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Les chroniques de l’investisseur chronique : quelques classes d’actifs

chronique investisseur

Ce texte fait partie de la série proposée par notre ami-chroniqueur Laurent Muller.

Même si nous ne partageons pas tout-à-fait les mêmes principes d’investissement, nous nous sommes trouvés énormément de points communs et les raisonnements développés par Laurent nous ont paru marqués par le sceau du bon sens.

Il nous a semblé intéressant de vous faire profiter de ces raisonnements et c’est la raison pour laquelle Laurent tiendra, sur ce blog et à intervalles réguliers, une chronique présentant ses principes d’investissement.

Ce sera l’occasion de débattre avec l’équipe des daubasses mais aussi avec vous, ami( e) lecteur(trice) des sujets qui seront développés par notre ami.

Je vous propose dans cet article un panorama de différentes classes d’actifs. L’objectif n’est pas d’être exhaustif mais d’exposer mon opinion sur quelques classes d’actifs usuelles. J’avais présenté mon opinion sur l’immobilier physique résidentiel et les actions dans cet article.

 

Or physique

L’or physique est un métal qui possède des propriétés physiques intéressantes :

  • L’or est malléable.
  • L’or est ductile.
  • L’or est conducteur.

Mais ces propriétés physiques justifient-elles d’un point de vue valeur le prix que nous devons payer pour acquérir ce métal ? L’attrait de l’or physique repose-t-il sur des bases solides ou sur une image exagérément positive ?

L’un des arguments souvent avancés pour la défense d’un investissement en or physique est de constituer une protection en cas de crise majeure. Imaginons qu’après l’effondrement hypothétique du système financier mondial, nous soyons réduits à la chasse dans les bois et à la cueillette pour nous nourrir. Quelle garantie avons-nous que notre or physique ne sera pas simplement pris de force par notre voisin armé jusqu’aux dents ? Ne vaut-il pas mieux investir dans des miradors, des armes et des stocks de nourriture pour être protégé contre le risque d’effondrement du système ?

Comme protection contre l’inflation, je privilégie d’autres supports plus dynamiques : l’immobilier ou les actions.

Or papier

L’or papier me semble présenter un désavantage majeur par rapport à l’or physique : en cas de retour à l’état nature, il semble douteux que nous en voyons la couleur.

Les avantages de l’or papier par rapport à l’or physique me semblent être les suivants :

  • La protection contre le risque de vol.
  • Une fiscalité plus avantageuse (au moins dans certains pays).

Si je devais faire un arbitrage entre l’or physique et l’or papier, j’opterais donc pour l’or physique.

SICAV

Les SICAV présentent plusieurs désavantages par rapport à un investissement en actions en direct, à mon sens :

  • Des frais plus importants (droit d’entrée, de sortie, de performance, etc…).
  • Le coût de l’intermédiaire.
  • L’intérêt du gestionnaire n’est pas nécessairement aligné à celui de l’investisseur. Il s’expose au risque d’être mal conseillé.
  • L’investisseur individuel n’est pas nécessairement prêt à assumer les risques pris par le gestionnaire.
  • En raison de la profondeur de marché, le gestionnaire n’a pas accès à des actions faiblement liquides ce qui induit une réduction des opportunités.
  • La performance du fonds est liée au comportement des autres investisseurs du fonds : le meilleur gestionnaire peut être contraint de vendre contre son gré au mauvais moment, si les investisseurs décident de vendre sous l’effet de la panique lors d’une chute des titres du portefeuille, accentuant la contre-performance.

Je préfère aux SICAV l’investissement en actions en direct.

Obligations

Les obligations ont une performance historique inférieure à celle des actions, comme le montrent par exemple les études de Jérémy Siegel. Ce support expose l’investisseur au risque de faillite de l’entreprise.

L’une des caractéristiques intéressantes des obligations est la régularité du rendement, par rapport aux actions (le paiement d’un dividende peut être stoppé, par exemple). Pour cette raison, je n’exclue pas, à terme, d’investir sur ce type de support (par exemple, si mes revenus salariés devaient décroître, le cas échéant).

Monétaire

Les placements monétaires ont un rendement inférieur à celui des obligations ou des actions, comme le montrent les études de Jérémy Siegel.

Un placement monétaire peut être un outil intéressant en cas de déflation. J’ai également déjà utilisé ce support en position d’attente.

Matières premières

J’ai un a priori positif sur le marché des matières premières sans avoir approfondi la question à ce stade. Mon approche consisterait à construire un modèle de valorisation des matières premières et de comparer prix à la valeur pour me positionner à l’achat quand le premier me semble très inférieur au second.

