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Finance comportementale (5e partie) : j’en étais certain, il ne pouvait pas en être autrement !

Conceptual image - meditations over the financeCe texte fait partie de la série « finance comportementale ».

Dans cette cinquième partie de notre survol de la psychologie de l’investisseur, nous allons vous parler du biais rétrospectif et de ses conséquences : l’excès d’optimisme et l’excès de confiance.

Comme nous l’avons déjà vu dans les précédentes parties, un « biais » est finalement le rouage central d’un mécanisme psychologique qui va générer des excès, des effets, des aversions, des illusions. L’investisseur n’est pas pris au piège d’un seul problème qui serait plus ou moins facile  à résoudre, mais est véritablement englué dans une série de réactions en chaîne dans lesquelles il se débat sans avoir à sa disposition la moindre possibilité de trouver un point de sortie.

Ce phénomène que les experts appellent le biais rétrospectif (confirmation après observation du passé), implique que nous sommes convaincus après les faits que ceux-ci allaient bien se produire. Et ce n’est pas sans danger car celui qui est convaincu de pouvoir prédire le passé croit aussi qu’il peut prédire l’avenir. Il peut en résulter un excès de confiance et d’optimisme. Le phénomène empêche aussi toute possibilité d’expérience négative.

Mais nous dirions plutôt que toute expérience négative devient extrêmement douloureuse si nous nous laissons entraîner par ce biais rétrospectif.

Deux exemples pour mieux comprendre.

Tout d’abord le biais rétrospectif :

Trois amis parient lors d’une course de chevaux. L’un d’entre eux parie sur un cheval qui a clairement peu de chances de gagner. Pourtant, c’est bien ce cheval qui franchit en premier la ligne d’arrivée. L’heureux gagnant ne peut retenir sa joie et crie a tout le monde : « J’en étais sûr ! »

Ensuite, les conséquences de l’excès de confiance et d’optimisme :

Les proches d’un patient n’ayant pas survécu à une opération chirurgicale risquée recherchent l’explication du décès dans l’incompétence du médecin plutôt que dans les risques inhérents à l’opération.

Après la lecture des deux exemples proposés par le « fascicule », nous nous sommes dit que c’était vraiment incomplet et pas loin d’être incompréhensible facilement puisque sans rapport entre le biais rétrospectif et ses conséquences que sont les excès de confiance et d’optimisme.  Nous allons donc compléter ces deux exemples pour lesquels il manque à chaque fois un épisode….Dans le premier exemple c’est le deuxième épisode qu’il manque et dans le second exemple c’est le premier épisode.

Reprenons donc :

Trois amis parient lors d’une course de chevaux. L’un d’entre eux parie sur un cheval qui a clairement peu de chances de gagner. Pourtant, c’est bien ce cheval qui franchit en premier la ligne d’arrivée. L’heureux gagnant ne peut retenir sa joie et crie à tout le monde : « J’en étais sûr ! »

 » Dans la course suivante, le gagnant confiant et optimiste, après  son joli coup sur un canasson, parie une nouvelle fois sur le canasson de la course……et vu son optimisme contagieux ainsi que la confiance qu’il affiche en ses propres capacités à trouver les gagnants, ses deux amis le suivent dans son pari sans se poser la moindre question. Bien évidemment, le canasson n’arrive que quatrième et la déception est palpable après la course. Les commentaires vont bon train et c’est le jockey qui est mis en cause selon le parieur qui a entraîné ses deux amis car le jockey n’a « ni mené, ni sollicité son cheval comme il le devait. »

finance comportementale

Nous voyons donc plus clairement qu’après un biais rétrospectif sur le premier gain, coup de chance évident, l’excès d’optimisme et de confiance entraîne à répéter le pari à l’identique sur le même type de cheval, le canasson de service. Par contre, quand le parieur subit la perte, au lieu de comprendre  que son premier coup était un coup de chance, il rejette la faute sur le jockey.

 

Dans le second exemple

Il faut commencer par expliquer que le patient subit une première opération très risquée pour laquelle les chances de réussites sont incertaines et le risque de décès bien présent. Après l’opération réussie, les enfants du patient soulagés peuvent dire qu’ils en étaient certains et que cela ne pouvait pas en être autrement.

Le biais rétroactif est une nouvelle fois bien présent et les enfants ne peuvent même pas  imaginer que l’opération a pu réussir par un coup de chance. Ce qui les amène bien entendu à penser que l’opération suivante ne peut que réussir et ils sont confiants…Mais, dans la seconde opération, le patient meurt.

Les proches d’un patient n’ayant pas survécu a une opération chirurgicale risquée recherchent l’explication du décès dans l’incompétence du médecin, plutôt que dans les risque inhérents a l’opération.

On le voit dans ce second exemple que le biais d’optimisme et l’excès de confiance vous empêche de porter une juste réflexion et vous font  rejeter l’erreur sur l’autre, dans ce cas, le chirurgien, plutôt que d’avoir essayé de mesurer le risque et donc d’avoir pu envisager le pire.

Ce qui nous dérange un peu dans cet épisode c’est que le « fascicule » ne creuse pas plus le sujet et n’essaie pas de fournir une explication sur le pourquoi nous sommes sujet à ces biais ou pourquoi ces biais font partie intégrante de notre nature profonde.

clement rossetNous vous proposons un début explication avec l’aide du philosophe français, Clément Rosset dans deux de ses livres : « Le réel : Traité de l’idiotie » et « Le réel et son double: Essai sur l’illusion« .

Clément Rosset, nous explique que « le réel est ce qui est sans double : il n’offre ni image, ni relais, ni réplique, ni répit. En quoi il constitue une « idiotie » : Idiotès, idiot, signifie d’abord simple, particulier, unique, non dédoublable. Traiter de l’idiotie, c’est évoqué le réel ».

L’idiotie du réel ou la brutalité du réel n’est pas une chose que l’être humain accepte dans sa totalité car l’être humain a besoin de rêver, d’interpréter, de divaguer, de transformer. Considérer qu’une fleur est juste une fleur est sans intérêt. Pour une abeille, une fleur est juste une fleur qui lui permet de butiner, de se nourrir et de produire du miel. Pour une abeille, le miel qu’elle produit est juste du miel. Et l’on pourrait multiplier les exemples par millier dans le sens où un objet est un objet, un animal, un animal……

Pour se jouer de l’idiotie du réel, l’être humain va donc parfois s’inventer un réel et c’est pour cette raison que Clément Rosset, nous parle dans son livre du « Réel et de son Double » : à partir d’une fleur, l’être humain parlera de poésie ou de parfum enivrant et ou, plus généralement, l’être humain essaiera de faire coïncider son propre désir et le réel pour créer un double du réel.

« …Le réel n’est généralement admis que sous certaines conditions et seulement jusqu’à un certain point : S’il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l’abri de tout spectacle indésirable. Quand au réel, s’il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs. Car dans l’illusion, c’est-à dire la forme de mise à l’écart la plus courante du réel, il n’y a pas à signaler de refus de perception à proprement parler. La chose n’y est pas niée : seulement déplacée, mise ailleurs… »

Revenons cette fois à l’investissement, domaine dans lequel le hasard n’est généralement pas pris suffisamment en compte … ou plus simplement dans lequel  on ne comprend pas que ce hasard est une composante de l’investissement. Tout simplement parce que notre esprit n’est pas capable de fonctionner de prime abord avec l’incertain ou le probable qui nous met automatiquement mal à l’aise et que, dans bien des cas, nous rangeons en dehors de notre champ de pensée.

excès d'optimisme en investissementLes biais rétrospectifs dans la vie courante, illustrés par nos deux exemples, peuvent paraître amusants même s’ils sont évidents. Et l’on ne s’imagine pas un investisseur tombant dans ce biais rétrospectif. Et pourtant, … c’est sans doute l’erreur la plus commise par certains investisseurs dans la valeur lorsqu’ils tentent d’actualiser les bénéfices futurs d’une société ou ses free cash flow ! Les fameuses projections…

Vous savez tous que certains investisseurs essaient de prévoir les profits futurs d’une société en se basant sur les profits du passé : plus les bénéfices passés sont en croissance, plus la projection des bénéfices futurs sera exponentielle… Plus l’investisseur sera enthousiaste et plus il sera en confiance.

Ce biais rétrospectif qui entraîne excès de confiance et d’optimisme est la base de toutes les bulles et de tous les crach.  C’est dans la nature profonde de l’être humain de vouloir, à certains moments, refuser de se confronter à la réalité, la dure réalité, à l’idiotie du réel.

Nous illustrons tous ceci avec deux graphiques montrant les achats de fonds des investisseurs américains de 1984 à 2010 et européens de 1995 à 2010. On voit très bien ce biais rétrospectif et cet excès d’optimisme  et de confiance croître graduellement sur les actions et le marché US à partir de 93-94 et jusqu’au sommet de 2000.  Et c’est encore plus flagrant chez les Européens qui semblent avoir raté le premier départ de 92-94 et passent d’investissements sous 10 milliards d’euros en 96 à plus de 170 milliard en 2000 ! On peut aussi remarquer qu’en 2008 après la chute vertigineuse des marchés, le désinvestissement en actions est à son top…….

flux financiers dans les fonds de placement

Nous terminerons cette partie avec une citation d’Edgar Allan Poe qui nous semble directement évoquer la nature de l’être humain sur ce thème : « … Je veux parler de sa manie de nier ce qui est et d’expliquer ce qui n’est pas… »

 

Comment pouvons-nous transformer nos handicaps psychologiques issus de notre nature profonde, en avantage, pour faire de nous des investisseurs de bon sens ?

benjamin grahamSi nous n’avions aucun doute sur le fait que le titre du livre de Benjamin Graham dans sa traduction française, « L’investisseur intelligent « énonçait  parfaitement le contenu, force est de constater avec le recul et l’effort constant d’avoir tenté de comprendre au mieux les théories du maître que deux points précis culminent :  le premier, c’est la valeur intrinsèque d’une société, maintenant et au présent, qui se résume à ses fonds propre car pour Benjamin Graham, dans la réalité et dans des conditions normale, un entrepreneur ne vendra jamais sa société sous la valeur de ses fonds propres. Vous comprendrez donc que, dans ce genre de process que nous appelons « Daubasse », il n’y a pas la moindre place, pour le biais rétroactif, on ne base pas ses décisions sur des extrapolations de ce qui s’est passé ces 5 dernières ou 10 dernières années, sur des produits ou un système de ventes performants qui perdurera (ou pas ?) dans le futur.  C’est évidement assez ennuyeux car très, voir trop simple pour certains puisqu’il suffit de soustraire l’endettement et tous les actifs fictifs de l’actif total.  C’est aussi basique que 10 – 4 – 1 – 2 = 3.

Ensuite et à partir de cette base, Benjamin Graham « enfonce le clou » en rayant définitivement tout excès d’optimisme et de confiance et en introduisant sa fameuse marge de sécurité. C’est tout bonnement l’inverse d’une projection positive et c’est en quelque sorte l’expression la plus directe du doute puisqu’ on déduit encore une marge de sécurité de 30 % du chiffre déjà basique qui quantifie les fonds propres pour pouvoir se confronter à une réalité désastreuse qui surgirait dans le futur, sans trop de dégâts et en gardant son sang froid.

Mais ce n’est pas tout : la réalité est toujours plus dur et impitoyable que l’on ne l’imagine.  En effet,  après tous ces efforts, pour ne pas laisser de place à l’illusion, Benjamin Graham nous assure également que ce n’est pas parce que nous avons fait preuve d’autant d’exigences que nous ne rencontrerons pas un échec ou l’autre

Il nous semble toujours assez facile de reprendre la formule de Warren Buffett qui expose que le premier principe, en investissement, c’est de ne pas perdre de l’argent  et que le deuxième, c’est de ne jamais oublier le premier.

Mais le plus difficile en investissement reste, pour nous, de se tenir au réel brutal que dicte un process, qui consiste à baser toutes ses décisions sur quelques chiffres émanant de quelques aditions, soustractions, multiplications et divisions. Comme enseigné voici plus de 80 ans par Benjamin Graham.

 

Finance comportementale, 4e partie : l’inévitable troupeau dont nous faisons tous partie ! (2)

Conceptual image - meditations over the financeCe texte fait partie de la série « finance comportementale ».

Voici la 2e partie de la 4e partie (vous suivez ?)

