Questions des lecteurs (4) : Comment appréhender les éventuels pertes d’un portefeuille investi en devises étrangères ?

Il est vrai, cher lecteur, que la plupart des investisseurs ont généralement peur d’un effet devise négatif qui pèserait substantiellement, sur le rendement de leur portefeuille au point de réduire leur champ d’investigation et d’investissement à la seule zone Euro.Nous pensons, par contre dans notre petit groupe des « Daubasses selon Ben Graham » que cette peur et cette réduction du champ d’investigation signifie que l’on se prive d’investissement intéressant et des plus-values qui vont avec.

Nous vous proposons donc nos propres réflexions sur ce sujet.

Investir dans une devise étrangère requiert selon nous impérativement une décision de long terme. Et nous pensons que le long terme c’est au minimum 10 ans. Quand nous évoquons le long terme, nous ne pensons pas à un support précis, ni société, ni obligation, ni un autre support en particulier, mais plutôt à une poche, voir à un compartiment devise étrangère.

Décider d’investir en Dollar US, en Livre Sterling, en Franc Suisse ou dans d’autres devise, pour un investisseur de la zone Euro, cela signifie d’une part qu’il est donc impératif de penser à rester investi dans la devise au moins 10 ans et dans cette perspective de choisir un marché qui offre pendant cette période de temps des opportunités d’investissement suffisante.

Pourquoi finalement cette idée de long terme dans la devise ?

Simplement, par le fait que plus vous allongez la durée d’investissement dans la devise, plus vous augmentez vos chances de réduire vos pertes annuelles dues au change.

Prenons un exemple simple : Vous achetez des actions en bourse dans une devise étrangère et vous perdez au bout de 3 ans 30%, votre perte annuel s’élève à 11.21% par an. Si au bout de 6 ans la perte est toujours de 30%, votre perte annualisée s’est réduite de plus de moitié et s’élève à 5.77% l’an. Si 12 ans plus tard, la devise dans laquelle vous êtes investi est toujours au tapis et accuse toujours une perte de 30%, votre perte annuel s’élève cette fois à seulement 2.93% par an….

Si cet exemple peut paraître à la fois évident et théorique à première vue, il reste quand même le fondement de la prise de risque : allonger la durée d’un investissement dans une devise étrangère diminue la perte.

Pourquoi théorique, tout simplement parce que les devises fluctuent en permanence, mais également parce que dans les pays voir dans les zones économiquement développées, il est plutôt très rare de voir persister à long terme des différences importantes, entre devises…Ce qui fait dire à certain investisseur renommé comme François Rochon qu’à long terme les différences restent infimes et sans grande conséquence sur le rendement d’un portefeuille investi en devises étrangères.

Voyons maintenant un exemple réel sur 3 devises différentes, par rapport à l’Euro. Nous avons volontairement recherché tout d’abord le plus haut et le plus bas de la devise, sur une la période courant de la mise en circulation de l’Euro, soit à partir du 1 Janvier 2002 jusqu’au 4 août 2009. Et ensuite une simulation sur 10 ans a partir du 3 Août 1999, jusqu’au 4 août 2009.

Commençons par le fameux Dollar US et donc le change Euro / USD

Depuis la mise en circulation de l’Euro
Le plus Haut à été de 0.8644 le 4 Février 2002
Le plus bas à été de 1.5919 le 22 Juillet 2007

Soit pour un investisseur en Euro qui aurait investi en USD de -45.70% ou -5.99% annualisé sur une période de 6.5 années…C’est important.

Voyons maintenant une simulation sur 10 ans .

Le 3 Août 1999, l’USD cotait 1.0046
Le 4 Août 2009 l’USD cotait 1.4300

Soit pour un investisseur en Euro qui aurait investi en USD de –25.56% ou –2.30% annualisé sur cette période de 10 ans.

Nous constatons donc que la perte annualisée s’est réduite de plus de 60%, effet dû au temps alors que la perte total s’est réduite de 44%, sur finalement une période de 3.5 année supplémentaire.

Voyons maintenant ce qui s’est passé sur la livre Sterling et donc du change GBP / Euro

Depuis la mise en circulation de l’Euro
Le plus Haut à été de 0.6085 le 1 Janvier 2002
Le plus bas à été de 0.9785 le 29 Décembre 2008

Soit pour un investisseur en Euro qui aurait investi en GBP de –37.81% ou – 4.69% annualisé sur une période de 7 ans années….C’est également important.

Voyons maintenant une simulation sur 10 ans .

Le 3 Août 1999, le GBP cotait 0.6588
Le 4 Août 2009 l’GBP cotait 0.8484

Soit pour un investisseur en Euro qui aurait investi en GBP de –22.35% ou –2.04% annualisé sur cette période de 10 ans.

Nous constatons donc que la perte annualisée s’est réduite de plus de 55% du au temps, tandis que la perte total s’est réduite de 40%, sur une période de 3 ans supplémentaire.

Voyons maintenant ce qui s’est passé sur le Franc Suisse et donc du change CHF / Euro

Depuis la mise en circulation de l’Euro
Le plus Haut à été de 1.4502 le 27 Juillet 2002
Le plus bas à été de 1.6803 le 14 Octobre 2007

Soit pour un investisseur en Euro qui aurait investi en CHF de –13.69% ou – 2.49% annualisé sur une période de 4 ans et demi….C’est nettement plus supportable que les plus haut et bas enregistré sur le dollar US et la Livre Sterling.

Voyons maintenant une simulation sur 10 ans :

Le 3 Août 1999, le CHF cotait 1.5994
Le 4 Août 2009 le CHF cotait 1.6051

Soit pour un investisseur en Euro qui aurait investi en CHF de –0.36% ou –0.04% annualisé sur cette période de 10 ans.

Nous constatons donc que la perte annualisée s’est réduite de plus de 98% du au temps, tandis que la perte total s’est réduite de 97%, sur une période de 5 ans et demi supplémentaire.

Après ces trois exemple, nous constatons qu’effectivement, sur 10 ans, un investisseur de la zone Euro ayant investit en USD ou en GBP a réduit sa perte de change de plus de 50%, s’il est resté investi au moins 10 ans par rapport au plus haut et au plus bas des deux devises. Tandis qu’un investisseur de la zone Euro ayant investi en Franc Suisse aurait accusé une perte vraiment insignifiante de -0.04% sur 10 ans…. !

Nous pouvons donc revenir sur notre idée que si le risque devise est effectif et peut entraîner des pertes même à long terme. Ces pertes restent de l’ordre du supportable lorsque l’horizon d’investissement dans la devise est de 10 ans et plus.

