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Lettre mensuelle

L’équipe des « Daubasses » planche actuellement sur plusieurs projets que nous jugeons importants et nous tenions à vous informer, cher lecteur, au moment du lancement de l’un d’entre eux.

En fait, c’est à partir des très nombreux échanges que nous avons eu avec vous, lecteurs et abonnés, que plusieurs de ces idées ont germé…  ce qui nous amène très naturellement à vous remercier et à penser que l’aventure « Daubasse » a aujourd’hui largement dépassé le cadre d’une équipe composée de seulement 4 personnes pour former une grande « famille », voire d’une petite « tribu » à l’esprit ouvert et à la recherche permanente des meilleures opportunités, équipée du grand compas « Value » dans cette mer agitée de l’investissement et sans la moindre concession aux sirènes des marchés.

Comme nous vous l’avons souvent expliqué, le marché de fin 2008 et de 2009 a bien changé. Si, à l’époque, on pouvait ramasser de la Daubasse comme des champignons après un gros orage, sans prendre de gros risques moyennant une saine diversification, ce n’est plus tout-à-fait le cas aujourd’hui. En effet, aujourd’hui, et sans doute à l’avenir, il sera très important d’être beaucoup plus méticuleux dans ses choix même avec une belle diversification.

Nous pensons donc que nos listes ne répondent plus entièrement à l’obligation de méticulosité imposée par le marché.

Bien entendu, si vous êtes un investisseur professionnel ou expérimenté qui croit fortement en sa capacité de jugement et ne désire aucun échange de points de vue avec qui que ce soit, il n’y a pas le moindre problème avec les listes que nous proposons. Si vous êtes, par contre, un investisseur débutant qui veut apprendre ou un investisseur expérimenté qui aime échanger ou disposer systématiquement d’analyses relativement abouties, la lettre répondra certainement à vos attentes.

Nous avons également pensé à de nombreux investisseurs intéressés par les Daubasses qui, pour une raison ou une autre, ne peuvent pas diversifier en achetant directement 20 ou 25 sociétés ou à des investisseurs qui pratiquent par investissements programmés mensuels ou trimestriels. Notre lettre mensuelle permettra à ces investisseurs de se constituer progressivement sur un an voir plus un portefeuille diversifié composées de 20-25 sociétés triées sur le volet et qui répondront parfaitement à la méticulosité obligatoire que nous venons d’évoquer.

Voyons à présent la ligne directrice de cette lettre mensuelle. Si nous devions résumer en un seul mot, ce serait : « suivi ».

Tout d’abord un « suivi » de chaque position du portefeuille Daubasse. Chaque mois, nous vous proposerons des news sur les sociétés du portefeuille, que nous analyserons si nous pensons qu’elles peuvent avoir une incidence sur « la valeur patrimoniale » de nos entreprises.

Au lieu d’une mise à jour semestrielle de nos critères de sélection comme la Valeur Net-Net, la solvabilité ou la VANT, nous ferons une mise à jour trimestrielle.

Tous les mouvements du portefeuille continueront à être communiqués à nos abonnés en temps réel.

Et il y aura une autre nouveauté : l’Equipe des Daubasses va réellement se mouiller !

En effet, à côté de chacune des sociétés du portefeuille, nos abonnés trouveront une double cote.

Cette double cote sera la résultante d’un vote de chacun des membres de l’équipe qui indiquera sa conviction, d’une part en matière de potentiel d’appréciation du cours de l’action sous revue et d’autre part en matière de risque.

Cette cote donnera, nous l’espérons, grâce au cumul de plusieurs convictions subjectives, une idée la plus objective possible de ce que nous pensons des sociétés que nous détenons.

Ensuite, nous vous proposerons chaque mois, deux analyses de sociétés qui répondront à l’exigence de méticulosité du marché. Ces sociétés seront proposées avec une belle décote et donc avec une marge de sécurité importante. Bien sûr, fidèles à nous-mêmes, nous évoquerons sans détour les problèmes rencontrés par ces entreprises qui justifient la sous-évaluation de manière à offrir à nos abonnés un maximum de données pour prendre leur décision de la manière la plus judicieuse.

Tout comme pour le portefeuille « Daubasses », un « suivi » de ces sociétés analysées sera déroulé dans le temps, suivi au travers des news aussi un suivi  de la performance de ces sociétés analysées et de leurs critères de sélection de manière trimestrielle.

Pour ces sociétés « hors portefeuille », nos abonnés seront avertis en temps réel lorsqu’une action analysée aura par exemple atteint sa Valeur d’Actif Net Tangible (ce que nous considérons comme un point de vente).

Enfin, petite attention pour nos amis français, nous essaierons, autant que possible, de présenter l’analyse d’une belle daubasse qu’ils pourront loger dans leurs PEA. Pour les abonnés qui ne sont pas soumis à ces spécificités fiscales, ce sera l’occasion de découvrir des sociétés européennes qui sont évidemment plus difficiles à dénicher, mais qui permettent parfois un investissement en euros voire au moins de sortir de la zone « dollar » !

Concluons par l’évocation de l’ossature de cette lettre.

1° Nous commencerons par un petit éditorial qui pourra selon l’humeur être complété d’une réflexion sur l’investissement

2° Le portefeuille « Daubasses » et les différents suivis

3° Les 2 analyses de sociétés et les différents suivis de ces société analysées

4° Selon nos recherches et les conditions de marché, des idées d’investissements alternatifs comme nous vous en avons souvent parlé au fil des ans que ce soit dans l’obligataire, les options put, les fonds « Daubasses » ou, tout dernièrement, le gaz naturel

5° Un petit rappel de nos principaux critères de sélections de sociétés.

En bref, ce nouvel outil ne permettra peut-être plus à nos abonnés de remplir de grands paniers de champignons mais, nous l’espérons, de découvrir les plus fins et délicats d’entre eux.

Ce n’est pas la création de valeur pour les actionnaires qui enrichit les actionnaires …

C’est ce que nous allons tenter de vous démontrer grâce à une étude d’Eugène Fama et Kenneth French sur laquelle nous sommes tombés au hasard de nos pérégrinations sur le web   

« Quoi ! Vous, les chantres de l’investissement dans la valeur, vous allez vous baser sur une étude rédigée par l’un des pères de la théorie sur l’efficience des marchés ? »

Nous comprenons votre étonnement, ami lecteur, mais vous allez voir qu’il n’est pas question pour nous de « virer notre cuti » sur ce point.  D’ailleurs, Eugène considère que les marchés sont correctement évalués si les opérateurs interprètent avec justesse les informations qu’ils ont à leur disposition. Les différentes crises « d’euphorie-dépression » dont Mr Market  nous gratifie sont là pour nous démontrer que le raisonnement de ces opérateurs n’est que rarement correct et l’efficience peut-être pas aussi présente que certains semblent le penser.  Mais revenons à cette fameuse étude.