La semaine dernière, nous vous avions expliqué toute la difficulté pour un individu de se dissocier du sentiment ambiant notamment au travers d’une expérience menée par le professeur Asch.

Quels enseignement pouvons-nous tirer de ces constats pour notre propre politique d’investissement ?

 

1° la vulnérabilité générale d’un individu à la pression d’un groupe d’individu

Personne n’échappe, même si cela reste à des degrés divers, à la pression d’un groupe d’individus.

– Soit l’individu met entièrement de côté sa propre perception pour adopter entièrement la perception du groupe. Dans le test de Asch, c’est 37% des cas. Ce qui nous semble quand même énorme.

– Soit l’individu affirme sa propre perception qui va à l’encontre du groupe, mais subit alors un déséquilibre psychologique, qui va le pousser à tenter de justifier sa position de manière la plus rationnelle possible, en évoquant par exemple un problème personnel d’acuité visuel, et ceci afin d’atténuer ce déséquilibre psychologique que sa position singulière a provoquée.

 

2° Le leurre du pluralisme des sources et sa force en tant que preuve

L’individu qui ne s’aligne pas sur le groupe, ne parvient pas à complètement intégrer la justesse de sa perception. Il doute. Solomon Ach nous explique le doute du sujet en ces termes : …. » il me semble que j’ai raison, mais ma raison me dit que j’ai tort, parce que je doute de pouvoir être le seul à avoir raison tandis que tant de gens se trompent. » Ce doute est fondé sur l’hypothèse logique suivante :

  • Un groupe constitue un pluralisme de sources de perception, ce qui octroie automatiquement plus de validité ou de crédibilité que l’unique perception d’un individu
  • L’individu ne voit pas ce que voit le groupe
  • L’individu ne peut donc prétendre avoir raison seul contre tout un groupe

investissement contrarian

Nous vous avons expliqué, que dans son expérience, le professeur Asch, contrairement à ce que l’individu testé croit, a dicté aux autres participants les réponses à apporter au test. Il n’y a donc pas six individus qui expriment leur perception, et donc pluralité, mais un leurre de pluralité pour l’individu testé, puisque c’est finalement le professeur Asch qui a dicté les réponses à l’ensemble du groupe.

Les individus qui constituent ce groupe ne peuvent pas être considérés comme des sources autonomes mais comme de simples relais dépendant d’une source unique, dans ce cas, le professeur Asch qui dicte les réponses.

Ce modèle permet par exemple de comprendre dans la vie de tous les jours comment une information, qui semble relayée par de multiple chaînes de télévision et de nombreux journaux, et donc que nous pourrions considérée comme de multiple points de vue autonomes et convergents, est en fait délivrée par une seule agence de presse. Que toutes ces chaînes de télévision et tous ces journaux reprennent à leur compte. C’est donc un leurre complet et évident de pluralisme des sources. Et pourtant, c’est ce qu’il faut penser et croire, voire ce que certains considèrent comme politiquement correct. Et tous ceux qui essayeront de dire le contraire, car ils ont fait l’effort de s’informer par des sources réellement différentes, seront montrés du doigt ou jugés parfois avec sévérité  par le groupe.

Et dans l’investissement c’est pareil, puisque ce que nous appelons les « zinzins », formés des banques et assureurs, fonds de pensions et autres fonds d’investissement ont généralement la même source d’analyses ou de notation. Leurs convergences, sur un même support d’investissement, voir sur une société, n’est pas le résultat de leur point de vue ou d’analyse personnelle, mais de la source unique qui les informe. Il n’est donc pas étonnant que tous ces zinzins entraînent un marché, voire une société, dans un sens ou l’autre, relayé et parfois amplifié par d’autres types d’investisseurs, des investisseurs professionnels et des amateurs. En fait, le troupeau grossit de plus en plus.

 

3° Le groupe en tant qu’indicateur de normalité

L’individu a donc un profond désir d’accord avec le groupe, qui est considéré comme une référence de « normalité ». Un individu en désaccord avec le groupe sera considéré comme hors norme et son point de vue ne sera pas forcément légitimé. C’est donc une position inconfortable et déstabilisante. Tout le contraire d’un individu qui se conforme à la perception du groupe et qui confirme de facto sa « normalité », mais également la légitimité de son opinion ou de ces actions. Ce qui est rassurant et confortable.

investisseur original

Vous comprendrez sans doute mieux désormais pourquoi il n’est pas aisé pour un investisseur de sortir du troupeau. Car nous avions toujours pensé avant ces quelques recherches – et peut-être vous aussi ? – que suivre le troupeau était finalement un acte plutôt nonchalant émanent surtout d’un peu de paresse, voire d’un manque de repères… Mais avec l’enseignement que nous tirons de l’étude du docteur Asch, nous voyons qu’il y a aussi une sensibilité psychologique aux décisions du groupe véritablement ancrée dans notre nature. Et cette sensibilité peut créer doute et douleur.

En fait, toutes les étapes qui permettent à l’investisseur de s’extirper du troupeau demandent un  véritable effort : travail énorme de recherche, entêtement sur la logique de son process, discipline dans l’application, … C’est simple à énoncer mais beaucoup moins facile à mettre en pratique.

 

Comment pouvons-nous transformer nos handicaps psychologiques issus de notre nature profonde en avantages pour faire de nous des investisseurs de bon sens ?

Nous pensons cette fois que si le process reste le pilier incontournable de la réussite et doit guider un investisseur dans toutes ses décisions, cette quatrième partie devrait nous faire réfléchir à l’importance de la discipline. Cette discipline qui nous fait appliquer le process dans n’importe quelle situation, dans un marché baissier, comme dans un marché haussier. Alors que psychologiquement, nous savons désormais que nous sommes sensibles naturellement aux décision du groupe.

Si nous faisons un petit flash-back, avec notre propre expérience, en nous mettant sur le « grill » et que nous retournons en 2007-2008, un peu avant le début de l’aventure « Daubasses », nous pouvons vous relater les choses suivantes. Les quatre membres des Daubasses faisaient partie d’un groupe qui s’était rencontré sur Boursorama  appelé  » Valeur et Conviction ». Nous étions environ 12-15 membres à discuter sur un groupe de discussion Google. Nous étions tous à des degrés divers des « Fans de Buffett » et nous tentions d’appliquer au mieux les théories de Buffett entre 2004 et 2007… Lorsque 2-3 membres du groupe ont commencé à s’intéresser aux « Daubasses », certaines tensions se sont faites sentir Même si nous nous contentions surtout de comprendre au maximum la logique de cet manière d’investir et d’en parler avec le groupe, c’était rejeté par une majorité. Il y avait comme l’idée implicite d’une trahison à la ligne  Buffett. On ne pouvait pas réussir à générer du rendement à long terme avec des sociétés aussi « merdiques », en perte chronique, avec des directions de « branque », avec des produits d’une banalité crasse, … Sociétés qui étaient en plus des smalls caps hyper fragilisées par la crise qui ne pouvaient au final que faire faillite (sic).

Nous pouvons vous l’avouer aujourd’hui, c’est sans doute par le fait que nous étions au moins trois personnes à avoir enfoncé le clou, jusqu’a ce que sa tête n’apparaisse plus sur la planche, que nous sommes parvenus à résister à la pression de notre groupe d’amis de « V&C et à nous lancer dans l’aventure « Daubasses ». Nous ne pouvons évidement pas savoir ce qu’il se serait passé si un seul d’entre nous avait soutenu cette théorie… Mais il y a  gros à parier que l’histoire aurait été différente et cette aventure aurait très bien pu ne pas exister.

Ensuite, quand nous avons lancé le club d’investissement et investit dans nos 30 premières « Daubasses » fin 2008 et créé notre premier blog  que nous animions à deux et même armés de notre entêtement sur la logique de notre process, nous cherchions à trouver sur la toile d’autres investisseurs qui faisaient la même chose que nous, preuve évidente, malgré notre détermination que nous cherchions surtout à savoir si d’autres investisseurs que nous avaient eu cette même idée qui n’était en aucun cas originale, puisqu’elle datait de 1930 et était détaillée en noir sur blanc par Benjamin Graham. Nous subissions donc de manière plus vaste, la pression du groupe… Et nous avons finalement trouvé après de très nombreuses recherches un seul blog Américain démarré en 2005 (si nos souvenirs sont bons) et qui investissait exactement à la manière Benjamin Graham, sur des Net-Net, nos fameuses « Daubasses ». Nous n’étions finalement pas seuls, mais il n’y avait pas foule au portillon ! Ce qui nous a étonnés car la logique de Ben Graham nous semblaient pourtant tellement évidente.

Revenons à la discipline d’appliquer ce process dans un marché baissier. Avec le recul cela parait simple. Mais au moment précis, le 24 Novembre 2008, l’incertitude était grande et nous avons travaillé notre discipline avec quelques idées très simples.

1° Nous étions prêts à perdre au moins 50% de notre investissement de départ sur l’ensemble de notre portefeuille. Sans remettre en cause la logique de notre process

2° Nous étions prêts à attendre 5 ans pour que notre process génère un rendement au-dessus de la moyenne

3° Nous étions prêts a travailler pour améliorer ce process de l’intérieur, mais en aucun cas à en dépasser ses limites et encore moins à en sortir du moindre millimètre et ce quoi qu’il arrive

4° Nous étions enfin prêts à prendre le risque de passer premièrement pour des cons et deuxièmement à passer pour de vrais cons en expliquant dans la plus grande transparence ce que nous faisions… Et c’est donc pour cette raison que nous avons directement tout exposé sur un blog, tout notre process, tout notre portefeuille, et que nous étions décidés à exposer par la suite tous nos mouvements via nos relevés bancaires, tous nos déboires et toutes nos réussites. Même si nous étions conscients que cela n’intéresserait finalement pas grand monde, cela nous obligerait à tenir une sorte de journal de bord sans la moindre concession, pour nous et surtout pour nos investissements dans le portefeuille du club.

Nous pouvons dire qu’au début, il n’y a pas eu grand monde. Mais avec la semi-preuve de très court terme de fin 2009 que cela « ne marchait pas si mal que cela », de plus en plus d’investisseurs se sont intéressés aux Daubasses. Et cela nous a fait énormément plaisir de pouvoir dialoguer avec des investisseurs avec lequel nous pouvions partager un même process et une même logique.

Aujourd’hui, on pourrait presque dire que les « doutes » sur les Daubasse sont presque tombés et sont bien partis pour disparaître.  Nous en voulons pour preuve que  les sites et les blogs ont fleuri sur le sujet. De plus en plus d’investisseurs se sentent en confiance. Sans se rendre compte réellement que nous sommes dans un marché haussier. Et que dans un marché haussier, toutes les méthodes fonctionnent comme on le désir : elles génèrent des gains.

Et dans un marché haussier, on peut même se passer de méthode et cela marche. Taper sur 2-3 Daubasses et voir le miracle se produire : des gains.

Chacun fait évidement ce qu’il veut mais comme nous sommes habitués depuis maintenant 5 ans à expliquer ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons, voici quelques réflexions que nous aimerions partager avec vous :

-Si investir en Daubasse vous semble facile et rend hyper confiant, il est grand temps que vous relisiez des articles de la presse financière en 2008.

– Si vous pensez qu’il suffit d’acheter une « Daubasse » pour faire un gain rapide, relisez bien nos analyses dans nos lettres, mais aussi sur ce blog…..Vous ne trouverez jamais une société sur laquelle nous n’émettons pas de doute dans la conclusion.

– Si vous pensez qu’il suffit d’acheter 4-5 Daubasses pour booster un portefeuille, n’oubliez pas que votre risque est important.

– Si vous imaginez qu’il n’est plus nécessaire de se casser la tête avec l’ensemble d’un process, une bonne diversification et de la discipline, mais qu’il n’y aurait plus finalement qu’ à foncer parce que cela marche quoi qu’on fasse, soyez prêt à vous sentir, à un moment ou à un autre, amèrement déçu.

Pourquoi pensons-nous qu’il est important de faire preuve de discipline dans un marché haussier ?excès de confiance en bourse

Tout simplement parce que la confiance en ce qu’on fait même si c’est n’importe quoi, se généralise. Tout simplement dans le cas plus spécifique des « Daubasses », parce que la pression psychologique d’être seul face à un immense groupe diminue : « Je ne suis plus seul ou a peu près seul. Je suis avec tout le monde dans le train de la hausse ! » C’est pour nous le piège le plus « pervers » du troupeau proposé aux investisseurs de Daubasses, qui, pourtant,  restent bien minoritaires à l’échelle de la planète « finance. » Si vous êtes seul dans un marché baissier, le groupe vous met la pression… Si vous êtes un peu plus dans un marché haussier, la pression diminue sur votre singularité… mais une autre pression qui vous pousse à  faire n’importe quoi pour participer à la fête augmente. En fait, la pression psychologique du groupe pour saper la discipline indispensable à l’application de votre process est palpable aussi bien dans un marché baissier qu’un marché haussier, même si les arguments sont différents.

