Analyses financières adaptées aux daubasses (7)
La valorisation des actifs courants par le contrôle de la rotation des postes de l’actif courant
Dans notre club, lorsque nous investissons, nous achetons des stocks, des créances et du cash plutôt que des entreprises proprement dites : cela nous l’avons déjà expliqué.
Cependant, il existe un risque que les stocks et les créances que nous acquérons soient finalement réalisés à un prix inférieur à la valeur inscrite au bilan.
Pour tenter de minimiser ce risque, il existe deux possibilités :
- la décote automatique de ces postes que nous avons abordée dans un précédent billet
- le contrôle de la rotation de ces postes
La semaine dernière, nous avons abordé la décote automatique.
Pourtant, si cette méthode est défendable, elle n’apporte, comme nous le suggérons en fin d’article, qu’une marge de sécurité théorique. L’investisseur qui souhaite investir de manière plus réfléchie et en connaissance de cause n’a finalement aucune certitude que la valorisation donnée par les comptes aux différents postes de l’actif courant est fiable. Simplement, il décide de payer moins cher les postes supposés être les plus « à risque ».
Dès lors la question se pose : comment, nous, petits boursicoteurs européens, pouvons-nous vérifier la fiabilité de la valeur des stocks d’un fabricant de semi conducteurs américain ou des créances détenues par un prestataire de services télécom chinois ?
Impossible direz-vous … Pas tout-à-fait répondons-nous …
Si la certitude n’est pas de ce monde boursier, les rapports de gestion peuvent nous être d’une certaine utilité pour tenter de détecter certains signaux d’alerte. Et finalement, mieux vaut de « l’à peu près juste » à du « tout-à-fait à côté de la plaque ».
C’est pourquoi nous vous proposons aujoud’hui d’aborder la deuxième méthode : le contrôle de la rotation des postes de l’actif courant.
1. Contrôle de la rotation des stocks
Pour vérifier la pertinence de la valeur des stocks nous sommes partis du raisonnement suivant : un stock qui perd de sa valeur doit avoir de plus en plus de difficultés à être écoulé.
Partant de ce constat, nous pensons qu’un stock qui « tourne » de moins en moins vite se vend de moins en moins bien. Et qu’un stock qui se vend de moins en moins bien perd de sa valeur.
Dans la pratique, nous calculons la rotation des stocks des 4-5 derniers exercices comptables.
Pour calculer la rotation des stocks, nous divisons le montant des stocks de l’exercice par la rubrique « coût des ventes » et multiplions par 365. Nous obtenons ainsi le nombre de jour moyen pendant lequel une marchandise ou une matière première reste dans le stock.
En comparant l’évolution de cette durée de détention en stock sur les 4 ou 5 derniers exercices, nous pouvons déjà constater si la tendance est à la hausse.
Pour notre part, nous préférons calculer la durée moyenne de détention en stock de ces derniers exercices et la comparer avec la durée de détention du dernier exercice. Si le dernier ratio calculé est supérieur à la moyenne des 5 derniers exercices, un petit signal d’alerte doit tinter dans un petit coin de notre cerveau.
2. Les créances
Pour les créances, nous procédons avec le même raisonnement que pour les stocks : des créances payées de plus en plus tard sont, par la force des choses, de plus en plus difficilement réalisables.
Dans cette optique, nous comparons donc le délai de paiement moyen des clients du dernier exercice avec la moyenne des 4 ou 5 derniers exercices.
Ici, pour calculer le délai moyen de paiement des clients, nous divisons le montant des créances commerciales par le chiffre d’affaires et multiplions par 365.
Nous aurions aimé appliqué une deuxième option pour les créances : effectuer la comparaison entre les provisions pour créances douteuses actées par la direction et les pertes réellement encourues sur créances. Mais nous nous sommes rendu compte malheureusement que si les sociétés publiaient quasiment toute le détail des réductions de valeur sur créances, rares étaient celles qui détaillaient les pertes réelles …


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Pourquoi ne pas utiliser pour la rotation des stocks, simplement la formule suivante: Ventes/Stocks, ca permet d’établir le nombre de fois où la société « fait tourner » son stock par an!
parce que les produits en stock sont évalué à leur coût d’acquisition et non leur prix de vente. Si vous travaillez avec le chiffre d’affaires, vous travaillez avec des prix de vente et le taux de marge brute spécifique de la société vous donnera des taux de rotation différents.
Bonjour les amis!
J’aurais 3 questions à vous poser sur votre méthode d’analyse des sociétés.
