Bas les masques : Albemarle & Bond

Comme nous l’avons signalé à l’une ou l’autre reprise et même si « cela fait mal », nous exposons volontiers nos erreurs sur ce blog.

Reconnaître ses erreurs, c’est une des premières étapes indispensables dans le cheminement à suivre pour devenir un meilleur investisseur… mais c’est aussi, pour nous, un élément incontournable de la transparence que nous voulons avoir vis-à-vis de vous, ami(e) lecteur (trice) : oui, nous avons la conviction que notre approche est rentable à long terme mais nous sommes aussi conscients que, de temps à autres, nous allons subir des pertes retentissantes.  C’est un peu ce que nous expliquions ici.

reconnaître ses erreurs d'investissement

Dans notre dernier article de finance comportementale, nous vous avions exposé différentes erreurs que nous avions commises au cours des 6 années d’existence de notre portefeuille et avions traité d’une erreur qui n’est pas encore « actée » car nous détenons toujours les actions de la société en question.  Néanmoins, nous avons déjà repris cet investissement pour 0€, ce qui, si cela se confirme, sera la seconde perte totale depuis la création de notre club d’investissement.

En fait, nous nous sommes laissés leurrer par les actifs principaux de cette société (des créances et des stocks de métaux précieux) et ce, alors que dans notre analyse, nous avions clairement relevé et calculé que sa Valeur en cas de mise en liquidation volontaire (la VMLV) était négative.

faillite bourseEn fait ? Au vu des actifs détenus par cette société et en respectant strictement tous les points de notre process, nous n’avons jamais cru que cette société pourrait faire faillite… alors que cette possibilité était écrite noir sur blanc dans notre analyse. Si l’issue de cet investissement s’avérera sans doute fatale, ce sera probablement la plus grave erreur que nous ayons commise au cours de ces trois dernières années : non seulement, nous y avons investi mais en plus, nous avons décidé, à trois reprises, de « recharger la mule ». Ce sera aussi notre plus lourde perte depuis nos débuts, il y a presque 6 ans, en terme de sommes investies car la perte sera de 3.33% de notre portefeuille, notre perte maximale autorisée par position. Sans attendre l’issue du verdict, nous avons déjà décidé de ne plus investir sur des sociétés dont la Valeur en cas de mise en liquidation volontaire est négative quelle que soit la nature des actifs.

Vous l’aurez compris : cette société (il s’agit d’une britannique, dénommée Albemarle &Bond) a été mise en liquidation et, exactement comme nous l’avions calculé, il est aujourd’hui presque certain que les actionnaires ne recevront strictement rien.

Vous pourrez trouver, ci-dessous, l’analyse que nous avions proposée à nos abonnés au moment de notre premier achat en décembre 2013.

 

Albemarle & Bond

(London Stock Exchange, Ticker: ABM.L / ISIN : GB0000343110)

 

sans-titreI. Introduction

Albemarle Bond est une société britannique qui déroule ses activités autour de quatre axes complémentaires.

Le premier axe est celui des prêts sur gage. Albemarle est une sorte de « Mont-de-Piété ». La société octroi des prêts, au travers de ses 200 et quelques comptoirs, en prenant en gage des bijoux en métaux précieux. 75 % des prêts sont honorés et les clients d’Albemarle peuvent ainsi récupérer leur bien. Dans la négative, Albemarle vend les bijoux, se rembourse et restitue le surplus de lavente au client. Plus de la moitié des résultats bruts d’exploitation proviennent de ce segment.

Un autre département de l’entreprise est constitué par les activités d’achat d’or. Cette activité est cependant en déclin en raison de la diminution des quantités d’or physique en circulation.

L’activité « joaillerie » est essentiellement approvisionnée par les bijoux engage sur les prêts non honorés.

L’entreprise octroie aussi des prêts non gagés par des collatéraux physiques.

