre cercle d’amis ou de connaissances pour comprendre l’activité, la direction et les différentes « coulisses » de la société qu’ils achètent.

Mais comment comprendre la complexité d’une multinationale, ses produits multiples et surtout dans quelle proportion quand on est un investisseur individuel et pas Warren Buffett ?

 

4. Les investissements qui ne sont réservés qu’à Warren Buffett

Les mégots de cigare ou daubasses cotés ou de gré à gré, sur le Pink Sheet sont plus ou moins laissés de côté lorsque Buffett décide d’accélérer son effet boule de neige, au profit d’achat de la société entière ou pour le moins de devenir majoritaire, afin soit de presser la valeur sur le champ, soit de créer plus de valeur. C’est ce que pense Warren Buffett quand il achète la société textile Berkshire Hathaway. Il l’achètera à un prix de daubasse en espérant créer de la valeur. Il y a bien d’autres exemples comme le détaillant Khon mais nous allons rester sur  Berkshire Hathaway. Nous n’allons pas revenir sur les difficultés rencontrées par Buffett et les capitaux engouffrés au fil des ans pour tenter d’augmenter la rentabilité de la société…

Mais nous allons imaginer que Buffett avait simplement acheté une « daubasse » sans vouloir devenir majoritaire et en prendre donc le contrôle.

Pensez-vous qu’il aurait perdu de l’argent sur cette investissement ? Et bien non. Buffett achète ses premières actions Berkshire Hathaway à 7.50$, en 1962.  Quelques mois plus tard, interrogé par le propriétaire, monsieur Stanton, sur le prix qu’il serait disposé à accepter pour vendre ses actions sur une OPA, Buffett  répondit 11.50$, soit 53% plus cher…  Et il a eu la possibilité, à ce moment, de les céder pour seulement 25 centimes de moins, ce qui lui aurait effectivement permis de générer une plus-value tout-à-fait correcte.

Mieux encore : en 1967, la société devient bénéficiaire principalement grâce à une commande de toile pour parachute et Buffett se laisse même convaincre de verser un dividende. Il n’est malheureusement pas précisé le cours de Berkshire cette année là mais on peut facilement imaginer que si Warren n’avait pas été actionnaire majoritaire et n’avait pas eu dans l’idée de créer de la valeur à plus long terme, il aurait pu vendre avec une excellente plus-value.

En 1998 , Buffett rate le rachat à un prix de mégot de cigare du fond emmené par quelques prix Nobel, d’économie et un ancien directeur de Salomon, le Hedge Fond LTCM qui investi à levier 35. Le fond était parvenu à lever 1.25 milliards de dollars pour démarrer. Lorsque la déroute commence, le fond perd 1.9 milliard en un mois. Quand la déroute est complète et que la faillite n’est plus qu’une question d’heures, le fond vaut 500 millions. Buffett en propose 250 millions de dollar pour racheter le portefeuille de produits dérivés de LTCM et est prêt, soutenu par Goldman Sachs et AIG, à y injecter plus de 3.5 milliards pour attendre la fin de la crise et redresser la situation. Buffett laisse une heure à la direction de LTCM pour accepter ou non son offre… et la direction refusera.

Le fond sera renfloué par le gouvernement US qui demandera à 47 banques de participer au sauvetage. Nous voyons ici le « jusqu’au boutisme » de Warren Buffett en ce qui concerne les bonnes affaires et les prix cassés. Non pas sur des sociétés cotées ni non cotées, mais sur des dérivés. Et nous voyons également qu’il propose au moment le plus critique la moitié du prix des actifs. Une décote de pur mégots de cigare !

Pour conclure avec les mégots de cigares et faire la transition avec les société en faillite, en 2000 après l’éclatement de la bulle, Buffett, qui est assis sur un matelas de liquidités, achètera tout ce qui passe :  des entreprises en faillites, des société privées, des sociétés peu connues, du joaillier Ben Bridge aux tableaux de Benjamin Moore sans parvenir à dépenser toutes ses liquidités.

