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A vous la parole : Weight Watchers

Dans cette rubrique, nous vous laissons la parole, à vous, ami(e) lecteur(trice). Cette rubrique est la vôtre : n’hésitez pas à nous proposer des textes de votre choix traitant de l’investissement au sens large.

Aujourd’hui, c’est notre ami Tanguy qui prend la plume.

Chers lecteurs,

Tout d’abord je voudrais remercier l’équipe des Daubasses de me faire confiance pour publier cet article. Je suis investisseur et auteur du blog Investir et devenir libre. Et comme vous lecteur de ce blog (et abonné aux bons conseils de la newsletter).Je ne suis pas un spécialiste des mégots de cigares, pour cela je fais confiance au blog des Daubasses, j’ai un univers d’investissement plus large (immobilier aux USA, matières premières mais aussi les actions bien sûr). Je recherche surtout des situations spéciales où des actifs sont sous-valorisés par le marché. Mes mentors en la matière sont Jim Rogers, Warren Buffett et Peter Lynch (autant prendre ce qu’il y a de meilleur n’est-ce pas ?).

acheter des actions weight watchersAujourd’hui, je voudrais partager une analyse d’une société en retournement que Mr le Marché a décidé de solder : il s’agit de Weight Watchers. Quelle est la situation et peut-il s’agir d’un investissement ?



Thèse d’investissement:

  • L’obésité est devenu le problème de santé numéro 1 aux USA et il existe une opportunité de croissance non exploitée en vendant le programme Weight Watchers auprès des entreprises
  • Un plan de transformation est en cours, mené par un management renouvelé
  • Un plan de réduction des coûts a été mis en place qui a déjà permis de faire plus de 50 millions de dollars d’économies
  • La priorité financière est de rembourser la dette (le dividende a été suspendu)

=> L’objectif est donc de jouer la capacité du management à redresser la société,


Présentation de Weight Watchers

Les points forts de la société

  • Weight Watchers est le premier programme de perte de poids mondial, cliniquement prouvé.
  • La marque est forte (la société existe depuis 50 ans) et appréciée.
  • La  mission de l’entreprise est claire.
  • Les profits sont stables dans le temps, avec un niveau de marge opérationnelle >25% (ils ont peu baissé lors de la crise de 2008/09).

Les points faibles de la société

  • Depuis 2013, les ventes sont en baisse, face à la concurrence d’alternatives comme des applications mobiles gratuites.
  • Les  coûts ont dérapé dans le passé, en particuliers les frais généraux.
  • Le précédent management a fortement endetté la société avec une programme de rachat d’actions de 1,5 milliards de dollars.


L’action est-elle à un prix intéressant ?

L’action a perdu près de 40% en 2013. Les craintes sur le ralentissement des ventes ont littéralement envoyé l’action au tapis car la dette de la société est importante. De plus la société a annoncé la suspension de son dividende le 30 octobre 2013.

  • Prix de l’action: 32$
  • Capitalisation boursière : 1,82 milliards de dollars
  • P/E: 7,9
  • Marge opérationnelle : 28% (sur les 9 premiers mois de 2013)
  • Dette : 2,3 milliards de dollars (300 millions payables en 2016 et 2 milliards en 2020)
  • Free cash-flow: 301 millions de dollars (sur les 9 premiers mois de 2013)

Malgré le poids de sa dette et l’érosion des ventes en 2013, on voit que la société continue à afficher une excellente marge opérationnelle et un cash-flow important. Historiquement, l’action se traitait avec un PE supérieur à 15 et elle est maintenant à quasiment la moitié de cela. C’est ce qu’illustre le graphique ci-dessous: en vert l’évolution du prix de l’action et en bleu la ligne de profits multipliés par 15 (comme le PE)

investir sur base de l'actualisation des free cash flow futurs

 

La société risque-t-elle de faire faillite ?

il existe 2 échéances de dettes.

  • 300 millions payables en 2016. Avec un free cash-flow de près de 400 millions de dollars par an et 180 millions de dollars de cash au 28 septembre 2013, cette échéance ne devrait pas poser de problème.
  • Ce qui est plus risqué, c’est la grosse échéance de 2 milliards payables en 2020. Si on table sur un cash-flow de 400 millions de dollars par an, il faudra allouer la totalité du cash générée pendant 5 exercices. Cela ne parait pas vraiment réaliste, il faudra donc surement rééchelonner  la dette mais si la profitabilité de Weight Watchers reste solide (ce que je  crois), cela ne devrait pas poser de problème. Néanmoins, la notation de  la dette a été abaissée par les agences de notations. Depuis mars 20123, Standard & Poors note BB-, c’est à dire dans la catégorie « Spéculative ».

Est ce que des « insiders » achètent ?

Il est toujours intéressant de regarder ce que font les « pros ». Et il est rassurant de savoir que plus intelligent que soi monte dans le bateau. En 2013, l’investisseur Joel Greenblat, du fonds Gotham Capital, s’est régulièrement renforcé. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais il est connu aux Etats-Unis pour son best-seller Le petit livre pour battre le marché. Il cherche à investir dans des sociétés de qualités, en proie à une désaffection du marché, et qui sont en redressement.

Par contre je n’ai pas vu d’achats de la part du management.

En conclusion, je pense qu’il s’agit d’un pari risqué à cause de la dette mais que la société a des atouts solides. 

Le business est toujours rentable, avec un bon « moat ». Le marché est toujours porteur et le management semble à même de redynamiser l’entreprise. A posteriori, le programme de rachat d’actions 1.5 milliards de dollars (à un prix de $82 par action) apparaît comme une magistrale erreur ! Il faudra être patient car le management n’annonce pas d’amélioration significative avant 2015, mais si le plan de transformation délivre ses résultats, l’action devrait bien performer.
Si par contre le plan de redressement ne fonctionne pas, alors la possibilité de revalorisation serait inexistante.

NB : je ne possède pas d’actions Weight Watchers à ce jour mais cela peut changer.

 

L’auteur

Je suis Tanguy Caradec, j’ai 35 ans et dans la vie je suis un passionné de l’investissement, curieux du fonctionnement de notre monde moderne. A l’âge de 16 ans, j’ouvre mon premier PEA. Après le krack de 2000, je perds une grande partie de mes économies. Je décide d’apprendre à investir et à force de lire, je finis par comprendre plusieurs lecons essentielles pour réussir. J’ai diversifié mes investissements avec l’immobilier, l’or, les matières premières et je peux envisager à présent de devenir libre financièrement sans travailler jusqu’à 65 ans. Mon objectif est de continuer à développer mon patrimoine ainsi que de partager mon expérience pour vous aider à vous aussi investir et devenir libre.

 

A vous la parole : « Mon tout premier résultat en Bourse »

Dans cette rubrique, nous vous laissons la parole, à vous, ami(e) lecteur(trice). Cette rubrique est la vôtre : n’hésitez pas à nous proposer des textes de votre choix traitant de l’investissement au sens large.

Aujourd’hui, c’est notre ami Anatole qui prend la parole … ou plutôt la plume.

Dans cet article j’explique comment j’ai atteint mon tout premier résultat en bourse grâce aux Daubasses et l’investissement dans la valeur.

Je m’appelle Anatole Liovine et je suis auteur-comédien. Quelques lignes plus loin j’expliquerai comment je suis arrivé à investir en bourse mais d’abord j’aimerais expliquer d’où je viens.

J’habite en Belgique mais je suis originaire de Russie. Je suis venu avec ma mère et mon frère et ensemble nous avons introduit une demande d’asile. On n’avait pas le droit de travailler ce qui fait qu’on devait se contenter du minimum pour vivre.

Autant dire que l’argent était un sujet compliqué, plus ou moins le 8 de chaque début du mois ma mère annonçait à mon frère et moi qu’il ne fallait plus faire d’achats car il ne restait plus que l’argent pour manger et payer les factures.

Ensuite nous avons été régularisés et peu de temps après mes passions qui sont l’écriture et le théâtre sont devenus mon métier. Je me suis fait le porte-parole de ceux qui n’ont pas de voix et je m’inspire du monde de la pauvreté que j’ai connu de très près pour faire de la création artistique.

Dès que j’ai commencé à travailler il s’est passé un phénomène très intéressant et qui est à l’origine de mon grand intérêt envers l’intelligence financière. Je me suis rendu compte que je n’avais pas besoin de beaucoup d’argent pour vivre.

Tout ce que je me suis permis c’est de m’acheter une voiture et de louer un appartement. Je me suis tellement habitué à vivre avec très peu que mon salaire me suffit amplement.

Je n’ai pas du tout senti l’effet de la crise. Normal, puisque j’ai commencé à travailler en août 2008 et je n’ai jamais eu autant d’argent entre mes mains.

Il était évident pour moi que la seule chose sensée était de commencer à investir cet argent. Je n’avais pas assez de moyens ni de connaissances pour me lancer dans l’immobilier ni pour ouvrir une entreprise, la bourse m’a semblé être une bonne solution.

Le seul problème ce que je n’y connaissais rien non plus et dans mon entourage la bourse était la source de tous les maux, responsable de la mauvaise situation dans laquelle elle a plongé énormément de monde.

J’ai lu Peter Lynch et j’ai commencé à comprendre à quel point ma représentation du monde boursier était erronée. « Et si vous en saviez assez pour gagner en Bourse » était mon premier livre sur le sujet.

Je suis ensuite tombé sur une formation vidéo de Cédric Annicette qui s’appelle « Toucher des dividendes », c’est une méthode qui se concentre sur les entreprises qui versent un gros dividende et qui présentent des bons résultats sur du long terme. C’est dans cette formation que j’ai fait la connaissance du bilan annuel et du compte de résultat.

Je me suis dit qu’il doit avoir un moyen d’utiliser tous ces chiffres à mon avantage. Parmi tous les livres sur l’analyse fondamentale j’ai choisi « Investir dans la valeur : De Benjamin Graham à Warren Buffett et au-delà » de Bruce Greenwald. Mais il m’a semblé trop complexe à mon goût et j’ai abandonné l’idée d’investir croyant que ce n’était pas pour moi. Mon argent est resté sur mon compte d’épargne et perdait de sa valeur au fil du temps.

Puis j’ai lu Julien Delagrandanne « Investir en bourse : styles gagnants, styles perdants« . Conclusion : l’investissement dans la valeur est une des 2 meilleures techniques en bourse.

Dans ce livre, l’auteur parle du blog des Daubasses ainsi que de la confiance qu’il leur accorde. A ce moment là, j’avais déjà dévoré quelques articles des Daubasses en faisant des recherches et c’est comme cela qu’en juin 2013 je suis devenu client sur ce site.

Tout a bien démarré jusqu’à ce que l’un des titres du portefeuille perde, d’une manière tout à fait imprévisible, plus de 50 % de sa valeur, emportant tous les bénéfices que j’avais (ndlr : il s’agit de Plaza Center). Mais à ce moment là j’étais déjà un investisseur dans la valeur convaincu. Et au lieu de tout vendre et se dire que cette philosophie est fausse je me suis dit qu’il fallait continuer à y croire.

Le premier résultat ne s’est pas fait attendre. Pendant ma semaine de congé de fin d’année, l’un des titres s’est envolé me rapportant un mois de mon salaire comme plus-value (ndlr : il s’agit d’Infosonic). Je suis maintenant non seulement un investisseur dans la valeur convaincu mais un investisseur qui a un résultat, des preuves que cette philosophie fonctionne.

Cela s’est passé très vite à un moment où je ne m’y attendais pas. C’est mon tout premier gain et cela m’encourage très fort pour l’avenir.

Bravo pour votre projet les Daubasses !

J’ai tenu absolument à témoigner, c’est la seule manière que j’ai trouvé pour remercier cette équipe pour leur travail de qualité.

Maintenant je sais que j’ai fait un bon choix en devenant membre du blog des Daubasses. Je conseillerais à faire de même à tous ceux qui hésitent encore à franchir le pas.

Anatole Liovine

Je raconte ce qui m’a permis de sortir de la pauvreté sur mon blog

 

Question des lecteurs … ou plutôt supposition de Serge : « Je suis presque sûr que c’est ce principe de « retour vers la moyenne » qui vous crée historiquement pas mal de baggers ? »

Suite à l’article estival dans lequel nous vous présentions une étude des chercheurs Fama et French dans laquelle ils démontraient qu’une société qui réalise des rendements sur capitaux supérieurs à ceux de ses concurrents aura tendance, à terme, à voir sa rentabilité diminuer pour revenir à la moyenne, notre ami Serge postait le commentaire suivant :

« Je suis presque sûr que c’est aussi ce principe de « retour vers la moyenne en partant du bas » (ou à une situation moins catastrophique à défaut de moyenne) qui vous crée historiquement pas mal de baggers, n’est-ce pas ? »

Souvent, des lecteurs incrédules nous interpellent en expliquant qu’ils ne comprennent pas comment on peut gagner de l’argent en achetant des sociétés qui en perdent.