Bien entendu, notre expérience d’investissement dans les « Daubasses », nous a permis d’ajouter un élément supplémentaire à notre réflexion.

Si l’investisseur est en mesure de penser à une poche devise à long terme doublé d’un beau potentiel sur ces supports, l’effet devise ne devrait plus l’inquiéter outre mesure.

Pour mieux vous faire comprendre ce point supplémentaire, nous avons calculé la perte due au change de 7 « baggers » du portefeuille Daubasse, si au moment de la vente, nous avions transformé les USD en Euro. Ce que nous n’avons bien évidemment pas fait, puisque nous avons décider avec ce portefeuille Daubasse de
rester investi en Dollar US le plus longtemps possible. Et que nous avons réinvesti les sommes encaissée dans d’autres « Daubasse » US et donc cotée en USD.

Vous pouvez donc découvrir dans cette liste les noms de ces « Bagger » que nous ne pouvons bien entendu plus nommer « Daubasse » après des plus-values aussi substantielles, juste une question de respect … A côté de chaque nom, nous avons indiqué le nombres de jour de présence en portefeuille, la plus value totale, mais exprimée en Euro….Et pour terminer la perte théorique, si nous avions donc été obligé de reconvertir les USD en Euro. Perte donc Incluse dans le rendement total en Euro.

Neuro Metrix – vendu après 144 jours : +155.24% en € – effet de change -0.96%
Zhone Technologies – vendu après 175 jours : +299.68% en € – effet de change -5.09%
Tuesday Morning – vendu après 177 jours : + 234.31% en € – effet de change – 4.92%
Medialink Worldwide – vendu après 193 jours : + 394.07% en € – effet de change – 7.38%
WPT Entreprise – vendu après 200 jours : + 297.91% en € – effet de change – 6.72%
Telestone – vendu après 241 jours : + 338.54 % en € – effet de change – 9.40%
Westell Technologies – vendu après 245 jours : + 473.59% en € – effet de change – 9.16%

Si nous faisons la moyenne de ces 7 « baggers », nous arrivons à une moyenne de rendement de + 313% en Euro et d’une perte toujours théorique de -6.23% sur le change…..Toutes ces sociétés ayant été achetée le 24 Novembre, pour des sommes égales, le calcul moyen nous semble donc pertinent.

Nous pensons donc en conclusion que si vous combinez l’idée long terme d’une poche en devise étrangère, qui de toute manière réduit le risque de perte, comme nous l’avons constaté ensemble dans nos trois exemples, à des investissements à potentiel élevé, car très décotés, vous pouvez élargir au maximum votre champ d’investigation et investir sans peur dans des supports cotés en devise étrangères.

Le chasseur de daubasses est aussi un pêcheur de grands fonds

Lorsque nous avions présenté la philosophie d’investissement de Walter Schloss, nous avions vu que celui-ci avait son attention attirée par les actions dont le cours se trouvait au plus bas des deux ou trois dernières années. Nous vous avions expliqué aussi que nous évitions les titres « admirés » .

En replongeant dans la compilation d’études de Tweedy Browne, nous sommes tombés sur deux études statistiques tendant à confirmer la pertinence de cette approche. 

Le 1ere étude porte sur les actions du S&P500. De Bondt et Thaler ont, sur une période courant de 1932 à 1977 sélectionné chaque année les 35 moins bons performeurs des 5 années précédentes et les 35 meilleurs performeurs. Le résultat de cette expérience : le portefeuille « worst » a, en moyenne, sur performé le S&P 500 de 18 % au cours des 17 mois qui suivaient la sélection et le portefeuille « best » a sous performé le S&P 500 de 6 % au cours de ces mêmes 17 mois.

Une deuxième étude porte sur les actions britanniques. Elle porte sur une période – réduite – de 5 ans, de 1983 à 1987. Les 30 actions ayant le moins bien performé au cours des 10 années précédentes ( de 1973 à 1982) ont été confrontées aux 30 actions ayant le mieux performé sur la même période. Au cours de la période 1983-1987, la sélection de « daubasses » a généré un rendement de 30,8 % alors que la sélection de « stars » a généré un rendement de 13,3 %.

Evidemment, que ce soit l’illustre Big Walt ou plus modestement nous-mêmes, nous ne prônons pas une sélection automatique d’actions en fonction de l’évolution passée des cours : nous préférons acheter des actions sous évaluées. 

Mais ces deux études tendent tout de même à démontrer qu’il ne faut pas nécessairement se fier à l’évolution du cours passé pour extrapoler un rendement futur. Cela peut sembler évident et pourtant, il nous semble qu’un grand nombre d’investisseurs soient atteint d’un biais de « positivisme » vis-à-vis de sociétés « brillantes ».

Bas les masques ! Emerson Radio

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Il est temps pour nous, cher lecteur, de dévoiler le nom d’un de nos derniers achats. Il s’agit d’une société dont nous avons acquis quelques actions le 8 juillet et dont le cours s’est apprécié de 25 % depuis (en dollar et frais de courtage inclus).

Fidèles à nos habitudes, nous avons fait connaître presqu’en « temps réels » les opérations d’achat à nos abonnés et ils ont, de surcroît, pu prendre connaissance de l’analyse ci-dessous en exclusivité le week end dernier.

Aujourd’hui, c’est à vous tous, lecteurs de ce blog, que nous « dévoilons la mariée » …

Emerson Radio (MSN)

 

 

La société Emerson Radio a été fondée en 1948. Elle s’appelait alors Major Electronic Corp. Ce n’est qu’en 1977 qu’elle change son nom en Emerson Radio. Son siège central est situé dans le New Jersey.

Emerson Radio est un distributeur de produits électroménagers, produits audio et multi media.

Dans sa gamme d’électroménagers, ses 4 principaux produits sont les fours à micro onde, les minis réfrigérateurs, les grille-pain et les machines à café

Dans son segment audio, ses 5 produits principaux sont, des radios réveils digitaux, des stéréos portables, des I pod, des étagères pour les appareils multimédia, et des produits rétro

Dans sa gamme de produits multimédia, ses 4 principaux produits, sont les DVD, les télévisions, les systèmes multimédia et des téléphones portables.

Dans le rapport annuel du 31 Mars 2009, sur lequel nous nous basons pour vous présenter cette analyse, nous pouvons lire que la société dispose d’un avantage compétitif avec ses marques enregistrées tel que Emerson et HH Scott.

Hé hé ! Pour un chasseur de daubasses, une belle déclaration de ce type ne suffit pas : il nous faut des indices concrets … d’autant que les produits commercialisés par Emerson radio, sont des produits de moyenne gamme voir même à bas prix.