Nos deux compères partent du postulat que le rendement généré par une action est composé de trois facteurs :

         le dividende distribué

         la croissance de sa valeur d’actif net

         la croissance du ratio cours/valeur d’actif net

L’équipe des Daubasses ne peut que marquer son accord avec ce postulat. Notez tout de même qu’un désaccord de notre  part n’aurait certainement pas procuré des crises d’angoisse à ces deux illustres universitaires.

Eugène et Kenneth ont ensuite étudié le comportement de 6 types de portefeuilles dans lesquels ils ont regroupé 6 types de sociétés :

         les small cap value

         les small cap growth

         les small cap neutres

         les  big cap value

         les big cap growth

         les big cap neutres

Les “value” sont les sociétés cotant à un faible “price to book” et les « growth » sont les sociétés cotant à un haut « price to book ». 

Des « small cap cotant à un faible price to book » ? Cela ne correspond-t-il pas à  vos chères daubasses ?

Si nous schématisons, on peut considérer, cher lecteur, que c’est effectivement la catégorie de sociétés dans laquelle nous investissons habituellement pour notre portefeuille.

L’étude porte sur la période 1963 – 2003.

1ere phase de l’étude : quel est le rendement procuré si on ne considère que les dividendes en faisant abstraction des deux autres facteurs ?

Nous remarquons que sur ce plan, les portefeuilles « growth » sous performent nettement les portefeuilles « value » : les « small growth » et « big growth » génèrent un rendement sur dividende nettement inférieur à la moyenne du marché alors  que les «big  value » le surperforment allègrement.  Les « small value » restent, quant à elles, légèrement en deçà de la moyenne générale.

2e phase de l’étude : quel est le rendement procuré si on ne considère que la croissance des fonds propres en faisant abstraction des deux autres facteurs ?

Les « small growth » surperforment largement le marché et les autre types d’actions. Et nous constatons aussi que sur la durée, les « small value » voient leur fonds propres DIMINUER . Des vraies daubasses quoi !

Et lorsqu’on cumule les facteurs 1 et 2, ce n’est guère plus brillant pour nos « daubasses » : comme vous pouvez le constater dans le 3e tableau ci-dessous,  le segment « croissance » surperforme largement les autres catégories alors que notre segment de prédilection, les « small value », génère un rendement à peine positif et, en tout cas, inférieur à l’inflation. 

 3e phase de l’étude : quel est le rendement procuré si on ne considère que la croissance du ratio « price to book » en faisant abstraction des deux autres facteurs ?

Et c’est ici que survient LA révélation !  La variation du ratio est proche de 0 pour la moyenne du marché, ce qui semble assez logique finalement.  Par contre, nos « daubasses » voient, en moyenne, leur ratio cours/valeur comptable augmenter de 16,19 % caracolant loin devant tous leurs confrères et notamment les « growth » dont le ratio price-to-book a tendance à diminuer sur la durée.

 

Conclusions

Lorsque l’on cumule le rendement procuré par ces trois facteurs, nous pouvons constater que, sur la durée, ce sont bel et bien les « daubasses small cap à faible ratio cours/fonds propres » qui génèrent le meilleur rendement et la catégorie des sociétés à haut ratio « cours/fonds propres » qui sous performent le marché.

Nous pensons que ceci remet en lumière, une fois de plus, le trop peu de cas que fait la majorité des investisseurs de la capacité de rattrapage d’une sous évaluation par le marché.

Le découpage de la performance en 3 étapes comme l’ont réalisé Farma et French permet de se rendre compte de deux choses :

         Sur base des facteurs 1 et 2 qui sont strictement économiques, les sociétés de croissance,  et singulièrement les small cap, génèrent bien plus de valeur pour les actionnaires que tous les autres types d’investissement

         Par contre, l’étude nous démontre aussi toute l’importance à accorder au prix payé : malgré leur surperformance économique, les actions payées trop chers par rapport à la valeur de leurs actifs fourniront un rendement final aux actionnaires bien inférieures aux sociétés moins performantes mais pour lesquelles on a acquis les actifs à un prix défiant toute concurrence.  Ainsi, 100 dollars investis sur des big cap cotant à plusieurs multiples de leur fonds propres sont devenus, sur la période de 40 ans sous revue, 3 827,45 dollars. Mais les mêmes 100 dollars investis sur des « mini sociétés » acquises à un prix significativement attrayant par rapport à leurs fonds propres sont devenus … 48 011,54 dollars, soit 12,5 fois plus !

 

Ecomérages : Savoir provoquer la chance !

Cette semaine, cher lecteur, nous allons tenter quelques « écomérages » sur un article de Patrick Thénière et Rémy Morel que nous avons découvert sur leur Blog du journal des Affaires et qui nous a « écoméré ». Cet article était intitulé : Savoir reconnaître les gains chanceux.

Patrick Thénière et Rémy Morel commencent par décrire dans leur article un investissement à 3$ sur une petite société d’intérim spécialisée dans le secteur de l’information et de la santé. Durant la crise, les profits de cette société avaient fortement diminué. « Acheter un tel titre signifiait donc un investissement dans la reprise économique » nous expliquent les auteurs. Ensuite les résultats de la société laissent à désirer et les auteurs se posent la question de vendre pour un titre plus prometteur. Leur interrogation prend fin sur un rachat d’actions de la direction et la hausse des indices propulsant le cours à 5$. Ils vendent donc sans hésiter et tirent comme conclusion qu’ils ont été chanceux sur cet investissement puisque leur prévision de bénéfice ne s’est pas réalisée.

Un peu plus loin dans l’article, les auteurs expliquent le cas suivant : « Un jour, un jeune investisseur de 20 ans nous déclara qu’il avait triplé son argent dans son celi (compte d’épargne libre d’impôts) en à peine un an. Et il ajouta qu’il avait été simplement chanceux, car les titres qu’il détenait ne correspondaient pas aux critères qu’il utilise aujourd’hui pour les sélectionner. Voilà une attitude gagnante! Ses choix de titres étaient concentrés dans des petites entreprises aux profits inexistants ou incertains. Et malgré le succès qui découla d’une telle stratégie, il reconnut qu’il courrait à la catastrophe s’il continuait à investir ainsi. »

 

C’est en fait ce dernier passage qui nous a le plus interpellé car nous pourrions facilement remplacer le « Jeune Investisseur de 20 ans » par de « Vieux investisseurs d’une moyenne d’âge de 40 ans » qui, sur un an en 2009, ont multiplié leur capital par 4. Vous l’aurez compris, cher lecteur, qu’il s’agit de l’équipe des « Daubasses » et de la performance de notre portefeuille de 308% en 2009.

