Finance comportementale (9e partie) : mais que fait Linda ? … ou le biais de représentativité

finance comportementaleCe texte fait partie de la série « finance comportementale ».

C’est une nouvelle fois avec l’aide de nos amis Kahneman, Tversky et Slovic que nous allons mieux comprendre ce que fait Linda, c’est-à-dire ce que sont les raccourcis mentaux générés par la représentativité que nous sommes amenés à faire naturellement et qui peuvent amener l’investisseur à faire des choix erronés.

Commençons par une définition. Qu’est-ce que l’heuristique ?

Ce mot vient du grec ancien, eurisko, « je trouve ». Selon le Littré, c’est un terme de didactique qui signifie « l’art d’inventer, de faire des découvertes ».

En psychologie, une heuristique de jugement désigne une opération mentale rapide et intuitive.

Voici donc ce que Kahneman, Tversky et Slovic nous expliquent dans leur livre : Daniel Kahneman, Paul Slovic & Amos Tversky, Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases

« L’heuristique de la représentativité est utilisé lorsque les individus doivent estimer la probabilité d’appartenance d’un objet A à une classe B ou lorsqu’ils doivent évaluer la probabilité qu’un évènement A provienne du processus B, B étant déjà connu. Ces probabilités sont évaluées « en fonction du degré selon lequel A est représentatif de B, c’est-à-dire en fonction du degré selon lequel A ressemble à B. Le terme « représentativité » renvoie donc à la similarité d’un objet ou d’un évènement par rapport a un autre. »

Kahneman et Tversky effectuent des tests et notent deux distorsions principales. Au lieu de poser un jugement logique guidé par les probabilités, la majorité des individus pose un raisonnement basé sur des informations de représentativité.

Voyons avec le test, pour que cela soit plus clair

behavorial finance« Linda a 31 ans, elle est célibataire, franche et très brillante. Elle possède une maîtrise de philosophie. Etudiante, elle se montrait très préoccupée par les questions de discrimination et de justice sociale, elle participait aussi à des manifestations antinucléaires.

Selon vous, Linda a-t-elle plus de chance d’être :

  • Enseignante dans une école primaire.
  • Libraire et inscrite à des leçons de yoga.
  • Active dans le mouvement féministe.
  • Travailleuse sociale en milieu psychiatrique.
  • Membre de la ligue des électrices.
  • Guichetière dans une banque.
  • Vendeuse d’assurances.
  • Guichetière dans une banque et active dans le mouvement féministe. »

 

89% des individus ayant réalisé le test on choisi la variante numéro 8.

Essayons de comprendre pourquoi, sans connaître réellement Linda, pratiquement 9 personnes sur 10 ont fournis cette réponse. En fait, nous pouvons dire que la grosse majorité des gens interrogés mais aussi une grosse majorité d’individus tout court, dont bien entendu l’équipe des daubasses essayera de poser son raisonnement sur ce « qu’est Linda ? », avec l’information contenue dans les trois premières lignes, qui nous donne une représentation de Linda, c’est-à-dire une nana intelligente, diplômée en philosophie, préoccupée quand elle était étudiante par les problèmes de discrimination et de justice sociale et active dans l’antinucléaire.

Si nous passons rapidement en revue les 8 possibilités, on se dirait : « enseignante dans une école primaire, ne correspond a priori pas à son niveau d’étude », « libraire et inscrite à des leçons de Yoga, bof. Possible avec la philosophie, mais pas d’information pour le yoga ! », « active dans le mouvement féministe, pourquoi pas… en hobby. », « travailleuse sociale en milieu psychiatrique : pas formée », « membre de la ligue des électrices, peut-être pour faire plaisir à sa meilleure amie… », « guichetière dans une banque, très possible, même si cela ne colle pas trop avec ses études non plus… » , « vendeuse d’assurance, possible aussi, mais rien ne laisse entendre dans ce que nous savons d’elle qu’elle aime l’aspect commercial.»,  « guichetière dans une banque et active dans le mouvement féministe… Même si la banque ne colle pas trop avec ses études, le fait qu’étudiante elle était préoccupée par les discriminations et active dans l’anti-nucléaire colle bien avec : « active dans le mouvement féministe ». On dirait donc en conclusion qu’elle a de grande chance d’être guichetière dans une banque et active dans un mouvement féministe (réponse 8).

Tout notre petit raisonnement rapide a donc été fondé sur la représentation de Linda décrite dans les trois premières lignes et en aucun cas sur la logique des probabilités. Nous pensons donc pouvoir nous débrouiller avec des éléments représentatifs d’une personne que nous ne connaissons pas, sans que, et pour la grande majorité, la logique des probabilité ne nous effleure même pas.