Produits dérivés

J’ai un avis mitigé sur les produits dérivés. Les produits dérivés pour les investisseurs individuels (turbo, warrants, etc…) me semblent s’adresser à un public de joueurs de casino (levier très important, notamment, et coût du facteur temps).

Par contre, les produits dérivés me semblent également ouvrir des possibilités que l’investissement en actions ne permettrait pas ou pas de manière aussi directe, par exemple, couvrir un risque de change, etc… De ce fait, ce type de support me semble intéressant.

Immobilier papier

Je préfèrerais l’immobilier papier (décoté) à l’immobilier physique si mon banquier était prêt à me faire un emprunt dans les conditions de celui d’un emprunt immobilier physique (y compris en réduisant le montant du crédit pour tenir compte du levier indirect). Ce n’est malheureusement pas possible en pratique.

Immobilier commercial ou de bureau

Je n’exclue pas d’investir à terme dans l’immobilier commercial ou de bureau, qui me semblent une alternative intéressante à l’immobilier résidentiel, car ce type d’investissement permet de réduire le coût en temps de la gestion, par rapport à l’immobilier locatif résidentiel.

Conclusions

Cet article n’a pas vocation à lister de manière exhaustive toutes les classes d’actifs mais décrit simplement mes idées sur certaines classes d’actifs usuelles. N’hésitez pas à le compléter, en postant en commentaires les supports d’investissement que vous utilisez en précisant leurs avantages et inconvénients.

La maîtrise des coûts … de son portefeuille de fonds

Comme vous le savez, cher lecteur, bien qu’investis essentiellement en actions, nous nous intéressons aussi aux fonds de placement comme vous avez pu vous en rendre compte dans cet article et aussi dans celui-ci. Il y a deux raisons à cet intérêt : parce que nous pouvons y puiser des idées d’investissement et surtout de philosophie d’investissement… mais aussi parce que c’est sur le forum Sicav de Boursorama que nous nous sommes rencontrés. Paradoxalement, on peut donc dire que c’est un peu par les fonds que  l’aventure « daubasses » a commencé.

Notre ami Michael (lui aussi rencontré sur le forum Sicav) fait un peu la démarche inverse de la nôtre : il est principalement investi en fonds mais s’intéresse aussi de près aux daubasses. Un des critères les plus importants qu’il utilise pour sélectionner les fonds dans lesquels il investit, ce sont justement les frais de gestion. En effet, maîtriser ses coûts, c’est une des missions essentielles pour les managers d’entreprise. Et pour des fonds de placement pour lesquels la rentabilité future est encore plus aléatoire, le poids des charges est un des éléments prépondérants de la performance future du fonds.

Aimablement, Michael nous a proposé un petit article qui résume son travail d’analyse des management fees sur les principaux fonds « value » disponibles en France. Nous avons le plaisir de vous le présenter…

Méthodologie :

Je parcours les prospectus de plusieurs fonds orienté value chaque année à la recherche du TER (Total Expense Ratio) et du détail d’éventuel frais de surperformance.

Je considère les frais de mouvements comme des frais de gestion cachés et récurrents. Ils sont donc comptabilisés comme des frais de gestion de base.

Fonds TER 2008 

%

TER 2009 

%

TER 2010 

%

Com de surperf ? Montant de Commission de surperformance en 2010
 

Fonds France/Europe

Sextant PEA 2.40 2.40 4.56 (2.40+2.16) oui 2.16%
MMC  (Moneta) 1.80 4.93 (1.80+3.13) 1.99 (1.80+0.19) oui 0.19%
MME (Moneta) 1.80 1.80 1.80 oui Non facturée sans explications comme en 2009
Entrepreneurs (Flinvest) 1.79 Non dispo 1.80 (1.80+0) oui 0% n’a pas surperformé son indice
Tricolore Rendement 2.15 2.37 2.20 non
Valfrance 2.17 2.09 2.16 non
Centifolia 2.63 2.63 non dispo non
Tocqueville dividende 2.81 2.64 non dispo non
Agressor 2.84 2.84 2.91 non
Bestinfond N/A 1.93 2.25 non
 

Fonds Mixte

Carmignac Patrimoine 1.82 2.35 (1.74+0.6) 1.77 (1.77+0) oui 0% n’a pas surperformé son indice
Echiquier Patrimoine 1.20 1.20 1.20 non
Eurose 1.40 1.40 Non dispo non
 

Fonds Monde

Sextant GL 

2.07 2.06 5.20 (2.06+3.14) oui 3.14%
Sextant Inc N/A 2.08 5.67 (2.05+3.62) oui 3.62%
Carmignac Investissement 2.09 5.71 (2.01+3.70) 2.57 (1.88+0.69) oui 0.69%
Valeur Intrinsèque 2.25 2.24 2.25 oui Non facturée sans explications comme en 2009
Skagen global N/A 2.75 (1+1.75) 1.29 (1+0.29) oui 0.29%
 