Notre première réflexion, c’est de penser que tout investisseur doit impérativement créer un cadre solide pour « provoquer la  chance ». Un cadre solide c’est évidemment une stratégie de bon sens qui exclue au maximum l’émotionnel et que l’on peut répéter dans le temps.

Notre deuxième réflexion, c’est de penser que, dans tout investissement réussi, il existe une part de chance relativement importante car énormément d’éléments ne peuvent pas être maîtrisés. Chronologiquement, cela peut commencer quand on découvre la société…  Imaginons une journée de travail bien remplie à chercher les occasions. Une société qui semble intéressante est découverte dans les dix dernières minutes de la journée alors que, depuis une grosse demi-heure, la fatigue et une certaine lassitude nous suggéraient d’abandonner les recherches pour un dernier petit travail plus relaxant. La chance, c’est que l’on s’est dit sur le moment : « allez, encore une et puis j’arrête » au lieu de se dire : « c’est terminé pour aujourd’hui ».

Ensuite vient l’analyse de cette trouvaille… La décision d’investir ou pas se prend en général sur une accumulation de critères qui correspondent à ce que l’investisseur a définit dans sa stratégie. Une mauvaise nuit, un problème familial ou tout autre élément extérieur peut modifier votre perception de certains critères. En fait,  plus vous aurez de critères qualitatifs comme la qualité d’une direction, la qualité d’un produit, les bénéfices futurs, … plus vous serez influencés par de possibles éléments extérieurs qui viendront parasiter votre jugement. Vous devez donc avoir la chance de pouvoir vous concentrer pleinement sur le sujet pour le comprendre au mieux. Mais même avec une limpidité d’esprit optimum, tout investisseur sait qu’il a laissé derrière lui des zones d’ombres importantes.

Aucun investisseur lucide ne peux prétendre connaître l’activité d’une société dans ses moindres détails même après plusieurs jours d’analyse. Aucun investisseur sérieux ne peut affirmer que les points négatifs qu’il a relevés dans son analyse n’iront pas en s’aggravant. Aucun investisseur expérimenté ou pas ne peut prévoir à l’avance l’impact qu’aurait une détérioration économique globale sur l’activité de la société. Tous ces éléments tiennent du hasard et ne peuvent être gommés d’un investissement. Vous aurez donc compris que même en ayant pris toute vos précautions, vous vous contentez juste de provoquer la chance… pour réussir votre investissement.

La phase suivante c’est l’achat :  entre votre découverte de la société, votre analyse et votre achat, la société peut avoir perdu 4-5%… Vous avez donc la chance d’acheter à meilleur prix que la semaine précédente.

La phase de détention est psychologiquement rythmée par votre analyse et votre stratégie. Une nouvelle fois, plus vos critères sont qualitatifs, plus vous aurez émotionnellement difficile à résister à une baisse du cours, voire à résister à une plus ou moins longue stagnation du cours.

Nous pensons aussi qu’un investissement vraiment réussi est toujours régi par un événement imprévisible, l’entrée sur un nouveau marché, un nouveau contrat, une nouvelle technologie, une vente d’actif, une nouvelle direction… Des éléments qu’il est impossible de prendre en considération et donc qui tiennent de la chance, une fois de plus.

La dernière phase , la vente, peut aussi être chanceuse sur un tas de facteurs qui vous font gagner un peu plus que prévu.

Nous pensons donc pour conclure cette partie que ne pas vouloir admettre qu’il y a une part de chance dans tout investissement n’est pas réaliste. Etablir une stratégie sérieuse, pour permettre de provoquer la chance autant de fois que possible et le plus longtemps possible ne nous paraît pas le moins du monde honteux, au contraire ! C’est ce que nous faisons avec les Daubasses depuis fin 2008 et nous sommes bien décidés à poursuivre sur cette voie.

Nous pensons même que notre approche patrimoniale réduit le facteur chance au maximum en écartant toute projection future par exemple et d’un autre côté provoque aussi la chance au maximum par une belle diversification.

Même si nos lecteurs des premières heures connaissent sur le bout des doigts notre stratégie, voici un résumé synthétique de notre manière de provoquer la chance :

1° nos critères d’investissements avec des repères précis à l’achat et à la vente : marge de sécurité sur la valeur, solvabilité, collatéral tangible, valeur d’actif net tangible, …

2° nos analyses qui consistent principalement à débusquer les « entourloupes« , les points cachés qui n’apparaissent pas nécessairement dans les chiffres du bilan mais qui pourraient peser sur le valeur comme les litiges, les actions préférentielles mais aussi ce que nous appelons les possibles « cerises sur le gâteau » comme des grosses dépenses en R&D, une activité de niche, …

diversification… que nous considérons comme une seconde marge de sécurité, dans le sens où les probabilités sont plutôt avec nous que contre nous. Petit exemple ? Vous avez 30 sociétés en portefeuille. La probabilité d’avoir 30 faillites est plutôt mince mais d’un autre coté, si vous avez 5 sociétés qui multiplient leur cours par 5, le portefeuille peux supporter 20 faillites sans que vous ne perdiez le moindre centime d’euro.

4° l’équipe composée de 4 personnalités d’investisseur qui permet de prendre les décisions d’investissement avec une objectivité optimale et donc sans la moindre concession.

Pour conclure en paraphrasant Philip Fisher, il y a deux catégories d’investisseurs : ceux qui sont chanceux parce qu’ils sont capables de provoquer la chance sur la durée avec une stratégie de bon sens et  les autres qui sont chanceux quelques fois et malchanceux la plupart du temps parce qu’ils naviguent à vue, sans la moindre stratégie.

Nous supposons que Patrick Thénière et Rémy Morel voulaient mettre en garde les seconds pour leur éviter des désillusions.

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L’histoire de Lord Roger Tichborne ou comment se protéger des biais psychologiques

Sir Roger Tichborne était le neuvième homme le plus riche d’Angleterre.