Si nous reprenons le problème avec les probabilités et une certaine logique, nous devons d’abord éliminer les doubles propositions, soit « Libraire et inscrite à des leçons de yoga ». Mais aussi « Guichetière dans une banque et active dans le mouvement féministe ». Car pour ces deux propositions indépendantes, les probabilités sont inférieures aux 6 autres propositions. Donc  en final, Linda pourrait aussi bien être institutrice que libraire, mais aussi simplement active dans un mouvement féministe ou vendeuse d’assurance. Les 6 autres propositions ayant donc des chances égales d’être exactes.

Pour que le tableau théorique soit le plus complet possible Kahneman et Tversky nous expliquent aussi que la majorité des individus, toutes catégories confondues, experts et scientifiques inclus ont généralement un problème de distorsion lié a la loi « des petits nombres », soit à la taille de l’échantillon et une mauvaise compréhension du hasard et donc des probabilités.

Pour illustrer cela, ils nous expliquent deux tests. Le premier sur la taille des échantillons.

Vous avez donc deux hôpitaux spécialisés dans les naissances. Le premier hôpital de petite taille compte 10 naissances par jour, le second de grande taille compte 100 naissances par jour. Il est évident qu’a long terme 50% des nouveau né sont des garçons et 50% des filles. La question posée aux individus qui ont participé au test est la suivante : « sur une seul année, quel hôpital a le plus de chance d’avoir un nombre de jour plus élevé que l’autre, où la naissance de garçons dépasserait 60% ? »

comportement des investisseurs en bourse

Le choix des réponses était les suivants :

– le grand hôpital

– le petit hôpital

– nombre de jours égaux dans les deux hôpitaux

La majorité des individus ont répondu la troisième solution, soit nombre de jours égaux, alors que la bonne réponse était le plus petit hôpital. Car plus l’échantillon est petit, plus la variance est importante (loi des petits nombres) alors que plus l’échantillon est important plus la variance diminue (loi des grands nombres). En d’autre mots, dans le plus petit hôpital, vu qu’il n’y a que 10 naissances par jour, le hasard peut très bien produire la naissance de 8 garçons et seulement 2 filles et inversement, plus souvent que dans le grand hôpital où il y a 100 naissance par jour et nettement moins de chances de voir se produire la naissance de 80 garçons et seulement 20 filles à répétition.

Voici le second test sur la perception direct du hasard.

Dans un jet de pièce, pile ou face, la majorité des individus auront tendance à croire que les caractéristiques du processus aléatoire sont présents aussi bien dans un grand nombre de jets que dans un petit nombre de jets. La majorité des individus pense qu’il est plus probable d’avoir une séquence « face-pile-face-pile-face-pile », qu’une séquence « face-face-face-pile-pile-pile », car la première séquence représente mieux la probabilité général d’avoir 50% de face et 50% de pile. Alors qu’il en est rien.

  1. Kahneman et A. Tversky, « Subjective probability: A judgment of representativeness », Cognitive Psychology, vol. 3, no3,‎ 1972

Avant de passer à l’investissement, voyons d’abord ce que les Daubasses aurait répondu au test : « Mais que fait Linda ? »

Voici d’abord la demande suivi des réponses dans l’ordre d’arrivée.

reflexions et analyse financière« Louis A, Franck, Louis P.

Dans le cadre de mon neuvième article sur la finance comportementale, pourriez-vous répondre à la question posée et m’expliquer brièvement pourquoi vous avez choisi cette réponse et pas les autres.

merci d’avance a tous les trois »

Louis P.

Alors là, Pierre, je ne vois à nouveau pas du tout où tu veux en venir. Cette nana peut tout aussi bien exercer chacune des activités que tu proposes (et plein d’autres d’ailleurs). En principe, j’élimine d’office « enseignante » et « travailleuse sociale » puisqu’elle n’a pas le diplôme donnant accès légalement à ces professions.

Comme tu parles de « chances », je dirais aussi que j’élimine toutes les propositions doubles puisque les chances de réunir deux conditions simultanément sont toujours plus faibles que celle de réunir une seule.   Reste donc les propositions 3, 5, 6 et 7.

Je vais prendre la 6 en me disant qu’il doit y avoir généralement plus de guichetières de banque que de féministes ou de politiques. Et que j’ai rarement vu des « courtières en assurance ». Donc je propose que Linda soit employée de banque. J’ai bon ?  🙂

Louis A.

