L’effet d’appartenance

Essayons de comprendre ensemble le mécanisme psychologique qui opère en nous lorsqu’un investissement est dans le rouge vif et qu’un espoir sans fondement, allant parfois même à l’encontre de fait précis démontrant que l’on s’est trompé, nous pousse à le garder coûte que coûte.

C’est donc de la difficulté de vendre dont nous allons vous parler dans ce troisième volet de notre « trilogie » sur la psychologie  de l’investisseur.

« Plein d’espoir, dans ce petit espace du cerveau où nous prenons nos décisions d’ investissement, notre conviction est faite. Une des difficultés qu’il nous faut parvenir à surmonter pour vendre c’est l’attachement que nous ressentons pour la position que nous détenons. Après tout, dès que quelque chose nous appartient, nous avons tendance à nous  attacher naturellement. Cet attachement que nous ressentons pour les choses que nous avons achetées est appelé « l ‘effet d’appartenance », par les psychologues et les économistes et nous y sommes sensibles dans le cadre de nos transactions financières. C’est ce même attachement qui nous empêche de nous séparer de cette vieille veste de sport qui reste accroché a notre portemanteau et que nous ne portons jamais.

L’investisseur développe une parenté avec ce sentiment. Chaque achat qu’il effectue est chargé d’une signification en tant qu’extention de sa propre personne, un peu comme chez un enfant. Une autre raison pour laquelle l’investisseur ne vend pas, même quand la position perd de l’argent, c’est parce qu’il veut encore espérer. Pour un très grand nombre d’investisseurs, au moment de l’acte d’achat, le jugement critique s’affaiblit et l’espoir monte en puissance dans la conduite du procesus décisionnel. »

L’auteur de ce passage est David Shapiro psychologue et professeur à l’université New School de New York.

Nous ne nous souvenons pas avoir lu une explication aussi simple et aussi brillante sur ce « sentiment d’appartenance » : « ……Chaque achat…  est chargé d’une signification en tant qu’extention de notre propre personne… ». Et c’est évidemment le fait de penser que l’action d’achat est comme une partie de nous même, qui crée la difficulté de juger cet achat comme une chose négative à un moment donné, ce qui signifie alors, par extention que nous nous jugeons idiots et surtout que nous allons apparaître comme tel.

Dans un autres texte nous avons essayé de comprendre pourquoi la majorité des investisseurs sont « moutonniers »… En résumé, copier les autres est un acte naturel que l’on retrouve à tous les stades de notre vie : enfance, adolescence, âge adulte, … Et qui n’a pas, en général, la moindre conséquence négative dans la vie de tous les jours.

Tout comme l’effet « moutonnier », nous retrouvons, le « sentiment  d’appartenance » en dehors de l’investissement.

Prenons quelques exemples simples pour illustrer ce sentiment.

Vous invitez des copains amateurs de bon vin à dîner et vous achetez deux bonnes bouteilles que vous jugez sortir des sentiers battus dans le but « d’épatter la galerie ». Au moment où vous avez rempli les verres, qu’attendez-vous, sinon, des compliments sur vos choix ?  Car cela signifie que vous avez bon goût, en matière de vin, et bon goût tout court. Votre égo est flatté et tout le monde aime cela. Dans le cas contraire, si l’un de vos amis fait la grimace, puis vous avoue qu’il n’aime pas, c’est vexant… Mais si ce n’est qu’un de vos amis cela passe encore, vous vous direz « après tout, chacun ses goûts ». Par contre, si tout le monde fait la grimace, c’est un véritable malaise qui vous traverse le corps et l’esprit. Au lieu de remettre en cause vos choix, vous aurez tendance à penser que vos amis n’y connaissent pas grand chose et que finalement, le véritable amateur de vin c’est vous !

Autres exemple : quand on vous demande : « et alors, tes vacances ? ». Vous répondez toujours avec un enthousiasme délirant sur les merveilles de l’endroit de villégiature que vous avez choisi même si elles furent « merdiques ».

La grande majorité d’entre nous ont peu de regards critiques sur ce que nous choisissons ou achetons. En tous cas, même si nous admettons que nous nous sommes trompés, il importe de sauver les apparences pour les autres, en faisant comme si c’était top, extra.

Revenons à l’investissement. Il nous faut nous demander comment nous devons faire pour éviter que ce sentiment d’appartenance parasite nos prises de décisions, pour éviter d’encore espérer quand il n’y a plus rien à espérer pour maintenir en permanence son jugement critique et ne pas se laisser aveugler par un espoir béat et sans fondement quand nous prenons la décision d’investir ?