Dans la catégorie « non accessible aux investisseurs individuels », nous trouverons évidemment les petites sociétés que Buffett n’arrête pas d’acheter, comme par exemple le jour des attentats du 11 Septembre 2001, quand il finalise l’achat d’une petite société.

 

Passons aux Blue Chips… Buffett n’achète pas toujours directement quand il a des doutes et fin des années 80, il va donc acheter des convertibles préférentielles de 3 sociétés. Champion (une papeterie mal gérée), Gillette qui est boudée part les investisseurs malgré ses avantages contre la concurrence, et US Air (une société de transport aérien affaiblie par une déréglementation).

Le plus étonnant est de voir Gillette dans ce tir au bazooka, où en attendant de voir comment le cours remonte ou descend, Buffett encaisse des coupons de 9%. Gillette sera présentée dans tous les bouquins que nous avons lu avant cette biographie comme ayant un avantage évident sur la concurrence… mais finalement pas si évident que cela pour Warren Buffett fin des année 80, puisqu’il décide ce tir groupé au lieu de tout concentrer sur Gillette.

Bien entendu, tout le monde connaît la fin de l’histoire : Warren ne conservera que Gillette.

Même scénario en 2008 quand il achète des convertibles préférentielles de Goldman Sachs, de Général Electric ou de Harley Davidson : il diversifie, demande des taux de rendement extrêmement élevés avant de convertir réellement ou pas.

Nous sommes quand même assez loin du Warren Buffett achetant des Blue Chips les yeux fermés et à n’importe quel prix !

Il y a évidemment aussi tous les produits dérivés comme les émissions d’option put sur le S&P 500 avec échéance en 2029… qui ne sont pas à la portée de l’investisseur individuel.

 

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Warren Buffett, l’effet boule de neige (3ème partie) : le cercle d’amis

Cet article est le 3ème d’une série de 5 qui reprend notre lecture de l’ouvrage d’Alice Schroder, Warren Buffett. La biographie officielle, l’effet boule de neige.

Le point principal que nous avons retenu de cet ouvrage, c’est que, selon notre lecture, les réussites du plus grand investisseur de tous les temps tournaient, et tournent toujours autour de trois vecteurs.

Les deux premiers articles :

 

2° Le cercle d’amis et de connaissances

Le second vecteur de l’effet boule de neige est tout aussi important que le premier, voir plus, même si cela dépend de l’angle selon lequel on se place.

Une nouvelle constante de Buffett, c’est qu’il n’a jamais été seul au beau milieu de ses investissements.

Hormis à ses tout débuts, lorsqu’il pratiquait la distribution de journaux et la vente de chewing gum à domicile, il a pu, à chaque fois, s’entourer d’amis, de connaissances. Dès ses petits business d’adolescent ou d’étudiant, il s’associe. Et tout comme pour la machine à cash, l’effet boule de neige est démultiplié au fil du temps.

Démarrons de nouveau à partir du moment où il devient investisseur professionnel.

A cette époque, son principal groupe d’amis se composait du groupe « Graham », c’est-à-dire d’anciens collaborateurs ou étudiants de Benjamin Graham.

Par exemple, quand Buffet achetait des actions sur le « pink sheet » qui se traitaient à l’époque de gré à gré, c’est avec l’ancien courtier de Ben Graham qu’il traitait, Tweedy Brown auquel il faisait  une confiance absolue.

Lorsque Buffett a commencé à vouloir acheter l’entièreté de « mégots de cigare » ou de « Daubasses », c’est de nouveau sur le groupe de Graham qu’il s’est appuyé pour parfois avancer masqué. Il leur demandait même tout bonnement et simplement de lui vendre leurs actions quand il voulait  devenir majoritaire.

Buffett étant un investisseur, mais pas un manager apte à régler le quotidien d’une société, ses amis ou connaissances lui présentaient toujours des managers exceptionnels quand il en avait besoin, voire des avocats d’affaires de première catégorie quand il était dans le pétrin.