Entendons nous bien sur le fait qu’il ne manque pas de Daubasses sur le marché même si elles sont plus difficiles à débusquer et présentent moins de potentiel :  nous en avons débusqué une dizaine lors de notre plus récente chasse d’octobre 2013. Nous pourrions être full invest et même refaire une augmentation de capital pour augmenter encore nos liquidités. Mais, selon nous,  ce ne serait pas faire preuve de discipline.

euphorie boursièreNous ne nous intéressons pas à la macroéconomie, vous le savez… Mais de manière très basique, nous ne pensons pas que la hausse actuelle des marchés repose sur une réalité économique très sérieuse, mais plutôt sur un déversement de monnaies orchestré par les trois plus grandes banques centrales du monde, la FED, la BOJ et la BCE. Notre analyse – qui n’en est pas une – s’arrête là et est suffisante pour faire preuve de discipline.

Nous sommes finalement certain d’une chose :  c’est que le groupe ou le marché mettra à l’épreuve votre discipline d’investisseur.  Mais nous n’avons malheureusement pas la moindre idée si ce marché haussier prendra fin lundi prochain ou dans 2 ans.

Voici quelques idées simples, que nous mettons en pratique depuis des mois pour faire preuve de discipline dans un marché haussier.

1° Nous n’avons pas peur de voir s’empiler nos liquidités et c’est notre process qui nous fournit ces liquidités avec de nombreuses sociétés qui atteigne leur Valeur d’Actif Net Tangible  (VANT) et que, donc, nous vendons

Pour ceux qui ont lu la biographie officielle de Warren Buffett, l’effet boule de neige, c’est une des bien rares idée qu’un investisseur particulier peut mettre en pratique : les liquidités. Buffett dispose en permanence de liquidités et toujours au bon moment… que ce soit dans sa période Daubasses, avec les liquidités de ces nouveaux clients et après, avec les dividendes, le levier d’endettement, les produits dérivés et diverses opérations, Warren Buffett dispose toujours de liquidités lors des baisses quand les occasions se présentent. La seule différence qu’il y a entre Buffett et un investisseur particulier, c’est que vous n’avez pas les même moyens que Buffett … Mais dans ce cas bien précis il vous est tout a fait possible de mettre en pratique cette idée avec vos moyens.

2° Dans un marché haussier, nous n’investissons que si la société propose un potentiel supérieur à celui de l’ensemble du portefeuille et ceci de manière systématique. Un potentiel supérieur à l’ensemble du portefeuille signifie aussi que la décote du cours par rapport à la valeur d’actif net tangible de la société visée est plus importante que la décote de la valeur d’actif net tangible de la moyenne du portefeuille.

3° Nous n’investissons que par « Little Touch« , soit très souvent 1% de notre portefeuille. Ce qui permet ensuite de faire ce qu’il est déconseillé dans tous les manuels, c’est-à-dire de tenter d’attraper le couteau qui tombe ou qui tombera en renforçant et quand nous renforçons dans un marché haussier une valeur qui tombe ce n’est que par 1% supplémentaire, voire moins

cycle d'un marché haussier

Pour conclure, n’oubliez pas que la pression psychologique dans un marché haussier, produite par Mister Market (ou encore appelé « le groupe »), c’est une petit voix suave qui vous répète inlassablement : « Pourquoi ne fais-tu rien ou pas grand-chose ? Tu ne vois pas que tout va au mieux ? Que tout monte, que c’est la fête, qu’il fait grand soleil et que tout le monde participe  à ce bel évènement sauf TOI…..? ».

 

Finance comportementale, 4e partie : l’inévitable troupeau dont nous faisons tous partie !

Conceptual image - meditations over the financeCe texte fait partie de la série « finance comportementale ».

Dans cette quatrième partie, nous allons essayer d’approfondir la problématique générée par le « Troupeau », le «Groupe » ou les « Masses » qui font que les investisseurs on un mal fou à poser un jugement ou à prendre des décisions qui vont à l’encontre d’un groupe constitué de millions d’investisseurs.

Nous avions déjà abordé ce thème dans cet article : « Chassez le mouton, il revient sans cesse au galop  ! Nos abonnés sur la sellette ?«  où nous expliquions principalement, pourquoi nous sommes naturellement amenés à copier les autres. Pourquoi nous pensons être originaux ou uniques alors que nous sommes tout simplement comme les autres. Et finalement, pourquoi cela ne génère pas le moindre problème dans la vie de tous les jours, alors que c’est un gros problème dans le monde de l’investissement. Voici les trois principaux paragraphes de cet article :

« En fait de l’enfance à l’adolescence, nous sommes construit en copiant les autres. Les autres, ce sont vos parents, vos grands-parents, vos condisciples à l’école, vos professeurs, toutes les personnes qui tentent de vous éduquer. Si votre mère vous apprend que votre père s’appelle papa, vous répétez « papa », mais si elle dit « tata », vous répétez « Tata », ou si encore elle dit « Dady », vous dites « Dady »… Si votre père a tendance à uriner en rue, sur un petit muret délabré ou larguer un doigt vengeur en direction d’un automobiliste qui vient de lui tailler la route quand il est au volant, vous aurez tendance à trouver cette manière de faire normal et vous la répéterez. L’éducation des enfants et des adolescents est donc, un « copier », de ce que vos parents et ceux que vous côtoyez tous les jours vous ont « collé » dans le cerveau.

 

investisseur contrarianAprès l’adolescence, c’est pareil, même si c’est moins évident, car tout le monde pense être original, unique dans sa manière de penser, de s’habiller, d’agir… Mais c’est en fait un leurre et juste le fait que vous avez l’impression de vous distancer de la manière de penser et d’agir de Papa et Maman, voir de ceux qui vous ont éduqué. Le problème c’est que 95% de la population fait : boulot-métro-dodo, pour certains « voiture » remplace « métro », mais le déplacement a lieu sur roue. Tout le monde s’habille chez H&M, Zara ou autres boutiques chics, avec la même étiquette « made in China », Thaïlande ou Vietnam, collée à l’arrière, bon vous me direz qu’il y a des variante du style EuroChina, c’est juste que la société chinoise qui emploie 100% de chinois a son siège et son usine de production à Milan et  permet donc de vous faire cracher entre 4 et 5 fois plus que si elle avait son siège et son usine a Shanghai… Tout le monde a le dernier téléviseur HD, made in Korea, la même voiture, c’est juste que le décor, cette sacrée carrosserie, varie. Il y a à l’avant du capot et parfois, à l’arrière, quatre anneaux, une étoile, un ange, un jaguar… mais tout le monde a bien un moteur, 4 roues, au moins deux essuies glaces et des sièges pour s’asseoir. C’est comme cela depuis toujours et ce n’est pas près de changer.

En fait si vous réfléchissez un peu, en retournant la problématique, si le troupeau de mouton était composé de seulement 5% de la population et de 95% de personnes originales ne copiant personne, la mode n’existerait pas, les agences de voyages non plus, pas de MacDo, ni d’autoroutes, une ou deux marques de voiture suffirait, un tas de profession  comme tatoueur ou « piercingueur », avocat, coiffeur n’existerait pas. Microsoft et Apple seraient des small caps au chiffre d’affaires peu reluisant. Bill Gates et Steve jobs des CEO de vrais Daubasse !

Bon, arrêtons les exemples car vous avez certainement compris que nous sommes tous dans la même soupe et qu’il n’y a pas le moindre problème en soi… Au contraire, c’est naturel et pas le moins du monde dérangeant. « 

Un fois ce schéma général posé nous expliquant pourquoi l’être humain est amené à copier les autres, nous allons essayer de comprendre comment cet être humain trouve finalement du confort psychologique à partager tout un tas de choses, d’idées ou d’actions, avec un groupe plus ou moins important d’autres individus. Et plus encore, comme il est douloureux d’être seul à formuler un point de vue différent du groupe.

Le psychologue Solomon Asch a étudié la pression du groupe sur une seule personne. Mais qui est Solomon Asch ?

Il est né en 1907 à Varsovie et émigre aux USA en 1920. En 1928, il obtient son baccalauréat à l’Université de New-York. Plus tard, il obtiendra sa maîtrise (1928) ainsi que son doctorat (1932) à l’Université Columbia.

Solomon Asch est connu pour avoir été le professeur du célèbre étudiant Stanley Milgram (connu pour son fameux test de soumission à l’autorité). Ses travaux ayant inspiré en grande partie les travaux de Milgram, notamment du fait d’avoir été son directeur de thèse à l’Université Harvard.

Les expériences proposées en 1951 par Solomon Asch à des groupes de sept individus et les enseignements fondés sur ses expériences vont vraiment nous éclairer sur notre sujet.

Cette expérience montre qu’une personne répondant après six autres personnes qui se trompent unanimement, peut répondre comme ces derniers en dépit d’une évidence objective.

Les idées et opinions largement partagées dans la société ont donc une très forte influence sur les idées et opinions individuelles. Ce phénomène s’explique également par le fait qu’une forte pression s’exerce sur les individus pour qu’ils s’alignent sur la position du groupe, sinon ils risquent d’être mis à l’écart.

L’expérience est assez simple. Des groupes de sept personnes sont convoqués pour un test d’acuité visuel. Le matériel de base est composé de deux cartons. Sur le premier carton sont alignés trois segments de longueurs différentes qui sont numéroté de A à C ou de 1 à 3. Et sur le deuxième carton, il y a un seul segment. Il est donc demandé aux intervenants de dire à quelle longueur correspond le segment seul, sur la fiche  où sont représentés les trois segments.

finance comportementaleC’est donc très simple d’autant plus qu’il n’y a pas d’hésitation possible et que le segment seul correspond au segment C de la fiche aux trois segments. Par contre, sur les sept candidats, un seul d’entre eux est finalement mis à l’épreuve du choix et ne sait pas que Solomon Asch a demandé aux six autres de ne pas répondre correctement.

Il s’agit, en fait, d’étudier uniquement la capacité d’une personne à résister ou non à la pression d’un groupe dont l’opinion est manifestement contredite par l’évidence : le groupe, par exemple, prétend que le segment seul correspond au segment A.

L’expérience est éprouvante pour la seule personne qui fait le test car elle le soumet à un conflit intense puisqu’elle est véritablement écartelée entre deux perceptions : sa propre perception de la longueur des différents segments et celles de tous les autres participants qui, du point de vue de la personne testée, ne perçoivent pas la même chose et soutiennent donc une réponse complètement différente.

La personne testée connait alors un ébranlement psychologique d’autant plus profond que les deux perceptions, sont inconciliables. Puisque d’un côté sa perception rejoint une évidence, liée à la simplicité du test et qui exclut toute discussion. Tandis que de l’autre, la réponse différente de la sienne des six autres personnes a évidement plus de poids et est « normalement » plus fiable, puisque cette perception est la même pour six individus

On remarquera dans la petite vidéo du test que la personne est décontenancée, étonnée de la réponse des autres et ne parvient pas à comprendre les réponses du groupe, voire finalement peut-être ses propres réponses, doutant peut-être de son acuité visuelle !

 

 

Que peut-on tirer comme enseignements principaux de tout cela ? C’est ce que nous verrons dans notre tout prochain article.

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Finance comportementale partie 3 : Perte et profits, notre attitude, nos réactions……!

Conceptual image - meditations over the financeCe texte fait partie de la série « finance comportementale ».

Dans ce chapitre, nous allons vous parler de « l’aversion aux pertes« , du « biais du statu quo » et de la « théorie des perspectives« .

Comme vous le savez certainement tou(te)s, les investisseurs sont 2,5 fois plus affectés par leurs pertes qu’ils ne sont satisfaits de leurs profits. Nous allons essayer ensemble de comprendre d’où vient ce problème et aussi ce qu’il génère comme réflexes négatifs et désastreux.

Le « fascicule » nous oriente d’emblée sur deux pistes de la vie de tous les jours pour nous faire comprendre nos manières d’agir.

