Investir dans des actions dites « de qualité » quand on est chasseur de daubasses (2) … grâce aux options.

Nous vous sentons haletant et bouillonnant cher lecteur, quant à la réponse à notre questionnement de la semaine dernière : comment investir dans des actions « à franchise » sans être tenté de payer le gros prix ?  Voici la manière dont nous y avons répondu pour nos portefeuilles personnels.

Tout d’abord, petit rappel : c’est quoi une option ?

Une option consiste en un droit d’acheter ou de vendre un actif à une date fixée dans le futur à un prix convenu à l’avance.

Généralement, l’acheteur d’option poursuit deux buts :

–         Soit utiliser l’effet de levier que confère une option afin de spéculer.  Par exemple, un investisseur lamda, appelons le Spéculoos estime que le cours de l’action X va augmenter. L’action X cote à 38 usd.  Il achète une option call (= droit d’acheter) sur l’action X, échéance dans 6 mois au prix de 40 usd.  En échange du droit d’acheter l’action X dans 6 mois à un cours déterminer, il paie à l’émetteur de l’option la somme de 1 usd.  A l’échéance, le cours de l’action X est monté à 45 usd.  Spéculoos peut acheter l’action X non pas à 45 mais à 40 grâce à l’option qu’il a achetée et revendre la revendre immédiatement sur le marché à 45.  Il a donc gagné 5 usd à partir d’un investissement initial de 1 usd.  Evidemment, ça aurait tout aussi bien pu « mal tourner » : le cours de l’action aurait pu stagner à 38 usd et dans ce cas, l’option de Spéculoos ne valait plus rien.

–         Autre manière d’utiliser les options pour l’acheteur d’option : pour protéger un portefeuille d’action contre une chute des marchés ou une dévaluation de la devise dans laquelle le portefeuille est coté.  Un exemple ?  Notre brave Spéculoos, dégoûté par la perte subie par ses spéculations sur options, décide de se constituer un portefeuille « daubasses ».  Cependant, ce portefeuille est surtout constitué d’actions cotées en dollar.  Spéculoos décide donc de couvrir son portefeuille sur les éventuelles pertes de change et achète une option.  Il achète des options dollars/euros en lui donnant le droit de vendre ses dollars à une parité de 0,74 euros.  Si le dollar s’apprécie, ses options perdent de leur valeur mais la hausse du dollar entraîne une hausse de la valeur marchande de son portefeuille de daubasses.  Si le dollar se déprécie, la valeur de ses options augmente en compensation de la perte de valeur marchande de son portefeuille.

Et nous ?  Comment utilisons nous les options ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que le prix auquel une option peut être achetée contient une valeur « temps ».  Non seulement celui qui achète une option paie la différence entre le prix d’exercice de l’option et le cours de l’actif sous jacent mais également une valeur « temps » qui dépend du laps de … temps qui s’écoule entre le moment où l’option est achetée et le moment où elle sera exercée.

Comme vous le savez, nous essayons de ne pas être des spéculateurs dans le sens « grahamien » du terme.  Autrement dit, spéculer sur le sens du cours d’une action ou d’un tout autre support pour les 6, 12 ou  18 mois qui viennent ne nous intéresse pas.  Par contre, nous aimons être des commerçants : acheter des stocks, des créances ou des immeuble sous leur valeur réelle pour les revendre plus tard à leur juste prix, ça c’est notre « truc ».

En matière d’options, nous raisonnons de la même manière : nous vendons un actif dont nous ne manquons pas en matière d’investissement : le temps.

En réalité, nous ne sommes pas, comme nous venons de vous l’expliquer cher lecteur, des acheteurs d’options mais bien des émetteurs d’options.  Et nous le faisons évidemment toujours avec une attitude prudente et une philosophie « value ».

Pour commencer, notre approche nécessite de travailler avec des supports dont on est certain que la valeur intrinsèque ne variera pas beaucoup à moyen terme même en cas de crash ou d’accident de parcours.  Vous aurez compris, cher lecteur, que quand un chasseur de daubasse parle de valeur intrinsèque, il ne parle évidemment pas du cours de bourse mais bien de la « vraie » valeur de l’entreprise.

La difficulté, c’est évidemment de « vendre du temps » sur des supports qui conserve, voir augmente de manière constante leur vraie valeur dans le futur à moyen et à long terme.  Forcément, plus la durée de vie de l’option est longue, plus on reçoit d’argent pour le temps passé.  Mais il faut avoir également une bonne conviction que jusqu’à l’échéance de l’option, la société sous-jacente aura conservé sa valeur intrinsèque, quelles que soient les fluctuations boursières du cours de son action.  D’où l’idée que nous avons retenu de n’émettre des options sur des sociétés à franchise, celles dont nous disions dans un précédent article qu’elles se négocient rarement à un prix d’aubaine.