Bonjour Pierre,

Un peu difficile de répondre car en réalité, je ne la vois occuper aucune des fonctions citées car son profil ne correspond à aucune d’entres-elles. Je la verrais plutôt journaliste ou dans la politique.

Si je dois répondre en fonction de « à plus de chances », je devrais me baser sur les divers métiers cités et choisir celui qui actuellement est le plus recherché par les recruteurs. Et là, je n’en ai pas la moindre idée…

Bon, je vais répondre la 2, « libraire et inscrite à des leçons de yoga ». C’est ce qui me semble le plus « coller » avec sa personnalité…

Franck

Bonjour Pierre,

Linda est bien entendu « enseignante dans une école primaire ». Pourquoi ?

C’est évident. Linda veut inculquer dès le plus jeune âge un esprit citoyen aux jeunes français. Elle les fait participer à des classes vertes « écolos » et participent à la vie locale de sa petite ville de 8 000 habitants. Et puis, elle a choisit ce métier pour un autre intérêt… le temps libre que lui procure cette profession et la sûreté de l’emploi du statut de fonctionnaire n’est pas non plus pour lui déplaire.

Ainsi, elle passe son temps libre à philosopher avec ses amis Pierre, Barbara et Lucien au bar philosophique « Socrate, so critique » entre 2 verres de vin. Et pendant toutes les vacances qui lui sont accordées, il n’est pas rare de croiser Linda aux côtés de Green Peace, allongées sur les voies pour bloquer les trains qui transportent des déchets nucléaires d’Allemagne vers la Hague en France, durant une manifestation contre la construction de ce nouvel aéroport ou bien encore dans le Massif Central pour participer à la construction d’un centre de détente basée sur la philosophie : chèvrerie (élevage et exploitation de troupeaux) – détente – troc – autosuffisance – philosophie. Certains diraient « bitnique », ou encore « hippies »…

Elle est en concubinage avec Albert. Le boulanger-pâtissier de la ville. Baguette d’or de la région en 2013. Il fait aussi la meilleure fougasse du coin !

Enfin, Linda n’exclut pas de mettre sa vie militante et citoyenne de côté pendant quelques années pour agrandir la famille.

Voilà donc la réponse des Daubasses, qui illustre une nouvelle fois que nous ne sommes ni plus malins, ni plus perspicaces que les autres. Puisqu’un seul d’entre nous a mis en avant les probabilités et les deux autres se sont basés sur la représentativité avec une variante proposée par Franck, que l’on pourrait définir… comme représentativité imaginative.

Voyons maintenant ce que la représentativité peut générer comme erreur dans l’investissement. Nous n’allons pas comme à notre habitude, expliquer ce que le process d’investissement « Daubasse » possède comme avantages, en fin de texte, mais procéder à une comparaison sur certains points et  parfois sur un mode questionnement, qui vous permettront d’apporter vous même les réponses.

1° Nous n’avons jamais rien rencontré de moins intuitif qu’une société estampillée « Daubasse ». Rien ne vous y pousse, tout vous rebute. Toute autre société peut-être un investissement intuitif.

2° En juin 2009 si vous aviez du choisir entre l’inventeur du Itunes, de l’Ipod et de l’Iphone, qui était en train de « révolutionner » plusieurs segments technos – vous aurez tous reconnu Apple – et notre vendeur préféré de cassette VHS, qui n’intéressait déjà plus personne et qui était déjà en perte financière chronique, soit Trans World Entertainment, qu’auriez-vous choisi ?

3° Quoi que vous ayez choisi, vous ne pouviez pas vous tromper, les deux sociétés ont vu leur cours multiplié par 5 depuis Juin 2009 et nous oublions les deux dividendes exceptionnels versés par Transworld correspondant au prix d’achat de Juin 2009, qui finalement font plutôt x6 que x5. La seule différence, c’est que Apple a déroulé une très belle histoire alors qu’il n’y à rien à raconter sur Trans World, à part dans les news de la lettre mensuelle des « Daubasses ».

4° Et pour le futur ? Sur qui parieriez-vous ? Apple ou Trans World Entertainment ?

5° Quelles sont les probabilités qu’Apple trouve dans les années à venir 3-4 produits qui vont se vendre par centaine de millions d’exemplaires ? 5 milliards annuel de R&D peuvent-ils constituer une piste intéressante, pour raisonner en terme de probabilité ? Nous n’en savons rien. Mais nous nous rappelons juste qu’avec 11 milliards de R&D vers 2004, Pfizer est restée en panne sèche après avoir découvert son dernier BlockBuster : le Viagra.