En 1854, Sir Roger a été signalé comme disparu en mer. Sa mère refusait de croire que c’était son fils, celui qu’elle avait amoureusement élevé en France, qui était parti pour toujours… Elle continua à mener des enquêtes et à demander des nouvelles de son fils à qui voulait l’entendre.

Douze ans après la disparition de Sir Roger, il sembla que les prières de Lady Tichborne furent entendues. Elle reçut une lettre d’un avocat australien lui réclamant une indemnité pour avoir retrouvé son fils. La lettre expliquait qu’après son naufrage, Sir Roger avait finalement refait sa vie en Australie où il s’impliqua dans de nombreux business alors qu’il avait fait vœux de pauvreté pour avoir été miraculeusement rescapé. Malheureusement, les affaires ne fonctionnèrent pas aussi bien qu’espérées et il avait été trop gêné de contacter sa mère après ses mésaventures.

Cependant, il avait récemment remarqué qu’elle enquêtait sur sa disparition et il était désormais plein de remords de ne pas avoir donné de nouvelles depuis toutes ces années. La lettre concluait avec une demande d’envoi de fonds afin de payer les frais de voyages de Sir Roger, de sa femme et de ses enfants. Lady Tichborne fut ravie de recevoir ces nouvelles et envoya rapidement la somme demandée pour permettre à la famille de se réunir.

Quand Sir Roger arriva en Angleterre, il fut reçu par Lady Tichborne comme son fils disparu et lui versa une bourse annuelle de 1 000 livres sterlings.

Néanmoins, toute la famille Tichborne n’était pas convaincue que ce nouvel arrivant était réellement Sir Roger. Après tout, avaient-ils raisonné, Sir Roger avait été un homme agile d’une petite ossature, or le nouvel arrivant était incroyablement obèse. Même si les gens peuvent changer de poids, il est assez rare que leurs tatouages disparaissent – Sir Roger en avait, « le nouveau » aucun. Il n’est pas non plus facile de changer la couleur de ses yeux – sir Roger avait les yeux bleus, « le nouveau » les yeux marrons. Il était également plus grand d’un pouce (2,54 cm) que Sir Roger, ne parlait pas français – Sir Roger parlait français -, et avait une marque de naissance sur le torse que n’avait pas Sir Roger.

Comment fit lady Tichborne pour ignorer cette évidence ? Ce fut seulement après sa mort que la famille démontra au grand jour que cet australien était un imposteur. Il dut alors purger dix ans pour imposture et faux témoignage.

Tout investisseur devrait garder en mémoire cette histoire. C’est un exemple poussé à l’extrême de notre tendance à ne percevoir que les informations qui soutiennent nos hypothèses.

Comment l’équipe des Daubasses se protège du biais de confirmation ?

Tout d’abord, tout biais psychologique est fortement contrarié grâce à une chose : notre style d’investissement. En effet, notre approche patrimoniale est objective. Nous achetons des net-net, VANE, VANTRe et autres types de daubasses, uniquement quand les ratios – les chiffres – nous l’autorisent. Ce sont dans les statuts du club. Et pour la vente, idem, c’est automatique : dès que le cours d’un titre atteint la valeur des fonds propres tangibles, nous passons notre premier Stop Loss et nous le montons au fur et à mesure de la monté du titre jusqu’à exécution. Ainsi, aucun « avis » ou autre pollution subjective ne viennent entraver notre politique de gestion. C’est pourquoi, il y a peu de chances de s’enflammer sur un titre en appliquant nos règles à la lettre.

Ensuite, notre équipe est composée de quatre individus. Il est possible qu’un d’entre vous s’emballe pour une valeur et ne voit que des atouts… Pour un individu, c’est envisageable. Deux en même temps, c’est plus rare. Trois à la fois, quasiment impossible. Que tous les quatre nous soyons subjugués par les qualités d’un titre sans voir les réels problèmes, cela semble plus que compliqué. Nous faisons chacun nos devoirs et laissons parler les chiffres. Ce travail collaboratif en amont nous protège également d’un trop fort optimisme et nous permet de détecter les canards boiteux. Un bon exemple peut être le cas de Hallwood. Lors d’un premier coup d’œil, la société avait attiré l’œil de l’un d’entre nous : peu de dettes, du cash, de l’immobilier et de très gros profits ! Le tout sur un marché réglementé. D’autres membres de l’équipe font alors remarquer qu’à l’époque, avec une capitalisation de 32 M USD, la société avait en fait des litiges en cours qui pouvaient déboucler sur un montant global de plus de 200 M USD pour rupture de contrat, abus de confiance, négligences et déclarations trompeuses… entre autres. Nous avons donc passé notre chemin.

Enfin, quand bien même, nous serions unanimement convaincus par la décote et le potentiel exceptionnel d’un titre, nous serions limités dans notre achat encore une fois par notre approche normée. Nous ne pouvons pas investir massivement sur une seule et unique valeur car il est clairement stipulé dans nos statuts, que chaque titre, lors de son achat, ne peut représenter une part supérieure à 3,33% de l’ensemble du portefeuille. Nous ne pouvons donc tomber dans cette folie de « croire » en un titre, dans ses perspectives… et se retrouver finalement floués. Ou alors uniquement pour la quote-part investie. Cependant, du fait de notre sélection rigoureuse sur la solvabilité, nous n’avons jusqu’à présent jamais connu de faillite.

Nous ne croyons pas dans les sociétés dans lesquelles nous plaçons quelques billes… nous croyons uniquement dans la qualité des actifs (cash, immobilier, créances, …) détenus par ces sociétés. Nous pensons que Mr. le marché ne valorise ce patrimoine que pour une bouchée de pain, et que tôt ou tard, il finira par ouvrir les yeux. C’est bel et bien une aberration du marché qui explique cet écart entre prix (le montant qui est payé) et valeur (constitué par les actifs de l’entreprise nets de toutes dettes). Tant que le marché nous offrira de telles ristournes, nous sommes confiants dans notre capacité à réaliser une performance à long terme satisfaisante.

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Investisseur et oenologue : même combat !

Que ce soit pour les actions, et dans la vie en général, nous aimons en avoir pour notre argent : obtenir la crème de la crème. Or, il faut parfois sortir des sentiers battus pour dénicher le nec plus ultra !

Dans la distribution, il existe différents paliers… et à chaque palier, les prix sont non seulement différents, mais la qualité également.