Notre incrédulité se trouve renforcée quand nous lisons que sur l’année 2009, les deux principaux client d’Emerson Radio, ne sont autres que les géants de la distributions US que sont Wal-Mart qui offre 46% du chiffre d’affaires et de Target qui offrent quand à lui 27% du chiffre d’affaires … Les deux principaux client d’Emerson participent donc à 73% du chiffre d’affaires.

Un autre point concernant ce pseudo avantage : une société disposant d’un avantage compétitif se distingue par sa faculté à imposer ses prix. Or que constatons-nous ? La marge brute des 5 dernières années évolue de cette manière : 14,1 % – 12,8% – 12,8% – 9,9 % et 9,1 %. On ne peut pas vraiment déduire qu’une entreprise contrainte de réduire la différence entre ses prix de vente et ses prix d’achat dispose réellement d’un avantage compétitif.

Dernier indice de cette absence d’avantage sur la concurrence : le fait que tous les produits d’Emerson sont fabriqués en Chine.

Nous allons à présent calculer la marge de sécurité dont nous disposons sur les 3 modes de valorisation que nous appliquons traditionnellement.

1° La marge de sécurité sur la valeur d’Actif Net-Net.

Au 31 Mars 2009 la valeur Net-Net de la société s’établissait à 1,65 $. Alors que dans notre relevé précédent du 31 décembre 2008 cette valeur Net-Net s’élevait à 1.72 $.

Ce recule est du a la perte enregistrée durant l’année 2009 de 4.817 million de $ ou de 0.18$ par action.

Nous constatons également qu’une charge pour créances impayées de 0.03$ a été enregistrée….

Emerson Radio possède des liquidités de 0.83$ par action…..Un stock de 0.76$ par action et des créances client de 0.56$ par action……Ces liquidités en augmentation, sont principalement dues à une réduction du stock et des créances clients.

Sa valeur d’Actif Tangible Net, s’élevait à 2.10$ par action au 31 Mars 2009

Par rapport à notre prix d’achat à 0.58 $ par action du 8 Juillet 2009, nous pouvons affirmer que nous disposons toujours d’une marge de sécurité de 65%.

2° La marge de sécurité sur la valeur d’Actif Net

Dans un cas de liquidation volontaire de celles-ci.

Revenons tout d’abord quelques instants sur le fond de roulement net où nous trouvons 4.872 millions de $ d’impôts différés. Lorsque nous calculons le fond de roulement net, nous déduisons systématiquement 50% de ces taxes différées. Dans une optique de liquidation volontaire, il semble plus prudent de considérer que ces actifs valent en réalité 0. Nous réduisons donc la valeur du fond de roulement net de 0,09 USD par action.

Pour valoriser ses stocks, Emerson applique, la méthode First in – First Out (premier rentré –premier sorti) combinée à une évaluation au plus bas du marché. Si cette méthode First in – First out est généralement appliquée dans l’alimentation, en raison du caractère périssable des produits, nous pensons malgré tout qu’elle est ici relativement judicieuse, vu le renouvellement constant des produit commercialisés par Emerson Radio, combiné au coût le plus bas du marché.

La durée moyenne de détention des articles en stock de ces 3 dernières années était de 47 jours. Par contre en 2009, cette durée moyenne a diminué, s’établissant à 41 jours … Ce qui semble démontrer qu’Emerson n’éprouve, pour l’instant, aucune difficulté à écouler ses marchandises. Nous notons également que la direction a prudemment acté une réduction de valeur de 0,13 USD par action, ce qui nous conforte dans notre opinion que les stocks sont évalués à leur juste valeur … dans une optique de continuité de ses activités.

Cependant, nous nous plaçons dans une optique de mise en liquidation volontaire des activités de la société et, dans cette optique, il nous semble prudent de prendre une marge de sécurité supplémentaire sur la valeur de ce stock, en raison de la banalité des produits commercialisés et des faibles marges brutes générées par l’activité. Une marge de sécurité supplémentaire de 10 % sur ce stock, nous semble être de rigueur. Nous déduisons donc des 0.76$ de stock existant -0.08 $ par action.

Au niveau des créances clients, nous pensons que la solidité de Wal-Mart et de Target constitue une assise suffisante pour justifier de les reprendre à leur valeur aux livres.

Les immobilisations corporelles.

Il s’agit de matériel informatique, de machines et des aménagements des locaux loués.

Ces actifs figurent au bilan pour une valeur après amortissement de 0,04 USD. Cette valeur amortie ne représente en réalité que 18 % du prix payé par Emerson pour acquérir ces biens. Par prudence, nous décotons malgré tout ce poste de 50 % supplémentaires et le reprenons pour 0,02 USD par action.

Les immobilisations incorporelles

Il s’agit d’accords de licence pour certaines marques de commerce. Nous pensons qu’il convient évidemment de se montrer prudent avec de tels actifs. En effet, qui peut dire ce que vaudront encore ces accords de licence en cas d’arrêt des activités ? Par prudence, nous décidons donc de considérer que ces actifs intangibles, ne vaudraient rien en cas de liquidation.

Fidèles à nos habitudes, nous reprenons les impôts différés à long terme pour 0.

Nous trouvons enfin pour 6.031 millions de $ ou 0.22$ par action d’investissement dans des titres négo
ciables. Il s’agit en fait de prêts d’étudiant titrisés et achetés en 2008 pour une valeur de 13 millions de $. Entre temps, 5,8 millions de ces titres ont été rachetés par leurs émetteurs. Cependant, leur liquidité se trouvant fortement réduite depuis le début de la crise, une réduction de leur valeur au bilan a déjà été actée pour 2,067 millions de dollars. Bien évidement, nous nous devons de nous montrer prudent avec ce genre d’actif qui reste, pour des boursicoteurs « de la vieille Europe » assez nébuleux. Par prudence, nous décidons de reprendre ces titres pour leur valeur aux livres amputée de 30 % de valeur supplémentaire. Nous les reprenons donc pour 0,15 USD.

Hors bilan, nous décidons de tenir compte des engagements de paiement des loyers pris par la société. En cas d’arrêt des activités, ces sommes seraient dues aux propriétaires des immeubles occupés par Emerson. Certes, Emerson pourrait tenter de sous louer mais le risque est bien réel qu’elle ne puisse le faire immédiatement et pour les mêmes montants qu’elle-même s’est engagée à payer. Dès lors, nous considérons comme dettes 75 % des loyers restant à payer soit 0,11 USD par action.

