Ecomérages : dépassé…

Dépassé, l’événement lui même, mais surtout le sens de cet événement. Nous voudrions vous parler cette semaine du titre de manager belge francophone de l’année organisé par le magazine « écomico-financier » Trends-Tendance, dont l’élection a eu lieu voici 10 jours.

Un peu comme la semaine passée, où notre écomérage traitait des problèmes d’espionnage dont Renault a été victime, nous partons une nouvelle fois d’un exemple précis pour stigmatiser ce que nous pensons plutôt représenter des faiblesses européennes qui pourraient peser à l’avenir.

Le manager 2010, belge francophone, c’est en fait un duo : les frères Mestdagh. Eric et John Mestdagh sont à la tête d’une chaîne de grande distribution. Les enseignes sont Mesdagh, Champion et 10 magasins Carrefour dont le groupe Carrefour s’est débarrassé en 2010 pour cause de non rentabilité.

« Le-manager-belge-francophone-de-l’année » : cela nous semble d’un ridicule complet et ce, pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il existe un deuxième manager belge de l’année et celui-ci est néerlandophone. Deux managers de l’année pour un pays de 10 millions d’habitants, c’est au moins un de trop… Mais quand on prend en plus des duos pour l’un des deux titres, cela fait deux managers de trop. A quand le manager belge de l’année par province ou par commune ? En fait ce qui est le plus irritant, c’est que la presse qui se veut toujours au-dessus du troupeau politique, participe pleinement à ce jeu des conflits linguistiques et d’autant plus qu’il s’agit de finance ou d’économie, domaines dans lesquels, en principe, les résultats et les chiffres priment… Vu sous cet angle, nous ne sortons pas du jardin d’enfants où de grands bambins s’amusent à faire des petits châteaux d’une heure dans leur bac à bouse politico-financier préféré.

La seconde raison, plus subtile peut-être :  que signifie le meilleurs manager sur 365 jours ?… sinon du vent complet… En plus quand il s’agit des frères Mesdagh ! Ce n’est pas une société qui a été fondée par eux voici 10-15 ans mais plutôt par leur arrière-grand-père, voici 74 ans.  Venant de Bruges, il s’est installé dans la région de Charleroi, à Châtelineau pour être plus précis…!!! C’est donc une entreprise qui existe depuis 4 générations et où les managers belges francophones de l’année la conduisent depuis 2002, soit 8 ans. Ce laps de temps, c’est l’école gardienne pour un manager… !!!

La troisième raison, c’est la raison pour laquelle ils ont été élus manager de l’année. Là tenez-vous bien, nous ne somme plus, ni dans le comique troupier, ni dans le bac à bouse politico-financier belge, mais tout simplement dans l’abstrait, du Rothko Wallon, voire du Pollock Carolo… Ceci uniquement pour ne pas dire dans l’absurde… En fait nos compatriotes, les Frères Mesdagh ont été élus juste sur le fait qu’il ont racheté à Carrefour 10 magasins que le groupe Carrefour ne trouvait plus rentable…!!! Et le magazine Trends de souligner que cet achat des 10 magasins va augmenter le chiffre d’affaires du groupe Mesdagh de plus de 40%…!!! Mais qu’est ce que cela signifie sinon mesurer la vitesse du vent avec comme seul outil, l’âge du capitaine…!!! Au lieu de nous parler d’un achat à très bon compte, plein de bon sens, qui va propulser la rentabilité du groupe dans le futur, et de nous détailler quelques chiffres pour étayer la logique de cet achat, Trend nous parle de chiffre d’affaires et de manière implicite presque d’un acte social… Absurde es-tu là ?

« Oyi mfi, ji seu là… !!!!! » Aujourd’hui donc personne ne sait si les deux managers belges francophones de l’année réussiront l’intégration de ces 10 magasins Carrefour… Mais ils ont étés élus pour cet achat… A ce tarif-là, vous pourriez peut-être voir l’année prochaine, en 2011, vos quatre serviteurs des » Daubasses » être élus pour le simple fait d’avoir acheté quelques très belles Net-Net, des « Super Daubasses »… La première, c’est que nous serions même 4 managers en une seule fois et que même un manager belge francophone de l’année serait français……. !!!! Et au moins le comité aurait enfin un argument sensé : notre achat à prix ultra cassé.