Et nous répondons qu’il existe bien des manière d’obtenir un bon prix de nos sociétés, que la plupart d’entre elles valent plus « mortes que vives » et que le catalyseur à une hausse peut tout aussi bien être une OPA lancée par un concurrent, une mise en liquidation volontaire ou une innovation technologique qui booste le cours.

Dans notre esprit d’ailleurs, les principaux catalyseurs à une hausse sont d’ailleurs à rechercher de ce côté plutôt que de celui d’un retour aux bénéfices.

Le commentaire de Serge nous a cependant interpelés et nous avons décidé de nous pencher sur les évènements qui, pour le portefeuille de notre club, ont permis la réalisation de « bagger ».

Rappelons tout d’abord ce qu’est un « bagger ». Il s’agit d’une expression empruntée à Peter Lynch qui parlait de 10-baggers à propos d’actions qui avaient vu leur prix d’achat multipliés par 10. Cette expression vient du base-ball pour lequel on utilise parfois l’expression « bags » lorsqu’un joueur remporte une « base ».

Depuis la création de notre club il y a maintenant presque 5 ans à ce jour, nous avons connu 34 baggers, c’est-à-dire 34 sociétés que nous avons pu revendre pour au moins le double de notre coût d’achat en tenant compte du change et des frais de courtage.

Dans le tableau ci-dessous, vous pourrez trouver le détail de ces baggers avec, en dernière colonne, le catalyseur ayant permis la remontée du cours (vous pouvez par ailleurs cliquer sur la société pour (re)lire son histoire).

Nous avons relevé 5 types de catalyseurs :

RM : pour Retour à la Moyenne. Il peut s’agir soit d’une amélioration du bénéfice, d’un simple retour à la rentabilité ou même, de pertes moins mauvaises que prévu.

IT : Pour Innovation Technologique. Il s’agit d’une découverte technologique ou médicale qui n’a pas nécessairement généré de la rentabilité au moment du « boost » du cours mais pour laquelle le marché envisageait un avenir prometteur.

OPA : Pour Offre Publique d’Achat. Mais il peut s’agit aussi d’une offre de retrait des actionnaires majoritaire ou d’une fusion avec une autre société.

MLV : Pour Mise en Liquidation Volontaire. L’exemple parfait d’une société qui vaut plus « morte que vive » et pour laquelle les actionnaires ont estimé qu’il valait mieux « arrêter les frais », vendre les actifs, rembourser les dettes et empocher le surplus.

RL : Pour Résolution d’un Litige. Le cours de la société était mis sous pression en raison d’un litige juridique ou fiscal et la résolution de celui-ci au profit de la société a permis au cours de s’envoler.

 

Netlist

1394,17%

IT
Value   Vision Media

644,10%

?
Barrat   Development PLC

528,32%

RM
Westell   Technolgies

473,59%

RM
Axcelis   Technologies

439,46%

IT
Medialink Wolrdwide

394,07%

OPA
RCM   Technologies

386,62%

OPA
Eon   Communication

346,65%

RM
Telestone   Technologies

338,54%

RM
Radient   Pharma

332,46%

IT
Nucryst   Pharmaceutical

331,67%

OPA
Nu   Horizon Electronic

301,28%

OPA
Zhone   Technologies

299,68%

RM
WPT   Entreprise

297,91%

OPA
Emerson   Radio

270,64%

RM
Vet’   Affaire

269,80%

RM
Frequency   Electronic

247,73%

RM
Tuesday   Morning

234,31%

RM
Parlux   Fragrance

220,36%

OPA
Cofigeo

194,48%

OPA
Key   Tronic

174,95%

RM
Neuro   Metrix

155,24%

IT
Adler   Real Estate

155,02%

RM
Retractable   Technologies

148,17%

RM
Entorian   Technologies

146,52%

MLV
Conn’s

134,80%

RM
Ezenia

133,19%

RM
Dan  Elec Memory

126,52%

RM
American Claims Evaluation

123,37%

RM
Technest   Holding

117,66%

RL
A.H.   Belo

116,43%

RM
Performance  Technologies

166,80%

RM
Passat

103,51%

RM
Amtech

100,84%

RM

A notre grande surprise, le « Retour à la Moyenne » est clairement le catalyseur à la hausse le plus important : 20 de nos 34 baggers se sont appréciés suite à des résultats moins mauvais qu’anticipés par le marché et une tendance à revenir à une rentabilité « normative ».

Il y a longtemps que nous avions pris conscience de ce phénomène mais, avant d’établir cette statistique chiffrée objective, nous ne pensions pas qu’il représentait une telle ampleur.

En réalité, la plupart des investisseurs ont tendance à projeter les problèmes rencontrés par une entreprise de manière constante dans le futur. Alors que souvent, les problèmes sont ponctuels : problème de cycles économiques, de direction de mauvaise qualité, de perte d’un client important ou d’une licence de distribution  ou, plus simplement, « d’accidents de parcours ». Notre avis est qu’un cycle économique, ça évolue, qu’un mauvais CEO ça se remplace tout comme, d’ailleurs, qu’un gros client et qu’un accident de parcours est … un accident de parcours.

Parmi les autres catalyseurs, les OPA restent quand même bien positionnées : 7 de nos sociétés ont fait l’objet d’une OPA. Ce n’est pas étonnant en soi : si des joyeux boursicoteurs « du dimanche » comme nous peuvent repérer des actifs sous-évalués, que dire alors d’une entreprise qui, outre les actifs bon marché, pourra tirer profit de synergies avec ses propres activités ou, pourquoi pas, verra simplement l’opportunité de se débarrasser d’un concurrent.

Les innovations technologiques sont des catalyseurs plus rares (à 4 reprises dans l’histoire de notre portefeuille) mais ce sont aussi parmi les plus beaux baggers (presque  X 7 en moyenne). Ici aussi, l’importance des plus-values n’est pas pour nous étonner. Si nous parvenons à acheter une compagnie sous la valeur de ses actifs tangibles, il est normal que, lorsque le marché découvre qu’elle détient, en outre, d’importants intangibles sous forme de savoir-faire technologique, il porte la valeur boursière de l’action a des niveaux stratosphérique.

Par contre, les Mises en Liquidation Volontaires restent anecdotiques, phénomène qui, avec le recul, n’est peut-être pas si surprenant que cela : pourquoi une direction accepterait de scier la branche sur laquelle elle est assise en mettant fin à des activités qui, si elles ne rapportent rien aux actionnaires, lui permet d’encaisser des rémunérations plantureuses ?

Enfin, il reste un mystère : Value Vision Media, une société que nous avons revendue en multipliant notre capital de départ par 7 et pour laquelle nous n’avons aucune idée des raisons à cette hausse : elle perd toujours autant d’argent, nous n’avons pas connaissance d’une quelconque innovation technologique et aucun concurrent ne s’est penché sur son cas. Peut-être simplement que son cours était descendu trop bas … une simple distraction de Mr Market en quelque sorte …

 

Bill Gross et La Stratégie « Daubasses » …

… est le titre que nous avons choisi pour vous proposer une petite réflexion provoquée par un des meilleurs articles que nous avons lus ces cinq dernières années. Cet article a été pêché sur le blog de Lupus.

Bill Gross, le meilleur gérant obligataire du monde
Bill Gross, le meilleur gérant obligataire du monde

Mais nous aurions pu également l’intituler  » l’incommensurable modestie des plus grands investisseurs » ou encore  » Le doute perpétuel, la seule obsession salutaire d’un investisseur » ou tout simplement reprendre une phrase de cette multi-réflexion extrêmement brillante, signée Bill Gross : « C’est peut-être l’époque qui construit l’homme et pas l’inverse » ou enfin « Qu’adviendrait-il si l’avenir exigeait d’un investisseur – portant le label d’excellence – qu’il change son fusil d’épaule ou, au moins, qu’il apprenne de nouveaux tours ? « .  Plutôt que de citer des passages de l’article qui ne rendraient pas entièrement la profondeur des idées de son auteur et pour vous permettre également de mieux suivre le cheminement de notre petite réflexion, nous vous proposons donc ci-dessous une traduction  de cet article original paru sur le site de Pimco, la maison de gestion de Bill Gross.

« L’investisseur face à son miroir par Bill Gross (Pimco) »

« Le siècle qui commence ne sera probablement pas aussi fructueux en raison des considérations irréalistes sur lesquelles de nombreux investisseurs ont bâti leurs stratégies sur les marchés.

Suis-je un excellent investisseur ? Non, pas encore. A l’instar du «Jake» d’Ernest Hemingway dans Le soleil se lève aussi, je pourrais dire que l’idée serait bien agréable. Mais entre l’idée et la réalité, il y a souvent un monde. Lorsqu’il se regarde dans un miroir, l’être humain moyen voit un reflet auquel il attribue une note de six ou six et demi sur dix, sept tout au plus. Le nez protubérant, le menton fuyant, tout cela est masqué par des yeux plus brillants ou des dents ultra-bright. Et lorsque l’on demande leur avis aux gens, les compliments retentissants écrasent les silences embarrassants et les critiques chuchotées, si bien que l’on interprète souvent cette consultation publique comme un plébiscite en faveur de notre bonne mine.

l'investisseur face à lui-même

Il en va de même dans le domaine de l’investissement, comme dans toute carrière exposée au jugement public. Les critiques acerbes se trouvent dans les blogs ou dans les propos de concurrents aux dents longues, mais les compliments dominent souvent l’album mental, voire physique, que chacun se constitue. Avec l’espoir, cette tendance est notre moyen de survivre au jour le jour. Nous regardons l’homme ou la femme qui apparaît dans la glace et nous voyons une image trafiquée, comme dans les miroirs déformants des fêtes foraines.

A première vue cependant, le monde de la gestion financière présente un contrepoids qui permet de relativiser les impressions. Et ce contrepoids, ce sont les chiffres. En marge des perceptions subjectives, nous avons des historiques de rendement total et d’alpha qui ont pour vocation de montrer la supériorité d’un individu ou d’une société par rapport à la concurrence. A défaut, nous pouvons mettre en avant notre excellent rendement par rapport à l’inflation, ou bien encore la généreuse création de richesse que nous engendrons par rapport aux liquidités…

L’éventail des comparaisons possibles semble illimité et pourtant, les conclusions sont pratiquement toujours positives, si bien que ce « contrepoids» perd toute sa valeur ou presque. Dans son for intérieur, chacun d’entre nous se donne un six-six et demi ou un sept; et si la note ne vaut pas pour la dernière année, elle compte au moins pour les trois, cinq ou dix précédentes. Les sociétés d’investissement font leur beurre sur les chiffres et elles les tournent à leur avantage au moment de passer devant le miroir. Cette première impression flatteuse se transforme alors de façon définitive en un teint resplendissant avec des joues rosées façon Blanche Neige.

Souvent, l’audience est dupe. Les consultants mettent en garde contre les pratiques consistant à suivre le troupeau, ou à choisir une société ou un professionnel en ne s’appuyant que sur un historique de performances récent, mais la réalité est généralement toute autre. Lorsqu’une pièce tombe trois fois de suite du côté «face», la rumeur autour d’un quatrième «face» enfle systématiquement, même si la probabilité reste bien entendu de 50/50. De la même façon, 13 années consécutives passées à surperformer le S&P 500 conduisent inévitablement à …

quand les chimpanzée investissentEnfin, vous m’avez compris. Le Financial Times vient de publier les résultats d’une étude consistant à mettre des chimpanzés (des chimpanzés parmis les plus beaux qui soient, cela va sans dire) dans la peau d’investisseurs entre 1968 et 2011, au moyen d’une simulation informatique. Résultat: dans leur grande majorité, ils auraient surperformé les indices traditionnels!

En commençant par me demander si je suis un excellent investisseur, j’ai en fait ouvert la porte à une autre question consistant à savoir si d’autres pointures réputées, comme Bill Miller, le sont aussi. Il semble que plus un gérant de portefeuille reste en place, plus il expose son talon d’Achille, quel que soit la nature ou l’emplacement de ce dernier. L’ancien gérant de fonds de Fidelity, Peter Lynch, possédait un talent indéniable: celui de savoir se retirer avant que les conditions ne se gâtent. En revanche, difficile de dire si sa philosophie «investissez dans ce que vous connaissez le mieux» aurait survécu à l’éclatement de la bulle internet, à la crise de Lehman ou à celle des subprimes.