Nous fixons donc la valeur d’actif net d’Emerson en cas d’arrêt volontaire de ses activités à

Valeur d’actif net-net : 1.65 $
50% des impôts différés de l’actif courant : – 0.09 $
10% de marge de sécurité supplémentaire sur les stocks : -0.08 $
Immobilisations corporelles : 0,02 $
Obligations titrisées : 0,15 $
Engagement locatif : -0.11 $

Soit un actif net de 1.54 $

Par rapport à notre prix d’achat à 0.58 $ par action du 8 Juillet 2009, nous pouvons affirmer que nous avions une marge de sécurité de 62% sur l’actif net en cas de liquidation volontaire.


3° La marge de sécurité sur valeur de la capacité bénéficiaire

Pour rappel, la capacité bénéficiaire, ce sont les excédents de cash générés par une entreprise par son exploitation au profit de ses actionnaires.

Elle nous semble très difficile à déterminer dans le cas d’Emerson. Les deux derniers exercices se sont traduits par des pertes et nous devons nous demander si Emerson parviendra à renouer avec les bénéfices et à quel niveau seront ces bénéfices dans le futur. Ce travail est d’autant plus compliqué que nous avons vu qu’Emerson ne dispose d’aucun avantage compétitif et que la perte d’un seul de ses principaux clients pourrait entraîner des pertes considérables au niveau du volume d’activité.

Finalement, nous décidons de manière arbitraire il est vrai (mais comment faire autrement ?) qu’Emerson générera dans le futur une capacité bénéficiaire équivalente à la moyenne de celle générée au cours des 5 derniers exercices. Cette estimation nous semble raisonnablement prudente : ces exercices comprennent deux bonnes années (2005 et 2007), une année moyenne (2006) et deux mauvaises voir très mauvaises années (2008 et 2009).

Pour calculer cette capacité bénéficiaire moyenne, nous reprenons la moyenne des 5 derniers résultats d’exploitation que nous amputons d’une somme forfaitaire de 35 % censée représenter l’impôt qui serait payé à long terme. Nous obtenons 0,03 USD par action.

A cette somme, nous ajoutons les amortissements moyens qui ont été actés au cours de ces 5 dernières années. Il s’agit de la somme de 0,03 USD par action.

Enfin, nous déduisons les investissements de maintien nécessaires à la société pour son exploitation. Au cours des 5 derniers exercices, ils ont été en moyenne de 0,03 USD par action.

Nous fixons donc la capacité bénéficiaire d’Emerson à 0,03 + 0,03 – 0,03 soit 0,03 USD par action.

Notre taux d’actualisation est apprécié comme suit 4.50% augmenté de 2.5% pour le risque de hausse, de 1% pour le risque société, de 2% pour l’absence de barrière contre la concurrence et de 2% pour l’absence de qualité de la direction. Soit un taux d’actualisation de 12%.

La valeur de la capacité bénéficiaire de Emerson Radio est donc de 0,03 $ / 12%, soit 0,25 $.

Nous y ajoutons les capitaux excédentaires non nécessaire à l’exploitation de l’entreprise soit les liquidités de 0.83$ par action ainsi que les actifs titrisés pour la valeur que nous leur avons accordés ( 0,15 $) et nous déduisons 2% du chiffre d’affaires censés représenter le fond de caisse nécessaire à l’exploitation soit 0.14 $ par action. Ainsi que l’ensemble des dettes financières d’une valeur de 0.21$ par action.

Nous obtenons ainsi une valeur de la capacité bénéficiaire de 0,88 $ par action.

En résumé à notre prix d’achat de 0.58$ par action, nous estimons avoir acheté cette société avec :

Une décote de 65% sur le fond de roulement net
Une décote de 62% sur l’actif net en cas d’arrêt volontaire des activités
Une décote de 34 % sur la valeur de capacité bénéficiaire

En conclusion, nous pensons qu’Emerson présente un très solide «collatéral » en garantie de notre investissement dans une société dont la capacité bénéficiaire future paraît tellement aléatoire que nous pensons qu’elle mérite certainement le qualificatif de « daubasse ».

Question des lecteurs (3) : pourquoi avez-vous une aversion aussi marquée pour la macro économie ?

Il est vrai, cher lecteur, que nous n’abordons que très à la marge l’environnement macro économique sur ce blog, ce qui ne signifie pas que nous éprouvons une aversion profonde pour ce domaine, loin de là.

Simplement, il s’agit d’une matière qui se trouve largement au-delà de notre modeste cercle de compétences et qui, pour nous, constitue plus une source d’incertitudes et d’angoisses que d’inspiration et d’aide à la décision.

C’est pourquoi, dans nos décisions d’investir, nous nous concentrons sur ce que nous comprenons : le prix payé pour acquérir une entreprise. Et le seul signal de vente ou de sortie du marché que nous osons relever, c’est celui qui nous est donné par le fait qu’il n’y a plus de sociétés sous évaluées.

Néanmoins, nous visitons très régulièrement deux excellents blogs édités par des auteurs bien plus compétents que nous en la matière.

Tropical Bear tenu par Loïc Abadie qui a eu le « flair » bien avant tout le monde de prévoir la terrible récession qui nous frappe actuellement. Résolument baissier sur le long terme et envisageant d’exécrables scénarios économiques et une déflation prolongée, ce blog est assez critique sur les politiques de déficit passées et présente tenue par les états, Etats-Unis en tête.

Le blog à Lupus qui constitue une véritable mine d’informations financières mises en musique par une plume acérée le tout sur fond d’opinion plutôt bullish.

Il s’agit de deux blogs aux avis très tranchés et diamétralement opposés. Malgré leur approche très « top down », leurs auteurs ne négligent pas pour autant l’investissement dans la valeur … ce qui n’est, vous vous en doutez cher lecteur, vraiment pas pour nous déplaire.

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C’est la saison des moissons !

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Mr Market est décidément étrange. Fin novembre 2008, nous avons eu l’opportunité d’acheter quelques actions Westell Technologies à un prix défiant toute concurrence : en achetant au cours de 0,18 usd, nous ne nous payions pas seulement la société avec une décote de 85 % sur des fonds propres du dernier rapport trimestriel disponible (30/09/2008) mais également et seulement le quart des liquidités disponibles sur les comptes de la société.

Inutile de dire qu’aucun chasseur de daubasses digne de ce nom ne laisserait passer une pareille aubaine.

Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre et il semble que ce pauvre Mr Market ait recouvré la raison : la société cote 5 % au dessus de ses fonds propres au 30/06/09 et nous … nous avons procédé à la moisson, récoltant plus de 6,5 fois nos semailles (en dollar et hors frais).

Et, fidèles à nos habitudes, nous avons labouré nos terres afin de préparer la récolte future. Dès notre grain semé, nos fidèles abonnés seront avertis du type de céréales que nous espérons voir proliférer.