Fonds Emergents

Sextant ADM 

2.43 2.42 5.06 (2.42+2.64) oui 2.64%
Carmignac Emergents 2.51 2.70 3.79 (2.13+1.66) oui 1.66%
Magellan 2.15 2.04 2.01 non
East Capital Balkan 2.50 2.50 2.50 non
 

Fonds Matières premières

Sextant PO 2.79 2.41 6.99 (2.40+4.52) oui 4.52%
Carmignac Commodities 4.09 6.96 6.96 oui Non précisé dans le prospectus
Tectonic Fund 2.54 Non dispo 20.81 (2.80+18.01) oui 18.01%

Analyse :

Je faisais remarquer l’année dernière que « l’application de commission de surperformance sur des fonds cycliques est particulièrement défavorable pour l’investisseur. ».

Les fonds investissant sur des sociétés dans le domaine des matières premières sont par essence cyclique vu que ces sociétés dépendent fortement du prix de vente des matières premières. Il est compréhensible que ces fonds alternent les très bonnes et les très mauvaises années.

L’application de frais de surperformance rogne la performance les bonnes années et n’est pas restitué les mauvaises années. C’est un phénomène pervers qui devrait aboutir inévitablement à l’appauvrissement du porteur de parts sur le long terme.

Pour l’année 2010, l’exemple est frappant sur les 3 fonds suivis : 6.99% (Sextant PO), 6.96% (Carmignac Commodities) et la palme d’or 18.01% de frais de surperformance pour The Tectonic Fund !

Pour rappel ce fonds a fait -80% de performance en 2008 au plus grand bonheur de ses porteurs de parts… Même si ce que fait le SPGP est règlementairement tout à fait légal, on peut s’indigner d’un manque de respect financier et intellectuel.

En ce qui concerne les fonds France/Europe, la catégorie reste encore assez chère. Seuls Entrepreneurs et Moneta Micro Entreprise ont un TER 2010 inférieur à 2%. A noter que MME a encore une fois délivré une belle performance. Y a-t-il un traitement de faveur pour ce fonds fermé ? La question peut se poser, car comme l’année dernière MMC a subit des frais de surperformance alors que MME en a été exempté et cela sans explication.

A noter que DNCA et Tocqueville Finance n’ont toujours pas mis à disposition leur prospectus 2010. On pourrait attendre de sociétés sérieuses qu’elles tiennent ce type de documents à jour et les mettent à disposition sur internet.

Pour les fonds mixtes, les frais restent raisonnables.

Les TER des fonds émergents ont fortement augmenté pour les fonds avec frais de surperformance. Attention au même type d’effet pervers que pour les fonds matières premières, car les fonds émergents sont également sujets à de fortes volatilités. Un fonds émergents de qualité sans commissions de surperformance devrait rester la solution sur le long terme.

En ce qui concerne les fonds Monde, les disparités entre les frais sont énormes.

Il y a les fonds Sextant et Carmignac qui ont des TER particulièrement élevés.

Même si les TER 2010 des fonds Sextant sont très élevés, on doit préciser qu’aucun frais de surperformance n’avait été encaissé en 2009, signe d’une certaine honnêteté intellectuelle.

Mais couplés à des frais de base déjà relativement élevés (entre 2% et 2.40%), c’est clairement un point à suivre sur ces fonds.

Puis, il y a les fonds Valeur Intrinsèque et Skagen global avec des frais raisonnables.

Valeur Intrinsèque maintient son TER à 2.50%, alors qu’il aurait pu prélever des frais de surperformance. Je salue cette initiative, même si une communication sur le sujet serait l’idéal pour avoir une meilleur visibilité.

Skagen global est l’exemple même d’une pratique saine des frais de surperformance. Les frais de bases sont bas (1%), ce qui fait que l’application de frais de surperformance permet réellement d’aligner l’intérêt de la boutique et du porteur de parts.

Question des lecteurs : pourquoi n’y a-t-il pas de titres de matières premières dans votre portefeuille ?

Tout d’abord une  petite rectification, ami lecteur, si vous le permettez : la daubasses masquée numéro 15 est bien,  pour une grosse partie de ses activités, active dans le segment « sexy »  des  « terres rares ».  Mais ça ne représente que 2 % de notre portefeuille.

En réalité, nous n’avons absolument pas décidé de frapper d’ostracisme tel ou tel secteur et celui des matières premières pas plus que d’autres.  D’ailleurs, si l’aventure daubasse avait débuté en 1998, il est possible que ce genre de sociétés, dont un certain nombre cotait à l’époque sous la valeur de leur actif net, ait représenté une bonne partie de notre portefeuille.