La quatrième et dernière raison de notre courroux, c’est quand nous examinons, l’historique des managers belges francophones de l’année du Trend…..

Les lauréats qui ont remporté le prix sont :

Détaillons quelques peu…

1985 Albert Frère (GBL) , nous n’allons pas trop nous attarder car beaucoup connaissent son histoire et ses nombreuses zones sombres qui portent à critique. On aurait pu l’élire futur milliardaire du siècle mais l’élire manager de l’année cela nous semble insultant pour tout les managers sérieux.

1988 Philippe Delaunois (Cockerill-Sambre). C’était effectivement le manager de cette seule année. La sidérurgie wallonne ayant disparu complètement ou presque depuis. Et bien entendu, avec elle, Cockerill-Sambre.

1993 Maurice Lippens (Fortis). Véritable fossoyeur de Fortis lors de l’achat mégalomane de ABN Amro et de la débandade des subprimes en 2008. Peut-être sera-t-il réélu une autre fois, manager de l’année… En tout cas, nous l’espérons pour lui lorsqu’il sera manager de l’ICDI (traduction :  Intercommunale pour la Collecte et la Destruction des Immondices, de la région de Charleroi)

1995 Jean-Claude Logé (Systemat). C’était sur la route de la bulle techno où on    allait bientôt gagner 30% par jour… Après, les déficits s’alignent comme des quilles de bowling…..

2006 Axel Miller (Dexia). Elégance et raffinement, mais pas assez d’études pour comprendre les CDO, donc on achète à tout va… En 2008, il est viré… Certains ont même trouvé cela triste.

Nous allons en rester là, mais il faut quand même ajouter que tous les managers belges francophones de l’année à la tête de filiale de sociétés étrangères, sont quand même sous les ordres des maisons mères. Glaverbel, Catterpillar, Siemens, Glaxo Smith Kline…!!! Une autre perle selon nous…

Nous avons enfin un seul regret, c’est de ne pas avoir trouvé dans cette liste le plus grand manager de ces soixantes dernières décennies, le véritable Sam Walton de Belgique, à savoir Franz Colruyt et son fils Jef Colruyt, qui dirigent la société depuis 1996…Dans chaque crise, ces managers augmentent leur part de marché, sont à la recherche permanente pour satisfaire leurs clients et j’en passe… Mais pas de trace d’eux dans cette liste… Normal, il ne sont pas francophone … et c’est finalement peut-être mieux ainsi…!

Après ce portrait rapide sans concession et avec une auto dérision typiquement belge, nous allons essayer de passer à quelques réflexions.

Une fois avalée la pilule d’une excuse à cocktail et d’auto-congratulations d’égo et admis que c’est peut-être dans le symbole qu’il faut chercher le sens de cette élection du manager belge de l’année, nous retombons dans la désolation quand nous comparons les managers belges de l’année 2010, soit les frères Mesdagh et l’homme de l’année au USA, Marc Zuckerberg, fondateur de Facebook… Vous ne trouvez pas le fossé frappant? Le fossé du symbole, symbole qui donne de l’énergie, du peps, qui donne l’envie d’entreprendre… de relever des défis.

Pour revenir une dernière fois à cette liste belge, nous nous devons d’extirper les quelques managers qui se rapprochent selon nous du symbole « Mark Zuckerberg », :

Michel Petit (Upignac), http://www.gagner-reussir.be/article/index.phtml?id=1940

Jean Galler (chocolaterie Galler), http://www.galler.com/

Pierre De Muelenaere (Iris), http://www.actu-cci.com/article/2279/

Laurent Minguet et Pierre L’Hoest (EVS) http://www.evs-global.com/

Ces quatre managers belges ont réellement créé des produits de qualité exceptionnelle, parfois extrêmement novateurs comme IRIS ou EVS. Et aussi de la richesse pour leurs actionnaires: EVS a multiplié par 15 son cours de bourse et IRIS par 3 depuis leurs introductions en 2003. Ajoutons aussi que certains d’entre eux, à l’image de Marc Zuckerberg, ne sont pas dénués d’un certains sens des responsabilités et d’une certaine éthique vis-à-vis du monde dans lequel ils vivent.