Sur base de la méthode de valorisation que nous vous avions présenté, nous serions prêts à acquérir l’action B avec une décote de 10 % par rapport à son juste prix, soit 58 usd.  Nous avons deux solutions :

  1. bloquer de l’argent sur un compte et attendre patiemment que Mr Market veuille bien nous proposer ce cours (comme nous l’avons déjà souligné, ça peut très bien prendre 15 ans).
  2. bloquer de l’argent sur un compte et émettre un contrat d’option put sur l’action BRK’B.  C’est cette solution que nous retenons pour nos portefeuilles personnels.

 

Si nous souhaitons émettre l’équivalent d’un contrat d’options sur BRK’B, nous nous engageons à acheter 100 actions à 60 usd.  Nous devons donc conserver  6 000 dollars que nous plaçons par exemple sur un livret intérêt.  Nous encaissons pour ce liquide immobilisé 0,30 % d’intérêt.  Parallèlement, nous émettons (c’est-à-dire vendons) un contrat d’option put sur Berkshire Hataway à un prix d’exercice de 60 usd et échéance janvier 2011 (nous ne trouvons pas de cote pour l’échéance 2012 malheureusement).  Pour ce contrat, nous encaissons un montant net de frais de 157,50 usd.  Pour l’argent immobilisé, nous obtenons donc 157,50 usd pour le prix de l’option auxquels nous ajoutons 16,50 usd (les intérêts de l’argent bloqué).  Nos liquidités nous rapportent donc 2,9 % pour une immobilisation de 11 mois (ou 3,2 % annualisé).  Ce n’est évidemment pas le « jack pot » mais une bonne manière, selon nous de dynamiser notre trésorerie en bon père de famille surtout si on compare avec les taux des billets de trésorerie en dollars à un an dont les taux à un an se situent autour de 0,40 %.  Le rendement de notre cash est donc 8 fois supérieur au taux de rendement sans risque.

Et justement, quel risque courons-nous ?  En fonction de notre approche « value » … aucun.  Si le cours de l’action descend sous les 60 usd, nous sommes exercés et dans l’obligation d’acheter des actions … que nous étions, de toute manière disposés à acheter à ce cours (avec, en petite cerise sur le gâteau, l’encaissement de la prime de l’option).  Même si le cours de Berkshire Hataway descendait à 40 usd par exemple, nous subirions effectivement un manque à gagner … mais il est probable que nous n’aurions pas attendu les 40 usd pour acheter et aurions initié notre position dès les 60 usd atteints.

Et si le cours de Berkshire Hataway n’atteint pas les 60 usd ?  Et bien, nous aurons obtenus un rendement intéressant pour nos liquidités.

Et le principe vaut aussi pour les actions détenues.  Comme vous le savez, nous détenons, à titre personnel, quelques actions Berkshire Hataway.  Selon nous, si Mr Market nous propose 82 dollars par action, nous considérons ce prix comme très intéressant.  Dans cette optique, nous émettons des options call (nous vendons donc un droit d’acheter) à 82 usd, échéance juin 2010.  Pour ces options, nous encaissons 242.50 usd.  Et à l’échéance ?

Et bien soit nous aurons été exercé et aurons du vendre nos actions à 82 dollars (mais en ayant préalablement encaissé 2,4 dollars supplémentaires par action) et aurons ainsi encaissé ce que nous estimons être un bon prix pour nos actions.

Soit le prix d’exercice n’aura pas été atteint et … nous aurons encaissé 242,50 usd tout de même.

Enfin, soulignons un point important : le prix auquel on peut émettre une option est bien fonction de sa durée de vie et de son prix d’exercice mais aussi de la volatilité de l’actif sous jacent.  Ainsi, il est souvent plus intéressant d’émettre des options sur des actions à franchise mais volatiles (nous aimons bien, par exemple, faire « joujou » avec des options sur Microsoft).

Comme vous l’aurez constaté, cher lecteur, nous nous sommes un peu éloignés de l’investissement en daubasses proprement dit.  Vous savez cependant que nous traquons la valeur partout où l’on peut la trouver et il nous a semblé que ces émissions d’options étaient une bonne aide psychologique pour :

–         de s’obliger à acheter des actions dites « de qualité » à bas prix

–         de s’obliger à préserver une part de liquidités au sein de son portefeuille d’investissement

19 réflexions au sujet de « Investir dans des actions dites « de qualité » quand on est chasseur de daubasses (2) … grâce aux options. »

  1. C’est une stratégie qui se défend, mais j’y vois juste un bémol: entre le moment de l’émission de l’option et son échéance, des évènements modifiant la valeur intrinsèque du sous-jacent peuvent survenir.
    Bon, vous optez pour des sociétés solides, à franchise, mais tout de même, je ne serais pas à l’aise de devoir vendre ou acheter à un prix déterminé hors contexte.