Revoilà du mouvement au sein du portefeuille

Ca y est. Après quelques semaines d’accalmie, le temps de permettre à notre foie de « souffler », il est temps de remettre du champagne au frais pour fêter une nouvelle plus value.

C’est une de nos petites chinoises, Telestone, qui nous quitte cette fois, mission accomplie : notre cours d’achat a été multiplié par +/- 4,5.

Notre « watching list » débordant toujours d’opportunités, nous remplaçons ce « 4 baggers » par deux sociétés pas mal sous évaluées : une chinoise (afin de garder un pied en orient) présentant un ratio net net de 0,19 et une américaine présentant un ratio net net de 0,38.

Fidèles à nos habitudes, nous annonçons en primeur à nos abonnés « premium » et « top 5 » le nom de ces deux acquisitions.

Question des lecteurs (2) : Pourquoi détenir autant de titres américains ?

Cette question nous est surtout posée par nos lecteurs français, soumis à des règles en matière de fiscalités mobilières avantageant les investissements au sein de l’Union Européenne.

Nous détenons autant de titres américains, non par choix, mais tout simplement parce que c’est là que nous trouvons le plus de sociétés répondant à nos critères d’investissement et surtout, les plus sous évaluées.

Non seulement les bourses américaines sont bien plus importantes en terme de taille que les bourses de l’Union Européenne (leur capitalisation boursière représente le double de celles des bourses britanniques, françaises, belges, néerlandaises, allemandes, espagnoles et portugaises réunies) mais on y trouve aussi beaucoup plus de micro-caps. Vous savez : ces sociétés dont la capitalisation boursière est trop petite pour intéresser les grands fonds de placement. Et vous n’êtes pas sans l’ignorer, cher lecteur, si vous nous lisez depuis quelques temps : tout comme John Neff nous pensons que qui dit « sociétés ignorées » dit « sociétés sous évaluées » …

Néanmoins, nous nous comprenons le souci de nos abonnés d’optimiser fiscalement leurs gains boursiers.

Dans cette optique, nous proposons, en sus des abonnements déjà existants, une liste « PEA » reprenant les 10 sociétés de l’Union Européenne répondant le mieux à nos critères d’investissement.

Pourquoi seulement 10 sociétés ? Parce que, en raison de l’étroitesse de nos marchés boursiers, il nous a été impossible de nous constituer une « watching list » suffisament conséquente pour assurer, dans la durée, un plus grand nombre de lignes.

Pour un résident français, il nous semble que cette liste pourrait utilement compléter l’abonnement premium de base, permettant de gérer au moins une partie du portefeuille « daubasses » au départ d’un PEA.

Intéressé ? Vous trouverez toutes les informations utiles ici.

Questions des lecteurs (1) : Pourquoi votre portefeuille est-il si diversifié ?

De nombreux lecteurs nous adressent par courrier des questions souvent pertinentes.

Ceci nous permet d’ouvrir une nouvelle rubrique qui reprendra les questions fréquemment posées et les réponses que nous tentons d’y apporter. Précisons d’emblée que c’est pour nous une manière d’exposer notre philosophie d’investissement mais certainement pas d’asséner des vérités absolues.

Voici donc une question qui revient assez fréquemment lors de nos échanges que nous avons avec vous, lecteurs de ce blog :

« Pourquoi votre portefeuille est-il si diversifié ? »

L’immense Warren Buffett n’éprouve que peu de considération pour la diversification : « la diversification est requise quand on ne sait pas ce qu’on fait » a-t-il dit un jour.

La majorité des daubasses que nous achetons sont en fait des micro-caps américaines. Comment, nous, boursicoteurs du dimanche, européens francophones de surcroît, pourrions-nous analyser « à fond » ces sociétés ?

Connaître « à fond » une entreprise pour pouvoir dire « je sais ce que je fais », cela suppose :

– Évaluer la direction, son intégrité, sa liberté de parole, sa compétence, sa détermination à créer de la valeur « actionnaire », sa stratégie à court, moyen et long terme.

– Évaluer les produits de l’entreprise et le potentiel du marché dans lequel elle est active

– Déterminer comment le management analyse les coûts et comment il les maîtrise

– Connaître le niveau de motivation des travailleurs de l’entreprise

– Repérer comment l’entreprise pourra assurer sa croissance ou améliorer ses marges

– Reconnaître la force de frappe commerciale et la qualité de son équipe de vente

– Évaluer l’efficacité des efforts de recherche et développement

– Connaître l’environnement légal et fiscal dans lequel évolue l’entreprise et déterminer son impact sur la marche des affaires

– Vérifier la présence, la pérennité et la solidité des barrières contre la concurrence

– ……….

Toutes ces points, nous n’avons ni le temps ni les moyens de les analyser.

Et donc, si « nous ne savons pas ce que nous faisons », au moins cela, nous le savons … comme aurait pu le dire l’illustre Jean Gabin.

Prenant conscience de cela, nous avons donc souhaité nous protéger contre notre propre ignorance et ce, de deux manières :

– en acquérant des sociétés présentant sur papier d’énormes marges de sécurité
– et, nous y venons enfin, en diversifiant au maximum afin que les erreurs dues à notre méconnaissance soient diluées au sein de notre portefeuille.

La forte sous évaluation globale des sociétés en portefeuille nous a amené à estimer que de nombreux « bagger » (cours de vente représentant un multiple du prix d’achat) étaient tout-à-fait envisageables. Chaque fois que la liste produit un bagger, cette société supporte une faillite possible. Donc, par exemple, un « 4 bagger’s » comme WPT Enterprise couvre le risque de 3 faillites possibles. Avec 25 sociétés minimum, l’équilibre est donc fortement présent selon nous.

Le « Berkshire Hathaway belge »

Nous n’avons pour vous, cher lecteur, aucun secret … du moins en ce qui concerne notre politique d’investissement …

Outre les « daubasses » qui représentent une bonne part de nos portefeuilles personnels, nous chassons aussi, pour notre propre compte, du gibier un peu plus qualitatif mais toujours dans une optique « value ». Cette chasse présente un double but : équilibrer nos portefeuilles afin de ne pas être surexposés à des sociétés type « mégots de cigare » comme le sont les daubasses mais aussi nous préparer à « l’après daubasse » qui arrivera tôt ou tard.

Dans cette optique, nous nous sommes penchés sur une société holding belge, gloire déchue de la quote de Bruxelles : Brederode.


Nous vous proposons donc, ci-dessous, le résultat de nos élucubrations au sujet de cette société.

Brederode est une société à portefeuille belge active sur 4 axes d’investissement différents : la gestion d’un portefeuille d’actions cotées, des investissements en private equity, émissions non spéculatives d’options hors bourse et activité d’assurance dans les syndicats des Lloyd’s de Londres.