Mais voilà, nous n’avons pas débuté l’aventure « daubasses » en 1998 mais 10 ans plus tard en 2008 et à cette époque, ce qui cotait significativement sous l’actif tangible, ce n’était pas les commodities mais bien les « technos », conséquence du dégonflement de la bulle 2000 et de l’effet « second tour » de la crise financière.  Et tout naturellement, c’est dans ce segment que nous avons réalisé la plus grande partie de nos investissements mais aussi de nos plus-values.

Et donc, si nous ne sommes que rarement investis sur les secteurs « à la mode », ce n’est pas parce que nous ne voulons pas être « branchés » et faisons du « snobisme » avec notre « ringardise » mais tout simplement parce que ce qui est « in » est souvent, pour nous,  « out » en terme de prix à payer.

Les bulles spéculatives existent  car, très naturellement,  les investisseurs sont à l’affût de tous ce qui pourrait générer d’énormes cash- flows futurs. 

Souvenez-vous, entre autres, des différentes « exhubérances irrationnelles » successivement sur les actions des chemins de fer, du téléphone,  de  l’automobile, de la radio, de la télévision, de l’électronique durant les golden sixties, de l’informatique dans les golden eighties ou de l’internet, la dernière grosse bulle avérée.  

Souvent, ces bulles se sont terminées dans les larmes et le sang (bon, là, c’est vrai, nous exagérons, disons plutôt par des pertes en capital conséquentes et définitives).

Pourquoi ?  Nous pensons que c’est surtout parce que l’optimiste des investisseurs était excessif mais aussi parce que les investissements se faisaient sur des sociétés par encore « mûres ».  Ces sociétés ne présentaient pas encore de fondamentaux économiques suffisants pour déterminer l’ampleur des profits futurs puisque, souvent, le chiffre d’affaires est faiblard et les bénéfices inexistants.  Sans base financière fiable, comment voulez-vous déterminer ce que sera le futur ?

Pour les matières premières, c’est différent : la plupart des sociétés extractrices génèrent bel et bien des cash-flows et présentent, en général, des fonds propres conséquents.  Mais il existe aussi une grosse incertitude quant à leur rentabilité future : c’est le prix auquel elles pourront vendre leurs productions.  Les cours des matières premières sont très erratiques, les spéculateurs en turbos à fort levier viennent récemment de l’apprendre à leur dépens (après, soyons de bon compte, l’avoir appris pour leur plus grand bénéfice). 

Imaginons par exemple un producteur de cuivre imaginaire dont les coûts de production s’élèvent à 3 000 euros la tonne.  Cette compagnie est créée en 1970.

En 1970, la société peut vendre sur le marché son cuivre à 10 000 euros la tonne.  Résultat des courses : elle génère 7 000 euros de bénéfice.

3 ans plus tard, les cours du cuivre se traînent à 5 000 euros la tonne, la société ne génère donc plus que 2 000 euros de bénéfices, soit une division par plus de 3 !

Un an plus tard, en 1974, le cours du cuivre explose à 11 000 euros et notre producteur multiplie donc ses profits de l’année par 4 à 8 000 euros.

L’année suivante, en 1975, les cours du cuivre s’effondrent à 3 000 euros la tonne : notre producteur parvient donc tout juste à équilibrer ses comptes sans plus générer de profit.

Cette situation va s’éterniser pendant une quinzaine d’années, jusqu’en 1990.  Durant ce laps de temps, les cours du cuivre fluctueront entre 3 000 et 5 000 euros et notre producteur présentera en moyenne durant cette période des profits raisonnables de 1 000 euros par tonne.

A partir de 1990, descente aux enfers pour notre « cuivrier » : il ne parvient, bon an, mal an, à vendre ses produits qu’à des cours compris entre  2 000 et 3 000 euros.  Les années de déficit alternent avec les années d’équilibre financier et l’entreprise « vivote » ainsi jusqu’en 2005.

A partir de ce moment, explosion du cours du cuivre qui passe à 7 000 euros la tonne et les bénéfices de notre producteur itou.  Une année de perte en 2009 suite à l’effondrement dû à la crise financière et les cours repartent au nord pour tourner, aujourd’hui, à nouveau autour de 7 000 euros la tonne. 

Tout ceci pour expliquer, cher lecteur, qu’il nous est très difficile d’acheter une société pour ses profits futurs  et plus encore lorsqu’il s’agit d’un producteur de matières premières qui n’a aucune possibilité d’imposer ses prix de vente et à peine plus de possibilité d’abaisser ses coût de production (si ce n’est la solution de fermer, provisoirement ou définitivement, les gisements non rentables).