Et Trans World alors ? Son cours actuel est de 3.66$, sa valeur d’actif net tangible est de 5.46$. Le futur de Trans World, c’est un potentiel théotique +49% à ce stade, avec un degré de probabilité assez élevé, même si rien n’est jamais certain et tout en ne sachant pas le temps que cela prendra.

Est-ce intéressant à ce stade ? Pour Transworld, nous pouvons facilement dire non d’un point de vue Daubasse. Pour Apple, nous n’en savons strictement rien, et pour y répondre, il va être à notre avis nécessaire de chercher derrière la belle histoire sur tous les points.

6° Le fossé contre la concurrence ou le « moat » ne vous semble–t-il pas la représentativité la plus puissante d’une société, avec tous les biais possibles que cela peut générer ? Une question nous semble désormais toujours devoir s’imposer : que va devenir Linda dans un monde en changement accéléré ?

7° Vous êtes vous déjà posé la question de savoir pourquoi le marché s’intéresse plus aux profits qu’aux actifs ? Pourquoi le présent qui possède une assise représentative plus solide est laissé de côté au profit d’un futur qui ouvre la porte sur tous les biais de représentativité possible ?

8° Avez-vous déjà réfléchi au fait que la représentativité peut se nicher là où on ne l’attend pas forcément et peu influer sur votre stratégie d’investissement en provoquant un biais qui peut-être lourd de conséquence si vous n’en avez pas mesuré tous les paramètres ?

Prenons l’exemple d’une phrase de Buffet, sur la diversification. Buffet dit donc que « La diversification est une protection contre l’ignorance« . Buffet, comme tout le monde le sait, est un investisseur « focalisé » sur quelques entreprises, avec pas mal de nuances, mais tenons nous en au message. Personne ne peut  remettre en cause le génie de Buffet et surtout sa performance. Dans sa phrase sur la diversification, le message que tout investisseur reçoit, c’est que celui qui diversifie est ignorant. Quelle personne et investisseur a envie d’affirmer qu’il est ignorant ? Et pourtant, s’il diversifie cela signifie qu’il ne comprend pas ce qu’il fait. Le biais de représentativité sur le choix stratégique de votre méthode d’investissement serait de choisir d’investir focalisé, comme Buffet, juste pour éviter d’être taxé d’ignorant et sans avoir compris ce que cela signifie et surtout si cela correspond aux différents aspects de votre personnalité.

 

En conclusion, même si le process Daubasse nous met relativement à l’abri de tout biais de représentativité, nous pensons que tout investisseur averti en vaut deux et que développer systématiquement un raisonnement basé sur les probabilités face à l’incertitude du futur est un réflexe utile quelle que soit la méthode d’investissement que vous avez choisie ou choisirez.

 

 

 

 

4 réflexions au sujet de « Finance comportementale (9e partie) : mais que fait Linda ? … ou le biais de représentativité »

  1. Superbe article!

    Rien n’est plus vrai. En l’absence de certitude dans notre processus d’investissement en Bourse, il est impératif de s’en remettre à la théorie des probabilités pour sélectionner les investissements à fort potentiel de réussite.

    Le travail de investisseur autonome est de faire des choix d’investissement basé sur la rationalité et les probabilité, cela n’élimine pas à 100% les mauvaises décisions mais permet un excellent filtrage des cas à fortes probabilité de succès.

    Martin

  2. ahhh, les stats…

    l’échantillon trop petit n’est pas représentatif . Alors on applique des « taux d’incertitude », souvant 95 à 98%, sensés donner une marge de sécurité. Oui, mais entre ces taux, le résultat peut basculer du blanc au noir.
    Que dire si on pense à l’inverse à la dispersion statistique : plus on cumule les mesures et plus on l’augmente.
    Si ce que l’on estime dépend d’autres mesures, on cumule les incertitudes relatives à chaque étape. L’incertitude absolue devient vite énorme.
    La corrélation entre cause et résultat peut dépendre d’un intermédiaire ignoré dont l’abscence peut tout remettre en question.
    L’interprétation du résultat peut être elle même fausse.

    Etc, etc : les biais statistiques sont nombreux. Volontaires ou pas d’ailleurs.
    Que ce soit pour créer un algorithme de trading, pour acheter des titres à PER ou p/book bas, en magic formula, Piotrosky, ou je ne sais quoi d’autre, il faut retenir une chose des stats :
    c’est le lampadaire de l’ivrogne ; un appuis certe, mais jamais un éclairage.