Le premier serait le biais du « statu quo », avec cet exemple.

« Imaginez que vous achetez une bouteille de vin à 20€ et que, 5 ans plus tard, cette bouteille vaut 200 euros. Il est fort probable que vous ne vouliez plus acheter ce vin parce vous pensez que payer 200€ pour une bouteille de vin c’est beaucoup trop. Vous ne voudrez probablement pas non plus la vendre parce que vous ne voudriez pas non plus vous séparer d’une si bonne et si chère bouteille. »

investir dans le vin

Cet exemple nous démontre donc que, dans la vie de tous les jours, le fait qu’une simple bouteille de vin ait multiplié son prix par 10 ne suscite pas en nous énormément de satisfaction.  C’est ce que l’on peut nommer le biais du « statu quo » quand notre premier réflexe n’est pas de dire « allez hop ! je vends » mais plutôt « je garde » pour des raisons que nous appellerons de « tiraillements » : d’un côté, nous n’achèterions en aucun cas une bouteille à ce prix mais d’un autre côté, nous souhaitons la conserver. Et ce qui est aussi implicite dans cet exemple, c’est la complète absence d’un questionnement ou d’une appréciation sur la valeur. En effet, on se dit inconsciemment, voire même consciemment que si le prix est de 200€, ce vin est sans doute meilleur que nous l’avions cru au départ. Et ceci même s’il ne l’est pas et même si le prix est dû à un tout autre facteur que la qualité proprement dite du vin, comme, par exemple,  une recommandation d’un gourou du vin du style Parker, voire le simple fait qu’une célébrité vienne d’en acheter ou plus simplement du « déjà vu »  sur un quelconque média.

Avec une telle approche, la valeur dans la vie de tous les jours que nous avions déjà traitée dans cet article n’est plus au centre de nos réflexes et encore moins de nos réflexions.

Le « fascicule » nous l’explique donc de cette manière :

« On attribue une valeur plus élevée a un bien qui vient d’être acquis que le prix que le marché est prêt à payer pour ce bien. »

Pour vous en convaincre, faites vous même un petit test… Vous achetez un vêtement quelconque pour 100€.  Vous sortez du magasin, rentrez chez vous et vous le mettez en vente sur E-Bay en précisant que vous venez d’acheter ce vêtement et qu’il n’a pas été porté. Si vous parvenez à le vendre 20€, vous êtes « fortiche » ! En fait, dès que vous avez franchi le pas de la porte du magasin, votre vêtement a perdu au moins 80% du prix que vous venez de débourser. Et ce qui est amusant, c’est que tout le monde est prêt à acheter ce vêtement 100€ dans un magasin…mais pas une fois en dehors du magasin même si c’est absolument le même vêtement que dans le magasin.

Si vous expliquez à vos amis que ce vêtement vient d’une boutique chic des Champs Elysées ou de l’Avenue Louise et qu’il coute 100€, tout le monde admirera votre vêtement.

Par contre, si vous leur dites que vous venez d’acheter un vêtement qui coûte 100€ sur les Champs Elysées ou sur l’Avenue Louise pour 20€ sur E-Bay, vos amis les mieux éduqués ne feront pas grand commentaire et sans doute bien peu le trouveront « génial ».  Quant au moins polis, ils vous diront qu’ils ne portent pas des vêtements d’occasion et qu’à ce prix-là, c’est certainement une copie même si vous leur dites que ce vêtement n’en est pas une.

finance comportemantale le biais du statu quo

Nous  voyons une fois de plus avec ce petit exemple que la notion de valeur n’est plus au centre de nos préoccupations. Au contraire ! Le prix payé sur E-Bay 5 fois moins élevé que dans le magasin et donc sans doute plus proche de la valeur réelle du vêtement est finalement de peu d’intérêt pour une écrasante majorité de personnes.

Passons à présent à l’investissement en appliquant les théories du « statu quo » et du « profit qui fait plaisir mais pas autant qu’il le devrait » ….

Dans le domaine d’investissement,  nous nous accrochons alors au seul prix que nous venons de payer en nous auto-persuadant que nous avons fait une bonne affaire. Il est alors clair que si le marché finit par vous expliquer que le prix que vous avez payé pour cette société est bien trop élevé, en, par exemple, vous proposant un cours divisé par deux, vous ressentirez ce revers assez fortement : premièrement, vous pensiez avoir fait une bonne affaire et ce n’est vraiment pas le cas et deuxièmement vous vous êtes trompé et personne n’aime se tromper.

En 1978, deux chercheurs en sciences comportementales de l’université de Standford, Daniel Kahneman et Amos Tversky, ont élaboré une théorie des perspectives et ont donc tenté de montrer le rapport extrêmement différent que nous avons face aux pertes et face aux profits dans un investissement.Le graphique ci-dessous, vous montre deux courbes par rapports à un point de référence qui est le prix payé (cliquez sur le graphique pour l’agrandir)

behavorial finance

 

Nous voyons donc en haut à droite dans le secteur concave que notre satisfaction, si elle est au départ complètement corrélée à la ligne de profit, se décorrèle assez rapidement en s’infléchissant  vers le bas : en gros, plus les profits augmentent moins cette augmentation sera corrélée à notre satisfaction.

Daniel Kahneman
Daniel Kahneman

A l’inverse, dans le secteur convexe, on constate que dès le début de la perte notre souffrance ou douleur est nettement décorrélée et amplifiée par rapport à la ligne de perte le décalage va grandissant au fur et a mesure que la perte s’accentue et ce n’est finalement qu’à un niveau important de perte que la courbe devient convexe.

Pour la petite histoire, Daniel Kahneman recevra en 2002 le prix Nobel d’économie pour sa théorie des perspectives alors qu’il n’est pas économiste mais psychologue !

Pour ne rien vous cacher, cher( e) lecteur(trice), lorsque nous avons découvert ce graphique, nous nous sommes dit que ces Nobels étaient quand même de véritables « Superman », voire « Batman » capables de mettre en graphique les sentiments humains : très fort, voire trop fort !

Mais nous avons revu assez rapidement notre jugement ironique en réfléchissant aux conséquences néfastes sur l’investissement que le prix comme point de référence unique génère…

La satisfaction, liée au profit …

plaisir des gains boursiersTout le monde a déjà entendu de nombreux investisseurs dire des trucs du genre : « Wow……!!! J’ai fait 15% de profit en 10 jours, je liquide ma position, c’est vraiment super……! » C’est le début de la courbe ou les profits sont corrélés à la satisfaction. Bien entendu, quand l’investisseurs se rend compte que 10 jours après avoir vendu, le prix de l’action a encore pris 15% et que trois mois plus tard on en est à 100%, cette satisfaction des premiers 10 jours se transforme d’abord en frustration d’avoir raté les 15% suivant, puis carrément en regret d’avoir loupé les 100%. Quand l’investisseur fait le bilan de son gain rapide de 15%, ce n’est plus qu’une bien maigre satisfaction.

Quand un investisseur parvient à conserver plus longtemps, sa satisfaction des premiers moments ira en décroissant car, de son point de vue, il savait que c’était le bon choix et donc, de son point de vue, la performance est tout-à-fait normal et en par rapport avec ses magnifiques  capacités d’investir au bon moment sur la bonne société.  Ce phénomène va le faire considérer cet investissement comme une sorte de trophée, quelque chose que l’on met dans une vitrine ou que l’on pose sur une étagère.  Un beau souvenir mais passé… c’est donc le biais du statu quo : l’investisseur ne rachèterait pas car bien trop chère par rapport à son point de référence (son prix d’achat) mais ne vendrait pas non plus une « si bonne société ». Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais tomber amoureux d’une société dans laquelle on a investi ? Et évidement, notre investisseur ne se demande pas  ce que fera et sera sa société dans le futur. Un autre phénomène qui peut se manifester après ce type de belle réussite, c’est un excès de confiance.

L’aversion liée aux pertes…

apprendre de ses échecs en bourseAussitôt qu’une perte apparait, la majorité des investisseurs sont anxieux durant les 5 premier % de moins-value latente, certains vont surveiller le cours maladivement à toute heure. Au-delà de 10%, après s’être dit qu’il n’aurait jamais dû suivre tel ou tels conseils, journaux ou ami, notre investisseur qui se moque de sa première culotte de l’adage : « on ne rattrape pas un couteau qui tombe », va avoir une idée qu’il va qualifier de géniale : il va moyenner à la baisse car c’est sans doute un bon investissement et les profits seront encore plus importants. Et donc, une fois arrivé à l’étage « – 15 % », Il « double la mise » et l’espoir reprend. A -30%, sachant que son « pari » est perdu, sa douleur est tellement grande qu’il va finir par essayer de l’ignorer en se disant que de toute façon, vu la perte, ce n’est plus la peine de vendre et que cela va bien finir par remonter. A -60%, il ne regarde même plus le cours de la société et essaie même d’oublier son erreur doublée de son entêtement .Mais n’agit pas !

C’est donc pour ces raisons que l’on retrouve chez certains investisseurs, des portefeuilles avec seulement des performances négatives : ils ont vendu leur réussite assez rapidement avec le moindre petit profit et ont l’espoir que les sociétés en perte finiront bien par remonter un jour et ils les gardent bien au chaud.

Quand, finalement, l’investisseur voit qu’il ne s’en sort pas et a réussi à perdre un beau paquet d’argent, il jette le gant et ne veut plus entendre parler d’investissement. D’autre décideront d’investir seulement en obligations ou en fonds monétaires car, à leurs yeux, ce sera moins risqué.

 

Comment pouvons-nous transformer nos handicaps psychologiques, issus de notre nature profonde, en avantage pour faire de nous des investisseurs de bon sens ?

Vous l’aurez sans doute compris une nouvelle fois : ce n’est pas en prenant connaissance du fonctionnement de certaines de vos émotions ou biais que vous aller pourvoir changer un comportement qui est naturel chez vous et qu’il est tout bonnement impossible de changer mais vous pouvez, à certains moments et dans certaines conditions, contourner ce comportement.

Alors soyons clairs : que ce soit vous en train de nous lire ou nous, l’équipe des Daubasses, nous ressentirons toujours une douleur 2.5X plus importante face à nos pertes que nous éprouvons de satisfaction face à nos profits quand nous investissons.

Par contre, et vous l’avez sans doute deviné, il est possible d’éviter que cette aversion plus aiguë aux pertes génère des réflexes désastreux. Et nous retombons alors immanquablement sur un process.

De notre point de vue, le point central de ce chapitre est le point de référence, c’est-à-dire le prix.

stop loss pour le tradingSoit on traite uniquement avec le prix du marché alors il faut avoir un process qui intègre un money management sérieux dans lequel la perte est quasiment coupée automatiquement dès qu’elle est ridiculement petite comme le pratique tout bon trader qui se respecte.

Soit on remplace le prix du marché par le prix de la valeur de la société, ce qui change pour nous, investisseurs dans la valeur, radicalement les perspectives du point de référence, même si émotionnellement et au final, cela ne changera absolument rien au ressenti des pertes et des profits.

Vous savez tous que le calcul de la valeur n’est pas une science exacte.  Dans le cas contraire, cela se saurait.  De plus, la valeur des sociétés n’est pas la même valeur pour tous les investisseurs dans la valeur : chacun utilise des paramètres qui lui sont propres en fonction de son « style » d’investissement.

la valeur plutôt que le prixL’équipe des Daubasses travaille avec la valeur basique enseignée par Benjamin Graham qui n’est ni plus ni moins que les fonds propres dont on soustrait les intangibles et le goodwill.

A partir de cette valeur comme point de référence, vous avez la possibilité d’agir rationnellement avec votre investissement qu’il soit en gain ou en perte.

Prenons l’exemple d’une société dont la valeur est de 3$ et que vous venez d’acheter au cours de 1$ …

Quand le cours atteint 2$, est-il temps de vendre ou pas ? Sans ce point de référence, vous répondriez sans doute par l’affirmative : 100% de gains, c’est appréciable ! Un investisseur dans la valeur selon Benjamin Graham sait tout de suite qu’à un cours de 2$ et 100% de plus-value, il y a encore 50% à prendre et que la plus-value sera, si la valeur n’a pas changé, de  200% quand le cours atteindre 3$ la valeur de la société.