Il y a une dizaine d’années, son patron et principal actionnaire, Pierre van der Mersch était surnommé « le Warren Buffet belge » en raison de performances assez exceptionnelles.

Nombreux sont cependant ceux qui ont, à un moment ou à un autre porté un tel surnom mais rares sont ceux qui ont pu supporter la comparaison sur une longue période.

Ainsi, sur les 10 dernières années, le cours de Brederode a perdu 60 % sous performant ainsi largement les principaux indices européens.

Voilà donc pour le constat de cette peu alléchante action … à priori …

I. Activités

1. Portefeuille d’actions cotées

Au départ, il s’agit de la principale activité du groupe. Un large portefeuille de « blue ship » cotées sur les principales bourses européennes. Ce portefeuille a historiquement, toujours été fortement orienté vers le secteur financier et le poid lourd du portefeuille était une ligne en actions Fortis. Vous devinez ce qui s’est passé en 2008 : la crise financière est passée par là et la valorisation de ce segment a été très fortement revue à la baisse, entraînant une perte
record pour Brederode. Depuis, la société s’est séparée de presque toutes ses participations dans ce secteur et c’est à présent le secteur énergétique (pétrole et électricité) qui pèse le plus lourd parmi les sociétés cotées (57 % du total).

Fin 2008, le portefeuille d’actions cotées représentait 51 % du patrimoine total de Brederode (vs 75 % fin 2007).

Voici le détail des participations au 31/12/2008 :

– Assurances

FORTIS HOLDING 5.450.907
NOVAE GROUP 12.136.838

– Energies

E.on 42.660.000
IBERDOLA 28.122.000
BP 24.712.336
ENI 34.300.260
ROYAL DUTCH A 32.033.269
SAIPEM 3.900.600
TOTAL 36.108.480

– Divers

TELECOM ITALIA 8.912.500
SANOFI 23.335.600
HOLCIM 17.176.364
UNILEVER 30.202.604
SAMSUNG 12.574.549
SOFINA 41.393.509
TOM TOM 988.000

Si nous partons de l’hypothèse qu’aucune modification n’a été apportée à ce portefeuille depuis le 31/12, sa valeur boursière a augmenté de 2,9 %, plus ou moins en ligne avec le marché donc.

Nous ne nous attendons pas à ce que ce portefeuille surperforme le marché : il s’agit de big cap connues et reconnues et une performance en ligne sur le long terme semble être la voie la plus envisageable.

Néanmoins, nous pensons que l’utilité de ce portefeuille, outre une gestion de patrimoine conservatrice, consiste aussi à permettre l’activité d’émission d’options sur laquelle nous allons revenir.

2. Portefeuille de private equity

Brederode a une approche du private equity un peu différente des sociétés traditionnelles de private equity : en réalité, la société n’investit pas directement dans les entreprises mais plutôt au travers d’associations avec d’autres investisseurs institutionnels, sous la houlette de gestionnaires spécialisés.

La stratégie la plus couramment utilisé par ces « partnership » vise à acquérir, au moyen d’un levier financier approprié un intérêt ou, le plus souvent, le contrôle d’entreprises déjà mûres et générant déjà un cash flow conséquent et prévisible.

+/- 60% des projets de private equity se localisent aux USA et +/- 40 % en Europe. Parmi les
gestionnaires avec lesquels Brederode investit, on peut citer le fameux groupe Carlyle, HIG Capital ou LBO France.

Les flux de trésorerie dans ces investissements en private equity présentent une particularité : les appels de fonds ne se font pas à la signature de la souscription mais sont répartis dans le temps au fur et à mesure que le gérant du fond procède à ses investissements. En général, au terme d’une période de 5 ans, les premières sorties contribuent à ramener des flux et le fond se trouve alors en position d’autofinancement.

3. Emission d’options

Comme nous l’avons signalé ci-dessus, Brederode « dope » la rentabilité de son portefeuille d’actions cotées par l’émission d’option hors bourse.

En réalité, Brederode exerce le rôle « d’assureur » pour des opérateurs qui souhaitent se protéger contre une hausse ou une baisse d’un titre en bourse. Les options émises sont toujours couvertes à 100 % par des titres détenus en portefeuille ou par du cash (ou éventuellement, une capacité d’endettement).

2008 fut une mauvaise année pour cette activité : la société n’a généré que 360 000 euros de produits. On peut espérer que la volatilité des marchés en 2009 permette à la société d’encaisser des primes plus conséquentes (les années antérieurs, les produits générés
par cette activités variaient entre 500 000 et 1 500 000 d’euros).

4. Investissement dans les syndicats de Loyd’s

Brederode participe, au travers de sa filiale Athanor, a une dizaine de syndicats d’assurance. Les fonds propres de cette filiale sont investis dans un portefeuille d’actions cotées qui sont données en garanties d’engagements d’assurance octroyés par Athanor.

Cette structure permet d’envisager une double source de rentabilité : la rentabilité du portefeuille d’actions et les résultats d’assurance proprement dits.

Ces résultats d’assurance sont largement bénéficiaires depuis 2004 (nous n’avons pas trouvé de détail pour les exercices précédents) même pour l’année 2005 pourtant marquée par une sinistralité record due au passage des tristement célèbres ouragans Katrina, Rita et Wilma.

II. GESTION

La société a longtemps été dirigée par son principal actionnaire Pierre van der Mersch qui bénéficiait d’une très flatteuse réputation, probablement exagérée fin des années 90.

Depuis, le « Buffett belge » a pris un peu de recul dans la gestion journalière de la société en conservant toutefois la présidence du conseil d’administration. La gestion journalière est assurée par deux administrateurs délégués qui sont aussi des anciens de la maison.

Une des méthodes les plus adéquates pour juger de la qualité de gestion d’une société à portefeuille nous semble être … la performance de son portefeuille.

Comme nous l’avons signalé d’emblée, le cours de l’action a perdu 60 % au cours des 10 dernières années, soit bien plus que le marché. Est-ce à dire que la direction est de piètre qualité ?

Comme vous le savez, des chasseurs de daubasses comme nous ne peuvent certainement pas se contenter de l’avis de Mr Market sur le sujet : nous connaissons son irrationalité et sa tendance à passer de l’état d’enthousiasme exubérant à l’état de dépression profonde et vice versa.

A notre avis, ce qu’il convient d’examiner, ce n’est donc pas la performance de l’action en bourse mais plutôt l’évolution des fonds propres de la société et des dividendes distribués.

Que constatons-nous ?