  2. ah, ca devient tres interessant! 😉

    Est-ce que vous voulez bien nous expliquer comment vous faites cela techniquement depuis l’Europe?
    Fortuneo ne propose que des warrants, a l’achat seulement bien entendu…

    Bien a vous!

    Fidele lecteur.

    PS: Au fait, Philips a ce prix-la, c’est-y pas une bonne franchise?? et Gdf-Suez?

  3. Pour nos portefeuilles personnels, nous travaillons avec http://www.Lynx.be qui permet d’émettre des options tant au départ d’Euronext (pour quelques « blue ship » européenne) que sur la bourse de Chicago.

    Quant à savoir si Philips ou GDF possède ce qu’on appelle une franchise, c’est vraiment impossible à vous répondre en « deux coups de cuillères à pot » : mesurer une franchise est, selon nous, un travail de longue haleine et il est impossible de donner un avis un peu sérieux sans un réel travail de recherche.

  4. Bonjour,
    Petite question technique concernant les appels de marge…
    Pour vos « covered calls », pas de probleme tant que vous avez le nombre de sous-jacents correspondant en portefeuille, n’est-ce pas?
    Et pour vos « naked puts », comment ca se passe? vous avez bloqué sur lynx une somme correspondante en cas d’assignation? Ca leur suffit?

    Autre chose, vous travaillez avec des options americaines ou europeennes?
    assignation a l’echeance seulement ou des que le cours est atteint?

    Voila, je suis curieux d’en savoir plus sur vos strategies…

    Cordialement.
    G.

    1. Pour les options put émises, Lynx nous permet d’émettre des options non couvertes (quelques actions en comptes titres peuvent servir de couverture même partielle à la somme exposée). Par contre, nous plaçons bel et bien la somme nécessaire en cas d’exercice ou d’appel de marge sur un compte à terme ou un livret en dehors de Lynx de manière à toucher des deux côtés : intérêt sur la somme bloquée et primes d’options encaissées.

      POur l’instant, les premières opérations que nous avons réalisées l’ont été avec des options de type européen mais nous n’avons pas encore approfondi suffisament pour déterminer quel type d’options est le plus intéressant.

      Si nos lecteurs ont un avis sur la question …

  5. En tant qu’acheteur d’option, je préfère les européennes mais en tant que vendeur, je pense que les options américaines sont plus intéressantes car la possibilité d’exercer une option à n’importe quel moment à un prix.

    C’est ce qui est un peu fou: le droit de ne pas consommer l’intégralité du temps que l’on a acheté se paye !

    J’aime ce genre de paradoxe… (pour être franc, je n’ai encore jamais traité sur des options américaines).

    Je pense que cette stratégie est très intéressante à la suite d’une occasion manquée de rentrer sur un titre, lorsque le titre vient de dépasser à la hausse un niveau pour lequel la marge de sécurité était correcte… donc en période de reprise. A éviter durant les périodes de frénésie acheteuse !

    Je vois un seul risque dans cette stratégie: si l’entreprise se sépare d’une grande partie de ses actifs et verse un dividende exceptionnel correspondant a cette cession. La, ce serait vraiment la m**** car malgré le fait que l’entreprise ait été bien évaluée, personne ne peut se prémunir contre ce type d’évènement…

    Bon, je crois que je vais bientôt m’y mettre moi aussi car les soldes sur le marché action semblent disparaître peu à peu.

    Bons investissements !

    1. Ma réponse a été coupée par un bugg, je disais : oui merci ! Il y avait qq trucs a comprendre :
      – une option US correspond a 100 sous-jacents,
      – émettre une option put = vendre une option d’achat,
      – sur Lynx : paramètrer son compte pour pouvoir trader des options, attendre la permission 48 h, ouvrir Option Trader, entrer le contrat (sous-jacent), le strike, la date d’echeance et éventuellement la bourse ; pour émettre un put cliquez sur option de vente/cours vendeur, puis dans le formulaire d’ordres, remplir le nombre et le prix.
      Fred

  6. Bonjour, et bravo pour votre article… pour votre blog en général d’ailleurs!

    Une question à laquelle je n trouve pas de réponse.