Warren et Kate Graham, la patronne du Washington Post

L’accélération majeure sur l’effet boule de neige de ses amis et connaissances, c’est sa rencontre avec Katherine Graham, la propriétaire du Washington Post, qui a des relations mondaines avec tous les milieux de Washington et plus largement sur l’ensemble du territoire américain, des milieux politiques aux milieux des affaires, en passant par les domaines de l’art et des médias. A partir du moment où Buffett se lie à Kay Graham, c’est le décollage.

Après la période plus ou moins définie « mégots de cigares » ou  « Daubasses », lorsque les prix ne sont plus « massacrés », tous les investissements de Buffett se feront sur base du rapport humain, du cercle d’amis et de connaissances. Il sera certes plus d’une fois déçu, comme avec Salomon, Général Ré et même  de  Gozuietta et de l’après Gozuietta de chez Coca-Cola, mais saura tenir ses positions grâce aux rapports étroits qu’il entretient avec les personnes qui dirigent les sociétés dans lesquelles il a investi.

 

En tant qu’investisseur particulier, vous ne pouvez pas vous approcher du centième de ce que connaît Buffett sur le management d’une société : c’est pourtant  le point clé quand on a décidé de payer une société au juste prix parce qu’on n’ a plus le choix, comme Buffett, en raison d’actifs sous gestion devenus gigantesques.

Reprenons l’exemple de Coca-cola qui est toujours l’exemple que l’on cite partout d’une société que l’on pouvait acheter, n’importe quand, à n’importe quel prix et faire de l’argent. Même Buffett déclarait que cette société était inévitable et à garder à vie…

Et pourtant en 1997 quand Gozuietta, le manager de Coca Cola, décède brutalement, Buffett qui siège au conseil d’administration découvre que l’on a gonflé les profits de Coca Cola, en injectant de plus en plus de profits venant des usines de mises en bouteille. Le cours de la société était monté en un rien de temps de 43$ à 70$…

Buffett déclare dans sa biographie qu’il aurait dû vendre mais qu’il était enchaîné par de multiples raisons dont la plus importante était le fait qu’il fasse partie du conseil d’administration de Coca Cola, ce qui l’amènera à dire, que c’était la pire erreur de sa vie. Vous vous imaginez bien que si Warren Buffett, qui faisait partie du conseil d’administration, avait vendu ces positions, le titre s’écroulait…

Warren Buffett et Bill Gates

En plus si Buffett avait vendu Coca Cola, le marché dans son ensemble se serait demandé si les positions de Berkshire Hataway n’étaient pas  toutes surévaluées. Cela aurait alors pu créer une réaction en chaîne et dépasser la cadre du seul Berkshire pour se répandre sur  les marchés.

En 2000, l’action Coca-cola se vendait à 30 fois ses profits, ce qui signifiait  que selon « Mr Market » l’action continuerait d’augmenter de 20% par an. Pour cela, la société devait augmenter ses profit de 25% par an pendant 5 ans et ça, c’était impossible parce qu’il aurait fallu qu’elle triple son chiffre d’affaires.

Avec Ursual Burns, la patronne de Xerox

Pour sortir de cette ornière, sans effrayer les marchés, Buffett acheta l’assureur Général Ré pour 22 milliards de dollars, ce qui surprit tout le monde car c’était extrêmement cher payé pour un assureur que Buffet connaissait à peine, et en plus il échangeait des actions Berkshire Hataway pour payer cette acquisition. En réalité, la stratégie de Buffett était déjà au point : avec cet achat de Général Ré pour 22 milliards, Buffett avait acheté un énorme portefeuille d’investissements composé pour la plupart d’actions… et Warren s’empressa de les vendre pour acheter des obligations…

Avec 22 milliards d’obligations, le ratio Actions / Obligations de Berkshire Hataway et donc l’allocation d’actifs changea complètement. Le but de tout cela était de se protéger du cours « survitaminé » de Coca Cola en allégeant son poids dans le portefeuille et en atténuant l’impact de sa chute possible si le scandale éclatait.