Voilà pourquoi, pour un achat dans ce secteur, nous attendrons, comme pour toute autre société, que les cours des entreprises « commodities » se retrouvent sous la valeur du patrimoine net de ces sociétés … quitte à louper cette vague.  Ce qui en soit ne serait pas dramatique : mieux vaut rater l’ascenseur et attendre le suivant que de se prendre sa porte en plein visage.

 .

Diversification dans la valeur : un fonds « daubasse » ?

Comme nous vous l’avons expliqué, cher lecteur, nous cherchons, pour nos portefeuilles personnels, des supports qui nous apportent une certaine diversification par rapport à nos actions « daubasses » traditionnelles. Nous vous avons déjà expliqué, entre autres, comment nous appliquions notre approche « deep value » aux émissions d’options put ainsi qu’aux obligations d’entreprise.

Que diriez-vous d’investir dans des fonds de placement ? Mais attention, pas n’importe quel fonds évidemment… des fonds « daubasses ».

En principe, un fond de placement cote toujours à la valeur de marché des investissements qu’il détient. En effet, son capital est dit « ouvert », c’est à dire que chaque fois que vous souscrivez à des parts d’un fonds, les liquidités sont directement affectées à ce fonds et le prix payé est fonction de la valeur de marché des actifs sous-jacents au moment de la souscription. Et inversement, lorsque vous vendez vos parts, c’est en réalité le fonds lui-même qui vous les rachète en payant la valeur de marché de ces actifs sous-jacents.

Cependant, il existe des fonds dit « fermés » : leur capital est fixe et lorsque vous achetez ou vendez des parts, ce n’est pas au fonds lui-même que vous le faites mais à un autre investisseur sur le marché comme de vulgaires actions. Le prix auquel vous négociez ce type de fond n’est donc pas fonction de la valeur intrinsèque de la part mais simplement de l’offre et de la demande. Et il peut donc, parfois,  exister de grosses disparités entre ces deux valeurs… exactement ce que des chasseurs de daubasses recherchent. Ainsi, certains d’entre eux sont totalement délaissés par Mr Market, voir carrément snobés.

Outre la décote, une bonne partie d’entre eux est éligibles au PEA, cher aux contribuables français.

Parmi les autres raisons de s’intéresser à ce genre de support, il y a le fait que, en tant que « fonds fermés », l’importance de leurs en-cours reste limitée à une taille « gérable ». De plus, le gérant n’est pas confronté à d’incessantes entrées et sorties de capitaux qui peuvent nuire à la pérennité et à la qualité de sa gestion.

Enfin, ces « sociétés » publient des rapports de gestion très proches des entreprises cotées traditionnelles.

Parmi ces fonds cotés, il en est un qui a retenu notre attention au point que plusieurs d’entre nous ont décidé d’en acquérir pour leur portefeuille personnel.

Nous n’allons pas, cher lecteur, vous faire languir plus longtemps. Il s’agit du UKRAINE OPPORTUNITY TRUST.

Vous l’aurez deviné : ce fond est essentiellement investi en Ukraine. Il est coté à Londres (code UKRO).

Aujourd’hui, il est possible d’acquérir des parts de ce fonds pour la moitié de la valeur de marché de ses actifs. Outre la décote, nous nous sommes intéressés à ce fonds en raison de sa présence en « Europe Émergente », une région qui suscite l’intérêt de la plupart d’entre nous depuis assez longtemps, non seulement en raison de sa proximité géographique avec « notre » Europe mais aussi du fait que l’un d’entre nous réside en Roumanie.

En effet, notre ami Pierre fut parmi les premiers à investir sur la bourse de Bucarest au moment de sa réouverture, après la chute du communisme, et il surveille d’un œil de lynx l’évolution économique et financière non seulement de son pays d’accueil mais aussi des pays environnants.

Parmi les participations détenues par UKRO, nous n’en connaissons aucune ne fut-ce que de nom. Nous constatons également que les 3 premières lignes en importance du portefeuille représente environ 50 % de sa valeur totale. Pour les chantres de la diversification que nous sommes, voilà qui a de quoi nous inquiéter.

La plus grosse position du portefeuille est Korsando. Après quelques recherches, nous découvrons qu’il s’agit d’une société immobilière non cotée. L’implication comme « apporteurs de capital » de la BERD ainsi que d’autres organismes internationaux dans cette entreprise apporte, selon nous, une certaine caution quant au sérieux de la gestion et des évaluations pratiquées.

La deuxième position, Food Master, est une entreprise de restauration qui exploite sous franchise, divers fast-food. Nous ne connaissons pas les marques exploitées à l’exception d’une vieille connaissance à nous : Papa John’s, une chaîne américaine de pizzérias dans laquelle certains d’entre nous ont été investis il y a une dizaine d’année. Un bon créneau selon nous car « à l’Est », tout le monde veut manger comme « à l’Ouest ».