Pour illustrer nos propos, prenons par exemple l’univers du vin. Le consommateur lambda achète souvent son précieux flacon au supermarché. C’est l’endroit le plus facile d’accès : on trouve un supermarché à peu près partout. La quantité disponible est abondante et les prix relativement raisonnables. Par contre, la grande distribution – comme son nom l’indique bien ! – est destinée à un large public. Vous aurez donc, certes un choix important dans les différentes régions françaises productrices de vin, mais au sein de celles-ci peu de choix dans les petites appellations. Nous entendons ici par petites appellations les vins produits en faible quantité. A ce niveau de distribution, nous sommes plus dans une logique de quantité que de qualité. Il faut garder en tête également que la grande distribution, pour référencer une bouteille de vin, doit avoir du volume pour alimenter toutes ses enseignes. Vous pouvez donc dire adieu à tous les producteurs qui ne font pas au minimum 2 millions de bouteilles par an (chiffre totalement hypothétique !). Pour résumer, on peut dire que le supermarché est davantage une affaire de prix que de qualité. Pour faire un parallèle avec l’investissement boursier, la grande surface peut être assimilée à la banque et le vin, le produit d’investissement, serait le fond géré par « la banque » (FCP, SICAV et autres produits financiers) : standardisé avec des performances médiocres, à de rares exceptions près.

Les plus fins palais se dirigeront eux vers leur caviste de quartier. Ce spécialiste du vin goûte et sélectionne ses bouteilles une à une. Il est en relation directe avec ses clients, il ne peut pas se permettre de les décevoir. De plus, il vous conseille par rapport à vos goûts, vos attentes en terme de prix ainsi que sur les accords mets et vin. Souvent, il n’a pas besoin d’écouler de gros volumes et n’est donc pas contraint quand au choix du vigneron par rapport aux volumes produits. Le hic (!) pour le consommateur est clairement le prix, mais la qualité est généralement au RDV. En effet, il faut rémunérer le caviste (salaire, bail, stockage, …) ce qui peut se ressentir sur le prix de la bouteille. Pour l’investisseur, l’image du caviste de quartier se rapproche du gérant de fonds indépendant. Il sélectionne les actions pour vous, a moins d’impératifs institutionnels que son homologue de grande banque qui gère des milliards et il a une philosophie de gestion propre dans laquelle l’investisseur peut se reconnaître dans l’approche. La confiance accordée au gérant procure à l’investisseur sérénité et satisfaction, mais a un prix : les frais de gestion.

Enfin, pour les plus avertis des amateurs de vins, nombreux sont ceux qui trifouillent dans les foires, expositions quelconques et qui vont directement faire des dégustations chez les vignerons dans la quête du Graal ! Certes, il faut être connaisseur, être au fait de ses attentes et besoins, et bien sûr, en avoir le temps. Pour les investisseurs en actions, on pourra faire la comparaison avec l’investisseur individuel qui sélectionne lui-même ses propres actions.

Nous pensons même, cher lecteur, qu’aller chercher son vin – ses actions – chez les petits producteurs, là où personne ne va, est le meilleur moyen de trouver un excellent rapport qualité-prix. Encore faut il que personne ne vous ait devancé, que magazines et « stars » du vin ne soient pas allés faire un tour avant vous chez ces vignerons.

C’est pourquoi, sur le marché action, nous pensons que les marchés libres – non réglementés – peuvent présenter les plus belles opportunités, car comme nous l’expliquions dans un précédent article lorsque par exemple des décotes apparaissent quand un titre passe d’un marché réglementé à un marché de gré à gré, ce peut être de formidables opportunités d’investissement . Il y a peu de concurrents : aucun (ou très peu de) gérant ou institutionnel quelconque ne viennent nous concurrencer quelque soient les affaires qui s’y présentent. Ce qui explique pourquoi il est possible de trouver sur les marchés non réglementés les plus belles décotes du marché boursier.

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Au pays de Mickey, Donald chasse la daubasse …

Il existe très peu de gérants de fonds qui, comme nous, pratiquent l’investissement « deep value ».  Nous vous avons déjà présenté Walter Schloss, notre père spirituel, mais Martin Whithman, Seth Klarman et Chris Browne pratiquent également, quoi que dans une moindre mesure, la chasse à la daubasse.

Un de nos amis de Valeur et Convictions nous a alors parlé d’un autre représentant de cette espèce rare : Donald Smith.

Il est le chef des investissements de Donald Smith & Co depuis 1980. Au cours de cette période, il a généré un rendement annuel moyen de 15,3 % (sur la même période, le S&P a généré un rendement dividendes inclus de 10,9 %) et, durant ces dix dernières années, un return de 12,1 % par an alors que le S&P perdait 0,4 % au cours de la même période.  Voilà une perf qui ferait des envieux !

Ceci dit, cher lecteur, vous savez que ce qui nous importe, ce n’est pas la performance en tant que telle mais bien la manière dont elle a été obtenue. Et celle de ce cher Donald a tout pour nous faire saliver …

Donald Smith fut lui aussi, comme tant d’autres, élève de Benjamin Graham. Et c’est en faisant un travail bénévole pour le maître qu’il eut une révélation : à une époque où les bases de données informatisées n’existaient pas, Ben Graham souhaitait faire une étude sur le rendement obtenus par un portefeuille d’actions à bas PER. Afin de calculer la rétro performance d’un tel portefeuille, il fit appel à des volontaires qui durent effectuer tous les calculs « à la main ».  Don Smith était un de ceux-là.  En effectuant ces calculs, il se rendit compte de la faiblesse de cette approche : des sociétés cycliques par exemple cotent à un per bas … lorsqu’elles sont en haut de cycles puisque c’est le moment où leurs bénéfices sont les plus importants.  Et cette approche pouvait amener les investisseurs à acheter à contre courant.  Lors de son premier emploi, il eut la possibilité d’utiliser enfin l’outil informatique pour réaliser quelques back test portant sur différentes approches et il lui apparut que l’achat en fonction de la valeur comptable était la meilleure ou, à tout le moins, celle qui alliait à la fois simplicité d’application et haut rendement.  C’est ainsi qu’il arrêta le grand principe de sa philosophie d’investissement, celui qui veut que « toutes les actions devraient se valoriser à un prix en fonction de leur valeur comptable ».

Avec les screeners, le travail de pré sélection est aujourd’hui plus facile mais il effectue, tout comme nous, ses modestes clones, divers redressements comme de tenir compte des dilutions potentielles ou, au contraire, de ne pas tenir compte des goodwill. Ce genre de travail est plus fastidieux et la majorité des investisseurs ne le font pas. Il privilégie aussi les sociétés qui ont une valeur de mise en liquidation supérieure à la valeur comptable, celle qui présente « une cerise sur le gâteau » en quelque sorte.