La durée et la longévité doivent donc constituer des critères de jugement capitaux dans toute validation objective d’un niveau d’excellence dans le métier. Parle-t-on de 10 ans, 20 ans, 30 ans? Combien de «face» faut-il enchaîner avant de se demander si la pièce jetée a bien un côté «pile»; si elle n’est pas chargée d’un lest d’ordre philosophique/logique selon lequel les probabilités à long terme jouent clairement en faveur d’une société ou d’un individu? Je dois dire qu’après 40 ans d’exercice plutôt positifs, je ne sais toujours pas si PIMCO et moi méritons cette note d’excellence. Du reste, je ne sais même pas s’il existe un élève, même Warren Buffett, le «prophète» le plus respecté dans le domaine de l’investissement, qui la mérite. Je vais vous expliquer pourquoi.

L’investissement et le succès d’un investissement sont essentiellement jugés sur une base cyclique, voire séculaire. Cela dit, même l’horizon le plus long peut se révéler trop court. Que l’on soit un investisseur en obligations, en actions ou en private equity; que l’on ait recours à des stratégies top-down ou bottom-up, l’analyse classique tend toujours à juger une société ou un individu sur sa façon de gérer les caractéristiques haussières ou baissières du cycle. Vous avez opté pour les liquidités au bon moment? Vous avez acheté des actions de croissance quand elles étaient au plus bas? Vous avez augmenté la sensibilité aux taux lorsque les rendements plafonnaient? Vous avez acheté des titres “Value” au juste prix? Bref. Si les chiffres laissent apparaître un alpha plutôt régulier avec un risque inférieur à la moyenne et des ratios d’information attractifs, alors vous êtes peut-être au seuil du panthéon des investisseurs. La capacité de l’investisseur à s’adapter aux «quatre saisons» du marché devrait-elle constituer une preuve suffisante que tout cela n’est pas qu’une affaire de chance? Et si ces quatre saisons englobent un certain nombre de cycles haussiers/baissiers ou même plusieurs décennies, alors la confirmation (le couronnement), ne saurait tarder! C’est ainsi que l’on passe du statut d’expert, à celui de magicien et, enfin, à celui de Roi. Ah, être Roi…

Bill Gross et Warren Buffett
Bill Gross et Warren Buffett

Cependant, que les choses soient claires. Il n’existe pas, en ce monde, de Roi des obligations ou de Roi des actions, ni même de Souverain de l’investissement qui puisse prétendre à un trône. Tous autant que nous sommes, même les vieux briscards comme Buffett, Soros, Fuss et moi-même (eh oui…), nous avons exploité une période extrêmement avantageuse, l’époque la plus attractive qui puisse être offerte à un investisseur.

Depuis le début des années 1970, quand le dollar a été désolidarisé de l’étalon-or et que le crédit a débuté son incroyable périple vers la liquidité et le rendement total, la formule gagnante a été relativement simple. Un investisseur prenant un risque minimal, y appliquant habilement un certain levier et se protégeant intelligemment contre les accès de désendettement ou de retraits d’actifs pouvait prétendre, et accédait parfois, au trône de «l’excellence». Cela dit, c’était peut-être l’époque qui construisait l’homme et non l’inverse.

Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton ne me contrediraient sûrement pas. De fait, le titre de leur ouvrage Triumph of the Optimists (Le triomphe des optimistes) offre une description assez prudente d’une période de 101 ans de rendements d’investissement; une époque où les optimistes et les courageux étaient davantage récompensés que les frileux Picsou.

Dans ce livre écrit en 2002, les auteurs supposaient, sans doute à juste titre, que les 101 années suivantes n’allaient probablement pas être aussi fructueuses en raison des considérations irréalistes sur lesquelles de nombreux investisseurs avaient bâti leurs stratégies sur les marchés. Et dire qu’il n’était même pas encore question à l’époque d’assouplissement quantitatif et de taux d’intérêt à 0%! Quoi qu’il en soit, l’argument était de dire – et je suis d’accord sur ce point – que chaque époque engendre des performances différentes ainsi que de nouveaux Rois.

J’ai toujours eu tendance à adopter des prises de risques marginales, ou plutôt mesurées dirais-je; je pense avoir été plutôt bien inspiré dans mes stratégies de taux d’intérêt, peut-être meilleur pour promouvoir cette image, mais au final, mes prises de risques ont toujours été calculées. Cette stratégie n’a pas trop bien fonctionné pendant quelques mois de 2011 ainsi que sur certaines années au cours des quatre dernières décennies. Pourtant, dans la mesure où le crédit était en expansion quasi perpétuelle, assurant un apport de carburant quasi interrompu à un moteur capitaliste porté sur la prise de risques, PIMCO a également prospéré.

D’un point de vue technique, ma tendance/la tendance de la société à vendre la volatilité et à tirer profit du portage suivant plusieurs méthodes – directement via des options ou des futures, sur le marché hypothécaire avec le risque de remboursement anticipé et sur la courbe des rendements avec des stratégies «bullet» et «roll down» plutôt que des approches «barbell» au portage moins intéressant – a porté ses fruits sur le long terme. Lorsque la volatilité a augmenté de façon substantielle (1979-1981, 1998, 2008), nous avons eu la chance d’avoir anticipé la tournure des événements ou de n’avoir été que légèrement surpondérés en termes de portage, si bien que nous avons résisté au coup de massue là où d’autres sociétés ne s’en sont pas relevées.

les plus grand investisseursCe que je veux dire, c’est que l’époque de PIMCO, celle de Berkshire Hathaway, celle de Peter Lynch, ont toutes eu l’expansion du crédit pour toile de fond. Au cours de cette période, la prime est allée aux investisseurs ayant misé sur le portage, ayant vendu la volatilité, s’étant orientés vers les rendements et ayant accentué leur exposition au risque de crédit, ou bien à ceux qui étaient protégés, de par leur structure ou leur réputation, des mouvements de désengagement ou de désendettement (Buffett) qui ont frappé leurs concurrents au pire moment.

Après tout, il ne s’agissait peut-être que d’époques, avec un début et une fin. Qu’advient-il lorsqu’une époque change? Qu’adviendrait-il si l’expansion ininterrompue du crédit et l’alimentation qu’elle fournit aux prix des actifs et aux rendements venaient à être durement affectées? Qu’adviendrait-il si des taux d’intérêt quasi nuls sonnaient le glas d’une époque de rendement total qui a débuté dans les années 1970, a pris de la vitesse en 1981 et s’est heurtée à une impasse mathématique en 2012/2013 pour les obligations et, logiquement, pour les autres classes d’actifs apparentées?

Qu’adviendrait-il si une nouvelle époque engendrait des portages moins intéressants que les performances des indices ou des accès récurrents de volatilité dans la lignée de la crise de Lehman? Qu’adviendrait-il si une telle époque était marquée par un conflit géopolitique mondial autour de la quête de ressources de plus en plus rares telles que le pétrole, l’eau, ou tout simplement les denrées alimentaires, comme l’a suggéré Jeremy Grantham?

investir quand la macro économie est mauvaise

Qu’adviendrait-il si les effets globalisés du «changement climatique ou, peut-être, du vieillissement de la population» venaient perturber la micro-culture d’une boîte de Petri où le capitalisme prolifère sans opposition?

Qu’adviendrait-il si les politiques d’assouplissement quantitatif entraînaient une dégringolade des prix des actifs, qu’elles étaient sensées stimuler?

Qu’adviendrait-il si l’avenir exigeait d’un investisseur – portant le label d’excellence – qu’il change son fusil d’épaule ou, au moins, qu’il apprenne de nouveaux tours? Tiens, voilà qui constituerait un bon critère d’évaluation du niveau d’excellence d’un investisseur: La capacité à s’adapter à une nouvelle ère. Le problème, avec les, c’est qu’ils n’auront probablement pas l’occasion de se tester. Car ils seront déjà partis avant la fin de ces époques. Cela dit, nul ne sait ce que l’avenir réserve à chacun d’entre nous et ce que chacun de nous fera du temps mis à sa disposition.

Mais il y a une chose dont je suis certain: comme Michael Jackson l’a chanté au cours de sa brillante mais trop courte existence, je regarde et je continuerai de regarder l’homme dans le miroir. PIMCO, Gross, El-Erian? Oui, nous avons fière allure… dans l’époque actuelle. Cependant, si celle-ci venait à changer et si nous devions faire de notre monde et du vôtre un endroit meilleur, alors nous devrions peut-être regarder dans le miroir et changer… Suivant ce que nous y voyons, je suppose. Nous vous tiendrons au courant.

Un homme dans le miroir – en bref:

1) Les investisseurs devraient être jugés sur leur faculté à s’adapter aux époques, et non aux cycles. Une époque peut durer 40 à 50 ans, peut-être davantage.

2) Bill Miller est peut-être un excellent investisseur, mais il aura besoin de 5 ou 6 «face» consécutifs supplémentaires dans une autre époque pour confirmer ce statut. Peter Lynch est un «trouble-fête». Warren est un prophète, mais en cas de changement d’époque, sera-t-il là, avec ses homologues, pour s’adapter à la nouvelle ère?

3) Vous voyez peut-être une indulgence excessive dans cet Investment Outlook? Peu importe, j’ai regardé dans le miroir et j’y ai vu un 7, au moins. Faites contrôler votre vue! »

Bill Gross Managing Director PIMCO jeudi, 25.04.2013

l'Investisseur et son miroir

 

Après avoir terminé la première lecture de cet article, nous nous sommes fait trois réflexions.

La première était que ce qu’exprime Bill Gross est étroitement lié à ce début de 21ème siècle : en gros, une période de « chaos » boursier, financier et économique qui a commencé en 2000 et qui perdure toujours aujourd’hui.

Comment survivre en chaos ?
Comment survivre au chaos ?

La seconde était que cette période de « chaos » est peut-être intuitivement jugée par Bill Gross comme la fin ou le commencement de la fin de 40 années, les 40 dernières années du 20ème siècle qui ont permis d’appliquer des stratégies bien définies avec comme toile de fond  » l’expansion quasi perpétuelle du crédit ».

La troisième était qu’il nous semblait que, parmi tous les « ténors de l’investissement », Bill Gross avait oublié le « cas » de Walter Schloss qui est un des rares investisseurs dans la valeur-élèves de Benjamin Graham, a avoir appliqué une vie d’investisseur durant, l’investissement en « Daubasses » avec des résultats qui l’on propulsé vers « l’excellence ».

Les rois de l'investissement : Warren Buffett, Walter Schloss, Charly Munger et Bill Ruane
Les rois de l’investissement : Warren Buffett, Walter Schloss, Charly Munger et Bill Ruane

C’est donc à partir de cet oubli de Bill Gross et avec le cas précis de Walter Schloss, que nous nous sommes demandé dans quelle mesure une stratégie d’investissement en « Daubasses » pouvait affronter un cycle économique tout autre que ce qui a prévalu pendant les 100 années qui ont rempli l’intervalle entre 1900 et 2000 ! Un cycle économique au cours duquel  l’expansion quasi perpétuelle du crédit serait mise à mal. Et nous paraîtrait au regard du siècle précédent chaotique, voire traversé de périodes de chaos.

Si nous nous en tenons au fait de la théorie de Benjamin Graham qui consiste à acheter des sociétés sous la valeur de leurs fonds propres, voire, encore mieux, sous la valeur de leur actif net courant, nous constatons une première chose : cette théorie a été pensée et mise au point pendant une période de « chaos », le krach de 1929 et les années de grande dépression qui ont suivit et ce jusqu’en 1935.

benjamin grahamSi nous continuons à nous baser sur les faits, nous apprenons dans « l’Investisseur Intelligent » de Benjamin Graham, qu’à partir de 1954-56, les sociétés cotant sous leur valeur d’actif net-net ont commencé à se raréfier. Et que les opportunités de sociétés cotant sous la valeur de leurs fonds propres a fortement diminué !

Si nous observons les parcours de Warren Buffett et de Walter Schloss, nous constatons que c’est, en gros, à partir de cette époque que leur manière d’investir respective va diverger.

Depuis le début de leur carrière d’investisseur, en bons élèves de Ben Graham, ils ont tous les deux investis uniquement en « Daubasses » … mais, après 1954-56, Warren Buffett, prendra progressivement le chemin de la valeur couplé à l’avantage concurrentiel pérenne, n’ayant pas peur d’y mettre le prix, il usera de l’effet de levier et des « opérations singulières », singulières  dans le sens où elles sont étroitement liées à la particularité de la puissance financière de Buffett. Et un boulevard de 40 années ensoleillées s’ouvre alors devant Warren … Mais laissons Warren Buffet de côté puisque nous avons tenté de disséquer son parcours dans plusieurs articles.

Que fait alors Walter Schloss dans ce contexte ensoleillé, lui qui continue à appliquer la théorie du maître à la lettre, théorie pensée pour traverser des phases de chaos.