A l’inverse, si vous avez acheté une autre société d’une valeur de 3$ au cours de 1$, si le cours plonge d’abord à 0.80$, est-ce un réel problème de « rattraper ce couteau qui tombe »  si le marché vous permet d’accumuler encore plus d’actions à meilleur prix ?  Vous aurez deviné que, pour notre part, nous ne le pensons pas.   Est-ce un drame si le cours tombe après ce second achat à 0.60$ et que la valeur de la société reste stable ? Nous ne le pensons toujours pas même si une analyse plus fine à l’intérieur du process doit être menée pour prendre la décision de renforcer ou non.   Et dans une quantité totale déterminée par le process. Tant que la valeur est largement supérieure au cours, il n’y a de limite au rattrapage du couteau qui tombe que celle déterminée par le process, c’est-à-dire  la taille maximale de la position dans le portefeuille. Mais, bien sûr, à l’inverse, rien ne vous empêche de ne pas recharger du tout. Ce qui importe, c’est que dans tous les cas de figure, votre point de référence doit rester la valeur et vous devez rester concentrer sur ce point.

investir dans la valeur

Vous vous doutez également qu’avec la valeur de la société comme point de référence, le biais de « statu quo » n’existe pas : nous achetons ce qui est bon marché par rapport au point de référence et nous vendons ce qui a atteint le point de référence……!

Nous terminerons avec les quatre Daubasses sur le grill … pour que vous compreniez bien que même si nous évitons toutes les conséquences désastreuses liées à nos émotions, nous constatons néanmoins, après coup, que nous avons également des ressentis bien plus douloureux sur nos pertes que de joie sur nos profits.

 

Les deux questions seront donc :

Quel est ton pire souvenir concernant une perte que vous avez subit dans  le portefeuille Daubasse

Quel est ta plus grande satisfaction par rapport a un profit que vous avez engrangé pour le portefeuille Daubasse

 

Réponse de Pierre

Quel est ton pire souvenir concernant une perte que vous avez subit dans  le portefeuille Daubasse ?

Ce sont notre 4 Chinoises achetées en 2009, renforcées en 2010 et même en 2011 au moment où nous avons compris en 2011 qu’il n’y avait de plus en plus de suspicion sur l’honnêteté des dirigeants et des rapports présentés au public mais sans en avoir la preuve.  Nous avions d’abord connu une réussite éclatante avec Téléstone, un bagger chinois sur lequel nous avons multiplié par 4.35 notre investissement de départ et ce, en à peine 8 mois.  Cette première réussite nous poussait dans le dos pour appliquer notre process sans dévier du moindre yuan.  Bien sûr, quand les preuves sont apparues avec des enquêtes de la SEC, les cours avaient fondu… Et dans notre -15.65% sur l’année 2011, il restera toujours gravé les quatre coups de « nunchaku » de notre quatre chinoises. Et encore, maintenant, 2 ans plus tard, cette perte me gonfle… bien que nous ayons modifié ensuite le process en nous interdisant tout investissement dans les sociétés chinoises continentales

Quelle est ta plus grande satisfaction par rapport à un profit que vous avez engrangé pour le portefeuille Daubasse ?

C’est amusant mais je n’ai pas le souvenir d’une société, même parmi nos plus gros baggers, qui m’ait procuré une satisfaction marquante… sans doute, au début, nous avons été surpris des première, sociétés qui devenaient des baggers mais aucun nom ne me vient à l’esprit. Bien sûr, si je consulte les tableaux, notre premier bagger fut Neuro-Metrix (X 2.55 en 144 jours). J’ai l’impression d’être plus satisfait de la performance globale que d’une performance en particulier et pourtant ce sont toutes ces performances particulière qui on généré la performance globale.

Réponse de Louis P.

Quel est ton pire souvenir concernant une perte que vous avez subit dans  le portefeuille Daubasse ?

Mon pire souvenir, je devrais dire « mes » pires souvenirs, c’est chaque fois que j’ai eu la désagréable sensation que nous nous sommes faits … heu … comment dire … voyons, restons polis … « rouler » par des directions de *&|@#{}$£%* ….

Et donc il y a eu, forcément, les chinoiseries mais la pire des pires, c’est Forbes Meditech. Il s’agit d’une société qui n’avait jamais rien fait d’autres que générer des pertes. Mais nous savions qu’elle recelait pas mal de savoir-faire scientifique et qu’une mise en liquidation par la direction était fort possible. Nous avions donc acheté cette société pour 0,38 usd en calculant une Valeur de Mise en Liquidation Volontaire de 0,52 usd. 10 mois après notre achat, on annonçait effectivement la mise en liquidation de la société … mais la direction annonçait qu’elle espérait ne retirer qu’entre 0,08 et 0,13 usd de cette liquidation. Evidemment cette annonce a fait plonger le cours à 0,08 usd et nous profitions d’un petit rebond à 0,10 usd pour balancer notre position avec une moins-value de plus de 70 % !

Mais si l’histoire s’arrête là pour nous, elle ne s’est pas complètement terminée pour Forbes : peu après notre vente, on annonçait qu’un acquéreur proposait 0,19 usd … puis plusieurs révisions à la hausse ont été jusqu’à porter le cours à … 0,52 USD (soit le montant que nous avions calculé en cas de Mise en Liquidation Volontaire). Bref, des managers « insiders » qui se « lourdent » à ce point sur la valeur des actifs de l’entreprise qu’ils dirigent, ça me semblent … heu … disons … étrange et m’a laissé pendant plusieurs semaines une drôle d’envie de casser des têtes.

Quelle est ta plus grande satisfaction par rapport a un profit que vous avez engrangé pour le portefeuille Daubasse ?

Quant au meilleur souvenir, c’est un scenario qui, au départ, au moment de l’achat, est réellement évident et représente des risques très réduits … tout en procurant un rendement important.

Mon préféré, c’est Zhone Technology, une société que nous payons 0,06 usd pour des fonds propres de 0,50 usd. Toutes ses dettes (financières et non financières) sont couvertes par le cash disponible (0,29 usd par action) et les créances commerciales (0,20 usd). Certes, elle génère des pertes d’exploitation mais, si la société ne dépensait en recherche et développement, elle serait bénéficiaire. Ces frais de R&D augmentent, grâce à l’acquisition de know how, les valeurs cachées de l’entreprise. En réalité, sans les énormes dépenses en R&D, la société aurait présenté, au cours des trois derniers exercices, des résultats opérationnels de 0,04/0,36 et 0,54 usd par action soit une moyenne de 0,31 usd ou … un PER de 0,2. Une telle anomalie de marché, tellement évidente une fois qu’on a étudié un peu le rapport financier, représente réellement peu de risque pour un potentiel de gain important. Et ce fut le cas puisque nous avons multiplié notre investissement de départ par 4 en moins de 6 mois.

Réponse de Franck

Quel est ton pire souvenir concernant une perte que vous avez subit dans  le portefeuille Daubasse ?

Le pire souvenir… Les pires souvenirs plutôt ? Clairement, ce sont les chinoiseries… Avec des pertes totales, voire quasi totales ! Mais ces déconvenues nous auront fait évoluer. Et oui, on apprend toujours de ses erreurs. Nous avons pu ajouter à notre process une règle qui consiste à ne plus investir directement en Chine communiste continentale. D’ailleurs, nos investissements chinois indirects via des zones économiques capitalistes plus sûres (Macao, Hong Kong et Taïwan) ne se portent pas trop mal. Ce sont les sociétés masquées net-net 5, net-net 6 et net-net 10 de notre portefeuille .

Pour rentrer plus dans le détail, et sortir un peu des chinoiseries, au lieu d’une perte douloureuse, je voudrais plutôt parler d’un coût d’opportunité douloureux… Le genre d’événement qui fait cogiter et vous travaille pendant de longues heures, si ce n’est plus… En fait, je veux parler des actions de la société Tesfran. Nous avions publié pour nos abonnés une analyse complète de la société en septembre 2010, identifié les décotes et les catalyseurs qui pouvaient ramener le cours des actions à un cours plus cohérent. Nous ne sommes pas passés à l’achat sur le titre. Et en mai 2011, soit 8 mois plus tard, nous apprenions que l’actionnaire archi majoritaire Sacyr effectuait une offre de retrait de la côte à un cours plus de deux supérieur au cours de la date de notre analyse. Bien entendu, c’est rageant.

L’enseignement à tirer de cet épisode est qu’il faut savoir accepter les bons coups et les mauvais coups lorsque l’on investit en bourse. En effet, la bourse est le temple des regrets et ces coûts d’opportunité, tout ce travail d’analyse validé par les marchés dont nous n’avons pu profiter doit nous permettre d’en tirer des leçons. Tout d’abord que nos abonnés ont pu en profiter. Ce qui nous a ravis.

Également, nous avons ainsi compris que l’immobilier fortement décoté en bourse attire toujours les investisseurs. Et, même si nous n’y mettrons pas notre main à couper, nous sommes maintenant prévenus, et ferons le maximum pour ne pas laisser passer une seconde fois à côté d’une opportunité de ce style… si elle se répète.

Enfin, nous apprenons aussi à travers nos mauvaises expériences à gérer nos frustrations. Il faut galvaniser notre énergie pour se dire que le meilleur est à venir et repartir à la chasse à la daubasse encore plus motivé. Car nous pensons que dans le respect de notre process, en retournant suffisamment de pierres, nous trouverons plusieurs Tesfran. Donc, oui, le marché a validé notre thèse. Et non, nous n’avons pas pu en tirer parti. Le marché a gagné sur ce coup. A charge de revanche l’ami…

Quelle est ta plus grande satisfaction par rapport a un profit que vous avez engrangé pour le portefeuille Daubasse ?

Un des profits qui m’a le plus ravi, ou un profit potentiel, je pense que c’est la société masquée net-net 4 de notre portefeuille  dont nos abonnés peuvent lire la péripétie dans la lettre de novembre 2011 mais aussi, en partie, sur le blog. Pour nos lecteurs(trices) non abonné(e)s, je vais la faire courte. C’est une société que l’un de nous a détecté dans ses radars un dimanche soir. Deux autres de vos serviteurs ont effectué l’analyse dans la soirée / nuit et ont vérifié que rien ne clochait. Le lundi matin, après une énième vérification qu’il n’y avait pas anguille sous roche, nous sommes passés à l’achat. Sans surprise, et comme souvent, le titre a ensuite alors connu une forte chute. Un de nos abonnés a fortement réagit en nous précisant que ce titre est une catastrophe, blabla….

Après lui avoir rappelé que nous ne donnions pas de conseils, que nous disions juste ce que nous faisions et pourquoi nous le faisions, nous avons refait nos devoirs, et… nous avons doublé lnotre ligne. Car ce qui est bon marché à 1 EUR, l’est encore davantage à 0,50 EUR ! Aujourd’hui, nous ne sommes pas mécontents de cette histoire. La société en question annonce plutôt de bonnes nouvelles et verrons si la suite nous réserve encore d’agréables surprises. C’est un peu comme ça que je définirai l’aventure daubasse. Un travail collaboratif, rapide et efficace, qui nous permet, dans le respect de notre process, de renforcer sereinement nos positions quand les décotes perdurent.

Réponse de Louis A.

Quel est ton pire souvenir concernant une perte que vous avez subit dans  le portefeuille Daubasse ?

Les chinoiseries en général, China Crescent, Qiao Xing etc…
Quand les chiffres sont trafiqués, c’est facile de tomber dans le piège. On a appris à être plus sélectifs et nous nous tenons à présent à l’écart dans le cas où nous avons le moindre doute.

Quelle  est ta plus grande satisfaction par rapport a un profit que vous avez engrangé pour le portefeuille Daubasse ?

Plus qu’une satisfaction sur un profit engrangé, je dirais que c’est une satisfaction générale sur ces 5 dernières années et sur tout ce que nous avons appris, qui nous a permis de devenir de meilleurs investisseurs. Sans oublier le plaisir de travailler en équipe. Et je suis persuadé que le meilleur reste à venir!

 

Vous remarquerez donc avec nos réponses qu’a la question votre pire souvenir au singulier, nous avons répondu tous les 4 de manière pluriel et précise sur les sociétés.

Quand au meilleur souvenir, un seul est finalement précis et réalisé, un autre souvenir est plus lié au souvenir du cheminement qui nous mène a acheter et les deux derniers plus généraux..

Vous pouvez donc facilement comprendre que  votre équipe préférée a des souvenirs plus prégnant sur des pertes, liés à la douleur ressentie, plutôt que sur des gains qui font plaisir mais qui laisse moins de trace ou de souvenir.

