Softimat : une ferme de gavage au cœur de la Belgique ?

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Nous avons mené l’enquête. Il semblerait qu’en Belgique dans la région de Bruxelles, à Lasne précisément, une expérimentation soit en cours.

Apparemment, des méthodes directement importées du Périgord (Sud-Ouest de la France) ont été adoptées dans une entreprise wallone. Oui, vous l’aurez deviné, il s’agit de l’entreprise Softimat SA.

Un concept bien rôdé

Si le concept semble nouveau, il est en réalité en place depuis plusieurs années au sein de l’ancienne société informatique.

A la page 8 du rapport annuel 2017 de Softimat SA (cliquez pour le télécharger), est indiqué que la rémunération (hors jetons de présence) des administrateurs atteint la somme record de 577 000 EUR, soit une hausse de +4,9% par rapport au 550 000 EUR de 2016.

Le niveau déjà élevé – en plus de la hausse – des rémunérations est difficile à comprendre (hors système de gavage caché) surtout si on compare avec les usages du secteur. Comme par exemple avec ces deux sociétés immobilières cotées à la bourse de Bruxelles : Immo Moury SCA et la Compagnie Financière de Neufcour SA.

Ces deux sociétés gèrent respectivement un patrimoine immobilier d’une surface de 35 920 m² et 11 788 m² de terrain à bâtir avec un taux d’occupation de 95,8% pour la première, et de 664 845 m² sous gestion (bâtiments et terrains) pour la seconde.

Pour rappel, Softimat SA gère un patrimoine de 23 858 m² d’immobiliers sur 79 782 m² de terrain et réalise des pertes depuis 3 exercices (2015, 2016 et 2017) qui atteignent un montant cumulé de -1,98 M EUR.

(la société s’est également essayé à la promotion immobilière mais les résultats sont loin d’être au rendez-vous et cette activité non maîtrisée a mobilisé des capitaux importants pour ces résultats médiocres…)

=> Immo Moury SCA a versé en tout, et pour tout, 75 000 EUR de rémunération à son gérant Moury Management SA pour l’exercice 2017.

=> Pour la Compagnie Financière de Neufcour SA, seul l’administrateur-délégué a perçu en 2017 une rémunération de 40 000 EUR qui comprend la rémunération pour son rôle exécutif et inclut le montant accordé à chaque administrateur.

Cette comparaison amène les questions suivantes, qui ont d’ailleurs été posées lors de la dernière Assemblée Générale :

Pourquoi le Conseil d’Administration accorde une rémunération aux administrateurs (hors jetons de présence et autres avantages type voiture de fonction, de marque Audi et Mercedes, dépenses de vin de près de 2 000 EUR) de notre société Softimat SA 7,7x supérieure à celle de la société Immo Moury SCA, qui est une société bénéficiaire et qui distribue un dividende récurrent à ses actionnaires, contrairement à Softimat SA ?

Pourquoi le Conseil d’Administration accorde une rémunération aux administrateurs (hors jetons de présence et autres avantages type voiture de fonction) de notre société Softimat SA 13,9x supérieure à celle de la société Compagnie Financière de Neufcour SA, qui gère un patrimoine 6x plus important en taille que Softimat SA ?

 

Réponse du Conseil d’Administration

Malheureusement, les administrateurs Jacques Ghysbrecht, Jean-Luc Henry ainsi que le président du Conseil d’Administration Pierre Herpain n’ont pas jugé nécessaire de se rendre à l’Assemblée Générale du 29 mai 2018 dernier pour répondre aux questions des actionnaires.

Ce sont donc les 2 administrateurs et salariés de notre entreprise, Bernard Lescot et Nicolas Logé, qui ont répondu eux-mêmes – au nom du Conseil d’Administration – aux actionnaires présents à l’Assemblée Générale sur la question de leurs rémunérations : « oui, nos salaires sont justifiés et validés par le Conseil d’Administration ». Cocasse !

Voilà encore de nouveaux indices sur le fait qu’une entreprise de gavage est potentiellement menée en plus de l’activité de gestion immobilière.

 

Des rémunérations très élevées… mais méritées ?

Certainement !

L’équipe actuelle constituée de Bernard Lescot (Directeur Général) et Nicolas Logé (« Directeur Financier » sur le papier, ordinaire comptable dans les faits…) dirige une équipe de 4 salariés à temps plein (ces 4 salariés sont présent tous les jours, matin et après-midi dans l’entreprise).

Ils doivent également gérer au quotidien un parc immobilier constitué de 8 immeubles !

Nicolas Logé, administrateur et « Directeur » Financier, a en plus le mérite d’être le fils de son père, Jean-Claude Logé (manager de l’année 1995 !) fondateur et ancien PDG de Systemat (devenu ensuite Softimat).

Des arguments de poids qui ont certainement été débattus pendant plusieurs heures (plusieurs jours ?) en Conseil d’Administration. (A noter que c’est une hypothèse de notre part puisqu’il est impossible d’échanger avec les autres membres du Conseil d’Administration). Et nous imaginons que Pierre Herpain, en sa qualité de Président, a probablement tranché comme suit :

« Chers administrateurs… Oui ! Une charge d’environ 300 000 EUR par an pour le Directeur Général (rémunération + frais divers, comme son véhicule Audi Q5) et le même traitement pour le « Directeur » Financier (rémunération + frais), soit un total de charges de 600 000 EUR par an pour notre entreprise, c’est cohérent au regard de la structure financière de Softimat SA et respectueux vis-à-vis de nos actionnaires. »

Ce qui est surprenant, c’est que le flottant (= petits actionnaires) représente plus de 76% du capital de la société (cf. ci-dessous) et qu’il n’est pas représenté au sein du Conseil d’Administration. En effet, il n’est légalement plus obligatoire pour une société cotée sur Euronext Growth de la taille de Softimat SA de faire siéger un administrateur indépendant au sein du Conseil d’Administration.