Eh bien, nous pensons qu’il s’adapte car il n’a bien sûr pas le choix puisque les net-net ont presque disparu et les sociétés cotant sous la valeur de leurs fonds propres ne sont plus si nombreuses.

walter schlossWalter Schloss s’adapte dans sa manière de gérer car il sait bien que les actifs sous gestions de ses clients ne peuvent pas croître au-delà d’une certaine taille sous peine de ne plus avoir suffisamment d’opportunités pour les investir.

De ce fait, il ne fera jamais une grosse publicité pour attirer les nouveaux clients, préférant des clients fidèles (parfois plusieurs générations) qui lui font entièrement confiance.

Il ne créera jamais de fonds ouvert ou autre véhicule d’investissement qui lui permettrait de gérer plusieurs milliards de dollars. Au contraire, il redistribue chaque année la performance annuelle des actifs sous gestions aux clients qui le désirent. Ce qui a pour but de tenir ces actifs dans une certaine limite de grandeur. Et enfin, « Big Walt » ne fera jamais appel a l’effet de levier dans sa gestion.

Nous voyons donc clairement, aux travers des mesures prises par Walter Schloss, les contraintes d’une stratégie basée sur « les Daubasses » dans une période de croissance plus ou moins continue et de liquidités abondantes.

Et nous pourrions même dire que plus le soleil brille sur la bourse et l’économie en général, moins, il y a d’opportunités, moins, il y a de marge de sécurité, moins de décote sur les fonds propres, moins de net-net ou de net-estate …

fonte de la marge de sécurité en bull market
Quand le soleil brille en bourse, l’investisseur « value » assiste, avec angoisse, à la fonte de sa marge de sécurité

Du point de vue de l’investisseur en « Daubasses », nous pourrions même dire que plus la période de croissance est prolongée, plus il a l’impression de prendre des risques puisqu’il achète avec moins de décote les actifs net tangibles de la société.Et nous pensons très sincèrement que cette stratégie « Daubasses », pensée pendant une phase de chaos est parfaitement adaptée pour une période plus ou moins longue de chaos, pour des hauts et des bas courts et sans fin, pour une absence de croissance, voire une croissance anémique, pour une hypothétique dépréciation des monnaies due à l’injection massive de monnaies papier. Bref, pour une période de 100 ans de montagnes russes …

En effet, le chasseur de « Daubasses » n’attend pas une liquidité sans fin pour que les actifs achetés s’apprécient, le chasseur de « Daubasses » achète des actifs valant 50% de leur valeur, parfois 30% … et à la moindre petite lueur de chandelle, même infiniment courte, ces actifs achetés à 50% de leur valeur peuvent doubler, voire tripler …

Avec le recul de notre toute petite expérience et sur la durée minuscule des presque 5 ans de notre portefeuille, nous pensons très concrètement avoir investi fin 2008 dans une phase de chaos intense au cours de laquelle, en achetant des actifs à des prix de cacahuètes, nous avons en un tout petit peu plus qu’un an multiplié la valeur de notre portefeuille par 4.

Et, pour ne rien vous cacher, nous redoutons bien plus une longue période de « soleil radieux » boursier ou de croissance économique réelle ou artificielle qu’une nouvelle phase de chaos. Car, comme Walter Schloss s’est adapté, c’est dans ce type de phase que nous devrions finalement nous adapter, à la gestion des liquidités (nous commençons à peine) et à la prise de risques plus élevée due aux décotes moins importantes (nous n’avons pas encore commencé).

Mais alors, cela voudrait dire que les 100 prochaines années seraient identiques aux 40 dernières années contrairement à ce que pense Bill Gross dans son article.

Bien évidemment, certains des postulats de Bill Gross sur des hypothèses de guerre pour des ressources naturelles, des drames climatiques ou du vieillissement de la population, demanderait d’autres types d’adaptation … et il est effectivement bien difficile de dire aujourd’hui qui  est capable, en tant qu’investisseur, de s’adapter à ce type de fracture.

En conclusion, nous pensons que si Bill Gross a oublié de se pencher sur le cas de Walter Schloss, c’est tout simplement parce que Big Walt, n’a jamais atteint, en terme d’actifs sous gestion, la taille des « rois » qu’il cite … mais aussi qu’il a, d’une certaine manière, fait le chemin inverse des autres : au lieu d’adapter sa stratégie, pour gérer des actifs de plus en plus importants, il a adapté sa gestions des actifs pour pouvoir appliquer sa stratégie  » Daubasses » sans dévier d’un demi millimètre !

C’est pourquoi nous savons aujourd’hui que, même s’il parvenait à égaler les « rois » en termes de performance, aucun chasseur de « Daubasses », fut-il le plus grand comme Walter Schloss, ne deviendra jamais « roi ».

Et ce n’est pas très important comme nous l’explique Bill Gross …

Par contre, nous savons que tout véritable investisseur en « Daubasses », est prêt à affronter le chaos et  une situation bien différente que celle que nous avons connu depuis près d’un demi-siècle. Et cela nous semble le plus important quelque soit l’excellence des résultats.

Prêt à affronter le chaos ?
Prêt à affronter le chaos ?

L’élève de l’élève devenu maître

Nous aimons vous présenter les grands investisseurs « value » que nous respectons … nous devrions dire les grands investisseurs « deep value », ceux qui, comme nous, traquent la daubasse.

Ces investisseurs sont intéressants pour nous à deux titres :

– Tout d’abord, ils nous offrent des enseignements intéressants pour nos propres politiques d’investissement

– Ensuite, par leur réussite, ils nous permettent d’avoir la confirmation concrète et tangible (vous savez que nous adorons le tangible) que l’achat de mégots de cigare, de rebus de poubelle, de ferrailles, de vieux débris, … bref de daubasses, ça peut rapporter.

Ainsi, sur notre blog, nous vous avons proposé des articles portant sur :

– Le plus grand parmi les grands, immense parmi les géants, notre modèle à tous : Walter Schloss

– Celui qui aurait pu prétendre à ce titre s’il n’avait pas « mal tourné » à un moment de sa carrière mais qui reste malgré tout un exemple pour sa période Partnership, Warren Buffett

– Celui qui a longtemps hébergé Big Walt dans ses bureaux et qui fut le courtier de l’Oracle d’Omaha, Christopher Brown

– Un élève modèle de Benjamin Graham, Donald Smith

– Le gestionnaire du Third Avenue Value Fund, le légendaire Martin Whitman

– Le liquidateur et requin des « opérations spéciales », Seth Klarmann

Nous vous présentons aujourd’hui un autre membre de cette espèce rare que constitue le chasseur de daubasse. Son nom : Scott Barbee.

Scott Barbee
Scott Barbee

Notre ami Scott présente déjà une caractéristique intéressante : il fut un des collaborateurs de Donald Smith … mais vous pensez bien, ami( e) lecteur(trice) que ce n’est pas pour cette simple et unique raison que nous vous le présentons : nous n’avons absolument pas l’intention de vous parler de tous les employés qui se sont succédés auprès des différents maîtres mentionnés ci-dessus.

Scott Barbee, quand il ne fut plus (Barbee) bleu (hum … l’auteur de ces lignes n’est pas particulièrement fier de ce jeu de mot mais il faut lui pardonner : il les a rédigées tard le soir après une dure journée de labeur), … après avoir travaillé pour Donald Smith & Co disions-nous, il fonda le « Aegis Value Fund », un fonds de placement qui a généré depuis sa création en 1998, un rendement de 10,5 % par an quand, dans le même temps, le S&P 500, dividendes inclus, ne s’accroissait annuellement que de 3,7 %.

La différence est de taille : grâce au miracle des intérêts composés, 100 dollars investis sur Aegis sont devenus 404 dollars alors que la même somme investie sur les sociétés du S&P ne devenait que 162 dollars.

Mais vous comprendrez pourquoi ce gérant de talent a attiré notre attention lorsque nous vous aurons dit que depuis sa création, les actions composant le Aegis Value Fund ont constamment été valorisées à un ratio cours/valeur comptable largement inférieur à 1 (même aux moments d’euphorie béate de la bulle internet). Fin septembre 2012, ce ratio est de 0,74 alors que le S&P 500 se traite à 2,2 fois cette même valeur.

De son propre aveu, Scott Barbee se définit comme un investisseur « deep value » de la « veille école », par opposition à la nouvelle école des investisseurs dans la valeur dont il cite Bill Miller comme étant un des plus illustres représentants.

Parmi ses modèles et professeurs, il cite, entre autres, Benjamin Graham (évidemment), Seth Klarman, Joël Greenblatt (que certains d’entre vous connaissent sans doute via sa formule magique) et John Neff auprès duquel il suivit quelques cours. Il échangea avec Walter Schloss et, forcément, Donald Smith. Bref, probablement parmi les plus belles références possibles pour un investisseur de la génération actuelle.

Sa philosophie d’investissement est simple :

– Il ne gère pas la volatilité

– Il tente de minimiser le risque de perte permanente de capital

– Il tente de gérer ses liquidités en désinvestissant en période d’euphorie et en investissant en période de déprime

Aegis Value Fund détient environ 80 lignes mais s’il était libre de construire le portefeuille idéal sans contrainte, celui-ci serait constitué de 20 lignes équipondérées

– Il privilégie l’approche « bottom up » : il estime qu’il est plus facile de déterminer les fondamentaux d’une entreprise que de prévoir les grands cycles macro-économiques

Son processus de sélection de titre l’est encore plus :

– Il présélectionne les sociétés qui se traitent sous leur Valeur d’Actif Net Tangible

– Il élimine les sociétés trop endettées car, en raison du levier de l’endettement, une légère érosion de l’actif peut réduire fortement la Valeur d’Actif Net Tangible comme nous l’expliquions ici

– Il privilégie les sociétés qui présentent des cash flows constants ou, éventuellement, qui donnent des signes d’amélioration possible de leur cash flows

– Il porte une attention particulière aux sociétés qui rachètent leurs propres actions, aux achats d’insiders ou qui procèdent à des restructurations

– Il retraite l’actif net en tenant compte à la fois d’éventuelles dettes cachées ainsi que de possibles surévaluations ou sous-évaluations d’actifs

– Les dividendes ne l’intéressent pas beaucoup sauf quand la suppression de celui-ci met les cours sous pression, créant ainsi des opportunités d’achat

– Il met plutôt l’accent sur les flux de trésorerie plutôt que sur les bénéfices

– L’absence temporaire de flux de trésorerie ne le dérange pas outre mesure dans le cas d’une entreprise cyclique ou en restructuration

– Il confirme son travail d’analyse par un entretien avec la direction de la société

L’essentiel de sa journée de travail est constitué par du travail de recherche : surtout la lecture des rapports financiers mais aussi des rapports d’analystes ou divers articles. Il échange aussi par téléphone avec d’autres investisseurs et en réunion avec son équipe d’analystes.

Voici donc comment l’élève de Donald Smith, lui-même élève de Benjamin Graham est devenu un maître.

Scott Barbee publie sur son site des « manager letters » mensuelles qui sont un véritable régal pour les investisseurs « dans la valeur ».

Comme vous pouvez le constater, nous retrouvons pas mal de points communs entre les différents investisseurs « deep value », les moindre n’étant pas le souci du collatéral tangible et d’un faible endettement. Et vous savez déjà, cher(e) lecteur(trice) que nous partageons entièrement ce point de vue.

Si vous aussi, ami(e) lecteur(trice), vous souhaitez nous présenter des investisseurs de qualité connus ou moins connus, n’hésitez pas même si ces investisseurs n’entrent pas dans la catégorie des chasseurs de daubasses : comme vous le savez, nous ne sommes pas sectaires : nous avons déjà publié ici-même des articles traitant de François Badelon, Peter Lynch par l’intermédiaire de notre ami Ben et même des traders de la trempe de Richard Dennis et Bill Eckhard.

 

A vous la parole : « Beating the street »

Dans cette rubrique, nous vous laissons la parole, à vous, ami(e) lecteur(trice). Cette rubrique est la vôtre : n’hésitez pas à nous proposer des textes de votre choix traitant de l’investissement au sens large.

Après un premier article de Michael, nous en publions aujourd’hui un autre proposé par Ben qui anime Bourseensemble, un blog pour débuter en bourse avec des résumés de livres sur les investissements financiers, des démarches et conseils pour réussir en bourse !

Parmi les challenges que s’est fixé Ben pour l’année en cours, il y a celui de lire 20 livres sur les placements financiers et de fournir une synthèse et critique pour chacun d’eux.

C’est dans ce cadre qu’il nous propose le résumé du best-seller de Peter Lynch : Beating the Street

 

Description de produit

 

Développer une stratégie d’investissement gagnante avec les conseils experts du “gestionnaire financier aux USA”.

 

La stratégie “investis dans ce que tu connais” de Peter Lynch est une référence pour les petits et grands investisseurs.