Buffett déclara dans la presse que cela créait des synergies avec le pôle assurance de Berkshire et que cela n’avait rien avoir avec la chereté du marché. Charlie Munger, qui n’avait été consulté que très tardivement, désapprouva l’achat de Général Ré.

Avec Lloyd Blankfein, CEO de Goldman Sachs
Garder à long terme ou pour toujours, c’est excellent, mais si vous ne savez pas de quoi est fait l’envers du décor, à
tout moment, c’est un peu croire au Père Noël même si, comme le disait Buffett de Coca, «  cette société peut être conduite par un sandwich », et que son produit est un des produits les plus vendus dans le monde, les sorties de route et même le krach frontal peuvent survenir à tout moment.
L’oracle d’Omaha et le président Oba

Un investisseur individuel n’a aucun moyen de connaître une direction comme la connaît Buffett, ni le moyen d‘évaluer à un prix payé, sans le moindre rabais, si son investissement sera gagnant ou pas dans le futur.

Investir sur des Blue Chips sans exiger une très forte marge de sécurité nous semble le piège le plus pernicieux qui soit. D’autant plus que la très grande majorité des investisseurs qui se réclament fans de Buffett semblent ne pas comprendre réellement ce que signifie cette marge de sécurité.

Et si Buffett peut se  permettre d’investir avec une marge de sécurité sur le futur de la société, vous aurez compris que c’est grâce à l’ effet boule de neige qu’il a créé avec son cercle d’amis et de connaissances qui lui permettent de comprendre jusque dans les plus petits détails ce qu’il achète.

 

<< Warren Buffet : L’effet boule de neige (2ème partie : la machine à cash)

>> Warren Buffet : L’effet boule de neige (4ème partie : la marge de sécurité)

 

Warren Buffett, l’effet boule de neige (2ème partie) : la machine à cash

Cet article est le 2ème d’une série de 5 qui reprend notre lecture de l’ouvrage d’Alice Schroder, Warren Buffett. La biographie officielle, l’effet boule de neige. Vous pouvez relire le premier article ici.

Dans cet article, nous expliquions que selon nous, les réussites du plus grand investisseur de tous les temps tournaient, et tournent toujours autour de trois vecteurs. Nous allons vous présenter ces trois vecteurs dans des articles différents dont voici le premier.

 

La machine à Cash

Le premier vecteur d’une importance capitale, ce sont les liquidités, le cash dont Buffett dispose en permanence. C’est un élément récurrent et qui fait partie intégrale de l’effet boule de neige. Voyons à travers les années comment évolue la machine à cash de Warren Buffett…

Nous n’allons pas démarrer l’histoire de cette machine à cash dans l’enfance ou l’adolescence du jeune Warren, bien que ses mises en location de machines à sous chez des coiffeurs ou les leasings pour une heure d’une voiture sortant de l’ordinaire en étaient déjà les embryons.

Le début de son aventure d’investisseur professionnel est un peu poussif. En 1956, Buffett crée Buffett Associate Ltd (sur le modèle de la société de Ben Graham) avec 7 actionnaires :  son beau père Bill Thompson, sa sœur et son beau-frère,  sa tante Alice, Chuck Peterson avec lequel il a partagé sa chambre à Wharton, Al Jolson, Dan Monen, un ami d’enfance avec qui il a cueilli des pissenlits dans le jardin de son grand-père et lui même … Nous remarquons que Buffett n’investit que 100$ dans cette première société d’investissement alors qu’il disposait déjà de 174 000$.  A cette même époque, il gère aussi un portefeuille pour la mère et la tante d’un de ses amis de Columbia.

Il décide alors de remettre dans l’affaire toutes ses commissions de gestions. Ce n’est certes pas grand chose nous direz-vous, mais c’est le début.

A ce moment, la société de Ben Graham est petit à petit liquidée. Ben Graham le recommande alors à quelques-uns de ses clients mais sans enthousiasme particulier.