    Il faut faire ses devoirs.
    Ne serait-ce que pour nettoyer d’un maximun d’incertitudes (relatives).
    Ne serait-ce comme protection contre l’ingnorance (i.e : à défaut de savoir plus, je préfère me couvrir contre ce que j’ignore.)

    1. Les statistiques permettent de mettre en évidence certains phénomènes cachés : elles procurent quantité d’informations utiles à la prise de décision. Plusieurs d’entre nous les utilisent dans la gestion de leur entreprise (taux d’absentéisme, statistiques commerciales, étude de la productivité, …). Elles sont aussi, par exemple, la pierre angulaire du travail des compagnies d’assurance qui prennent des décisions à plusieurs dizaines ou centaines de millions d’euros avec ces outils.

      Ceci dit, vous avez raison : la statistique, seule, ne vous sera que de peu d’utilité en investissement. Mais elles permettent de valider des hypothèses formulées dans le cadre d’étude.

      Par exemple, vous pensez que le fait d’acheter des actifs décotés a du sens parce que, économiquement, dans la « vraie vie », tout entrepreneur serait intéressé par l’achat d’actifs sous leur valeur marchande. Ca, c’est le raisonnement rationnel. Mais pour le confirmer, vous avez besoin d’une statistique (ou d’un « back test » ou de l’exemple d’autres investisseurs pratiquant une approche basée sur l’acquisition d’actifs décotés) qui vous démontre qu’en bourse, une méthode basée sur une telle méthode procure bien des rendements supérieurs.

      La statistique sans un raisonnement rationnel n’est d’aucune utilité … mais, pour notre part, nous ne la considérons précisément pas comme le « lampadaire de l’ivrogne » mais plutôt comme la cane de l’aveugle : celui-ci sait où il doit aller mais il ignore si un obstacle ne s’est pas placé sur son trajet habituel. Grâce à sa cane, il peut détecter cet obstacle.

  3. Bonjour,

    Tout d’abord, désolé, en me relisant je vois que je ne suis pas très explicite (j’ai tendance à décharger trop d’infos, une espèce de logorrhée pasionnée).
    Hum, mon petit doigt aussi me dit que notre petite divergence est là : vous parlez de stat de chiffrage, moi, de modélisation. Avec les inversions de méthode et de finalité…

    Oui bien sur, les stats peuvent être le chiffrage, la quantification de choses, tel l’absenteisme ; les stats dont je parlais sont celles de la modélisation et/ou la mise en évidence de liens, la relation de cause à effets. Le lampadaire…
    bref : je vous donne simplement quelques exemples qui mettront simplement en évidence ce dont je parlais!
    « les moutons blancs mangent plus que les noirs »
    (parce qu’ils sont plus nombreux)
    « le cancer de l’utérus est statistiquement lié à l’hypertension artérielle »
    (inutile de chercher à se prémunir du cancer à l’aide d’hypotenseurs. le lien n’est pas de cause à effet mais d’une cause commune -hygienne de vie peut-être- ayant les deux effets)

    En ce qui concerne la notion de modélisation, les stats peuvent décrire, voire supposer le mouvement d’une masse. pas le mouvement de l’individus qui la compose.
    la « magic formula » par exemple indique vers quoi va tendre un portefeuille composé de telle manière. les valeurs individuelles suivent leur propre chemin.
    Et heureusement : par l’utilisation de filtres, je peux sélectionner dans un panier de biens, ceux et seulement ceux qui sont suceptibles d’avoir une bonne issue… c’est ce que l’on fait avec les ratios de solvabilité entre autres, et la recherche de catalyseurs. Sortir de la moyenne.
    Je pense que la diversification doit être « proportionnelle » à son ignorance.
    (pour l’instant, et pour quelques années certainement, je diversifie^^)

    Ah oui, dernière chose qui me vient à l’esprit pour en finir avec le mythe des stats : on imagine souvent que les stats sont absolue, imparables. Elles ne sont que des probabilités, avec les degrès d’incertitude que l’on emploie dans le calcul. J’ai pour habitude de dire que ce n’est pas parce que c’est peu probable que c’est impossible.
    Demandez le 10 sept 2001 à « l’oracle » s’il est possible que deux avions s’écrasent sur les tours…
    Avec une incertitude standard de 98%, ça ne pouvait vraissemblablement pas arriver.
    A 0.0001%, c’était pourquoi pas possible.
    Quoi qu’en disent les stats, c’est arrivé.

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