 

D’après Peter Lynch, une des clés pour investir est de se rappeler que les actions ne sont pas des tickets de loterie. Il y a une entreprise derrière chaque action et une raison qui explique pourquoi les entreprises et leurs actions se comportent comme elles le font. Dans ce livre, Peter Lynch nous montre comment devenir un expert sur une entreprise et comment on peut élaborer un portfolio rentable d’investissement, basé sur notre propre expérience et recherches. Il n’y a aucune raison qu’un investisseur individuel ne puisse pas égaler l’intelligence des experts, et ce livre nous montre comment faire.

 

Dans “Beating the street”, pour la première fois Lynch:

 

  • Explique comment concevoir une stratégie de fond commun de placement
  • Montre comment il s’y prend pour faire du stock picking, étape par étape
  • Décrit comment un investisseur individuel peut améliorer les performances de ses investissements pour rivaliser avec les experts des clubs d’investissement.

 

Résumé

 

Introduction

Les obligations ne valent pas le coup! Pour espérer avoir plus d’argent demain qu’aujourd’hui, il est conseillé de placer ses économies sur les actions, et principalement les actions ordinaires et non pas sur les obligations. En faisant cela, on a six fois plus de chance de faire mieux qu’en restant avec les obligations. Par exemple, sur une soixantaine d’années de 1920 à 1980, un investissement de $100,000 vaudrait $1.6 millions avec des obligations d’état et $25.5 millions.

Il est assez facile de faire mieux que 95% des experts qui gèrent des fonds communs en passant un peu de temps à étudier les entreprises d’une industrie qu’on connait bien et en utilisant des méthodes beaucoup plus simples de stock picking.

 

Chapitre 1: Le miracle de St. Agnès

Le stock picking est un art qui se meurt, principalement à cause des pertes engendrées. Les courtiers font leur argent grâce aux commissions qu’ils appliquent sur les fonds communs, les financements et les options et non pas sur le conseil.

Voici quelques points importants à garder à l’esprit:

 

  • Une bonne entreprise augmente souvent ses dividendes chaque année.
  • On peut perdre de l’argent très rapidement, mais il faut beaucoup de temps pour en gagner.
  • Le marché n’est pas un casino tant qu’on choisit les bonnes entreprises en pensant qu’elles iront bien plutôt que seulement à cause de leur cours.
  • On peut gagner beaucoup d’argent avec le marché, mais on peut aussi en perdre beaucoup.
  • Il faut faire ses recherches sur une entreprise avant de mettre de l’argent dessus.
  • Il faut toujours se diversifier quand on investit en bourse car sur cinq actions, une sera super, une sera vraiment bidon et trois seront moyennes.
  • Il ne faut jamais tomber amoureux d’une action pour toujours garder un esprit ouvert.
  • On peut avoir des dividendes plus élevés avec les entreprises des services publics, mais on gagnera plus d’argent avec les actions de croissance.
  • C’est pas parce qu’une action a chuté qu’elle ne peut pas aller encore plus bas.
  • Sur le long terme, c’est toujours mieux d’acheter les actions de petites entreprises.
  • Il ne faut jamais acheter une action parce qu’elle est pas chère, mais plutôt parce qu’on en sait beaucoup à son sujet.

 

De ces concepts basique, on en déduit les quelques conseils simples suivants:

 

  • Ne pas détenir plus d’actions qu’on peut en suivre.
  • Investir régulièrement.
  • Observer d’abord que les ventes et bénéfices par action augmentent raisonnablement pour ensuite vérifier qu’on peut acheter l’action à un cours raisonnable.
  • Evaluer la solidité financière et la structure de la dette pour vérifier si quelques mauvaises années pourraient   entraver les perspectives à long terme.
  • Acheter ou non l’action en fonction des perspectives de croissances et du cours.
  • Comprendre les raisons derrière la croissance passée des ventes pour anticiper la même progression.

 

Chapitre 2: L’inquiétude du weekend

La clé pour gagner de l’argent avec les actions est de ne pas en avoir peur. Et pour un investisseur, il est dangereux de vouloir essayer de connaitre toutes les news. Sa stratégie ne doit pas être influencée par ses inquiétude du weekend où rien ne se passe. Tout aussi important, il est impossible de connaitre le futur en regardant dans un rétroviseur.

Pour se protéger de ces différents aspects, une bonne approche est d’acheter des actions de manière régulière chaque mois par exemple. Et aussi, de conserver une vue sur la situation globale, en sachant que sur les 70 dernières années, les actions ont connu une performance de 11% par an en moyenne contre la moitié pour les obligations d’état et autres obligations.

Un bon stock picker sait conserver ses actions quand elles baissent, voire même en acheter d’autres.

 

Chapitre 3: Un tour d’horizon des différents fonds

La stratégie à suivre avec les fonds communs est la suivante:

 

  • Mettre le plus d’argent possible sur les fonds en action.
  • Pour acheter des obligations d’état, il vaut mieux les acheter directement au Trésor Public et éviter les fonds obligataires à cause des frais de gestion.
  • Connaitre les types de fonds en action qu’on possède et comparer leurs performances avec des fonds similaires.
  • Il est préférable de repartir notre argent entre trois ou quatre fonds en action (croissance, valeur, croissance émergent, etc.) pour toujours avoir son argent investi dans les secteurs les plus profitables du marché.
  • Quand on ajoute de l’argent dans son portfolio, il vaut mieux le mettre dans le fond sur le secteur qui est en retard sur le marché depuis plusieurs années.
  • Essayer de sélectionner le fond qui va réussir en fonction de ses performances d’hier est un exercice difficile et futile. Il faut plutôt se concentrer ceux qui ont un succès solide et s’y tenir. Constamment changer d’un fond à l’autre coute très cher.

 

Chapitre 4: Gérer Magellan: Les premières années

Avec plus de recul sur ses premières années chez Magellan, Lynch réalise que il aurait dû garder ses actions beaucoup plus longtemps car elles sont devenues encore plus rentables par la suite. Au milieu des années 80, Magellan détenait 130 lignes, par rapport à 50 – 60 durant les deux premières années. En 1981, Magellan dépassait les $100 millions et le portefeuille était principalement constitué de petites et moyennes entreprises dans la distribution et les banques.

Lynch passait aussi beaucoup de temps à visiter les bureaux des entreprises qui l’intéressaient. Et il a constaté que plus les bureaux d’une entreprise sont luxueux et plus la direction est généralement réticente à récompenser les actionnaires.

Il est préférable d’être sur l’offensive en recherchant constamment de meilleurs opportunités que celles qu’on a déjà, plutôt que sur la défensive.

 

Chapitre 5: Magellan: Les années intermédiaires

Une autre des clés pour réussir dans l’investissement est de se concentrer sur les entreprises et non pas sur les cours. Pour cela, les méthodes ressemblent à celle d’un reporter, c’est-a-dire lire les documents publics, discuter avec des intermédiaires comme les analystes et aussi directement avec les entreprises concernées. Le tout doit être fait en prenant des notes.

Le seul véritable moment où il est rentable de vendre ses actions pour acheter des obligations est quand le rendement des obligations dépasse le rendement des dividendes d’au moins 6%.

Quand Magellan était encore un petit fond, Lynch se concentrait sur les grosses actions et quand le fond est devenu plus gros il s’est concentré sur les petites actions. C’était pas une stratégie délibéré mais c’est ce qui a fonctionné.

Les bonnes affaires sont le Saint-graal des stock pickers. Une correction ne représente pas une catastrophe mais bien une opportunité pour acheter des actions à des cours peu élevés. C’est de cette manière que les grandes fortunes se sont constituées au fil du temps.

 

Chapitre 6: Magellan: Les dernières années

Le temps nécessaire à faire des recherches sur les actions et directement proportionnel au nombre d’actions détenues. Mi 1983 il y avait 450 titres dans le portfolio de Magellan et à l’automne le nombre avait doublé à 900. Vanguard Windsor géré par John Neff était le plus gros fond commun au monde. Magellan était le deuxième avec $1.6 milliards d’actifs. La théorie selon laquelle un gros fond ne peut qu’être mauvais est fausse et le nombre de titres détenus ne présage en rien de la performance.

Magellan a souvent été décrit comme un fond de croissance. La réalité était plutôt que Lynch avait la flexibilité d’acheter vraiment ce qu’il voulait. Courant 1984, les position de mon top 10 n’ont pas beaucoup changé car il s’est focalisé sur une stratégie “buy-and-hold” (“acheter et conserver” en français).

En 1983, $1 milliard avait été ajouté au fond, pareil en 1984 et $1.7 milliards en 1985. Pour absorber cette quantité d’argent, Lynch était constamment sur l’offensive en ré-évaluant le portfolio, en trouvant de nouvelles positions ou en renforçant celles existantes. Et la meilleure action à acheter peut être une qu’on détient déjà. En février 1986, Magellan dépassait les $5 milliards d’actifs.

Durant le reste de ma carrière à chaque fois que les marchés baissaient, Magellan baissait encore plus, pour se rattraper encore plus par la suite. À mon dernier jour chez Magellan, le fond avait $14 milliards d’actifs, dont $1.4 milliards de cash.

Il n’y a pas de honte à perdre de l’argent avec une action. Ça arrive à tout le monde. Ce qu’il ne faut pas faire en revanche c’est de s’accrocher à un titre, ou pire, d’en acheter encore plus si les fondamentaux se détériorent.

Les intervenants sur les obligations sont plutôt des investisseurs prudents qui surveillent attentivement la capacité de remboursement d’une entreprise. Comme les détenteurs d’obligations sont prioritaires sur les actifs de l’entreprise par rapport aux détenteurs d’actions, si les obligations ne valent presque plus rien alors les actions seront encore pires. Donc avant d’investir dans une action au cours très bas, il vaut mieux jeter un coup d’oeil au prix des obligations d’abord.

 

Chapitre 7: Art, Science et Travail sur le terrain

Le stock picking est aussi bien un art (intuition et passion) qu’une science (mesures et fondamentaux). Trop favoriser l’un par rapport à l’autre est dangereux.

Il suffit de quelques gros gagnants sur une décennie pour gagner beaucoup. Si une seule position sur cinq est un “10-bagger” (performance multipliée par 10) et que les quatre autres ne vont nulle part, on a quand même réussi à multiplier son capital par trois.

Les actions qui sont généralement valorisées au-dessus de leur ligne de bénéfices ont leur cours qui a tendance à se déplacer latéralement ou bien à baisser pour atteindre une valorisation plus raisonnable. La solution est donc d’acheter des actions dont le cours est en-dessous de leur ligne de bénéfices.

Quand une entreprise qui habituellement augmente ses dividendes annonce qu’elle va arrêter pour faire des économies, c’est assez souvent un drapeau rouge.

 

Chapitre 8: Faire ses courses pour les actions: Le secteur de la distribution

Comme stratégie d’investissement dans la distribution il vaut nettement mieux trainer dans les supermarchés et comptabiliser les entrées et sorties plutôt que de suivre les conseils de son courtier ou de la presse financière. Si on aime une boutique, il y a fort à parier qu’on va adorer l’action.

Une action de croissance qui se vend 40 fois ses bénéfices pour l’année qui vient est dangereusement surévaluée. En règle générale, une action doit se vendre au même niveau ou en-dessous de son taux de croissance (le taux auquel ses bénéfices augmentent chaque année). Une entreprise peut rarement tenir une croissance effrénée avec un taux de 25% ou 40%.

Quand on aime une entreprise mais pas son cours actuel, le mieux est de s’engager un petit peu et d’augmenter ses positions aux prochaines ventes.

Dans la distribution et la restauration, la croissance qui pousse les bénéfices et les cours provient principalement des expansions. Du moment que les ventes d’un même magasin augmentent, qu’il ne croule pas sous les dettes et qu’il suit le plan d’expansion décrit dans le rapport aux actionnaires, alors il est souvent payant de rester avec l’action.

 

Chapitre 9: Prospecter au milieu des mauvaises nouvelles: Comment “l’effondrement” de l’immobilier m’a conduit vers Pier 1, Sunbelt Nursery et General Host

Pour être récompensé, il faut chercher là où les autres investisseurs et particulièrement les autres gérants de fonds ont peur d’investir.

Les indicateurs intéressants à suivre dans l’immobilier sont:

 

  • le prix médian des maisons
  • l’indice d’accessibilité
  • le pourcentage de défaut sur les prêts immobiliers

Souvent ces indices plus discrets décrivent une toute autre histoire que ce qui est clamé haut et fort par les media. Une technique assez efficace est d’attendre que l’opinion générale sur un secteur bascule de mauvaise à encore pire pour acheter les entreprises les plus solides de ce secteur. C’est exactement ce que Lynch a appliqué avec Pier 1, Sunbelt Nursery et General Host.

Et quand les initiés achètent, c’est souvent un bon signe.