Cette activité est encore marginale mais il entre dans l’intention de la direction de la développer.

En raison de la chute des cours du métal jaune, l’Ebitda de la société s’est dégradé et Albemarle ne respecte plus ses « covenants », c’est-à-dire les critères financiers convenus avec les organismes qui lui ont consenti les avances nécessaires au financement de ses activités. Les banques qui avaient elles-mêmes prêté à Albemarle ont dénoncé les crédits bien que ceux-ci aient été conclus à long terme, les transformant d’autorité en prêt à court terme.

L’autre impact de la baisse des cours de l’or réside dans la perte de valeur des stocks de bijoux achetés. Enfin, la direction explique qu’elle est confrontée à une concurrence plus forte dans le domaine du prêt sur gage et, qu’en conséquence, l’entreprise perd des parts de marché.

Ajoutons à ces évènements des frais de restructuration avec la fermeture de plusieurs boutiques non rentables, le licenciement du CEO et des honoraires de consultance et vous aurez là toutes les raisons de l’effondrement du bénéfice annuel (clôturé le 30/06).

Les banques ont donné à Albemarle jusqu’au 3 février 2014 pour proposer une solution pour assainir durablement la société.

Toutes ces nouvelles, couplées à l’annonce de la suppression du dividende et des prévisions d’Ebitda négatifs pour l’avenir en raison de la faiblesse persistante de l’or, ont, très logiquement, mis le cours de l’action sous pression.

Le 20 décembre, nous avons acheté 11 900 actions Albemarle Bond à un coût, frais de courtage et taxes de bourse incluses, de 21,16 GBp.

Nous travaillons donc avec les comptes annuels arrêtés au 30/06/2013.

II. La Valeur d’Actif Net Net (VANN)

Nous relevons un actif courant de 172 GBp par action, duquel nous retirons les dettes pour 116 GBp par action. La VANN s’établit donc à 55,80 GBp.

III. La Valeur d’Actif Net Estate (VANE)

La société détient très peu d’immobilier en propre : à peine 0,5 GBp. Ce montant est trop symbolique pour que nous nous y attardions.

IV. La Valeur en cas de Mise en Liquidation Volontaire (VLMV)

Il nous semble indispensable de calculer cette valeur avec un maximum de prudence vu le contexte de crise de liquidité que rencontre Albemarle.

Fidèles à nos habitudes, nous commençons par les postes de l’actif courant et le plus important, les créances sur les clients. Celles-ci sont payées en moyenne à 217 jours, en hausse par rapport à la moyenne de 190 jours des années précédentes. Ceci dit, l’importance de ces encours est à relativiser puisque le prêt fait partie intégrante de l’activité d’Albemarle. Ce qui nous importe, c’est desavoir si ces prêts seront honorés et, dans la négative, si la société disposent de garanties suffisantes avec les bijoux déposés en gage.

Comme signalé plus haut, la direction nous explique que 75 % des prêts sont remboursés à l’échéance et que seuls 25 % font l’objet d’un remboursement par l’intermédiaire de la vente des gages. Le risque de perte nous semble donc relativement limité puisqu’il ne porte que sur 25 % de l’encours et qu’on peut penser qu’une bonne partie de ces 25 % sont couverts. En estimant que la chute de l’or a fait baisser la valeur des covenants de 50 %, nous pouvons donc penser que le risque sur ce poste est de 50 % de 25 %. C’est la marge de sécurité que nous décidons de prendre et nous réduisons donc la VANN d’un montant de 15 GBp.

investissement indirect en or

Les stocks, qui constituent le second poste de l’actif courant, sont essentiellement composés de bijoux soit qui proviennent de créances non honorées (pour 68 % du total) soit qui ont été acheté en vue de revente. Le niveau des cours de l’or est, aujourd’hui, plus ou moins au même niveau que ce qu’il était à la clôture de l’exercice. Néanmoins, vu les circonstances dans lesquelles se trouve la société, on peut penser qu’elle ne pourra pas écouler ses inventaires à un prix satisfaisant. Pour cette raison et malgré le fait que la joaillerie ne soit pas vraiment un secteur dans lequel l’obsolescence est « galopante », nous décidons de prendre une marge de sécurité de 40 % sur la valeur reprise aux livres. Nous amputons donc cette ligne du bilan de 15 GBp.