Il évite les sociétés à franchise évidente  parce qu’il pense qu’une franchise évidente se paie cher et peut tout de même disparaître avec le temps. Il ne voit d’ailleurs que Coca Cola qui ait réussi à maintenir sa franchise sur une très longue période. D’ailleurs, une bonne part  des sociétés qu’il acquiert disposent effectivement de franchise comme leur fichier de clients ou leur savoir faire mais celle-ci est moins évidente et, dans le cadre de son approche, gratuite.

Donald Smith apprécie aussi l’avantage concurrentiel que son approche lui procure : peu de gestionnaires de portefeuille la pratiquent et cela lui permet de détecter les plus belles inefficiences du marché.

Son équipe de gestion est composée d’analystes spécialisés par secteur. L’analyste de chaque secteur propose ses meilleures opportunités à Smith et, s’il les trouve intéressantes, elles sont discutées collégialement en réunion de direction.

La qualité de la direction de ses cibles n’est pas un critère important pour lui et la volatilité ne l’inquiète guère : ce qui compte, ce sont les perspectives à long terme et le fait de disposer d’un actif qui protège l’investissement en cas de « coup dur ».

C’est la raison pour laquelle il a très bien vécu les années 98 et 99 au cours desquelles il a sous-performé le marché.

En réalité, il estime que son approche lui permet réellement d’acheter des secteurs entiers quand ils sont bons marchés comme par exemple les big caps au début des années 80, l’industrie métallurgique fin des années 90 ou les producteurs d’énergie (pétrole, charbon ou gaz) il y a six ou sept ans.

Il estime aussi que son approche bottom up lui permet aussi de prévoir certains accidents macro économiques comme il y a trois ans quand il a constaté les valorisations excessives des entreprises de construction ainsi que leur endettement de plus en plus important.

Ne voyez-vous pas, cher lecteur, beaucoup de similitudes avec vos serviteurs des daubasses ?

Quelques différences tout de même :

En général, Smith vend ses sociétés à un prix équivalent à deux fois son actif tangible (là où nous nous contentons d’une seule fois), il travaille sans stop loss et accorde une certaine importance à la capacité bénéficiaire de la société : contrairement à nous, il préfère, si possible,  que la valeur de l’entreprise augmente par ses propres profits plutôt que par le fait qu’un concurrent la rachète.

Ceci dit, bien que notre approche soit similaire à celle de « Donald Daubasse », nous n’avons, en examinant son portefeuille, découvert qu’une seule société que nous détenons également : il s’agit, pour nos abonnés, de la daubasse masquées n°12.

Comme quoi, des méthodes d’investissement très proches peuvent très bien aboutir à des portefeuilles très différents.

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Question des lecteurs : Votre portefeuille vient de connaître cinq mois de sous performance. Ca doit vous foutre les boules non ?

Cette question nous est souvent posée ces derniers temps par bon nombre d’entre vous.

Nous allons tenter d’y répondre, cher lecteur, par une autre question : que pensez-vous d’un fonds qui, depuis sa création il y a 12 ans, présente un écart type annuel presque deux fois plus élevé que celui de son indice de référence et qui, surtout, a sous performé son indice de référence une année sur deux ?

Pas grand-chose de bien probablement …

Nous allons à présent vous présenter un petit tableau comparatif des performances de ce fonds « mystère » et celle du S&P 500 dividendes inclus.

Années S&P 500 fonds mystère
1998 28,58% 3,50%
1999 21,04% 8,50%
2000 -9,10% 53,80%
2001 -11,89% 47,60%
2002 -22,10% -17,70%
2003 28,68% 66,40%
2004 10,88% 12,20%
2005 4,91% 25,30%
2006 15,79% 14,90%
2007 5,49% 79,40%
2008 -37% -48,20%
2009 26,46% 10,40%
30/09/2010 5,99% -4,90%

 

En réalité, ce fonds, c’est le CGM Focus, géré par l’excellent Kenneth Heebner.  Ce fonds a procuré à ses détenteurs, depuis début 1998 une rentabilité de plus  de 450 % alors que dans le même temps, le S&P 500, dividendes inclus, générait un rendement de 50 % ! 

Certes, les unités de temps ne sont pas identiques mais nous constatons que, tout comme CGM Focus, nous avons sous performé notre indice de référence (le tracker MSCI World dividendes inclus) 6 mois sur 10 au cours de cette année … mais ces sous performances périodiques ne nous ont pas empêché de surperformer globalement en 2010 ce même indice d’une vingtaine de pourcents.

Comparaison n’est pas raison mais cet exemple nous semble assez percutant sur la manière dont nous envisageons l’investissement en actions : ce qui compte, c’est le rendement final obtenu à notre horizon d’investissement et nous souhaitons effectivement, comme tout investisseur rationnel, qu’il soit le plus élevé possible.

Que pour y parvenir nous devions supporter une volatilité élevée ou même de longues périodes de sous performances nous importe peu : la conviction que nous avons en notre approche est bien plus importante et nous estimons toujours que sur une longue période, nous continuerons à surperformer Mr Market.

Le CGM Focus présente actuellement un en-cours de 2,7 millards de dollars et Ken Heebner parvient à assumer parfaitement le terrible impératif institutionnel auquel il doit être soumis par les multiples détenteurs de parts lors de ces nombreuses années de sous performance. Pourquoi, dans ce cas, les joyeux boursicoteurs que nous sommes devraient, pour leurs menues économies personnelles, « avoir les boules » pour quelques mois de moindre rendement ?

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Question des lecteurs : « Si vous avez généré un si gros rendement, c’est parce que vous avez pris beaucoup de risques, non ? »

 

Cette question ou plutôt cette affirmation, nous l’avons souvent lue que ce soit dans les mails que nos fidèles lecteurs/abonnés nous adressent ou sur différents forums boursiers.

Effectivement, « l’acceptation populaire » veut que « risque élevé » et « rendement élevé » aillent de paire et que pour obtenir le second, il est nécessaire de passer par le premier.

Nous trouvons ce raisonnement bizarre car, si on prend beaucoup de risques, on augmente donc les « chances » de perdre et où se situe le rendement élevé dans ce cas ?

Pas question pour nous donc de prendre des risques inconsidérés avec nos précieuses économies.

C’est pourquoi, dans nos approches de l’investissement quelle qu’elles soient, nous veillons à appliquer les deux règles fondamentales  de Warren Buffett : « ne pas perdre de l’argent » et « ne jamais oublier cette règle ».