Aussi quand la valeur comptable d’une entreprise augmente, il est toujours bon de vérifier si c’est réel ou non. Pour cela, il faut se tourner vers le bilan. Normalement, la partie droite montre les passifs de l’entreprise (c’est-à-dire combien elle doit) et la partie gauche montre les actifs (c’est-à-dire ce qu’elle possède). La différence entre les deux est ce qui appartient aux actionnaires, appelée les capitaux propres. Ce qu’on veut voir sur le bilan, c’est des capitaux propres d’au moins deux fois la dette, et même plus si possible (Note: cliquez ici pour plus d’informations sur le bilan, les passifs, actifs, capitaux propres selon Buffett)

 Chapitre 10: Ma coupe courte à Supercuts

Par curiosité Lynch est allé chez Supercuts pour se faire couper les cheveux. Il y a des exceptions à “si on aime une boutique, il y a fort à parier qu’on va adorer l’action” 🙂 Il n’a pas aimé la coupe, mais pour les raisons suivantes il a quand même décidé de recommander l’action:

 

  • Le niveau de dette n’était finalement pas si élevé après discussion avec un membre du comité exécutif.
  • Comme c’est une franchise, les fonds sont apportés par les franchisés pour une expansion rapide sans utiliser le capital de l’entreprise ni des emprunts excessifs.
  • Le marché potentiel était énorme avec les petits salons de coiffure qui fermaient les uns après les autres sans une chaine qui dominait le marché pour adresser le manque.

 

Chapitre 11: Les fleurs dans le désert: Les belles entreprises dans les industries minables

Lynch a toujours été a l’affut des belles entreprises dans les industries minables. Une industrie qui grandit rapidement attire souvent trop d’attention et trop de concurrents. Comme l’a dit un jour Yogi Berra au sujet d’un restaurant célèbre à Miami Beach “c’est tellement célèbre, que plus personne n’y va”. Quand un secteur devient trop populaire, plus personne ne gagne de l’argent avec.

Dans une industrie minable qui ne grandit pas ou peu, les faibles disparaissent et les survivants obtiennent une plus grosse part du gâteau. Une entreprise qui peut capturer une portion grandissante d’un marché qui stagne est dans une meilleur position que celle qui lutte à protéger une petite part d’un marché séduisant. En affaire, la compétition n’est jamais aussi bien que la domination totale.

Ces belles entreprises dans les industries pourries partagent toutes les caractéristiques suivantes:

 

  • Elles sont toutes opérées à bas coûts par des économes au comité exécutif.
  • Elles évitent de s’endetter.
  • Elles rejettent les systèmes de caste d’entreprise.
  • Leurs employés sont bien payés et ont un intéressement dans le futur de l’entreprise.
  • Elles trouvent des niches dans des parties du marché qui ont été délaissées par les grosses entreprises.
  • Elles grossissent rapidement, plus rapidement que la plupart des entreprises dans les secteurs réputés pour leur croissance rapide.

 

Chapitre 12: C’est un super achat

Les S&Ls (“Savings & Loans Association” en anglais pour les “associations d’épargne et de crédit” en français) sont devenus très tendance au moment où le livre a été écrit.

 

Voici tout ce qu’il faut connaitre au sujet des S&Ls pour bien les évaluer:

 

  • Le cours actuel.
  • Le cours au moment de l’offre publique initiale (“IPO” en anglais pour “Initial Public Offering”).
  • Le ratio Capitaux propres sur Actifs (“Equity to Assets ratio” en anglais), d’au moins 7,5.
  • Les dividendes.
  • La valeur comptable (“Book value” en anglais).
  • Le PER (“Price Earnings Ratio” en anglais), c’est-à-dire le ratio de cours sur bénéfices.
  • Les actifs immobiliers à haut risque.
  • Les actifs défaillants à 90 jours (les prêts défaillants).
  • L’immobilier détenu.

 

Chapitre 13: Un examen plus approfondi des S&Ls

Pour augmenter ses chances Lynch préfère appeler directement les entreprises (le President, le CEO ou un membre du comité exécutif) plutôt que de seulement dépendre des informations communiquées par des intermédiaires. En faisant cela, il cherche ou bien à découvrir des informations spécifiques ou bien à déceler des surprises qui ne sont pas encore connues de Wall Street.

Pas besoin d’être un expert pour comprendre les S&Ls, il suffit d’avoir une idée assez simple de comment le business fonctionne. Un S&L a besoin de clients loyaux qui veulent conserver leurs économies sur des comptes d’épargne ou courants. Pour gagner de l’argent, il suffit de prêter cet argent à des emprunteurs fiables et d’avoir des couts opérationnels bas pour maximiser les bénéfices.

Lynch préfère aussi investir dans une S&L qui a démontre qu’elle pouvait survivre dans un environnement économique défavorable plutôt qu’une qui excelle dans un environnement en plein essor et qui n’a jamais été testée dans des conditions défavorables.

Voici les exemples de S&Ls que Lynch couvre dans le livre:

 

  • Glacier Bancorp
  • Germantown Savings
  • Soverign Bancorp
  • People’s Savings Financial
  • First Essex
  • Lawrence Savings

 

Chapitre 14: Les Master Limited Partnerships: Une affaire de rendement

Les “Master Limited Partnerships” (MLP) sont des sociétés en commandite. La grosse différence avec une entreprise à responsabilité limitée est que la MLP distribue tous ses bénéfices aux actionnaires ou bien sous forme de dividendes ou bien en remboursement de capital. Les dividendes en règle générale sont plutôt élevés. Le remboursement en capital permet à une partie de la distribution annuelle d’être exemptée de taxe aux Etats-Unis.

Un haut PER est souvent caractéristique d’une MLP.

Le célèbre dicton “Acheter au son des canons et vendre au son des trompettes” est souvent peu judicieux. Une mauvaise nouvelle à tendance devenir encore pire. Donc acheter sur une bonne nouvelle est plus avisé sur le long terme. On peut perdre un peu à attendre une bonne nouvelle plutôt que d’acheter la rumeur. Mais une bonne rumeur qui se concrétise sera toujours bon pour le cours à long terme. Alors qui si la bonne rumeur ne se concrétise pas, on se protège en attendant sa confirmation.

Lynch explique ensuite ce qu’est la survaleur (“goodwill” en anglais) – Location 3760.

Voici les exemples de MLPs que Lynch couvre dans le livre:

 

  • EQK Green Acres
  • Cedar Fair
  • Sun Distributors
  • Tenera Limited Partners

 

Chapitre 15: Les cycliques: On récolte ce qu’on a semé

Quand l’économie est en plein marasme, les gestionnaires financiers professionnels s’orientent vers les valeurs cycliques. Les hausses et baisses de l’aluminium, l’acier, le papier, les constructeurs automobiles, les produits chimiques et le secteur aérien sont presque aussi régulières et fiables que les saisons.

Quand le PER de ces entreprises cycliques est très bas, c’est souvent le signe qu’elles terminent leur période de hausse. Les cycliques sont comportent donc à l’opposé de la plupart des actions puisqu’un PER bas pour celles-ci indiqueraient plutôt la fin d’une baisse.

Avec les cycliques il faut donc arriver à identifier le bon timing. Il est dangereux d’acheter trop tôt, ou de ne pas avoir une bonne connaissance de l’industrie en question et de son rythme. Lynch investit donc au plus bas sur les cycliques, quand tout semble dire qu’elles ne peuvent pas aller pire.

Pour cela, le plus important est de savoir si le bilan est suffisamment solide pour survivre au prochain déclin. Et Lynch essaie souvent d’évaluer les différentes divisions d’une entreprise pour déterminer si la somme des différentes parties n’est pas supérieure à l’ensemble. Ce calcul est assez facile à faire avec les informations disponibles dans le rapport annuel, en multipliant les bénéfices d’une division par un PER standard puis en l’additionnant à ceux des autres divisions.

Voici les exemples de cycliques que Lynch couvre dans le livre:

 

  • Phelps Dodge
  • General Motors

 

Chapitre 16: Le nucléaire en détresse

Un peu comme les personnes physiques, les entreprises changent leur nom pour deux raisons: ou bien elles viennent de se marier, ou alors elles ont été mêlées à un fiasco qu’elles voudraient que tout le monde oublie.

Dans le nucléaire, quand un désastre frappe une entreprise, on retrouve facilement 4 étapes:

 

  1. Le désastre frappe: L’entreprise accuse une chute rapide de ses bénéfices. Cette chute se produit car l’entreprise subit un énorme cout qu’elle ne peut pas répercuter sur ses clients, ou bien parce qu’un énorme actif n’est plus utilisable. Assez rapidement, l’entreprise se trade entre 20% à 30% de sa valeur comptable.
  2. La gestion de crise: Dans la deuxième étape, l’entreprise essaie de baisser ses couts et d’adopter une politique d’austérité en réduisant ou même supprimant ses dividendes.
  3. La stabilisation financière: Pendant la troisième étape, grâce à la réduction de couts et les paiements réguliers de ses clients, l’entreprise arrive à continuer à opérer. Il n’y a toujours pas de dividendes, mais l’action se vend maintenant entre 60% à 70% de sa valeur comptable.
  4. Le rétablissement: L’entreprise est de nouveau capable de verser des dividendes et se vend à sa valeur comptable. L’entreprise peut s’améliorer si elle reçoit des capitaux ou bien si les autorités de régulation l’autorisent à transférer une partie de ses couts à ses clients.

Pour profiter de ces situations, il suffit donc d’acheter quand les dividendes s’arrêtent et de tenir jusqu’à ce qu’ils soient restaurés. Cette stratégie pour obtenir une performance impressionnante.

« Too big to fail » le livre et le film permettent de mieux comprendre les signes de crise, et plus particulièrement la dernière crise financière qui a touché le monde entier.

 
Chapitre 17: La vente de garage de l’Oncle Sam: Allied Capital II

Lynch trouve que la privatisation est un concept étrange. Une privatisation prend quelque chose qui appartient au public pour ensuite lui revendre. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à chaque fois qu’une privatisation a eu lieu pour les américains ou les britanniques, ça a souvent été bénéfique pour les acheteurs.

Ce phénomène s’explique assez facilement puisque les acheteurs sont aussi des électeurs, les gouvernements préfèrent satisfaire les investisseurs qui investissent dans le téléphone ou les énergies par exemple.

Chapitre 18: Mon carnet sur Fannie Mae

 

Pour qu’une action se comporte mieux que prévu, il faut que l’entreprise soit largement sous évaluée, sinon elle se vendrait à un cours plus élevé de toute façon. Quand l’opinion générale est plus pessimiste que la notre, on doit constamment vérifier les faits pour s’assurer qu’on n’a pas été trop optimiste.

Fannie Mae a été fondée en 1938 en tant qu’entreprise détenue par le gouvernement et a ensuite été privatisée dans les années 60. Sa fonction principale était de fournir de la liquidité au marché de l’immobilier en achetant des prêts immobiliers aux banques et S&Ls. La stratégie était d’emprunter de l’argent pas cher, pour acheter des prêts immobiliers à long terme qui payaient un taux fixe plus élevé et d’empocher la différence. La stratégie fonctionnait très bien au début, mais quand les taux d’intérêt ont augmenté, le cout d’emprunt a augmenté aussi et Fannie Mae a perdu beaucoup d’argent.

Lynch passe le reste du chapitre à fournir un historique rapide de Fannie Mae.

 

Chapitre 19: Le trésor au fond du jardin: Le Colonial Group of Mutual Funds

Pendant plusieurs années, Lynch est passé à côté d’un des groupes qui réussissaient le mieux dans Wall Street: les fonds communs de placement (“mutual funds” en anglais). Pendant les périodes où les fonds communs de placement sont populaires, il vaut souvent mieux investir dans les entreprises qui les commercialisent plutôt que dans leurs produits. Ce phénomène est identique à la Ruée vers l’or où ceux qui vendaient des pelles et des pioches réussissaient beaucoup mieux que ceux qui cherchaient de l’or.

La technique de trouver des actions sous-évaluées au sein d’un groupe attractif est une solution que Lynch s’est employé à utiliser avec un grand succès en général comme par exemple avec Colonial Group.

 

Chapitre 20: Les actions dans la restauration: Mettre son argent où sa bouche est

Le secteur de la restauration est réputé être un secteur coupe-gorge. Mais la restauration a un énorme avantage par rapport au secteur de l’électronique ou des vêtements par exemple. Si une nouvelle chaine de fish and chips démarre en Californie, alors qu’une meilleure existe déjà à New York, celle de Californie n’en pâtira pas du tout.

Ce qui fait la différence dans le succès entre plusieurs chaines de restaurants c’est une gestion compétente, un financement adéquate et une approche méthodique pour l’expansion. Quand une chaine essaie d’ouvrir trop de restaurants à la fois, elle risque de choisir les mauvais emplacements, les mauvais managers, payer trop cher pour l’immobilier ou échouer à former les employés correctement.