1. Concernant la rotation des stocks, vous dites:
« Pour calculer la rotation des stocks, nous divisons le montant des stocks de l’exercice par la rubrique « coût des ventes » et multiplions par 365. »
A quoi correspond ce que vous dénommez coût des ventes?
Selon les bilans, on trouve des dénominations différentes: parfois on trouve charges opérationnelles courantes, parfois Achats consommés marchandises et MP, parfois encore un autre nom.
Ce qui m’intéresserait, ce serait de savoir ce qu’on inclut là-dedans. Est-ce que les charges de personnel doivent être comprises dans ce coût des ventes? J’ai refait les analyses de plusieurs sociétés françaises de votre portefeuille, et j’ai l’impression que c’est le cas mais je ne comprends pas bien pourquoi.
Donc je serais très heureux si vous pouviez m’éclairer sur ce que vous appelez « coût des ventes »?
2.Concernant le nombre d’actions que vous retenez pour faire vos analyses sur une société donnée, que choisissez-vous?
Le nombres d’actions composant le capital social en fin d’exercice ou le nombre moyen pondéré (dilué ou pas?) d’actions ordinaires en circulation? Est-ce que vous déduisez ensuite les actions propres ou pas?
Comment tenir compte des éventuels plans de stock-options et autres attributions gratuites ou encore des obligations convertibles?
3. Pour ce qui est du montant des capitaux propres que vous retenez dans le calcul de la solvabilité, faut-il choisir les Capitaux Propres Part du Groupe ou bien le total des Capitaux Propres?
Je vous remercie d’avance pour vos réponses. Continuez à nous faire progresser dans notre démarche d’investisseur dans la valeur. Votre blog est génial et je suis très heureux de faire partie de vos abonnés.
Bon week-end
Bonjour Olivier,
1. Les stocks sont valorisés dans le bilan à leur coût de revient. Autrement dit, il convient, autant que possible, de calculer la rotation de ce poste en fonction du coût de revient tel que présenté dans le compte de résultat. Pour une société de distribution, c’est facile : c’est le coût des marchandises achetées qui apparaît souvent dans le compte de résultat. Pour les sociétés de transformation, c’est parfois plus difficile puisque des coûts de main d’oeuvre ou des frais généraux sont pris en compte dans la valeur des articles stockés et que ces coûts ne sont pas nécessairement isolés dans le compte de résultat. Dans ce cas, nous prenons les charges opérationnelles même si ce n’est pas tout-à-fait exact comme calcul. Néanmoins, comme nous comparons l’évolution de la rotation dans le temps et non en valeur absolue, l’indication fournie est tout de même relativement fiable.
2. Concernant les dilutions possibles, l’explication est assez longue et nous ferons un article sur le sujet d’ici un petit mois (ben oui, on doit déjà répondre à la question que Flo a laissé avant vous sous l’article de Traiton).
3. Pour le calcul de la solvabilité, en principe, il convient de prendre le total des fonds propres. Cependant, il est possible que, lorsque les fonds des tiers sont minimes, que nous ayons utilisé les capitaux propres part du groupe parce que ce sotn ceux-là que nous utilisons pour le calcul de la valeur d’actif net tangible et que çà facilite nos calculs dans nos petits tableurs exell.
Bonjour,
Je voulais juste m’assurer que vous n’aviez pas oublié l’article sur les dilutions possibles. Je ne veux pas paraître impoli en me montrant pressé mais il est vrai que vous m’aviez mis l’eau à la bouche.
Merci de continuer à pondre des articles d’une telle qualité. C’est un régal.
A+
Absolument pas Olivier. Nous « pondrons » cette prose prochainement …
Merci beaucoup!
J’attends vos prochains articles avec impatience.
J’attends aussi avec impatience ces articles.
Je me posais les mêmes questions qu’Olivier.
Délai moyen de paiement des créances : un très bon indicateur de leur solidité! Pour être exact, quand je procède à ce calcul, je rajoute au CA la TVA lorsqu’il s’agit d’entreprises opérant avec des clients européens.
Bonjour Deuxtroy,
C’est effectivement beaucoup plus précis avec un ajout de la TVA mais attention : la TVA n’est, généralement, facturée aux clients que lorsqu’ils sont établis dans le même état que leur fournisseur (sauf quelques exceptions) : dans le cas de TVa intracommunautaire, elle n’est pas facturée par le fournisseur mais est bien due par le client à son état de résidence.
Décidément, je suis nulle en fiscalité! Merci pour la rectification.