Ce qui nous attriste finalement le plus, c’est  qu’en Europe, nous avons très souvent une idée assez floue de la force des symboles, qu’il soit d’ailleurs dans le management ou dans d’autres domaines. Et pourtant dans la bataille commerciale qui s’annonce pour les décennies à venir, ces symboles de créativité et d’énergie que devrait représenter un manager de l’année, seront sans aucun doute déterminants pour créer une dynamique qui nous permettrons, à nous Européens, de rivaliser aussi bien avec les Asiatiques qu’avec les Américains. Nous en avons le potentiel. En aurons-nous la volonté?

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5 réflexions au sujet de « Ecomérages : dépassé… »

    1. Bonjour Sébastien,

      Que c’est mieux que d’investir suivant un ordre alphabétique ou en lançant des fléchettes…

      Sans critique aucune, tenir compte des achats d’initiés lorsqu’on analyse une société a certainement du sens mais baser ses décisions d’achat uniquement en « suivant » les initiés nous parait tout de même un peu… heu comment dire… moutonnant. Mais ce n’est que notre avis évidemment.

    2. Ce n’est pas la panacée mais c’est effectivement mieux que de lire les prévisions de bénéfices dans le marc de café ou dans les entrailles de poulet!
      Pour argumenter un peu plus sur le sujet, voici deux ressources intéressantes :
      – les performances de différentes stratégies plutôt orientés value diffusées sur le site old school value : http://www.oldschoolvalue.com/investing-strategy/2010-value-stock-screen-performances/ (+19.7% pour les insiders en 2010…moins que Piotroski quand même!!)
      – enfin, pour compléter cette file sur le site devenir-rentier.fr : http://www.devenir-rentier.fr/viewtopic.php?id=60. Entre 2001 et 2010, on observe un return de 21.59% /an!
      On peut également observer que le return est de 26.57% si l’on considère le suivi des sociétés qui rachètent leurs actions (« buybacks »).

      Personnellement, je ne pourrais pas investir que comme çà. Par contre si vous suivez une société en bonne santé, qui fait des bénéfices, qui est quelque peut sous-valorisée et, qu’en plus, la société et les dirigeants rachète des actions, alors c’est plutôt bon signe!

    3. plus efficace que le marc de café et les entrailles de poulet!
      Pou argumenter :
      – sur les screeners d’old school value on voit que le return 2010 est de 19.7%…moins que Piotroski quand même (http://www.oldschoolvalue.com/investing-strategy/2010-value-stock-screen-performances/)
      – ici (http://www.devenir-rentier.fr/viewtopic.php?id=60) on voit que, depuis 2001, le return est de 21.59%, pas mal! Intéressant aussi les rachats d’actions par la société (buybacks) : 26.57% sur la période.

      Difficile quand même de ne regarder que cet élément dans le choix d’une société, mais si vous suivez une société peu endettée, qui fait des bénéfices, légèrement sous-valorisée et, qu’en plus, les dirigeants et la société elle-même rachètent des actions, alors ça sent plutôt bon!

  1. Je suis d’accord avec l’ensemble de votre article .Mais pour Colruyt :Franz était le fondateur ,JO le fils et Jef le petit fils .

    Vers 1984 la presse financière précitée écrivait que Colruyt allait mal que sa compta. était douteuse etc..Moi même je connaisait un peu JO

    et comme le cours avait fortement chuté j’ai acheté ….et revendu 2 ou 3 ans plus tard avec 50 % de gain : ma plus grande erreur !

    car si j’avais bêtement gardé ce serait actuellement 200 X (environ et dividendes réinvestis) la mise de départ(20000% !) que j’aurais réalisé.

    Un des journalistes rencontrés par hasard (et maintenant retraité ) persistait malgré tout dans son opinion négative à propos de Jo Colruyt…!

    conclusion : merci à vous les Daubasses de défendre le seul langage de vérité :celui des chiffres que la presse Européenne méconnait en générale..

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