Les éléments à surveiller dans la restauration sont les mêmes que dans la distribution: le taux de croissance, la dette et les ventes d’un même restaurant. Donc a chaque fois qu’on trouve une chaine avec une croissance de 25% qui se vend à 20 fois les bénéfices, c’est un bon achat.

 

Chapitre 21: Le bilan des 6 mois

Le bilan des 6 mois est un exercice qui permet de suivre l’histoire qui se déroule et de déterminer si l’action est toujours raisonnablement évaluée par rapport à ses bénéfices et quelles mesures sont mises en place dans l’entreprise pour augmenter les bénéfices. Pour cela, il est préférable d’être équipé des bons outils boursiers et notamment d’un journal.

Après cette évaluation, il existe 3 scénarios possibles:

 

  1. L’histoire s’est améliorée, auquel cas on peut même augmenter l’investissement.
  2. L’histoire s’est dégradée, auquel cas on peut réduire l’investissement.
  3. L’histoire n’a pas changé, auquel cas on peut conserver cet investissement ou bien mettre son argent dans une autre entreprise aux perspectives plus brillantes.

 

Critique

 

Pour

 

  • C’est assez appréciable d’avoir un livre écrit par un des plus grands gérants financiers de fonds communs de placement car il est souvent rare d’avoir accès à ce genre d’informations privilégiées.
  • Une approche très simple basée sur les fondamentaux d’une entreprise et le bon sens.
  • Pas de jargon trop technique donc le livre reste vraiment accessible au débutants.
  • Peter Lynch a touché à de nombreux secteurs durant sa carrière auprès de Magellan ce qui permet d’avoir une vue sur divers secteurs.

 

Contre

 

  • Les exemples d’entreprises sont vieux maintenant puisque le livre a été écrit en 1993, mais la logique reste néanmoins tout à fait valide.
  • Le livre est un peu long sur certains passages, surtout quand Lynch rentre dans le détail de conversations spécifiques comme celles avec son coiffeur.

 

 

Crédits photo: © Unclesam – Fotolia.com

 

 

 

Vive le rachat d’actions !

 

Pour la seconde fois de l’histoire de son entreprise, Warren Buffet a annoncé un programme de rachat d’actions fin septembre sur les titres de son célèbre conglomérat Berkshire Hathaway. Il a annoncé un programme d’ampleur afin “de renforcer la valeur intrinsèque des actions qui bénéficiera aux actionnaires gardant leur part”.

La société Bouygues en a fait de même, en proposant d’annuler pas moins de 11,4% de son capital à la suite d’un programme rachat de titres proposé à 30 euros ! Que se passe-t’il donc sur le marché ? Êtes-vous « pour » ou « contre » ces rachats d’actions ?

De nombreuses critiques

Les détracteurs du rachat d’action estiment que ce sont des opérations futiles, que ce sont des aveux de ne pas vouloir faire de la croissance externe, sous-entendu que le marché n’est pas porteur. Et donc que le management ne prend aucun risque.

Nous nous portons totalement en faux face à cet argument. Il existe des cas, quand le cours d’un titre est tellement sous-évalué et qu’il présente une telle décote par rapport à sa valeur intrinsèque, que c’est parfois l’investissement le plus sensé et le plus créateur de valeur qui soit.

Dans son ouvrage « Et si vous en saviez assez pour gagner en bourse », Peter Lynch insiste sur le fait d’éviter à tout prix les « dipiresifications ». Ces entreprises qui souhaitent faire de la croissance externe, ou comment gâcher son argent dans des acquisitions stupides.

Second argument contre le rachat de titre sur le marché : pour de nombreux observateurs, le rachat d’action n’est pas un investissement et n’a donc pas de sens économique.

Certes, racheter des actions, ce n’est pas faire de la croissance ni augmenter ses parts de marché. Mais c’est créer de la valeur avec un actif que la société connait le mieux : ses propres actifs, son marché et son potentiel. C’est le bon sens même, ce qu’il y a de plus simple et de plus pertinent à nos yeux. Ces opérations de rachat sont donc loin d’être des dépenses de cash « inutiles ». Bien des fois, en périodes troubles, quand de fortes décotes des cours par rapport à la valeur des entreprises apparaissent sur le marché, c’est une solution malheureusement trop ignorée par les managements.

Les conditions

Attention tout de même. Tous les rachats d’actions ne nous satisfont pas. Par exemple ceux initiés par DELL qui rachète pour alimenter ses plans de stock-options. On ne peut donc pas vraiment parler dans ce cas de bénéfice pour l’actionnaire… Puisque chaque titre racheté va revenir dans la main d’un salarié. Le jeu est alors à somme nulle. A nos yeux, le rachat d’action a de sens uniquement quand la société annule les actions qu’elle a rachetées. C’est-à-dire qu’elle diminue le capital. Le gâteau a la même taille, mais les parts de chaque actionnaire sont plus grosses !

Rien à voir donc avec l’attribution gratuite d’action, qui en fait, pour un même gâteau, augmente le nombre de parts… mais qui distribue un peu plus de parts aux anciens actionnaires. Une escroquerie dont nous vous parlions il y a quelques mois.

Racheter pour annuler n’est pas la seule condition. L’autre critère indispensable, même s’il parait évident, mérite d’être rappelé. Le rachat doit être effectué à un prix d’aubaine. Quand prix (le cours de bourse) et valeur sont complétement déconnectés.

Avec ces deux conditions remplies, vous avez les ingrédients pour procéder à un bon rachat d’action.

Comment nous profitons des rachats d’action

De nombreuses entreprises détenues dans le portefeuille des Daubasses sont des adeptes du rachat d’action. Ce qui nous ravit car nous sommes convaincus que les titres sont acquis à des prix d’amis, dans le but d’être annulés. C’est le cas des titres de :

– la société allemande n°3 (ajout du 09/12/2011)

– la société anglaise masquée n° 10

– la société canadienne masquée n° 17 

– la société française Gévelot qui a annulé en début d’année 4,73% de son capital

nos fonds fermés qui profitent également à fond de la décorrélation du prix fixé par l’offre et la demande sur le marché et la valeur d’actif net du fond. Notre fonds fermés ukrainien est en première ligne pour racheter des actions sous-évaluées sur le marché, tout comme nos autres fonds : notre fond fermé «Turquie », société masquée n°19, et notre fonds fermé « Inde », société masquée n°20.

Nos abonnés sont informés régulièrement de ces rachats grâce au suivi que nous effectuons tous les mois sur toutes les sociétés analysées dans les précédentes lettres mensuelles ainsi que sur les sociétés du portefeuille.

Les inconditionnels de l’investisseur de la valeur que nous sommes sont forcément des adeptes de ces opérations. Et vous, cher(e) lecteur(trice), qu’en pensez-vous ?


 

Question des lecteurs : Ne serait-il pas préférable d’investir dans des entreprises plus proches de votre horizon géographique d’investissement comme la Belgique ou la France afin d’acheter ce que vous connaissez le mieux ?

Voilà une excellente question, cher lecteur et vous rejoignez en cela le légendaire Peter Lynch qui, dans son livre « Et si vous en saviez assez pour gagner en Bourse », ne préconise rien d’autre.

Morceau choisi : « En gardant un oeil ouvert, vous trouverez des sociétés exceptionnelles  depuis votre bureau ou dans votre centre commercial, bien avant que Wall Street ne les découvre. Il est impossible d’être un consommateur américain avec une carte de crédit sans avoir fait de l’analyse fondamentale sur des douzaines de sociétés – et si vous travaillez dans l’industrie c’est encore mieux. C’est là que vous découvrirez les « 10-baggers ». De mon perchoir à Fidelity, j’en ai eu la preuve des dizaines de fois. »

Ou encore : « On raconte cette fameuse histoire d’un pompier de Nouvelle Angleterre. Vraisemblablement dans les années cinquante, il remarqua l’étonnante expansion d’une usine locale de Tambrands (qui s’appelait alors Tampax). Il songea que c’était là un signe de prospérité, et sur cette supposition, investit avec sa famille 2 000 dollars. Mieux encore, chaque année pendant cinq ans, ils investirent 2 000 dollars supplémentaires. En 1972, le pompier était millionnaire. »

Si nous partageons à 100 % l’opinion de l’ancien gérant « star » de Fidelity, nous devons cependant dire aussi que le point fort de notre approche, c’est qu’elle autorise à l’investisseur d’être « moins connaisseur » de l’activité de la société.  Walter Schloss ne disait d’ailleurs pas autre chose : « On doit en connaître nettement plus sur une entreprise si on base sa décision d’achat sur les bénéfices. ».

 

Statutairement, notre club se doit d’investir dans les sociétés les plus sous évaluées quelle que soit leur origine géographique et il se fait que la majorité de celles-ci ne sont ni françaises ni belges.

 

Néanmoins, il se pourrait, qu’en raison de nos connaissances limitées des aspects légaux et fiscaux d’outre atlantique ainsi que de la langue de Shakespeare, l’impact de l’un ou l’autre « petit caractère » d’un rapport de gestion nous échappe.  C’est une des raisons pour lesquelles nous diversifions autant notre portefeuille.

 

C’est aussi pour cela que, dans le cadre de nos portefeuilles personnels, nous achetons, non seulement des sociétés déjà présentes dans nos portefeuilles d’investissement mais aussi quelques sociétés francophones pour lesquelles nous pouvons nous forger des convictions un peu plus fortes en raison de leur environnement qui nous est plus familier.

Outre LNC dont nous avons déjà traité, nous sommes investis sur une poignée de ces « daubasses de proximité », trop peu sous évaluée que pour être achetée par notre club mais suffisamment pour intégrer nos portefeuilles personnels.  Nos abonnés peuvent d’ailleurs prendre connaissance de ces entreprises éligibles au PEA directement dans la Zone Premium de notre site.

Ceci, cher lecteur, devrait donc répondre à votre question : oui, il est préférable d’investir dans ce que l’on connait le mieux … à condition que ce soit suffisamment sous évalué. Nous pensons aussi qu’une grande marge de sécurité sur une valeur d’actif tangible protège correctement l’investisseur contre une éventuelle méconnaissance.  Mais nous avons la conviction que la meilleure protection pour un patrimoine consiste à obtenir une très grande marge de sécurité sur un actif tangible … que l’on connait bien.

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François Badelon et Amiral Gestion : une autre approche de l’investissement « value »

Nous vous parlons souvent, cher lecteur, des grands gérants « value » américains.  Evidemment ce sont eux qui frappent le plus notre imaginaire.  Mais il y a en Europe  pas mal d’excellents gérants « dans la valeur » également qui appliquent peu ou prou les enseignements de Ben Graham.

L’un d’entre eux, François Badelon, a accepté de répondre à nos questions et de dispenser un peu de son expérience à l’équipe des daubasses.  Il nous a gratifiés d’un entretien à bâtons rompus très enrichissant et nous avons souhaité le partager avec nos aimables lecteurs.

François Badelon est le fondateur d’Amiral Gestion, une maison de gestion parisienne indépendante.  Au travers de ses différents fonds, la société gère près de 300 millions d’euros d’en-cours.

L’objectif des gérants est, nous citons, « de réaliser une solide performance à long terme en recherchant des entreprises de qualité dont la valeur est nettement sous-évaluée par les marchés. »

En termes de performance, on peut constater que celle-ci est effectivement « solide ». Ainsi, son fonds le plus ancien, Sextant PEA a, depuis sa constitution le 18 janvier 2002, offert à ses détenteurs un rendement cumulé de 216 % (jusqu’au 31 décembre 2009).  Par comparaison, le SBF250 a généré un rendement, dividendes inclus, de … 23 % sur la même période.

Outre l’esprit décalé fréquemment utilisé dans ses « lettres aux investisseurs », nous nous sommes trouvés pas mal de points communs … malgré une philosophie d’investissement un peu différente.

L’équipe des Daubasses selon Benjamin Graham : Bonjour François, merci pour le temps que vous nous consacrez.  Amiral Gestion est positionnée comme une maison de gestion « value ».  Pouvez-vous nous expliquer quels sont les grands principes de la philosophie d’investissement qui la caractérise ?

François Badelon : Chacun a sa propre définition du terme « value ».  La notion n’est d’ailleurs pas claire pour tout le monde mais plusieurs définitions peuvent englober ce terme.  Pour vous, « Les daubasses », cela signifie « acheter sous la valeur du patrimoine de l’entreprise ».  Pour nous, chez Amiral Gestion, cela signifie « acheter des entreprises dont on est capable de définir la valeur ».  Ces entreprises doivent être simples à comprendre et nous appliquons le principe de la marge de sécurité.