 

Finance comportementale partie 2 : Diplômée d’une « business school » prestigieuse, madame Irma modélise le futur à la plasticine du passé…!

Conceptual image - meditations over the finance

Ce texte fait partie de la série « finance comportementale ».

 

Selon le « fascicule », « beaucoup de personne surestiment l’exactitude de leurs prévisions et ce, essentiellement parce qu’elles attribuent leurs succès à leurs qualités supposées et leurs échecs à un contretemps, des facteurs externes ou même à une autre personne.

Ainsi une majorité de nos congénères pense que faire de bonnes affaires, obtenir une promotion, gagner beaucoup d’argent, être heureux en amour, … tout cela leur arrivera plus souvent qu’aux autres. Tandis que des difficultés comme une perte d’emploi, une maladie, voire une déception amoureuse toucheront par contre surtout les autres. Mais c’est une mauvaise perception car, d’un point de vue statistique, tout le monde a une probabilité égale de succès et d’échecs ».

psychologie boursière

Une nouvelle fois, nous comprenons bien que notre nature humaine est plutôt alimentée par l’espoir de réussite, de bien-être et d’aisance matérielle.  Ne dit-on  d’ailleurs pas que « l’espoir fait vivre » ? Tout être humain aspire donc au bonheur et désire avec force ne pas rencontrer de malheurs ou de difficultés dans sa vie. C’est pour cette raison que nous attribuons nos réussites à nous-même et que nous essayons de rejeter nos échecs sur les autres, voire sur des causes extérieurs.  C’est aussi pour cela que nous imaginons seulement les échecs pour les autres.

« Les êtres humains n’admettent généralement pas facilement qu’ils ont fait une mauvaise prévision et se cachent derrières des excuses : « oui mais si… » « J’avais raison mais Chypre s’est soudain effondré…. » « Mon analyse est correcte, mais c’est seulement ma prévision qui ne l’était pas….. » 

L’exemple classique dans ce domaine est de demander a quelqu’un de répondre à une question en lui demandant de maximiser la probabilité de la bonne réponse, avec une fourchette de fiabilité de 98%. Demandez par exemple à quelqu’un quelle est la distance entre la terre et le soleil en précisant que la réponse peut être une fourchette très large du style entre 1 kilomètre et 500 millions de kilomètres. Presque tout le monde répondra par une réponse assez précise … et se trompera. Pourtant il serait très fiable de formuler une réponse en utilisant  justement une fourchette et pas une réponse précise. »

Franchement, nous avons beau faire un effort mais nous ne comprenons pas du tout ce que le « fascicule » veut illustrer : il nous semble plutôt que l’interlocuteur qui répond par une réponse précise n’a pas pris en compte la possibilité de répondre par une fourchette, voire n’a pas vraiment compris qu’il en avait la possibilité. Sinon, à notre avis, tout le monde choisirait la fourchette plutôt que la réponse précise.

Si nous avions dû illustrer le fait de produire une réponse avec une chance de statistique élevée débouchant sur un gain, nous aurions plutôt octroyé une récompense selon le choix de la réponse du style : soit vous gagnez 10 000 € avec une réponse précise, soit vous gagnez 10€ avec une réponse dans une fourchette. Nous n’avons évidemment pas la moindre étude à notre disposition pour voir quels auraient été les choix … mais nous pensons instinctivement que pas mal de monde aurait préféré risquer une réponse précise avec, à la clé,  10 000 € de gains même si les chances sont extrêmement réduites de toucher le pactole plutôt  que de toucher 10 € en choisissant de répondre avec une fourchette même avec des chances statistiques favorables assez élevée. Mais finalement, le véritable questionnement sur cet exemple nous semble plutôt être le suivant : est-ce qu’une réponse à une question peut être assimilée à une prévision ? Et notre réponse c’est plutôt non.

Mais voyons donc la suite dans laquelle notre « fascicule » nous parle des gourous et des super- gourous :

« En matière d’investissement, faire des prévisions erronées peut-être très désagréable, voire catastrophique, car s’il y a bien quelque chose de primordial au cœur de tous processus d’investissement, c’est bien la prévision (l’évolution des taux, des bourses, de l’économie…..) Est-il alors préférable de suivre les « gourous » ? Hélas non. Beaucoup d’entre eux prédisent en début d’année l’évolution du marché boursier pour les 12 prochains mois. Mais lorsque ces prévisions sont comparée à la réalité, un an plus tard, force est de constater que la quasi totalité d’entre eux se sont trompés. Si le groupe de « gourous » est suffisamment grand, l’un d’entre eux sera forcément proche de la réalité. Mais c’est seulement un pur hasard. C’est toutefois de cette façon que naissent les « super gourous »… jusqu’à l’année suivante.

Et les macroéconomistes peuvent-ils prévoir le produit intérieur brut d’un pays ? Malheureusement non, pas plus que les analystes ne sont en mesure de prévoir les bénéfices des sociétés… La solution la plus simple est évidement de partir d’une situation antérieure connue et d’y ajouter ou soustraire quelque chose. Et à mesure que le temps passe, d’ajuster sa prévision. Mais, dans ce cas, il s’agit plus de suivre le passé avec un certain retard que de prévoir le futur. Pire encore, en procédant de la sorte, de nombreux experts financiers en arrivent à prédire … le passé. »

prévisions boursières

Voici un graphique illustrant la prévision des  macroéconomistes sur l’inflation de 1970 à 2004. Vous remarquerez que les prévisions copient systématiquement, avec du retard, le déflateur du PIB réel … donc, comme nous l’explique le « fascicule », en s’ajustant sans cesse au passé. Ce graphique a été réalisé par l’investisseur Value : James Montier. Cliquez sur le graphique si vous ne pouvez le voir entièrement

prévisions d'inflation

 

Nous n’avons rien à ajouter au constat fait par le « fascicule » au sujet des prévisionnistes. Par contre, le début de l’explication semble contredire une nouvelle fois la suite : le « fascicule » nous explique que le cœur de tout process d’investissement  est basé sur des prévisions pour nous démontrer ensuite que même les spécialistes sont à côté de la plaque avec ces prévisions.

Si on essaie donc de recomposer un fil conducteur dans ce chapitre pour le moins décousu, nous comprenons que le « fascicule » tente de nous expliquer que d’une part, notre nature profonde fonctionne de manière à envisager le meilleur pour nous-même plutôt que le pire. D’autre part, on comprend assez vite que si nous nous risquons à la prévision, nous retenons juste ce que nous avons plus ou moins bien prévu et trouvons des excuses pour ce que nous avons mal prévu.

Enfin, et c’est peut-être ce point qui est le plus « délirant » de ce chapitre, c’est que l’on nous explique qu’un process voir le « cœur » d’un process est basé, sur la prévision, l’évolution futur de l’économie et des bourses … et pourtant, par la suite, on nous dit que même les spécialistes diplômés et professionnels ont faux sur toute la ligne !

Donc, même en imaginant qu’un investisseur se rende compte qu’il n’a pas les compétences pour faire des prévisions et que, devant cet état de fait, qui déciderait de faire confiance à des professionnels pour élaborer un « process » d’investissement, nous ne pouvons que conclure qu’il serait tout autant dans l’erreur que s’il s’était imaginé, à tort, posséder des compétences suffisantes pour faire des prévisions.

 

Comment pouvons-nous transformer nos handicaps psychologiques issus de notre nature profonde en avantages pour faire de nous des investisseurs de bon sens  ?

 

Nous le voyons donc, cher( e) lecteur(trice) avec ce que nous venons de vous expliquer : plus que le manque de rationalité lié à notre nature profonde qui nous fait retenir nos seuls succès prévisionnels et oublier nos échecs, c’est tout simplement les prévisions qu’il faut rayer de tout process.

Dans un process comme celui que nous appliquons chez les « daubasses »,  il n’y a pas la moindre place pour la prévision. Notre « process » nous amène surtout dans le réel et donc le présent et au grand jamais dans les projections et le futur. Notre process nous fait travailler sur la « micro » et le cas particulier et en aucun cas sur la macro et les généralités économiques.

bottom up

Quand nous sélectionnons, une société, nous nous basons sur la valeur de ses actifs au présent par rapport à son cours et la projection de ses profits dans le futur ne nous intéresse pas. Une fois que nous avons acheté l’action, ce que nous suivons, c’est toujours l’évolution de la valeur de ses actifs. Est-ce que cette valeur diminue, stagne ou augmente ? Est-ce que cette valeur est toujours bien supérieure au cours et nous offre un potentiel suffisant ou pas.

Notre seuil de vente, vous le savez tous est la Valeur des Actifs Net Tangible de la société, la VANT Là aussi, vous remarquerez que cette valeur étant quand même un minimum, pour la valeur d’une société, le process des Daubasse, ce que nous pouvons également appelé, notre dompteur, comme nous vous l’expliquions dans le chapitre précédent, nous apprend à ne pas être trop gourmand, voire aussi à ne plus prendre le moindre risque quand le but est atteint.

Pour que cela soit plus clair, quand nous achetons une « daubasse » 30% sous sa valeur net-net  ou net-estate , c’est largement sous sa Valeur d’Actif Net Tangible……..Et à ce moment-là, les problèmes rencontrés par la société font qu’une majorité d’investisseurs ne veut plus l’acheter. Par contre, quand, au bout d’un moment, pour une raison quelconque, la société reprend des couleurs et que son cours remonte et parfois même de manière spectaculaire, de nombreux investisseurs sont de nouveau prêts à s’y intéresser et surtout les investisseurs qui font des projections dans le futur.

Dès que le cours a atteint la VANT de la société, notre process nous « ordonne » de vendre. Ce que nous faisons. Et pourtant, à cet instant précis, la société n’a plus de problème et cela va mieux !

A ce moment-là, sans process voire avec un process basé sur le futur, un investisseur achètera la valeur ou, s’il l’a déjà achetée, la gardera espérant plus.

Bien évidement un investisseur étranger au process « daubasse » vous dira quelque chose du style : «  oui mais tu as loupé 25-30, voire 50% supplémentaires » Et de notre point de vue, il se trompe ! Nous n’avons rien loupé : ce n’est pas nous qui décidons mais notre process, qui a des objectifs précis et bien définis. Et le seul but, c’est d’atteindre cet objectif. Le reste ne nous intéresse pas.

Nous privilégions l’approche « bottom up » et la cas particulier à la macroéconomie et à l’approche « top down » car vous le savez tous : un chasseur de « daubasses » est conduit par son process là où cela va mal.  C’est dans certains secteurs ou à certains moments que cela va mal mais aussi, plus simplement,  sur certaines sociétés qui rencontrent à certains moments des difficultés. Si vous cherchez des sociétés décotées, un process comme celui des daubasses ne vous conduira jamais sur des sociétés dont le secteur a des perspectives futures époustouflantes, jamais sur des sociétés qui ne rencontrent pas la moindre difficulté et dont tous le monde s’accorde à dire que ce sera le prochain Coca-cola, Microsoft ou Général Electric.

Bien entendu, il y aura des moments de pessimisme généralisé qui vous laisseront  l’embarras du choix tellement les trouvailles seront nombreuses et d’autres périodes au cours desquelles l’euphorie vous obligera à travailler encore plus pour trouver des sociétés décotées.

Vous aurez donc compris que les prévisions, on peut les lire, en discuter, en rire ou s’en moquer puisque le principal, c’est de suivre un process qui n’a pas la moindre conscience qu’il existe des prévisions dans ce bas monde. Et si vous avez pleine conscience d’être semblable à un tigre et d’être bien moins rationnel que vous l’imaginez, il vous suffit de suivre consciencieusement ce que vous dit de faire votre dompteur.

Finance Comportementale Partie 1 : Je suis le meilleur !!

 

Conceptual image - meditations over the financeCe texte fait partie de la série « finance comportementale ».

Dans cette première partie nous allons développer les sujets suivants : l’excès de confiance, l’illusion de la connaissance et l’illusion de contrôle.