    Si vous êtes exercé sur une vente de Put, vous achetez donc votre action BRK à 60USd quel que soit son cours au marché (cours inférieur à 60USD de toute manière). OK. Mais celà signifie t’il que les titres vous seront livrés physiquement ou s’agit il de produits purement financiers?
    Je veux dire si vous êtes exercé, allez vous recevoir les titres BRK en portefeuille ou bien avez vous placé un ordre d’achat limité sur BRK en parallèle?

    De même si vous vendez des call, êtes vous obligé de posséder les titres que vous pourriez être contraint de vendre au prix d’exercice? Je crois comprendre que vous vous contentez d’avoir l’argent nécessaire à l’achat de ces titres pour pouvoir les vendre?

    Merci

    1. Bonjour Mistervix,

      Si le cours de BRK et inférieur au prix d’exercice (de 60 usd ici en l’occurrence), nous serons obligés de payer ces titres à 60 usd et ce, même si le cours est à ce moment-là, par exemple, de 40 usd. Et nous recevrons effectivement sur notre compte titres des actions BRK. En réalité, si vous avez émis des options, l’opération se fait « toute seule » : le courtier prélève automatiquement l’argent nécessaire à l’achat et vous livre les titres correspondants.

      Certains courtiers acceptent les émissions d’options à découvert, c’est à dire sans disposer de liquidités nécessaires à l’achat pour des options put ou les titres nécessaires à la vente pour des options call. Celui qui tient notre compte-titre ne le fait pas … mais de toute manière, il est probable que nous n’émettrions jamais des options call à découvert tant les risques peuvent être immenses, du moins en théorie : comme vous êtes obligé de vendre des titres au prix convenu avec votre contrepartie, si vous ne les possédez pas à l’échéance de l’option, vous êtes obligé de les acheter sur le marché pour les céder immédiatement à celui qui vous a acheté les options. Imaginez le désastre si, entretemps, le cours de l’action en question a multiplié par 3 ou 4 …

  7. Chers chasseurs de daubasses,
    Je ne savais même pas qu’émettre des options était accessibles aux particuliers (du moins, de la France dont je suis)! Merci pour ce tuyau! Depuis toujours, ce sport était dans mon esprit réservé aux banques, douées pour vous vendre des options que si vous n’en avez pas vraiment besoin, et encaisser les primes.

    Et pour tout dire, cette dernière observation m’a amené à me poser une question qui me taraude depuis. En effet:
    – si vous proposez un strike à un prix trop bas pour votre option put, Speculoos ne vous l’achètera probablement jamais s’il le fait pour gérer un portefeuille en delta neutre (pour ce faire, il doit acheter au cours actuel); et peut-être un plus probablement s’il veut spéculer, car il voudra payer la prime avec un rabais.. mais sans s’éloigner trop des cours actuels non plus, sinon ça n’aurait plus d’intérêt. C’est d’autant plus vrai sur une valeur solide.
    – et si vous proposez un strike suffisamment proche du cours BRK’B lorsque vous émettez l’option, le risque est de passer à côté d’une belle opportunité si BRK’B corrige (c’est le cas depuis quelques semaines, vous avez sûrement remarqueré!). Pour reprendre votre exemple, avec 6000€ de budget vous seriez tenus d’acheter 100 titres à 60€ à Speculoos, alors que vous auriez pu en acheter 150€ à 40€ au marché..

    D’où ma question: cette stratégie ne nécessite t’elle pas de conserver, disons, 50% de « cartouches » en réserve? Histoire de conserver un moyen de canarder à nouveau la daubasse si elle passe plus bas à l’horizon?
    Voilà.. je suis curieux de connaître votre opinion sur la question.
    Bien à vous,

    Un nouveau lecteur.

    PS: bravo pour votre blog, qui est formidable!

    1. Bonjour Xavier,

      Le problème que vous décrivez se poserait de toute manière si, au lieu d’émettre une option à 60 euros, nous avions placé un ordre d’achat lorsque le cours de l’action atteint 60 euros : nous ne serions pas d’avantage certains que le cours ne pourrait pas aller plus bas. La seule différence, c’est qu’avec notre émission d’options, nous encaissons quelques menues monnaies supplémentaires.

      A partir du moment où nous savons que, pour notre part, nous sommes incapables de prédire la direction que prendront les cours d’une action ou d’un indice, il est important de se consacrer sur la seule chose que nous pouvons déterminer avec +/- d’exactitude : la valeur de la société que nous achetons. Et que nous achetions directement des actions ou que nous passions par des options ne nous semble pas changer grand chose à l’affaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.