Warren Buffett, l’effet boule de neige (3e partie) : le cercle d’amis

Cet article est le 3ème d’une série de 5 qui reprend notre lecture de l’ouvrage d’Alice Schroder, Warren Buffett. La biographie officielle, l’effet boule de neige.

Le point principal que nous avons retenu de cet ouvrage, c’est que, selon notre lecture, les réussites du plus grand investisseur de tous les temps tournaient, et tournent toujours autour de trois vecteurs.

Les deux premiers articles :

Investir comme Buffett, ce n’est pas investir sur des blue ships

1er vecteur : la machine à cash

2° Le cercle d’amis et de connaissances

Le second vecteur de l’effet boule de neige est tout aussi important que le premier, voir plus, même si cela dépend de l’angle selon lequel on se place.

Une nouvelle constante de Buffett, c’est qu’il n’a jamais été seul au beau milieu de ses investissements.

Hormis à ses tout débuts, lorsqu’il pratiquait la distribution de journaux et la vente de chewing gum à domicile, il a pu, à chaque fois, s’entourer d’amis, de connaissances. Dès ses petits business d’adolescent ou d’étudiant, il s’associe. Et tout comme pour la machine à cash, l’effet boule de neige est démultiplié au fil du temps.

Démarrons de nouveau à partir du moment où il devient investisseur professionnel.

A cette époque, son principal groupe d’amis se composait du groupe « Graham », c’est-à-dire d’anciens collaborateurs ou étudiants de Benjamin Graham.

Par exemple, quand Buffet achetait des actions sur le « pink sheet » qui se traitaient à l’époque de gré à gré, c’est avec l’ancien courtier de Ben Graham qu’il traitait, Tweedy Brown auquel il faisait  une confiance absolue.

Lorsque Buffett a commencé à vouloir acheter l’entièreté de « mégots de cigare » ou de « Daubasses », c’est de nouveau sur le groupe de Graham qu’il s’est appuyé pour parfois avancer masqué. Il leur demandait même tout bonnement et simplement de lui vendre leurs actions quand il voulait  devenir majoritaire.

Buffett étant un investisseur, mais pas un manager apte à régler le quotidien d’une société, ses amis ou connaissances lui présentaient toujours des managers exceptionnels quand il en avait besoin, voire des avocats d’affaires de première catégorie quand il était dans le pétrin.

Warren et Kate Graham, la patronne du Washington Post

L’accélération majeure sur l’effet boule de neige de ses amis et connaissances, c’est sa rencontre avec Katherine Graham, la propriétaire du Washington Post, qui a des relations mondaines avec tous les milieux de Washington et plus largement sur l’ensemble du territoire américain, des milieux politiques aux milieux des affaires, en passant par les domaines de l’art et des médias. A partir du moment où Buffett se lie à Kay Graham, c’est le décollage.

Après la période plus ou moins définie « mégots de cigares » ou  « Daubasses », lorsque les prix ne sont plus « massacrés », tous les investissements de Buffett se feront sur base du rapport humain, du cercle d’amis et de connaissances. Il sera certes plus d’une fois déçu, comme avec Salomon, Général Ré et même  de  Gozuietta et de l’après Gozuietta de chez Coca-Cola, mais saura tenir ses positions grâce aux rapports étroits qu’il entretient avec les personnes qui dirigent les sociétés dans lesquelles il a investi.

En tant qu’investisseur particulier, vous ne pouvez pas vous approcher du centième de ce que connaît Buffett sur le management d’une société : c’est pourtant  le point clé quand on a décidé de payer une société au juste prix parce qu’on n’ a plus le choix, comme Buffett, en raison d’actifs sous gestion devenus gigantesques.

Reprenons l’exemple de Coca-cola qui est toujours l’exemple que l’on cite partout d’une société que l’on pouvait acheter, n’importe quand, à n’importe quel prix et faire de l’argent. Même Buffett déclarait que cette société était inévitable et à garder à vie…

Et pourtant en 1997 quand Gozuietta, le manager de Coca Cola, décède brutalement, Buffett qui siège au conseil d’administration découvre que l’on a gonflé les profits de Coca Cola, en injectant de plus en plus de profits venant des usines de mises en bouteille. Le cours de la société était monté en un rien de temps de 43$ à 70$…

Buffett déclare dans sa biographie qu’il aurait dû vendre mais qu’il était enchaîné par de multiples raisons dont la plus importante était le fait qu’il fasse partie du conseil d’administration de Coca Cola, ce qui l’amènera à dire, que c’était la pire erreur de sa vie. Vous vous imaginez bien que si Warren Buffett, qui faisait partie du conseil d’administration, avait vendu ces positions, le titre s’écroulait…

Warren Buffett et Bill Gates

En plus si Buffett avait vendu Coca Cola, le marché dans son ensemble se serait demandé si les positions de Berkshire Hataway n’étaient pas  toutes surévaluées. Cela aurait alors pu créer une réaction en chaîne et dépasser la cadre du seul Berkshire pour se répandre sur  les marchés.