Dans nos investissements en daubasses, nous pensons que, plus que jamais, nous mettons ces règles en pratique et ce, pour trois raisons :

–         la première, c’est que, volontairement, nous conservons un portefeuille diversifié : nous détiendrons, si nous sommes « full invest » toujours au moins 30 lignes différentes.  C’est inscrit dans les statuts de notre club et nous le pratiquons aussi pour nos propres portefeuilles.  Nous avons déjà expliqué  les raisons de cette diversification.

–         la deuxième, c’est la sous évaluation même de nos sociétés et l’importance de la marge de sécurité que nous prenons par rapport au collatéral représenté par les actifs tangibles de la société.  Dans cet article, Loïc Abadie se base sur la valeur de l’actif tangible des sociétés composant le CAC 40 pour déterminer, selon lui, un potentiel de baisse maximum en cas de très gros crash.  Ce seuil se situe 75 % sous son niveau actuel !

Fidèles à notre philosophie, nous ne présageons en rien la survenue d’un tel évènement … ni même sa « non survenue » : vous nous connaissez, cher lecteur, tirer des conclusions correctes d’éléments macro économiques est hors de nos compétences. 

Cependant, nous aimons imaginer ce qu’il pourra survenir à nos précieuses économies si le « pire » survenait.  Nous nous sommes donc livrés au petit exercice suivant : envisager un scénario aussi noir que celui présenté par notre confrère et son impact sur notre portefeuille.  Nous sommes donc parti des hypothèses suivantes : en cas de grave crise déflationiste,

  1. Les actions de notre portefeuille coteront à un ratio cours/valeur d’actif net tangible de 0,80.
  2. Bien que nous ne détenions aucune banque, nous prenons comme postulat que la valeur d’actif net tangible de nos sociétés diminuera en moyenne de 30 %.

 

Dans ce cas extrême, la valeur de notre portefeuille sera de 120 680 euros soit … une augmentation de 42 % par rapport à sa valeur marchande actuelle.  Vivement ce gros crash ! 🙂

Certes, les sociétés composant le CAC 40 génèrent des flux de trésorerie bien plus importants que « nos » sociétés et ceci peut justifier une différence de valorisation.  Néanmoins  nous pouvons dire que nous détenons bien plus d’actifs bien tangibles en garantie de notre investissement que si nous avions composé notre portefeuille avec les sociétés du CAC 40.

–         le troisième point qui nous permet de dire que notre approche est prudente et tout-à-fait dans l’optique du « bon père de famille », c’est le fait que nous éliminions toute société trop endettée. Comme vous le savez, pour être « éligible à l’AOC daubasse », une société doit satisfaire un critère de solvabilité assez strict : nous éliminons toute entreprise présentant un ratio inférieur à 40 %. Mais il y a mieux : nous avons calculé le ratio de solvabilité global de notre portefeuille et l’avons comparé avec celui de l’ensemble des sociétés du CAC 40.

Le CAC 40 présente un ratio de solvabilité de 34,52 % sur base des comptes arrêtés au 31/12/2009. Evidemment, il est composé de banques et d’assureur qui, traditionnellement et en raison même de la nature de leurs activités, présentent une solvabilité inférieure aux autres sociétés. Nous avons donc amputé le CAC 40 des banques et de la compagnie d’assurance qui le compose et recalculé sa solvabilité globale et avons obtenu et retenu le chiffre de 40,61 %.

Et notre portefeuille de daubasses ? Pas terrible allez-vous penser ? Et bien sa solvabilité s’élève à 79,4 % … presque le double de celle du CAC 40.

Après cette petite démonstration, pensez-vous encore, cher lecteur, que risque et performance sont indissociables en investissement ?

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L’investissement focalisé ? Pas pour nous …

De nombreux investisseurs, des maîtres à penser de l’investissement « value », sont des adeptes des portefeuilles focalisés. On peut citer des noms aussi connus que Keynes, Charlie Munger, Lou Simpson, Phil Fischer et bien entendu Warren Buffet.

Pour en revenir à ce dernier, sachez qu’il a fait de très belles performances dans les années 80-90 avec un portefeuille qui n’a jamais compté plus de 10 titres.

Vous trouverez ci-dessous un tableau récapitulatif de ses meilleures années et du nombre d’actions qu’il détenait :

Année Performance Nombre de titres
1988 11,9% 5
1989 53,1% 5
1990 2,7% 6
1991 55,5% 7
1992 24,2% 8
1993 11,7% 8
1994 15,3% 10
1995 43,6% 8
1996 37,5% 8
1997 38,5% 8

 

Comme le disait l’économiste Keynes qui était aussi un brillant investisseur : « c’est une erreur de penser qu’on limite ses risques si on s’étend sur trop d’entreprises que l’on ne connaît pas bien et en lesquelles on ne peut pas réellement avoir confiance… La connaissance et l’expérience que l’on peut avoir sont forcément limitées et il est rare qu’il y ait à un moment donné plus de deux ou trois entreprises dans lesquelles je me sente capable de placer toute ma confiance ».

Si vous voulez plus de détails et d’anecdotes croustillantes, nous vous recommandons la lecture de Le portefeuille de Warren Buffett dans lequel Robert Hagstrom démontre avec brio les avantages de l’investissement focalisés.

Comment se fait-il que le portefeuille des daubasses , qui se veut « deep value », ne réponde pas à ce critère ?

La raison est simple. Même si nous tendons à minimiser tout risque avec notre filtre rédhibitoire sur notre ratio de solvabilité qui doit être au minimum de 40% et que nous n’ayons pour l’instant jamais connu de cas de perte totale, ce risque reste évidemment possible.

Nous nous appuyons sur une étude de l’ex analyste star de la Société Générale James Montier publiée en septembre 2008, dans laquelle il met le doigt sur le principal risque de l’investissement dans les net-nets chères à Benjamin Graham : la perte de capital permanente, soit la faillite de l’entreprise (dans le sens où elle est non voulue mais subie du fait de la structure financière dégradée de l’entreprise). Sur le graphique ci-dessous, vous constatez que les net-nets ont un risque plus que double (5%) de connaître une issue malheureuse par rapport à l’ensemble des autres actions (2%).

 

C’est pourquoi il nous semble essentiel de diversifier notre portefeuille de Daubasses. Car en bonnes Daubasses qu’elles sont, une mauvaise surprise de ce genre est possible. Nous avions répondu à un lecteur en juillet 2009  que la diversification nous protégeait de nos éventuelles erreurs d’appréciations.