La troisième position est Creativ Industria Group, un producteur d’huile d’olives et de produits dérivés comme de la mayonnaise.

Parmi les autres sociétés, on trouve des secteurs traditionnels de ces régions : des bancaires, des producteurs de matières premières (pétrole, gaz, sucre) et des industries lourdes (producteur d’acier par exemple).

Nous notons que la valorisation de certaines participations a été réduite à 0 en raison de risques de faillite importants. Ce qui, avec notre esprit tordu, nous incite à penser qu’il s’agit là d’une excellente nouvelle : en effet, même la direction n’attend plus rien de ces participations et, par conséquent, elles ne pourront que réserver des bonnes surprises.

Un point qui nous dérange un peu, c’est le fait que 60 % du portefeuille est constitué de sociétés non cotées, ce qui laisse, à notre goût, un peu trop de liberté au niveau des valorisations. Sur ce plan, nous ne pouvons qu’espérer l’honnêteté la plus totale des dirigeants.

Nous pensons cependant que ces sociétés sont, dans l’ensemble, sous valorisées. En effet, l’Ukraine fut le premier pays de la zone « Est » à plonger lors de la débâcle de 2008. En quelques mois, l’indice « big cap » ukrainien a perdu 80 % de sa valeur. Il nous semble impossible que les actions ukrainiennes aient, aujourd’hui, retrouvé leur juste valeur.

Cependant, nous estimons aussi que ces sociétés ne pourrons retrouver leur sommet de 2008 que moyennant le retour des investisseurs étrangers. Et sans une fin de crise totale et définitive des pays développés, il ne faut pas s’attendre, à notre avis, à un boost important des bourses d’Europe émergente.

L’inflation en Ukraine tourne autour des 10 % mais ça reste raisonnable : en Roumanie, dans les années 90, l’inflation a souvent fluctué entre 50 et 100 % par an. Nous pensons que la taille du pays, bien supérieure à celle de la Hongrie ou de la Bulgarie, est un atout important en terme de marché potentiel et de demande intérieure.

Dans le rapport de gestion, nous constatons que Pictet travaille avec des « consultants locaux ». Vous vous souvenez, cher lecteur, de « l’American Bakschich School » ? Dans ce genre de pays, c’est un accès direct aux informations de première « bourre » car ces sociétés de consultance appartiennent généralement à des gens de pouvoir qui tentent de se faire de l’argent facile pour un travail finalement assez simple pour eux puisqu’ils sont présents dans les coulisses économico-politiques.

Pour nos portefeuilles personnels, nous ne nous emballons pas outre mesure et, fidèles à notre philosophie, n’avons pas misé « gros » sur cette société. En effet, nous pensons qu’il faudra de la patience, beaucoup de patience : nous nous attendons à voir le cours de UKRO fluctuer dans une bande de 20-30 % au dessus ou en dessous de notre prix d’achat pendant encore 6 ou 7 années. Par contre, si nous n’actionnons pas trop vite le clic de notre souris, nous espérons aussi voir ce cours multiplier par 5 ou 10 en quelques années, une fois passé ce temps de purgatoire.

Pour terminer, soulignons que ce fond est bel et bien éligible au PEA, ce qui a semblé à notre ami Franck un excellent moyen d’investir hors de l’Union Européenne de manière fiscalement intelligente.

Pour l’heure, nous sommes en train de passer en revue des centaines de fonds fermés cotés à Londres ou aux US.  Il semble qu’il y ait un grand nombre d’opportunités « daubasses » parmi ceux-ci dont certaines éligibles au PEA.

Nous pouvons à présent vous proposer une liste de 4 valeurs. Pour plus d’infos concernant cette liste, rendez-vous sur cette page.

Bas les masques – Winland Electronics

Voici venu le moment, cher lecteur, de vous dévoiler la 27e ligne de notre portefeuille.  Si vous êtes attentif, si vous  analysez et décortiquez la composition de notre portefeuille chaque semaine, vous aurez remarqué que nous avons laissé apparaître son nom : il s’agit de Winland Electronics.

Après une première hausse du cours d’une quarantaine de pourcents, nous vous proposons ci-dessous, l’analyse à laquelle nos abonnés ont eu accès lors de notre achat.  Attention donc : même si, à notre connaissance, il n’y a pas eu de changements fondamentaux, elle date tout de même de novembre 2009.

La société a été fondée en 1972 et est basée à Mankato dans le Minnesota.

C’est une société technologique fabricant du matériel informatique et du matériel de sécurité pour un marché principalement industriel, aux USA, Canada, Mexique et en Europe.