Contrairement à ce qui est développé dans ce que nous appellerons le « fascicule »  qui sert de base à ces réflexions, nous pensons que la confiance en soi, la connaissance ou le contrôle de soi font partie de la nature profonde de l’être humain. Ce sont  finalement des qualités que l’on essaie de développer au maximum chez un enfant… Sans confiance en soi, que peut-on entreprendre dans la vie ? Sans connaissance, comment exercer un métier qui vous plait ? Sans contrôle de soi ou de certaines situations, comment espérer s’améliorer ? En fait, chacun d’entre nous aspire à devenir, le meilleur dans ce que nous faisons dans notre vie de tous les jours. Que ce soit conscient ou inconscient. Et il est difficile de nier ce fait naturel chez l’être humain : qui peut prétendre ne pas avoir un jour admiré le meilleur selon notre intérêt pour ce qu’il a réalisé, qu’il soit sportif, scientifique, cuisinier ou  investisseur ? Dans tous les domaines, les meilleurs peuvent provoquer en nous des passions, voire nous donner la force d’essayer à notre tour de faire partie des meilleurs.

Bien entendu, il faut aussi savoir être réaliste et comprendre que les meilleurs ne sont pas nombreux et que dans tous les métiers, toutes les disciplines, vous avez plus de chance de ne pas faire partie des meilleurs que d’en faire partie. Mais même si vous n’en faites pas partie, aspirer à s’améliorer dans tout ce que vous faites est une qualité indiscutable. Et sans confiance en soi, sans recherche de connaissance et sans travail de contrôle sur vous ou dans des situations que vous rencontrez, il n’est pas possible de s’améliorer et de rechercher l’excellence à défaut d’être le meilleur.

Mais alors qu’est-ce que l’excès de confiance, l’illusion de la connaissance et l’illusion de contrôle ?  En gros, c’est, de notre point de vue, juste un manque de réalisme ou de lucidité de personnes qui n’ont pas lâché l’idée naturelle d’être parmi les meilleurs. Mais c’est vrai que si cela peut parfois être amusant ou grotesque dans la vie de tous les jours, quand il s’agit d’investissement c’est nettement délicat.

Voyons maintenant quelques exemples et posons-nous quelques questions avec ces exemples.

 L’excès de confiance

Pour le « fascicule« , l’excès de confiance est une surestimation systématique de ses propres capacités ou de ses choix. Et cela n’aurait rien à voir avec la confiance en soi

– 19% des américains pensent appartenir au seul pourcent de citoyens les plus riches.

On comprend avec cet exemple que certaines personnes assez aisées ne se demandent pas à partir de quelles sommes d’argent on entre dans le « 1% des plus riches ».

– 95% de professeurs sont persuadés être les meilleurs dans leur propre discipline.

On devine avec ce nouvel exemple que ces 95% de professeurs font bien leur travail et en donnent un maximum. La confusion qu’ils font, c’est entre l’excellence de leur travail et être véritablement parmi les meilleurs. Bien que dans cet exemple la frontière est extrêmement difficile à apprécier.

– Aux USA – bien qu’à notre avis cela pourrait être vrai partout dans le monde – 82% de conducteurs pensent figurer parmi les 30% des meilleurs conducteurs !

Voici donc la première question que nous posons aux quatre membres des Daubasses pour vous permettre de comprendre que nous avons, comme tout le monde, nos excès de confiance.

actions automobile

Pensiez-vous être rapidement parmi les meilleurs conducteurs quand vous avez décroché votre permis de conduire et aujourd’hui ou vous situez-vous ?

Franck : Naturellement, quand j’ai eu mon permis à l’âge de 20 ans, mon plus gros danger provenait des autres qui étaient LE risque identifié par tout le monde. Les pires pilotes de la route sont les vieux – normale, la cible facile habituelle – car ils ne conduisent pas assez vite. Voir leur excès de prudence et leur anticipation aux respects des règles… – bien trop en amont des premiers risques – rend leur cadence dangereuse pour autrui.

Mais dans mon département d’origine : la Seine-Maritime (= département « 76 »), notre plus grand danger provenait des « 27 », les conducteurs immatriculés « 27 » car originaire du département de l’Eure, qui avec la Seine-Maritime forme la Région Haute-Normandie. En fait, les « 27 » sont pour les « 76 » des campagnards. Ce sont des conducteurs qui considèrent que tout ce qui est à la mode c’est la musique forte, le tuning, conduire torse-nu, rouler vite, … Bref, des « barakis » diraient mes amis belges. Clairement, pour nous (les « 76 »), quand ces rats des champs rencontraient les rats des villes, il fallait être systématiquement en alerte. Car bien entendu, le « 27 » ne sait pas conduire sur une route où il y a plus de 2 voitures – il a appris à conduire avec un tracteur – et une route qui n’est pas en terre battue est pour lui une piste pour battre des records de vitesse. Quant aux lignes blanches séparatrices au sol, des inventions de « 76 » pour faire joli certainement…

Bref, les « 76 » dont je faisais partie étaient donc de bien meilleurs conducteurs !

Aujourd’hui, en bon parisien sans véhicule et loin de mes anciens clichés, habitué du métro, RER et autres trains de banlieue, je ne me considère pas comme un as du volant. Lors des locations que j’effectue pour mes vacances ou pour des besoins utilitaires, il n’est pas rare que je cabosse quelque peu le véhicule de locations… D’ailleurs, je prends désormais systématiquement l’assurance tout risque lors de la prise des clefs du véhicule chez le loueur. Il m’est d’ailleurs arrivé d’engloutir un véhicule lors d’une absence au volant… Dans le métro, ce n’est pas très grave, on perd du temps et on descend à l’arrêt suivant, dans un véhicule, c’est tout de suite plus grave.

Finalement, certes quelques froissements de taule, mais pas de morts, ni de graves blessés. Donc, oui, je dois encore être dans la bonne moitié aujourd’hui ? Non ?

Louis P. : Personnellement, conduire ne m’intéressait pas plus que cela : le vélo, le train ou les parents qui servent de « taxis » : tout ça me convenait assez bien.  Mais bon, il a bien fallu « s’y mettre ».  Si j’ai réussi tant l’examen théorique que le pratique « du premier coup », je ne me suis jamais pris pour le nouveau Schumacher (enfin, à l’époque, Michael Schumacher n’était pas encore en formule 1, on disait plutôt « se prendre pour Fangio »).  Je ne me prenais pas pour un as du volant d’autant que j’ai effectivement eu très vite, et coup sur coup, deux accidents de ma faute, sans conséquence grave heureusement.  De quoi éteindre dans l’œuf toute velléité de « roi de l’asphalte ».  Aujourd’hui, plus de 20 ans plus tard, je me considère comme un conducteur plutôt dans la bonne moyenne : je n’ai effectivement plus eu le moindre accrochage malgré les 45 000 kilomètres que je parcours chaque année et surtout, il y a un critère objectif : le bonus-malus de mon assurance qui est à 0.  Plus qu’une impression, cette cote « neutre  et indépendante » me semble la meilleure des mesures d’évaluation. Et donc oui, aujourd’hui, je me classerais volontiers dans les meilleurs conducteurs mais … est-ce bien le cas quand je vois que la toute grosse majorité de ces 45 000 kilomètres ont été parcouru dans les campagnes condruziennes ou les forêts ardennaises et donc en zone rurale ?  Peut-être que cet environnement favorable induit-il en moi un gros biais optimiste ?

Pierre : En fait à 18 ans, je n’aimais pas conduire.  Si j’ai passé mon permis à 20 ans c’est que j’en avais marre de rouler en mobylette et surtout marre de dépendre de mes parents. J’ai appris à conduire avec ma mère, en « filière libre » pas par auto-école, donc en gros avec la bagnole de mes parents et avec ma mère à côté de moi comme instructeur. J’ai réussi mon permis théorique à la première fois mais J’ai raté la partie pratique une première fois et réussi à la deuxième fois. Franchement, je n’ai jamais pensé pouvoir être parmi les meilleurs conducteurs, d’autant plus qu’un mois après avoir décroché mon permis, un copain avec qui nous sommes partis en Espagne en voiture m’a expliqué que je devais freiner d’abord et puis embrayer, alors que je faisais l’inverse, exactement ce que m’avait appris ma mère !

Oui, aujourd’hui 32 ans plus tard, je me situe parmi les meilleurs conducteurs. Mon argument, c’est que je n’ai eu qu’un seul accident en 32 ans avec ma première voiture et je n’étais même pas en tord, c’est un pauvre clown qui m’a emboutit par l’arrière… Et j’ai roulé au moins 600 000 Km, sur ces 32 ans. ! De mon point de vue, et certainement du point de vue d’un assureur, je ne pense pas faire un excès de confiance… Par contre, en 32 ans j’ai eu pas mal de procès pour excès de vitesse. Bon, à 5 Euro en Roumanie, voici 15 ans, cela ne vous incitait pas trop à lever le pied, j’ai même eu mon permis suspendu pour trois mois pour excès de vitesse en Roumanie, là cela m’a fait réfléchir. C’est nettement moins drôle à pied, voire avec son beau-père comme chauffeur… J’avais également avec ma plaque Roumaine l’avantage de pouvoir confondre une autoroute allemande où l’on roule en toute légalité à 180 avec une autoroute belge où c’est 120 ! Et toujours avec cette plaque roumaine, je n’ai jamais payé un parcmètre hormis en Roumanie, pendant 20 ans ! Je ne suis pas fier de cela, c’est juste la réalité. J’ai déroulé, et si l’on se focalise sur ces faits, je suis sans doute dans l’excès de confiance le plus complet en me situant parmi les meilleurs conducteurs.

Louis A : J’ai passé mon permis de conduire assez tard, j’avais 25 ans. Auparavant, je ne m’étais jamais réellement intéressé à la conduite. Les trams, bus et métros bruxellois me convenaient parfaitement, grâce à mon abonnement annuel étudiant, auprès de la S.T.I.B (Société des Transports Inter-urbains Bruxellois).

Et donc à la fin de mes études et grâce à mes premiers salaires, j’ai pu me payer mes cours d’auto-école. Mon permis encore frais, je décide d’acheter ma première voiture, une Citroën Saxo. Tout heureux que j’étais en ce mois de janvier où il faisait un froid de canard, je repartis du concessionnaire avec ma toute première voiture flambant neuve, bleu métallisée. 28 heures plus tard, je faisais une sortie de route… Je m’en suis sorti indemne, heureusement. En revanche, pas ma voiture qui était sinistrée. Ca commençait bien mal et ça a vite calmé mes ardeurs.

Depuis, près de 20 ans sont passés et je n’ai plus jamais eu d’accident, mis à part 2 ou 3 petits accrochages pour lesquels je n’étais pas responsables.

Aujourd’hui je roule principalement à Bruxelles, pendant les heures de pointes, et me considère comme un bon conducteur, arrivant à me frayer un chemin parmi le trafic pour arriver « plus vite que les autres »…

 

Voilà, comme vous pouvez le constater cher(e)s lecteurs(trices), votre équipe croit faire partie des meilleurs conducteurs. Même si nous avons des arguments sérieux outre passant toutes considérations : pas de véhicule, mais les « 27 » sont des « ânes »…, « deux accidents consécutifs » pour débuter… Des excès de vitesse… « 28h plus tard, une sortie de route »… Nous jugeons que nous sommes bien parmi la crème de la crème des conducteurs.

Est-ce rationnel ou pas ? Nous n’en savons rien. Est-ce humain et faisant partie de notre nature ? Oui, c’est certain.

 

L’illusion de connaissance

Notre « fascicule » nous explique que l’illusion de connaissance est un élément important dans la surestimation de soi.

Cela n’est pas très clair de notre point de vue, mais l’exemple suivant tente d’éclaircir la chose :

– Des enquêtes auprès des bookmakers montrent qu’en moyenne 15% des paris des joueurs dans les courses de chevaux sont corrects, s’ils obtiennent 5 conseils utiles. S’ils en obtiennent 10, 20 ou 40, la proportion de paris corrects restera inchangée à 15% en moyenne. Mais plus le parieur reçoit d’information et donc plus il semblerait avoir de connaissances sur le sujet, plus sa confiance en ses paris augmente. Elle passerait alors à 30% au lieu de 15%. Pourtant, en réalité, la justesse des paris, n’augmente pas avec la quantité de connaissance.

En gros avec cet exemple, et si nous tentons de généraliser, il semblerait qu’il soit important de savoir trier l’utile de l’inutile. La confiance générée par un tas d’informations inutiles procurerait une illusion de connaissance, mais ne vous aident pas à produire de meilleurs résultats.

 

 

L’illusion du contrôle

contrôle de soi en bourseLes êtres humains pensent qu’ils peuvent parfois influencer le résultat de leur choix. Ou encore, nous explique le « fascicule« , le fait de choisir soi-même nous fait croire que notre choix est bon.