Pour l’instant, même si certains de nos investissements n’ont pas toujours bien tourné, aucune faillite pure et simple n’est à déclarer au sein de notre portefeuille.

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Question des lecteurs : Ne serait-il pas judicieux de conseiller à vos lecteurs d’attendre de nouveaux points bas avant de nouvelles entrées ?

Nous copions ci-dessous la question que nous a posée par mail l’un de nos abonnés et ensuite, la réponse que nous tentons d’apporter.

« Bonjour,

 Je suis un fervent adepte de votre approche sur le fond, mais j’aimerai vous challenger sur quelques points :

 Nous sommes en période de forte volatilité depuis 2008. Vous avez constitué bon nombre de lignes de votre portefeuille sur une période où les cours ont été bas de oct 2008 à mars 2009.

 Vous avez tiré les bénéfices de ces entrées sur le dernier trimestre 2009 et le premier 2010. Quand on regarde vos lignes depuis le T2 2010, on s’aperçoit que les performances sont faibles voire négatives… normal le marché est en train de se retourner.

 Etes-vous en mesure de produire la rentabilité de votre portefeuille hors acquisition faites sur les points bas ?

 Ne serait-il pas judicieux de conseiller à vos fervents lecteurs d’attendre de nouveaux points bas avant de nouvelles entrées ?

 De mon point de vue, il est dangereux actuellement d’entrer en actions…

 Cordialement »

Tout d’abord un rappel de routine mais qui répond à votre dernière question : nous disons ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons mais ne disons pas ce que vous devez faire et, quoi que nous pensions, nous ne conseillerons jamais à personne de rester à l’écart des actions… ni  d’y investir d’ailleurs.

Nous sommes évidemment entièrement d’accord avec vous : il est préférable d’investir sur « des points bas ». On peut même dire qu’il s’agit d’un truisme.

Le problème, c’est de le trouver ce fameux « point bas » : y sommes-nous à l’instant où nous écrivons ces lignes ? Le trouverons-nous dans une semaine, trois ans, dix ans ? Pour notre part, vous connaissez notre philosophie d’investissement : nous investissons dans des supports sous évalués et nous abstenons dans le cas contraire. Nous avons souvent insisté sur le fait que nous sommes incapables de prédire le sens du marché.

Il y a évidemment des périodes au cours desquelles nous avons sous-performé le marché. Il y en aura d’autres et elles pourraient même durer très longtemps. Mais nous sommes persuadés qu’à long terme, notre approche nous permettra de générer des rendements supérieurs et appréciables.

A notre connaissance, il n’existe aucun investisseur capable de surperformance chaque trimestre pendant une longue période… sauf peut-être un certain Madoff . C’est d’autant plus vrai pour nous que, volontairement, pour le portefeuille du club, nous n’utilisons aucun instrument de couverture.

D’ailleurs, nous avons déjà exposé notre avis sur la volatilité : ce qui importe pour nous, c’est le résultat final obtenu par notre investissement.  Que pour y parvenir, nous devions passer par une case -50% ou -60% importe peu… si la rentabilité finale est au rendez-vous.

Rappelons aussi que nous n’avons pas investi « au plus bas » (le portefeuille a été initié le 24/11/2008 et le plus bas du S&P 500 s’est situé 21 % plus bas et 3 mois et demi plus tard) mais bien « à une période où il était possible de trouver un grand nombre d’actions sous évaluées ».  Aujourd’hui, leur nombre s’est raréfié (mais il y en a toujours et la plupart des sociétés qui composent notre portefeuille répondent à cette définition) et nos lecteurs/abonnés peuvent constater que nous diversifions nos supports d’investissement non plus en achetant des sociétés sous évaluées mais bien en vendant des assurances sur des sociétés sous évaluées (nous pouvons vendre ces assurances assez cher grâce à la volatilité actuelle, plutôt élevée).

Sur le fait de rester à l’écart des marchés, nous vous renvoyons aussi à cet article qui expliquait la manière dont nous raisonnons.

Nous voudrions néanmoins attirer l’attention de nos lecteurs sur les dettes des états, problème bien réel et conséquent s’il en est. Couplé au vieillissement de la population occidentale, il est certain que ce phénomène aura une incidence sur l’évolution future des marchés. La grande question est évidemment : laquelle ?

Comme vous le savez, nous estimons que ces considérations macro économiques sortent largement de notre cercle de compétence. Des investisseurs et économistes bien plus compétents que nous divergent d’ailleurs sur les conclusions à tirer de la situation actuelle : certains parlent de déflation, d’autres d’hyper inflation ou de stagflation. Il y en a qui préconisent de rester totalement liquide, d’autres d’acheter massivement des matières premières et nous en avons même lus récemment qui étaient partisans d’un investissement massif en actions. Et chacun avance des arguments qui, pris individuellement, tiennent parfaitement la route.

Pour illustrer toute la difficulté de prendre les bonnes décisions en fonction des prévisions macro économiques, nous retranscrivons ici une  petite devinette posée par Pirtroll, un forumeur de Boursorama.

«J’étais à une présentation de sicav ce midi par un gérant très connu, qui nous a proposé une tite devinette.

3 Pays : France, Chine, Suisse.

3 taux de croissance sur 17 ans : 10%/ 1,7%/1,4%.

3 perfs de placements pour un boursicoteur qui aurait investi il y a 17 ans dans chacun de ces pays, sur l’indice du pays : + de 200%, 111% et -35%

Reliez chaque pays à son taux de croissance, et au taux de PV du boursicoteur investisseur. »

……….

Et la réponse est :

« Suisse : 1,4% de croissance, +200% en bourse.

France : +1,7%, +111% bourse

Chine : 10% de croissance annuelle, -35% en bourse en 17 ans. »

Cet exemple est  bien la démonstration éclatante, selon nous,  de la problématique que nous venons d’exposer : celui qui aurait pronostiqué le taux de croissance exact de chacun de ces pays aurait-il, malgré tout, investit sur le pays présentant la plus faible croissance alors qu’il s’agit aussi de celui qui a  généré le meilleur rendement boursier ?

Face à ces divergences, nous nous en tenons à ce que nous savons faire : acheter des supports sous évalués (parmi ceux sur lesquels nous sommes capables de mettre une valeur) et ne rien acheter si nous ne trouvons rien.

Tout ceci est évidemment notre opinion et la vôtre vaut largement la nôtre : peut-être d’ailleurs avez-vous raison au sujet de la « dangerosité des actions ». Pour notre part, nous maintenons que nous n’ avons aucun avis sur le sujet…