De fin 1999 à fin 2008, les fonds propres par action sont passés de 15,84 euros à 22,94 euros. Cependant, nous ne pouvons nous contenter de prendre ces chiffres pour argent comptant car au cours de cette période, les comptes de la société sont passés d’une présentation aux normes comptables belges à une présentation aux normes IFRS.

Nous avons donc tenté d’évaluer l’impact de ce changement sur les comptes 1999.

D’après nos calculs « à la grosse louche » (en fait nous avons comparé l’impact en pourcentage sur les fonds propres au moment du changement de norme en 2005 et avons appliqué ce pourcentage aux comptes 1999), cet impact est de 21 %. Autrement dit, nous sommes partis de l’hypothèse que les comptes 1999, s’ils avaient été présentés aux normes IFRS, auraient fait apparaître des fonds propres par action d’une valeur 21 % plus élevés que ceux qui ont été publiés soit 19,17 euros par action.

La société a donc généré pour ses actionnaires, au cours des 10 dernières années, une augmentation de fonds propres de 22,94 – 19,17 soit 3,77 euros par action. A cette augmentation, il convient d’ajouter 5,31 euros de dividendes bruts payés aux actionnaires tout au long de la période. La « richesse » créée pour les actionnaires s’établit donc à 9,08 euros sur 10 ans pour un capital investi de 19,17 euros ou 47 % du capital de départ.

Pour comparaison, le Belgian All Share Return (qui reprend le rendement en euros de la bourse belge, dividendes inclus) a perdu 13 % au cours de la même période.

Et si l’on regarde l’évolution des fonds propres de Bershire Hathaway convertis en euros sur la même période, on constate un accroissement de ceux-ci de 34 %.

La comparaison entre Berkshire Hathaway et Brederode, provocatrice au niveau du titre de cet article, n’est pas sans fondement : les deux entreprises investissent une partie de leur portefeuille pour garantir de risques d’assurance ou de ré-assurance, une bonne part du portefeuille est investi en actions non cotées, les deux sociétés étaient avant la crise relativement bien exposées au secteur financier et les patrons des deux sociétés sont très expérimentés. Certes, les points communs s’arrêtent là : Pierre van der Mersch, malgré toutes ses qualités n’est pas Warren Buffet et les investissements en « non coté » se font par l’intermédiaire de gérants spécialisés et ne ressortent pas du choix de la direction de Brederode.

Cependant, il ressort de la comparaison avec les deux « benchmark » que la performance de la direction de Brederode n’est pas si médiocre que ce que l’évolution du cours de bourse semble vouloir nous le faire croire : peut-on en vouloir à cette direction si Mr Market évaluait la société au double des fonds propres il y a 10 ans et aujourd’hui avec une décote de 36 % sur ces mêmes fonds propres ?

Alors tout est-il rose chez Brederode ?

A notre avis, un des reproches que l’on puisse faire à sa direction est d’avoir mal négocié la récente crise : fortement exposé au secteur bancaire au début de celle-ci, le timing d’allègement de l’exposition n’a pas été des plus heureux, l’essentiel des positions se trouvant vendues au moment où les cours des bancaires était au plus bas. On peut également reprocher une trop forte conviction sur Fortis. Cette participation historique (Brederode détenait des actions Générale de Banque bien avant que celle-ci ne soit rachetée et fusionnée avec Fortis) pesait décidément trop lourd dans les comptes du holding, en tout cas pour une banque qui n’était pas un modèle en terme de « création de valeur pour l’actionnaire » (et cela semblait évident même avant la catastrophe qui a conduit à son démantèlement).

Un dernier point à examiner : les frais de fonctionnement. Ceux-ci ont représenté 11,04 mio d’euros en 2008, ce qui représente 1,7 % de la valeur fin 2008 du portefeuille d’actions cotées et de private equity. Ce montant est supérieur aux frais de gestion payés pour des trackers indiciels (souvent 0,25 %) mais largement inférieur à ce que réclame la plupart des gérants de fonds. Nous considérons donc que ces frais ne sont pas excessifs pour un « fond de placement » qui a ainsi battu le marché au cours des 10 dernières années.

III. VALORISATION

Comme pour n’importe quelle société traditionnelle, nous allons passer en revue les différents postes du bilan.

1. Immobilisations corporelles

Il s’agit d’un tout petit poste représentant 0,03 euros par action et portant sur du mobilier et du matériel roulant. Par prudence, nous le valorisons à 0.

2. Immeuble de placement

Il s’agit de l’immeuble abritant non seulement les bureaux de Brederode mais aussi des bureaux donnés en location à d’autres sociétés. Celui-ci a été évalué à 0,13 euros par la direction, montant que nous décidons de prendre en compte pour la valorisation.

3. Portefeuille d’actions cotées

Ce poste représente 11,37 euros par action au 31/12. Comme nous l’avons mentionné ci-dessus, la valeur boursière du portefeuille a théoriquement augmenté de 2,9 % depuis le début de l’année. Cette augmentation de valorisation représenterait 0,33 euros par action que,
par prudence, nous décidons de ne pas prendre en compte.

4. Portefeuille de private equity

Ce poste représente 9,91 euros par action. La valorisation de ce portefeuille se base sur les dernières informations financières reçues des gestionnaires des différents fonds. Ces dernières informations sont basées, en principe, sur les rapports trimestriels du 30 septembre.

Cependant, vu la gravité de la crise financière et son accélération au cours du 4e trimestre 2008, la direction a décidé de tenir compte des indications fournies par les gérants quant à l’évolution des valorisations depuis le dernier rapport trimestriel disponible. Ceci a entraîné une diminution de la valorisation du private equity de 14,5 % par rapport à la valeur habituellement prise en compte les autres années.

Nous saluons donc ici la prudence de la direction de Brederode. Cependant, afin d’être encore plus conservateur, nous pratiquons une réduction de valeur de 10 % supplémentaire sur ce portefeuille : le ralentissement économique et l’augmentation de l’aversion aux risque devrait entraîner un ralentissement des investissements et désinvestissements réduisant ainsi les plus value potentielles. Nous reprenons donc le portefeuille de private equity pour la somme prudente de 8,92 euros.

5. Autres créances courantes

Cela concerne surtout des créances sur les Lloyd’s. Nous décidons de les reprendre pour sa valeur aux livres soit 0,18 euros par action.

6. Impôts à récupérer

Il s’agit de précompte à récupérer pour 0,08 euros par action mais aussi d’exonérations fiscales contestées par le fisc. Fin janvier 2009, l’administration fiscale a finalement admis le bien fondé d’une partie des impôts réclamés. Ceux-ci s’élèvent à 0,24 euros par action. Par contre, nous choisissons de ne pas prendre en compte la partie toujours contestée par l’administration soit 0,22 euros par action.