Nous pensons dans l’équipe des Daubasses que seul une méthode d’investissement pertinente et rationnelle offre  une distanciation suffisante entre nous-même et ce que nous achetons.

Car d’une certaine manière, c’est notre méthode qui prend les décisions d’investissement à notre place et qui fixe aussi les moments de vente avec d’autres critères précis.

Une méthode d’investissement pertinente pour l’équipe des « Daubasses », doit nécessairement répondre a quelques critères fondamentaux.

Chaque filtre doit être être à la fois chiffré et défini avec un maximum de bon sens.

Avec ces filtres, vous devez savoir exactement quand vous achetez et quand vous vendez. Rien, ne doit être laissé à votre appréciation du moment dans les deux sens.
Vous devez enfin porter réflexion sur la taille de vos positions ; en d’autres mots, réfléchir à la diversification optimale par rapport à votre méthode et également par rapport à votre confort psychologique. Ne pas être psychologiquement confortable avec les pertes dictées par votre méthode vous poussera très vite à changer de méthode, voir à l’appliquer partiellement ! Ce qui conduira forcément à l’échec.

En conclusion, nous pensons qu’il est primordial de comprendre votre « mécanique » psychologique naturelle plutôt que de la nier ou de faire semblant de la maîtriser dans certains moments dont nous savons pertinemment que nous n’y parviendrons que partiellement

Plus nous essayons d’approfondir le sujet « psychologie », plus ce sujet nous semble capital pour réussir ses investissements car  comprendre nos réflexes,  permet de mettre en place des systèmes raisonnés écartant nos émotions dans différentes situations qui créent de la tension.

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4 réflexions au sujet de « L’effet d’appartenance »

  1. Bonjour amis des Daubasses,

    Oui, vous avez cent fois raison, la psychologie est un élément essentiel de l’investissement. Je conseille d’ailleurs le livre Mickaël Mangot « Psychologie de l’investisseur et des marchés financiers » (Dunod) qui expose les résultats de nombreux travaux de finance comportementale réalisés depuis 30 ans. Nos nombreux biais cognitifs, émotionnels et comportementaux y sont décortiqués. On y trouve aussi des études précieuses sur les comportements des traders, analystes financiers et gestionnaires de fonds, ces derniers étant particulièrement grégaires et globalement peu performants. L’approche value y trouve des arguments supplémentaires, si besoin était.

  2. Mais vous avez aussi un sentiment d’appartenance sur la méthode en elle même ! J’ai choisi et construit cette méthode donc elle est bonne et meilleure que la moyenne des autres.

    C’est marrant parce que j’ai aussi pensé a cela. J’en arrivais a la conclusion que « se remettre en question » / « accepter réellement qu’on a été mauvais, qu’on a fait les mauvais choix », est une qualité rare et indispensable pour tout entrepreneur.

    En bourse, se comparer en LT sur un indice de référence est INDISPENSABLE. Il faut accepter, si l’on fait moins bien, que qqchose cloche ou alors que la bourse est un loisir…

    1. Bonjour Executive,

      Votre interrogation sur notre « effet d’appartenance » à notre méthode est vraiment pertinente. C’est très aimable de votre part de dire que nous avons construit cette méthode… Mais en fait c’est Benjamin Graham qui l’a construite et nous l’avons tout au plus légèrement aménagée selon nos sensibilités.

      Ce que nous en avons surtout pensé au début en décidant de l’appliquer, c’est que nous comprenions parfaitement sa logique et que nous étions intellectuellement capable de l’appliquer a 100%, ce qui changeait finalement de ce que nous avions appliqué de manière individuelle jusque là.Par contre, nous n’avons jamais préjugé des résultats. Même si nous espérions qu’ils seraient supérieurs à la moyenne, nous attendions nous-même les faits c’est-à-dire des résultats supérieurs à la moyenne.Et aucun des quatre membres n’aurait poursuivi sans résultats.

      En fait, ces trois volets sur la psychologie de l’investisseur comportent finalement un quatrième volet dans lequel sera présenté une méthode d’investissement diamétralement ou plutôt supposée diamétralement opposée à la nôtre mais qui selon nous est basée sur la même logique, le même bon sens, le même besoin de discipline.

      Nous espérons démontrer avec cet exemple que tout ce qui importe est la logique, le bon sens et le 100% applicable et que la méthode que nous appliquons, n’est pas la seule à posséder ces atouts.

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