Ensuite son père étant membre du congrès et sa famille très connue à Omaha, il commence à avoir quelques clients plus fortunés.

A chaque fois, Warren crée un partnership pour ses clients et les commissions de gestions commencent à grossir.

La manière d’investir de Buffett sur des « mégots de cigares » ou « daubasses » crée finalement la première accélération de l’effet boule de neige :  comme vous le savez, cher lecteur, on achète un mégots de cigares sous la valeur de ses actifs et on le revend dès que le marché a valorisé ses actifs avec plus de bon sens. Le prix de vente peut donc être multiplié par 2 ou 3, voire même plus en quelques mois.

La croissance du nombre de  clients va ensuite devenir de plus en plus forte, de plus en plus de monde lui confie de l’argent et donc … du cash.

Warren Buffett ne se contente plus d’attendre que le marché valorise ses « mégots de cigares » ou « daubasses », il veut presser le citron de la valeur plus rapidement encore pour dégager du cash en entrant dans les conseils d’administration et en obligeant à rendre une partie de la valeur des stocks ou autres, aux actionnaires dont il fait évidemment partie ainsi que ses associés des différents partnerships.

 

La plus importante découverte de Buffett pour générer de la trésorerie, c’est la machine à cash que sont les assureurs.  Il en fera sa principale machine et aussi une machine intemporelle et ce, tout au long de sa vie d’investisseur, depuis sa première petite société d’assurance à Geico en passant par la société qu’Ajit Jain a créé spécialement pour se couvrir contre les attentats  de l’après  11 Septembre 2001.

 

« Mais comment un assureur peut-il être une machine à cash ? »

Nous pourrions, cher lecteur, résumer cela de cette manière : entre le paiement des primes d’assurance par les clients et le paiement des dommages par la compagnie d’assurance, il y a des sommes d’argent gigantesques qui sont provisionnées.  Ce sont les « provisons techniques » ou le « float » … Cet argent peut donc être investi pour créer des plus-values. C’est pour cela que ces assureurs sont des machines à cash perpétuelles.  Si la gestion de ces liquidités est menée par des investisseurs de bon sens, des plus-values de plus en plus importantes sont crées.  C’est par exemple pour cette raison que Buffett vouera une admiration sans borne à Lou Simpson qui était chargé de l’investissement du float de  Geico.

Une fois les en-cours de Berkshire Hataway devenus importants, Buffett tentera de diversifier sa production de cash en les investissant sur une panoplie de supports, des junk bond à la vade sur le dollar en passant par des émissions d’options, ou des portefeuilles de dettes de toute nature … et des dividendes.

Voilà donc de manière synthétique la machine à cash que Buffett s’est évertué à mettre en place sur plus d’un demi-siècle.

Pourquoi disposer de cash en permanence ? Tout simplement parce qu’à tout moment, Warren est en position d’acheter toutes les occasions à prix cassé qui se se présentent sur le marché et sur tous les supports possibles. Et pour des capitaux de toutes tailles, allant de quelques centaines de milliers de $ à plusieurs milliards de $.

Ce premier vecteur de l’effet boule de neige, aucun investisseur individuel ne peut prétendre le réaliser.

 

 » Oui mais à notre niveau, nous avons les dividendes et une partie de notre salaire que nous pouvons investir chaque mois « .

C’est certain, cher lecteur, mais posez-vous la bonne question de savoir de combien augmente par an votre machine à cash car si c’est de quelques pourcents, vous ne disposez en aucun cas d’une machine à cash mais seulement de quelques menues monnaies.  Certes, c’est mieux que rien mais insuffisant selon nous pour profiter pleinement et en toutes circonstances des prix cassés.

L’ idée de la machine à cash de Buffett, c’est que l’effet boule de neige sur le cash est tout aussi important que l’effet boule de neige créé par ses investissements « classiques » sur des sociétés. C’est évidemment lié mais aussi parallèle car généré de manière très souvent différente hormis les dividendes.

 

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