Nous valorisons donc ce poste à 0,08 + 0,24 soit 0,32 euros.

7. Actifs financiers courants

Il s’agit d’obligations d’état belge pour 0,02 euros par action et des instruments de couverture en livre sterling pour 0,10 euros par action. Ces instruments de couverture représentent une compensation partielle de moins value latente sur des actifs libellés en livres sterling.

Cependant, toute couverture a un coût et, par prudence (excessive ?), nous ne reprendrons ces instruments de couverture que pour la moitié de leur valeur inscrite aux livres soit 0,05 euros par action. Nous valorisons donc les actifs financiers courants à 0,07 euros par action.

8. Trésorerie

Ce poste représente 0,95 euros par action et n’appelle aucun commentaire.

9. Autres actifs courants

Ne disposant pas d’informations au sujet de ce poste et vu sa valeur marginale, nous reprenons ce poste pour 0.

10. Dettes

L’ensemble des dettes, provisions et intérêts des minoritaires représente 0,31 euros.

11. Dettes cachées

Nous notons aussi une garantie accordée à l’acheteur d’une participation dans le cadre de la convention de cession. Cette garantie est valable jusque fin 2010 et, en cas d’exercice de la garantie par l’acheteur, il s’ensuivrait une charge supplémentaire de 0,01 euros par action pour Brederode.

12. Actifs cachés

Une créance sur la République Démocratique du Congo portant sur l’indemnisation d’actifs africains nationalisés en 1970 n’apparaît pas dans les comptes de Brederode. Cette créance porte sur la somme de 0,54 euros par action. Cependant, nous décidons nous aussi, vu son caractère alléatoire, de ne pas la reprendre dans la valorisation de la société.

Finalement, nous fixons la valeur globale et prudente de Brederode à :

Immeuble : 0,13
Portefeuille d’actions cotées : 11,37
Portefeuille de private equity : 8,92
Créances sur les Lloyds : 0,18
Impôts à récupérer : 0,32
Actifs financiers courants : 0,07
Trésorerie : 0,95
Dettes : -0,31
Garantie accordée : -0,01

Soit une valeur d’actif net globale de 21,62 euros et donc une décote par rapport au cours actuel de 32 %.

IV CONCLUSIONS

Il nous semble que, compte tenu de la situation actuelle, la décote de 32 % n’a rien d’exceptionnelle et que le prix est correct, voir légèrement bon marché tout au plus (mais celui qui achète un tracker ou un fond de placement achète quant à lui par définition sans aucune décote).

Mais nous avons quand même l’impression (à défaut d’une forte conviction) que, si le marché des actions redevient haussier, Brederode devrait représenter un bon véhicule d’investissement. Ainsi, une autre manière d’envisager un investissement dans Brederode est de ce dire qu’au cours actuel, on paie un investissement en « blue ship axé énergies » à son juste prix et qu’on obtient, en sus, tout un portefeuille de private equity.

Un autre point qu’il nous semble important de relever : il existe d’autres sociétés à portefeuille largement sous évaluées mais l’avantage de Brederode est … que la société est belge c’est-à-dire qu’elle n’est pratiquement pas tenue au paiement d’impôts sur les plus value mobilières réalisées contrairement à des holding situés dans d’autres pays moins cléments à cet égard. L’absence d’impôt sur les plus value devrait, à lui seul, justifier une réduction de la « décote de holding » à sa plus simple expression.

Nous notons également cette année des rachats réguliers d’actions Brederode par Holdicam, holding faîtier non coté de la famille van der Mersch.

Enfin, à noter que celui qui accepte de perdre un peu de liquidité au niveau de l’action en échange d’une marge de sécurité un peu plus grande peut s’intéresser à Auximines, le holding de contrôle de Brederode qui, selon nos calculs, présente une décote de 39 % sur sa valeur d’actif net au lieu de 32 %.

Nous signalons également que, jusqu’à présent, aucun d’entre nous n’a encore acheté Brederode : la marge de sécurité nous semble encore un rien trop petite (mais nous sommes peut-être « déformés » avec les énormes décotes que nous recueillons sur les daubasses).

Trouver son style !

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Pensez-vous que Walter Schloss investirait, tout comme Warren Buffett dans Coca Cola ?
Est-ce que Warren Buffett investirait dans Toyota comme Marthy Whitman ?
Et Marthy achèterait-il des actions de Horlogic comme Irving Kahn ?

Peter Lynch a détenu jusqu’à 1 400 lignes en portefeuille là où Walter Schloss en détenait une centaine et Phil Fischer rarement plus de 7 ou 8.

Philip Fischer mettait l’entretien avec la direction au centre de sa décision d’investissement alors que Peter Lynch dénichait ses idées dans la vie de tous les jours et que Walter Schloss avouait ne presque jamais quitter son bureau.

Tous ces investisseurs sont catalogués « value » et considérés comme parmi les meilleurs de leur génération et pourtant, le type d’actions en portefeuille, leur taux de rotation ou leur nombre de lignes sont totalement différents.

Tout simplement parce que chacun d’entre eux a son propre style.

Si nous pouvons tirer un grand nombre d’enseignements en observant ces grands investisseurs, il est inutile de tenter de les copier.

Chacun aimerait investir comme Warren Buffett. Quoi de plus normal : c’est le plus grand et le meilleur d’entre nous, les investisseurs « dans la valeur ». Et pourtant, l’oracle d’Omaha lui-même a mis un certain temps à trouver son style. Il paraît qu’il s’est même essayé un certain temps au chartisme.

Le problème est que Warren est unique, qu’il a toujours un coup d’avance sur nous, qu’il a une expérience de l’investissement de près de 60 ans et, quoi qu’il s’en défende, une intelligence très au dessus de la moyenne. De plus, il dispose de moyens financiers que nous, petits boursicoteurs du dimanche, n’avons pas.

Autrement dit : seul Buffett peut faire du Buffett et vouloir le copier revient à tenter l’escalade de l’Everest avec une paire de tong …

Cependant, nous avons, chacun d’entre nous, des qualités qui nous sont propres et qui peuvent nous être utiles afin d’optimiser nos activités d’investisseur. Le plus important est de les découvrir et d’adapter sa politique d’investissement à ces qualités. Bref, il faut TROUVER SON STYLE.

Ce n’est certes pas une chose facile dans notre société faite d’un savant mélange de « star system », de crainte du « qu’en-dira-t-on » et de narcissisme. Et pourtant cette démarche nous semble très importante pour réussir ses investissements : faire sa propre introspection et sentir ce que l’on aime faire, ne pas écouter le troupeau des brebis bêlantes et la meute des loups hurlants, ignorer les medias, les pubs et pseudos gourous. Bref s’assumer …