Pour résumer : le flottant ? Pas important.


Source : http://www.softimat.com/fr/investors_actions.cfm

Ce qui explique aussi pourquoi la société ne distribue pas de dividende depuis 2012 : l’intérêt des actionnaires ne semble pas prioritaire, vous l’aurez compris…

Avec ce manque de transparence manifeste, nous ne pouvons que faire des suppositions puisque le président du Conseil d’Administration n’a pas souhaité rencontrer en Assemblée Générale les actionnaires de la société qu’il dirige… Encore un indice sur notre hypothèse de ferme de gavage secrète !

Ne vous étonnez donc pas, pour nos lecteurs qui habitent dans la région bruxelloise, si vous croisez prochainement ce type de canards géants…

Votre équipe, bienveillante, a bien-entendu alerté Greenpeace de ces méthodes.

 

Nous avons une pensée émue pour les petits actionnaires (76% du capital) qui n’ont pas perçu de dividendes depuis 2012 et qui, peut être sans le savoir, sont propriétaires d’une activité parallèle de gavage.

Alors soit les actionnaires actuels continuent de pleurer, de se lamenter sur leurs sorts et apportent leurs titres au programme de rachats d’actions en cours qui rachète à un cours au plancher.

Soit ils se battent, n’apportent pas leurs titres, vont en AG pour voter et faire valoir leurs droits et se rapprochent des daubasses. D’autres actions sont à venir…

Arrêtez de vous faire plumer par deux compères qui se gavent illégitimement  !

—-

Sous ce trait humoristique métaphorique, vous aurez compris cher lecteur, que l’équipe dirigeante en place gagne beaucoup (vraiment beaucoup !) plus que la normale, d’autant plus comparé aux maigres flux de trésorerie générés par la société. Et ceci avec l’aval du Conseil d’Administration présidé par monsieur Pierre Herpain.

En espérant cette fois que le blog des daubasses ne soit pas de nouveau attaqué en justice par l’équipe dirigeante de Softimat SA pour tenter de faire taire les actionnaires mécontents (la justice a d’ailleurs tranché en faveur des daubasses) plutôt que de privilégier le dialogue . Ce sont des dépenses inutiles (on ne résout pas la fièvre en cassant le thermomètre) et du temps qui pourrait être consacré à autre chose, comme de la création de valeur.

Cet article satyrique est basé sur des éléments factuels et publiques concernant les rémunérations disproportionnées des administrateurs dits « actifs ».

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6 réflexions au sujet de « Softimat : une ferme de gavage au cœur de la Belgique ? »

    1. Salut Etienne,

      Liquidité trop faible du titre, conseil d’administration fantomatique, capital détenu quasiment uniquement par des petits porteurs… difficile de trouver un gros activiste motivé dans ces conditions.

      Mais ne vous inquiétez pas, nous avons un personnage clef de notre côté qui va passer la seconde dans peu de temps !
      Et puis, la justice pourrait s’en mêler car s’il est compliqué de montrer qu’il y a abus de biens sociaux, il semblerait qu’il y ait abus de position dominante.

      D’ailleurs, restez connecté sur le blog, il devrait y avoir quelques surprises d’ici peu ! 😉

  1. Chers amis,

    Vos remarques sont non seulement drôles mais parfaitement justifiées… la volonté de vous faire taire juridiquement, comme de me faire taire d’ailleurs, démontre le malaise évident de cette direction incompétente qui se goinfre sur le dos de ses actionnaires.

    Le dividende brut minimum des actions Softimat devrait être au strict minimum de l’ordre de 0,20 centimes d’euro par action et par an… cette distribution assurerait déjà aux deux actionnaires actifs une rémunération brut de 260.000 euros à Bernard Lescot et de 180.000 euros à Nicolas Logé.

    Pour ce qu’ils font encore dans Softimat… en fait, plus grand chose… c’est une rente de situation plus que confortable… Dans ces conditions, pourquoi ne pas en faire profiter tous les actionnaires ?

    Je regrette vivement l’attitude de mon ancien associé Lescot comme celle de mon fils Nicolas Logé qui ne cadre aucunement avec ma vision de la gestion de Softimat… c’est juste lamentable, inadmissible et fort regrettable.

    Je suis tout prêt à reprendre du service si les actionnaires de Softimat me le demandaient.

    Bien amicalement à tous,

    Jean-Claude Logé
    Past CEO de Softimat-Systemat

    1. Bonjour Alex,

      Déjà, avant toute chose :
      1/ ne pas apporter vos titres au programme de rachat d’actions = conserver vos titre ;
      2/ voter en AG contre les résolutions pour montrer votre mécontentement (par correspondance au minimum si vous ne pouvez pas vous y rendre physiquement) ;
      3/ écrire à la direction que vous êtes mécontent sur le niveau de la rémunération des dirigeants et que vous souhaitez un dividende.

      C’est le minimum des actions qu’un actionnaire doit mener pour se faire respecter. Un actionnaire a des droits, alors qu’ils les utilisent !

      Ensuite, avec Jean-Claude Logé, il est possible que quelque chose se passe. Mais ça, c’est la seconde étape.

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