Nous pensons que l’investissement dans la valeur reste une approche relativement simple par rapport à d’autres approches qui présentent des philosophies de gestion qui nous semblent plus compliquées comme l’achat de secteurs déterminés par exemple.

Pour trouver des opportunités, nous tentons d’élargir notre palette de sources au maximum : nous pêchons nos idées dans la vie de tous les jours, chez des brokers, des amis ou mêmes des investisseurs « amateurs avertis » comme vous.

DBG : Quand on lit vos « lettres aux investisseurs », on peut y voir de temps à autre des appels à des notions scientifiques, philosophiques ou historiques en plus des plus habituelles référence économiques ou financières.  Il faut une bonne culture générale pour travailler chez Amiral Gestion ?

FB : Pas que pour travailler chez Amiral Gestion mais pour être un bon investisseur tout simplement.

La lecture est une source d’apprentissage considérable et pas seulement les livres traitant de sujets financiers.  Il est rare qu’un livre ne me permette pas de tirer des enseignements pour mon métier d’investisseur.

Un exemple ?  Le dernier livre que j’ai lu  «  La France de Vichy », de l’historien américain Robert Paxton.  A la fin, il expose quelles sont les personnes qui ont profité de la guerre ou bien gagné leur vie pendant ces années dramatiques et là, j’apprends que la bourse de Paris a connu une jolie hausse durant l’occupation alors que j’ignorais même qu’elle était ouverte pendant cette période.  Cet exemple me permet de conforter ma conviction selon laquelle il est très difficile de prédire le sens des marchés puisque lors des pires crises ou même, dans le cas précis, d’une guerre, la bourse peut monter.

Le fait d’avoir une bonne culture générale permet d’élargir au maximum sa palette d’opportunité d’investissements puisqu’on est alors capable de comprendre un plus grand nombre de choses.  Par exemple, si sur 100 actions, vous avez 10 actions qui sont dignes d’achat.  Si votre culture générale est limitée, vous serez peut-être capable de comprendre une seule de ces opportunités.  Par contre, avec une culture générale élargie, vous pourrez en comprendre 3 ou 4 et ainsi élargir vos possibilités d’investissement.

La connaissance de différents modèles même sortants de la finance pure vous permet aussi de comprendre un tas de chose.  Par exemple le principe de l’élastique peut très bien être appliqué au marché : plus le marché baisse, plus il remonte.  C’est un peu la philosophie de Charlie Munger et de ses « modèles mentaux ».

DBG : Tout comme nous, vous faites souvent référence aux « illustres anciens » pour expliquer votre philosophie d’investissement …

FB : C’est exact : j’ai commencé ma carrière comme broker à la bourse mais je dois bien reconnaître que je ne comprenais pas grand-chose aux variations des cours.  La lecture des bouquins de Peter Lynch, Benjamin Graham ou traitant de Warren Buffett  a constitué une révélation et jeté les bases de mon métier actuel.

DBG : Comment estimez-vous le potentiel de croissance future d’une entreprise ?

FB : Nous regardons surtout la taille du marché, la part de marché détenue par la société et la capacité de la société à répliquer un modèle.  Par exemple, pendant plusieurs années, un de nos investissements préférés a été Camaïeu.  Au moment où nous avons acheté l’action, la société détenait une centaine de magasins.  Elle avait cependant le potentiel pour ouvrir 500 magasins en France et nous étions convaincus de la capacité de la direction à répliquer son business model.  Aujourd’hui, le réseau de Camaïeu est constitué de 800 points de vente …

DBG : Et pour Passat ? Les « daubasses » et les fonds Sextant ont été investis simultanément sur cette société.  Nous avons vendu l’action à 4,38 euros parce que nous estimions ne plus détenir de collatéraux suffisants.  Amiral Gestion a conservé l’action et ce, à raison, puisqu’elle cote aujourd’hui au dessus de 12 euros.  Pourriez-vous expliquer comment vous êtes parvenus à détecter « plus de valeur » que nous dans cette société ?

FB : C’est l’exemple même de la société que nous sommes parvenus, tout comme vous, à acheter sous sa valeur à la casse mais pour laquelle nous avons détecté un potentiel de croissance.  Parmi les arguments qui nous ont permis de conclure à l’aspect « growth » de cette société, il y a le fait que la société détient en propre un certain nombre de produits qu’elle commercialise et surtout,  il y a eu le changement de management avec des dirigeants qui ont fait leurs preuves dans le passé.  Enfin, pour reprendre l’exemple de Camaïeu, le modèle nous a semblé reproductible dans quasiment toutes les chaînes de grands magasins.

DBG : Vous semblez accorder beaucoup d’importance à la qualité de la direction de l’entreprise.  Quels genres de contact entretenez-vous avec le management des sociétés dans lesquelles vous investissez ?  Quelles sont les qualités que vous exigez d’un dirigeant et comment pouvez-vous vérifier l’existence ou non de ces qualités ?

FB : En réalité, nous évaluons la qualité d’un management avec beaucoup de recul : nous examinons le parcours professionnel de la direction, ce qu’elle a réalisé et avec quels capitaux, si les business plan ont été respectés, si elle est honnête vis-à-vis des actionnaires, si elle n’est là que pour paraître ou si elle a réellement pour vocation de créer de la richesse « actionnariale ».  La rencontre des dirigeants peut être utile pour comprendre certains points de détail mais il me semble important de ne pas baser sa décision d’investir sur cette seule rencontre : on risque dans ce cas de se faire bluffer par des dirigeants charismatiques ayant un grand pouvoir de séduction.

DBG : Quelles méthodes de valorisation utilisez-vous chez Amiral Gestion ?

FB : Les méthodes ou ratios de valorisation dépendent des sociétés ou des secteurs que l’on regarde : nous pouvons acheter une société sur base du modèle de l’actualisation des cash-flows futurs mais aussi plus simplement de son PER, de son rendement sur dividende ou de sa valeur comptable.

Nous aimons aussi nous intéresser à des sociétés présentant une capitalisation boursière faible  par rapport à leur chiffre d’affaires.  Dans ce cas, une légère amélioration des marges suffit à booster la rentabilité. Mais ces approches ne doivent être qu’un simple filtre qui doit conduire à une analyse plus poussée de l’entreprise.

DBG : Quelles sont, selon vous, les forces et faiblesses de l’approche essentiellement patrimoniale que nous utilisons au sein du club des daubasses ?

FB : Selon moi, la grande force de votre approche est qu’elle est peu risquée car elle se base sur le présent et sur du tangible.  Le fait que vous investissez sur des actions dans lesquelles peu de fonds peuvent investir est aussi un point fort : vous avez peu de concurrents sur votre territoire de chasse.

Sa principale faiblesse est que dans ce style, il y a peu d’opportunités et qu’elle convient surtout pour les petits portefeuilles.  Une société de gestion comme Amiral Gestion ne pourrait pas se constituer une position significative dans la plus grande partie des actions que vous avez en portefeuille.  Vous rencontrerez aussi sans doute des périodes durant lesquelles le type de sociétés que vous recherchez est  pratiquement inexistant.

DBG : Nous avons également en commun une participation dans Vet’Affaires.  Amiral Gestion dispose d’un poids certain au niveau de l’actionnariat.  Selon vous, comment la société va-t-elle créer de la valeur actionnaire ? Dans le même ordre d’esprit, pensez-vous que la réorganisation juridique récente mette la société à l’abri de litige concernant le statut des gérants (qui constitue selon nous le principal talon d’Achille de la société) ?

FB : Jusqu’au début des années 2000, la société présentait un super business model mais les magasins ont fini par ne plus plaire et ne plus être à la mode.  Les dirigeants de Vet’Affaires sont d’excellents commerçants et nous croyons qu’à force de ténacité et de travail ils ont trouvé un nouveau format de magasin qui cartonne, des supers produits incroyablement pas cher dans des magasins ou on se fait plaisir a se balader et à chercher des vêtements sympas.  Nous avons visité ces magasins et interrogé les clients : c’est notre partie « travail de terrain » qui nous aide à nous forger nos convictions.  Quant aux risques juridiques liés au statut des gérants, pensez-vous qu’on laisserait la société agir comme elle le fait depuis 20 ans avec, en plus, la mise en lumière régulière de leur système en raison des nombreux procès qui ont été intentés aux dirigeants ? Rien que pour cette raison, nous pensons que si ce modèle n’était pas conforme aux normes légales, il y a longtemps qu’il aurait été remis en cause par les autorités.

DBG : Quelle est la place de l’analyse technique dans les décisions d’investissement d’Amiral Gestion ?

FB : Personnellement je ne m’en soucie pas mais certains membres de l’équipe vérifient de temps à autres si une action est surachetée ou non.  Quand une action est surachetée, cela signifie qu’elle est sous la loupe d’un grand nombre d’investisseurs et donc qu’elle a peu de chance de représenter une opportunité.

DBG : Quelles concessions êtes-vous prêts à faire à « l’impératif institutionnel » ?

FB : Absolument aucune.  Toute mon épargne personnelle est investie dans les fonds Sextant et je suis donc lié à  la performance absolue de ceux-ci.

DBG : A la lecture de vos lettres, on a tout de même l’impression que vous vous excusez de la chute de la valeur d’inventaire de vos fonds en 2008, un peu comme si vous vous excusiez de leur volatilité alors que celle-ci fait partie intégrante de l’investissement en action et n’est, selon nous, qu’un passage obligé vers la rendement final.  Alors que finalement il s’agit jusqu’à présent du seul point noir sur un parcours presque sans faute.

FB : Nous regrettons effectivement pour nos clients la chute de la valeur d’inventaire de 2008 parce que nous pensons que nous aurions pu mieux la gérer : nous avions bien anticipé une baisse des marchés mais nous avons mal utilisé les couvertures pour nous protéger.

DBG : Quelles sont vos valeurs favorites du moment ?

FB : Vet’Affaires  bien sûr mais aussi Gameloft qui n’est pas un investissement « value » au sens où vous l’entendez mais qui nous semble receler un très beau potentiel de croissance grâce à ses logiciels de jeux vidéo destinés aux téléphones mobiles.  La société est leader mondiale dans le domaine et bénéficie indirectement de chaque vente d’I Phone dans le monde.

Trouver son style !

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Pensez-vous que Walter Schloss investirait, tout comme Warren Buffett dans Coca Cola ?
Est-ce que Warren Buffett investirait dans Toyota comme Marthy Whitman ?
Et Marthy achèterait-il des actions de Horlogic comme Irving Kahn ?

Peter Lynch a détenu jusqu’à 1 400 lignes en portefeuille là où Walter Schloss en détenait une centaine et Phil Fischer rarement plus de 7 ou 8.

Philip Fischer mettait l’entretien avec la direction au centre de sa décision d’investissement alors que Peter Lynch dénichait ses idées dans la vie de tous les jours et que Walter Schloss avouait ne presque jamais quitter son bureau.

Tous ces investisseurs sont catalogués « value » et considérés comme parmi les meilleurs de leur génération et pourtant, le type d’actions en portefeuille, leur taux de rotation ou leur nombre de lignes sont totalement différents.

Tout simplement parce que chacun d’entre eux a son propre style.

Si nous pouvons tirer un grand nombre d’enseignements en observant ces grands investisseurs, il est inutile de tenter de les copier.

Chacun aimerait investir comme Warren Buffett. Quoi de plus normal : c’est le plus grand et le meilleur d’entre nous, les investisseurs « dans la valeur ». Et pourtant, l’oracle d’Omaha lui-même a mis un certain temps à trouver son style. Il paraît qu’il s’est même essayé un certain temps au chartisme.

Le problème est que Warren est unique, qu’il a toujours un coup d’avance sur nous, qu’il a une expérience de l’investissement de près de 60 ans et, quoi qu’il s’en défende, une intelligence très au dessus de la moyenne. De plus, il dispose de moyens financiers que nous, petits boursicoteurs du dimanche, n’avons pas.

Autrement dit : seul Buffett peut faire du Buffett et vouloir le copier revient à tenter l’escalade de l’Everest avec une paire de tong …

Cependant, nous avons, chacun d’entre nous, des qualités qui nous sont propres et qui peuvent nous être utiles afin d’optimiser nos activités d’investisseur. Le plus important est de les découvrir et d’adapter sa politique d’investissement à ces qualités. Bref, il faut TROUVER SON STYLE.

Ce n’est certes pas une chose facile dans notre société faite d’un savant mélange de « star system », de crainte du « qu’en-dira-t-on » et de narcissisme. Et pourtant cette démarche nous semble très importante pour réussir ses investissements : faire sa propre introspection et sentir ce que l’on aime faire, ne pas écouter le troupeau des brebis bêlantes et la meute des loups hurlants, ignorer les medias, les pubs et pseudos gourous. Bref s’assumer …