En 2000, l’action Coca-cola se vendait à 30 fois ses profits, ce qui signifiait  que selon « Mr Market » l’action continuerait d’augmenter de 20% par an. Pour cela, la société devait augmenter ses profit de 25% par an pendant 5 ans et ça, c’était impossible parce qu’il aurait fallu qu’elle triple son chiffre d’affaires.

Pour sortir de cette ornière, sans effrayer les marchés, Buffett acheta l’assureur Général Ré pour 22 milliards de dollars, ce qui surprit tout le monde car c’était extrêmement cher payé pour un assureur que Buffet connaissait à peine, et en plus il échangeait des actions Berkshire Hataway pour payer cette acquisition. En réalité, la stratégie de Buffett était déjà au point : avec cet achat de Général Ré pour 22 milliards, Buffett avait acheté un énorme portefeuille d’investissements composé pour la plupart d’actions… et Warren s’empressa de les vendre pour acheter des obligations… Avec 22 milliards d’obligations, le ratio Actions / Obligations de Berkshire Hataway et donc l’allocation d’actifs changea complètement. Le but de tout cela était de se protéger du cours « survitaminé » de Coca Cola en allégeant son poids dans le portefeuille et en atténuant l’impact de sa chute possible si le scandale éclatait.

Avec Lloyd Blankfein, CEO de Goldman Sachs
Avec Ursual Burns, la patronne de Xerox

Buffett déclara dans la presse que cela créait des synergies avec le pôle assurance de Berkshire et que cela n’avait rien avoir avec la chereté du marché. Charlie Munger, qui n’avait été consulté que très tardivement, désapprouva l’achat de Général Ré.

Garder à long terme ou pour toujours, c’est excellent, mais si vous ne savez pas de quoi est fait l’envers du décor, à

L'oracle d'Omaha et le président Obama

tout moment, c’est un peu croire au Père Noël même si, comme le disait Buffett de Coca, «  cette société peut être conduite par un sandwich », et que son produit est un des produits les plus vendus dans le monde, les sorties de route et même le krach frontal peuvent survenir à tout moment.

Un investisseur individuel n’a aucun moyen de connaître une direction comme la connaît Buffett, ni le moyen d‘évaluer à un prix payé, sans le moindre rabais, si son investissement sera gagnant ou pas dans le futur.

Investir sur des Blue Chips sans exiger une très forte marge de sécurité nous semble le piège le plus pernicieux qui soit. D’autant plus que la très grande majorité des investisseurs qui se réclament fans de Buffett semblent ne pas comprendre réellement ce que signifie cette marge de sécurité.

Et si Buffett peut se  permettre d’investir avec une marge de sécurité sur le futur de la société, vous aurez compris que c’est grâce à l’ effet boule de neige qu’il a créé avec son cercle d’amis et de connaissances qui lui permettent de comprendre jusque dans les plus petits détails ce qu’il achète.

( à suivre… )

5 réflexions au sujet de « Warren Buffett, l’effet boule de neige (3e partie) : le cercle d’amis »

  1. Cà c’est vraiment, peut être, le meilleur investissement de Buffet et sa plus grande richesse…son réseau.

    J’ai trouvé intéressant l’idée de la réunion annuelle du Graham groupe, devenu Buffet Groupe par la force des choses. Je croyais que cela avait été arrêté depuis longtemps mais non. Dans le livre on a même l’exemple d’une réunion à laquelle a été intégrée Bill Gates. J’aurais bien aimé être une mouche pour assister à une seule de ces réunions!

  2. une idée saugrenue m’est venu il y a quelque jours a propos de la première partie de l’article, prendre le contrôle d’une daubasse a plusieurs. j’y ai pensé a propos de la dernière petite chinoise de votre portefeuille. sa capitalisation est de 1 million d’euros environ, et depuis votre analyse, le volume chaque jour a explosé. je me demande combien d’actions possèdent ceux qui vous suivent. et comme j’ai l’impression que le principal problème de cette société c’est le peu de cas qu’elle fait de ses actionnaires, en prendre le contrôle permettrait probablement de la valoriser, par exemple en arrêtant la dilution. je rigole, mais peut être qu’on n’en est pas si loin. allez, comptons nous.:D

    1. Bonjour Toupoilu,

      Cette société étant en tête de nos listes depuis des mois, nous ne pensons pas que nous contribuons beaucoup à ses volumes. Mais pour ce qui est d’en prendre le contrôle, vous pouvez oublier : il y a des actions privilégiées qui octroient 51 % des voix à l’AG quelle que soient le nombre d’actions détenues par leurs détenteurs et quelles que soient les dilutions futures.

  3. Bonjour,
    J’ai eu la même idée que Toupoilu, mais avec du retard.
    Dans toutes les Daubasses du portefeuille, il n’y en a aucune de taille modeste dont les capital n’est pas verrouillé ?
    Nicolas

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