Dans la première affirmation, nous comprenons tous que nous ne contrôlons pas le hasard ou le futur, mais à partir du moment ou l’on fait un choix, il nous semble logique que nous espérons tellement que le résultat soit bon ou qu’ il aille dans la direction de notre choix, que nous désirons consciemment ou inconsciemment, avoir une main invisible pour orienter le résultat. Cela nous semble naturel et sans doute lié au fait que personne n’aime constater qu’il a fait une erreur ou qu’il a perdu !

Dans la seconde affirmation, choisir soi-même est quand même lié au sens de la responsabilité de chacun et il faut bien avouer que plus on délègue des choix qui devraient être personnels à d’autres, moins on se sent responsable.  Penser d’avance que nos choix sont les meilleurs parce que c’est nous qui les avons fait est  logique et  dans la nature profonde de l’être humain. Car si nous savions d’avance que ce que nous avons choisis n’était pas bon, nous aurions fait tout naturellement un autre choix.

Voyons maintenant les exemples :

– Au loto, les joueurs préfèrent les numéros qu’ils ont choisis, plutôt que les numéros générés automatiquement par la machine du libraire.

C’est vrai que sur le plan théorique, que vous choisissiez vous-même les numéros, que votre chien les choisissent ou que la machine du libraire les choisissent, revient strictement au même. Mais n’oublions pas que c’est aussi le plaisir du jeu que d’avoir l’illusion de contrôler le hasard qui est quand même, si nous y réfléchissons bien, un mystère aussi épais que ne l’est l’univers, ou plein d’autres choses que nous ne connaissons pas, ne comprenons pas et tentons malgré tout de maîtriser.

Pour la même raison, les investisseurs préfèrent choisir leurs propres actions que d’investir en fonds d’actions.

Ce second exemple nous semble peu approprié quand on connait le résultat des fonds d’actions, dont au moins 95% ne génèrent pas de performance supérieures au marché. Nous pensons que ce serait un autre type d’illusion que d’avoir l’illusion qu’un gérant de fonds ferait nécessairement mieux qu’un investisseur particulier et donc non professionnel… Bien entendu, le « fascicule » nous apporte la preuve, avec une étude Dalbar Inc datant de 2012 que le portefeuille des ménages américains fait systématiquement moins bien que le marché et sur les périodes allant de 12 mois à 20 ans.

Bien entendu, pour être tout a fait objectif sur ce constat, il aurait fallu faire la même étude sur les fonds d’actions européennes.

rendement moyen investisseurs particuliers

Conclusion : Selon le « fascicule« , ces phénomènes de surestimation de soi s’expliquent entre autres par la « sélection sexuelle », un mécanisme particulièrement puissant qui permet d’attirer les bons partenaires pour se reproduire et que l’on constate surtout chez les hommes. Mais pour se reproduire, les hommes sont entièrement dépendants de leur sélection par une femme et pas l’inverse comme les hommes aimeraient le croire !

Les hommes se surestiment plus que les femmes, et les célibataires plus que les couples.

Comment pouvons-nous transformer nos handicaps psychologiques issus de notre nature profonde en avantage pour faire de nous des investisseurs de bon sens ?

C’est un peu le chalenge général que nous nous sommes posés en commençant la rédaction de ces textes. Car, comme nous vous l’expliquions dans l’introduction, c’est bien, voire très bien, de connaître et de comprendre, les mécanismes psychologiques qui génèrent les biais, les illusions, les excès, … mais ce que nous en faisons en pratique dans l’investissement est le point fondamental.instinct du boursicoteur

Vous avez certainement remarqué dans nos remarques et commentaires que nous contrecarrions systématiquement les différents exemples d’excès ou d’illusion en expliquant que finalement c’était la nature profonde de l’être humain. Le but de ces « contradictions », c’est de tenter de mieux faire comprendre que l’on ne change pas aussi facilement. N’oublions pas que l’homme est un mammifère avec ses instincts, un animal à sang chaud et que ce n’est pas parce qu’il a un cerveau un peu plus développé que les autres animaux, un cerveau qui lui permet d’avoir conscience de ce qu’il fait ou de ce qu’il est, qu’il peut changer sa nature profonde.

En gros, nous avons l’équation suivante à résoudre lorsque l’on investit : d’une part, nous savons que nous avons des biais ou des réflexes qui nous font agir dans une direction erronée ; et d’autre part, nous n’avons pas les moyens d’agir directement sur eux, pour les changer en profondeur. Que faire dans ce cas ?

Nous pensons donc que la seule solution, c’est de se distancier ou de déléguer nos décisions afin d’écarter définitivement nos différents biais. Et ce moyen, c’est le « process » d’investissement  ou la stratégie d’investissement .

Nous rappelons qu’un « process » d’investissement, selon notre définition, c’est une manière répétitive et fixe d’investir selon des critères bien définis et qui vous donnent un avantage statistique, vous permettant de dégager plus de gains que de pertes .Hand drawing a black process diagam

Vous comprendrez donc que des « process » d’investissement, il en existe des multitudes. Autant qu’il existe d’investisseurs. Et du moment qu’il s’encadre dans la définition que nous venons de formuler, vous sortirez gagnant à long terme.

Nous allons donc rester dans le « process » des « daubasses » qui est une copie légèrement personnalisée des enseignements de Benjamin Graham. Cela ne signifie donc pas que c’est le seul  qui fonctionne, il y en a sans doute des centaines d’autres et sans doute aussi une quantité de très bons « process » que nous ne connaissons pas. Mais nous allons évidement nous en tenir à ce que nous connaissons et avons appliqué depuis bientôt 5 ans : le « nôtre ».

L’avantage du process, c’est qu’il faut bien le comprendre avant de le mettre en application, mais pour cela on a un temps illimité et on est en toute tranquillité. Pas la moindre interférence liée à un investissement, générant biais et autres excès ou illusions quand le « process » est bien compris. Tout peut commencer. La seule chose qu’il reste à faire, c’est de l’appliquer à la lettre.

méthode d'investissement valueSi nous revenons à notre métaphore de l’introduction avec le tigre et le dompteur du cirque, le tigre c’est nous, et le « process » c’est en quelque sorte le dompteur. Quand nous entrons en piste ou que nous investissons, c’est le « process dompteur » qui nous dit ce que nous devons faire. Nous pouvons faire confiance à notre process, cela ne change absolument rien à la manière d’investir. Nous pouvons avoir l’illusion de connaissance sur telle ou telle société, si les critères du « process dompteur » sont acceptés, il n’y a pas le moindre problème. Si c’est refusé, c’est refusé et l’illusion est donc anéantie aussitôt… Si nous avons par moment des illusions de contrôle, c’est sans dommage puisque c’est une nouvelle fois le « Process dompteur » qui nous guide mécaniquement et c’est en fait lui qui nous contrôle.

Vous l’aurez compris, un « process » n’a pas le moindre biais. C’est comme une machine qui ne réfléchit pas mais qui a été programmée par vous, pour vous dire c’est « OK », ou que « c’est niet » ! Un process, c’est à la fois vous qui le mettez en place, vous qui l’affinez, le précisez et y greffez tous les détails que vous désirez… Mais une fois mis au point, c’est lui qui prend les commandes et vous devenez alors le simple exécutant de ce qu’il vous dicte.

Sans rien changer à votre nature profonde, un process vous permet donc d’investir sans le moindre biais.

L’équipe des Daubasses sur le grill de la « Finance Comportementale » (introduction)

Conceptual image - meditations over the finance

Nous allons vous présenter dans les semaines à venir une série de 11 réflexions  sur la psychologie de l’investisseur que certains appellent un peu prétentieusement, selon nous, « la finance comportementale » ou en anglais « behavioral finance« .

Ceux qui nous lisent depuis un certain temps savent tout l’intérêt que nous portons à la psychologie en investissement car nous pensons depuis longtemps qu’agir ou réagir avec bon sens pèse au moins pour 50% dans la réussite d’une performance au-dessus de la moyenne. Les 30% suivants sont, selon nous, générés par la capacité de travail de l’investisseur et les derniers 20% par le « process » choisi.

Par expérience mais aussi grâce aux nombreuses discussions que nous avons eu avec pas mal d’investisseurs, amis, connaissances, abonnés à nos lettres ou simple lecteurs de notre blog, les 30% pris en charge par la capacité de travail et les 20% pris en charge par le process sont souvent bien intégrés et compris tandis que la manière d’agir ou de réagir entièrement liée a la psychologie de chaque investisseur est souvent  laissée à la marge, voire tout simplement oubliée.

Nous n’avons pas vraiment la possibilité de savoir pourquoi un aussi grand nombre d’investisseurs sont prêts à travailler avec acharnement puis à choisir et à élaborer un process  tout en délaissant la partie qui va téléguider ce travail vers la réussite…..C’est un peu comme si vous vous entraîniez d’enfer pour une course de 1000 mètres, que vous élaboriez une belle stratégie pour le départ, le milieu de course et les derniers 200 mètres avec des variantes tenant compte des qualités et des faiblesses de vos adversaires… mais que le jour de la course,  à deux heures du départ, vous mangiez un copieux repas bien arrosé qui va mettre à sac tous vos efforts d’entraînement et ne vous permettra pas d’appliquer l’entièreté de votre stratégie.

La base de notre réflexion sur ces 11 points de la psychologie de l’investisseur est tirée d’un fascicule  dont nous ne révèlerons pas le nom des auteurs dans un premier temps mais seulement la bibliographie de laquelle ils se sont inspirés. Bien entendu, nous vous révèlerons leur identité dans notre conclusion car il sera intéressant de remettre en perspective les détails de ces 11 points par rapport  à leur interprétation des textes.

Bibliographie
Bibliographie

Nous voulons aussi, avec cette  » mini-série », dépasser le tout  théorique. Nous avons souvent remarqué, dans tout ce que nous avons lu sur le sujet, que la théorie parle de biais, d’excès, d’illusions … avec justesse et souvent illustrée d’exemples choc et surprenants qui vous laissent coi et  tellement évident que l’on n’y a même jamais pensé. S’il est clair que l’on adhère  sans compter à ce qui est expliqué, nous n’avons jamais trouvé un exemple pratique relié à ces théories.

En fait, nous ne pensons pas que l’homme puisse changer sa nature profonde et l’ensemble de ses réflexes après la lecture d’un livre théorique sur sa psychologie……pour aborder l’investissement. Mais doit plutôt s’imposer un apprentissage qui pourrait s’apparenter à un dressage de fauve. La métaphore avec le dressage de fauve nous semble pertinente dans le sens où l’homme ne peut pas changer sa nature profonde d’un claquement de doigts mais peut modeler ses réactions, sa manière de penser, d’agir et de réagir dans des moments précis et bien définis.Un peu comme le tigre du Bengale, un fauves parmi les plus impressionnants du monde qui écoute le dresseur au doigt et à la baguette lors d’une représentation de cirque … Quand ce tigre entre dans sa cage circulaire, sous les projecteurs et sous le regard à la fois ébloui et anxieux des spectateurs, il est mis par le dresseur dans une situation spéciale et précise dans laquelle chacun de ses gestes et de ses attitudes ont été apprises. Le dresseur peut donc, dans cette situation et avec un risque mesuré, faire un gros bisous sur le nez de son tigre. C’est la magie du cirque.  Et pourtant, n’allons pas croire que la nature profonde du tigre a changé pour autant … car une fois rentré dans sa cage après la représentation, un gros bisou sur le  nez du tigre signifierait, pour le dompteur, … la mort.

Si nous avons intitulé cette série « L’équipe des Daubasses sur le grill de la « Finance Comportementale » », c’est que nous allons tenter de vous montrer au travers de certains exemples que les quatre membres de l’équipe ne sont pas différents de tout un chacun sur le fond… mais que nous avons appris  à agir différemment quand nous parlons investissements.

Et surtout, nous allons tenter de vous expliquer pourquoi. Les réponses que nous apporterons à certaines questions posées par les théories de la psychologie de l’investisseur seront faites soit de manière individuelle, soit collective.

Nous espérons aussi en traitant ce sujet important de manière sérieuse, ne pas louper l’anecdotique et le biais humoristique qui nous est cher.

Nous espérons surtout vous faire comprendre que chaque investisseur individuel a la possibilité, en s’auto disciplinant psychologiquement,  de se créer de toute pièce et à coût zéro, un avantage important par rapport à d’autres investisseurs pour lesquels ce sujet compterait « pour du beurre »…..!

finance comportementale