Le cash représente 18 GBp par action et n’appelle, selon nous, aucun commentaire.

Au niveau de l’actif fixe, peu de choses à relever : les boutiques sont louées et les seuls actifs sont les aménagements de celles-ci … aménagements difficilement réalisables pour la plupart. C’est la raison pour laquelle nous ne tenons compte que de 58 % de leur montant amorti, soit la somme symbolique de … 1 GBp.

Hors bilan, nous tenons compte des engagements de loyers futurs à payer pour 50 % de leur valeur, soit 35 Gbp.

En tenant compte de tous ces éléments, nous obtenons, dans le scenario d’une mise en liquation volontaire, une valeur négative pour Albemarle, de -8,2 GBp.

V. La Valeur de la Capacité Bénéficiaire (VCB)

Par le passé, Albemarle a généré de très beaux résultats opérationnels : 21 Gbp en moyenne au cours des 5 dernières années. En amputant ce montant de 35 % à titre d’impôt forfaitaire sur le résultat, en actualisant à 12 %, en ajoutant la trésorerie de l’actif et déduisant les dettes financières, nous obtenons une VCB de 32,17 GBp.

VI. Conclusions

A notre coût d’achat de 21,16 Gbp, nous avons obtenu une marge de sécurité de :

62,1 % sur la VANN

34,2 % sur la VCB

Il est dommage que l’importance des baux commerciaux en regard avec les actifs disponibles ne nous permettent pas d’avoir tous nos apaisements quant à la bonne fin d’une liquidation volontaire.

Les deux points délicats avec Albemarle sont, selon nous, les suivants :

– Tout d’abord, parvenir à renouveler le business model de la société afin de lui permettre de générer, à nouveau, des résultats positifs même dans un environnement proposant des prix déprimés pour le métal jaune

– Ensuite, et c’est le plus urgent, parvenir à présenter à ses créanciers, un plan de restructuration crédible qui lui permette de poursuivre ses activités. Nous avons vu que, dans le cas d’un arrêt immédiat de celles-ci, il ne resterait vraisemblablement rien aux actionnaires.

Ce plan de restructuration peut prendre plusieurs formes : une augmentation de capital, une renégociation réussie des échéances de dettes ou une cession pure et simple.

Ce dernier scénario semble, pour l’heure, tenir la corde. Rien ne dit qu’il se réalisera mais, s’il se réalise, nous espérons que la qualité de cette société permettra de réaliser une plus-value sympathique sur nos actions.

3 réflexions au sujet de « Bas les masques : Albemarle & Bond »

  1. Savoir reconnaître ses erreurs est une qualité rare dans le monde d’aujourd’hui. À titre d’investisseur boursier, elle est pourtant inhérente à la réussite sur le long terme.

    Malheureusement, la majorité ne le comprendront jamais.

    Mais pas vous heureusement.

    Bonne continuation!

    Martin

  2. Bonsoir,

    Nouvellement inscrit et après la lecture de quasiment toutes les newsletters, je me demandais ou en était votre projet de Holding (je ne retrouve plus le terme exact).

    En tout cas que de données à ingurgiter ….

    Bien à vous

    1. Bonjour,

      La fiscalité mobilière pour les personnes physiques étant ce qu’elle est en Belgique pour l’instant (c’est à dire très avantageuse), nous n’avons pas trouvé de support juridique qui nous permettrait d’éviter tout frottement fiscal par rapport à une détention en personne physique. Pour l’heure, nous restons donc en attente …

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