 

Au niveau du matériel informatique, la société assemble des circuits imprimés et offre à ses clients des produits personnalisés. Dans ce segment, la société assure une vente directe.

Au niveau du matériel de sécurité, la société fabrique, des microprocesseurs, des capteurs et des alarmes. Ces produits permettent  de détecter des fuites d’eau ou des pannes de courant, des changements de température ou d’humidité. Dans ce segment la société assure sa vente par l’entremise de grossistes et de détaillants et aussi de distributeurs.

Ses trois principaux clients représentent 58% de son chiffre d’affaires, il s’agit de Xata Corp qui propose des solution de management pour transporteurs routiers et qui représente 33% du chiffre d’affaires, de Select Confort qui commercialise des sommiers à air pour l’industrie de la literie et représente 15,9% du chiffre d’affaires et de Fluke Corp qui commercialise des test compacts montés sur des machines de production automatique d’outils et pièces et qui représente 10% du chiffre d’affaires.

Nous avons acheté des parts de la société  le 05 Novembre 2009 a un prix de revient de 0,8192 $.

La marge de sécurité sur la Valeur d’Actif Net Net (VANN)

 

Au 30 Juin 2009, La Valeur d’Actif Net-Net de la société était de 1,1608$ par action

Nous avions un actif courant de 2,50$ par action pour un endettement de 1,34$ par action.

Le stock valait  1,25$ par action et les créances clients 0,97$ par action.

La Valeur d’Actif Net Tangible s’élevait à 2,3959$ par action et la solvabilité était de 65%.

Nous nous sommes évidement basés sur ce rapport pour notre achat de Winland Electrocnics  mais nous avons également prit la peine de regarder quelle était la situation au 31 décembre 2008.

Fin 2008, nous avions un actif courant de 2,57$ par action et un endettement total de 1,30$ par action, nous avions donc une VANN de 1,2717$ par action.

Nous constatons donc avec le rapport de Juin 2009, une baisse de la VANN de 0,11$ par action. Principalement due à la perte sur 6 mois de 0,23$ par action.

Inclue dans cette perte de 0,23$ par action, nous observons que la direction a acté 0,16$ par action de dépréciation sur la valeur de l’inventaire.

Nous jugeons que la VANN de Winland a conserver une certaine stabilité durant les 6 premier mois de 2009.

Par rapport à notre prix de revient de 0.8192 par action et avec une VANN de 1,1608$ par action au 30 Juin 2009, nous disposons d’une marge de sécurité de 29.42%

 

2° La marge de sécurité sur la ” Valeur d’Actif Net Estate” (VANE)

Nous avons trouvé des actifs immobiliers suffisamment  important dans le poste « Property et Equipement » pour nous permettre de calculer une Valeur d’Actif Net Estate.

Cette rubrique est donc composée :

–          de terrains pour une valeur d’acquisition de 283 mille $, soit 0,10$ par action

–          de constructions pour une valeur d’acquisition de 3,052 millions $ soit 0,83$  par action

Nous constatons que cette rubrique qui compte en plus de ces terrains et bâtiments, du matériel et de l’équipement de bureau, apparait au bilan amortie à 73%.

Si nous ajoutons à cet élément d’amortissement, le fait que la société existe depuis 1972, nous pensons que notre de marge de sécurité de 80% des la valeur d’acquisition de ces terrains et bâtiment est réaliste et prudente

Calculons donc la VANE

1,1608$ de VANN

+ 0,7489$ représentant 80% de la valeur d’acquisition des immeuble et bâtiments de 0,9362$ par action.

Soit une VANE de 1,9097$ par action

Par rapport à notre prix de revient de 0.8192 par action et avec une VANE de 1,9097$ par action au 30 Juin 2009, nous disposons d’une marge de sécurité de 57.10%

3° La marge de sécurité sur la valeur en cas de mise en liquidation volontaire (VMLV)

 

Revenons sur l’Actif Courant.

 

Les créances clients tout d’abord. Nous relevons un certain déséquilibre au niveau des  clients avec les 3 principaux clients permettant la réalisation de 58% du chiffre d’affaires, voir les deux clients les plus importants représentant 48% du chiffre d’affaires.

S’il est clair que sur base  du calcul semi automatique de contrôle des délais de paiement, il n’y a pas de problème, nous pensons toutefois qu’il serait prudent d’appliquer une décôte de 20% sur ce poste clients dans le scénario d’une mise en liquidation volontaire. Nous retranchons donc – 0,19$ par action.

Au niveau du stock, la méthode employée est la méthode FIFO qui nous semble appropriée pour ce type d’activité et le stock est calculé au prix le plus bas du marché.

La répartition du stock pour une valeur total de 4,603 millions de $ apparaît comme suit :

Matières premières 3,296 millions $ soit 0,8983$ par action soit 70%

Produits semi-finis 338 mille $ soit 0,0921 $ par action soit 7%

Produits finis 969 mille$ soit 0,2641$ par action soit 23%

Nous sommes remonté jusque 2006 pour juger la qualité de la gestion des stocks et nous constatons que les matières première comptent toujours pour environ 70%, comme 73% en 2007 ou 68% en 2006 et que les produits semi-finis et finis pèsent  pour 30%. Nous jugeons donc que ce stock est géré de manière conventionelle.

Comme une dépréciation global de 10% a déjà été actée sur l’ensemble du stock et que le taux de rotation que nous observons s’encadre dans nos critères, nous allons retraiter les matières premières  en les réduisant de 10% et les produit semi-fini et fini de 30%, soit – 0,20 $

Les Actif fixes

 

Outre les immeubles dont nous avons déjà parlé ci-dessus, nous décidons de reprendre les installations, machines et outillages pour 5 % de leur valeur d’acquisition soit 433 850 usd ou 0,12 usd par action.

Hors Bilan

 

Nous n’avons rien trouvé hors bilan

Actions privilégiées et dilution

 

Il n’y a aucune action privilégiée dans le bilan de Winland Electronics.  Il existe par contre 468 800 stocks options, exerçables au prix moyen de 2,44 usd.  Ce prix d’exercice étant supérieur aux différentes valeurs que nous venons de calculer, nous estimons qu’il n’y aura pas de dilution et n’en tenons pas compte.

Nous établissons donc la VMLV comme suit :

VANN de : 1.1608$

– 0.19 $ de marge de sécurité sur les créances clients

– 0.20 $ sur le stocks

+0.75 $ d’immeubles

+0.12 $ d’installations, machines et outillages

Soit une Valeur de Mise en liquidation Volontaire de 1.64 $ par action, ce qui nous fait à notre prix de revient de 0,8192$ par action une marge de sécurité de 50 %

4° La marge de sécurité sur valeur de la capacité bénéficiaire (VCB)

La société affiche des pertes sur l’année 2008 et 2007. Et si nous remontons à 5 ans elle a fait des profits en 2004,2005,2006.

Nous considérons que s’il est possible de calculer une Valeur de la Capacité Bénéficiaire, en appliquant une moyenne à 5 ans sur les différents paramètres, la fiabilité de cette valeur est vraiment relative.

Nous parlerons donc d’une moyenne à 5 ans sur tous les chiffres.

Nous avons donc un résultat d’exploitation moyen de 0.1833$ par action auquel nous ajoutons  0.2027$ par action d’amortissement et de dépréciation.

Nous retranchons les besoins en investissement que nous avons apprécié à 0.2025$ par action.

Ce qui nous donne une  de capacité bénéficiaire de 0.1835$ par action que nous actualisons à 10%, ce qui nous donne une VCB de 1.8353 $ par action

Nous ajoutons à cette VCB des liquidités de 0.05$ par action, puis nous retranchons 2% du chiffre d’affaires à titre de ”fonds de caisse”, nécessaire au fonctionement de la société soit 0.1558$ par action ainsi que  les dettes financières long terme et court terme de 0.4468$ par action.

Ce qui nous donne une VCB de 1.2828$ par action qui à notre prix de revient de 0.8192$, nous offre une marge de sécurité de 36.13%

En résumé – Les Marges de Sécurités

 

A notre prix de revient de 0.8192 $ :  nous avons

29.4 % de marge de sécurité sur la Valeur d’Actif Net-Net

57.1 % de marge de sécurité sur la Valeur d’Actif Net-Estate

50.0 % de marge de sécurité sur la Valeur de Mise en Liquidation Volontaire

36.1 % de marge de sécurité sur la Valeur de la Capacité Bénéficiaire

En conclusion

Nous pensons que la société Winland Electronics dont l’activité dépend du secteur industriel est une société cyclique qui est en ce moment impactée fortement par la crise. Nous espérons cependant qu’elle génèrera à nouveau des profits dans le futur.

Dans cette analyse nous avons eu l’impresion qu’en achetant des parts de cette entreprise à  0.8192$,  que nous ne risquions pas grand chose.

Une société ayant des actifs immobiliers remontant à 1972, pour une valeur au prix coûtant de 0.9362$, cela nous donne le sentiment d’avoir acheté le reste de la société presque gratuitement y comprit sa capacité bénéficiaire futur, et ce, d’autant plus que les besoins en investissements ne sont pas excessifs.

Nous pensons donc comme ”Big Walt” que quelque chose de bien va nous arriver sur ce genre d’ investissement !