Votre amie nommée « Volatilité »

Comme nous l’a fait remarqué un abonné récemment par mail : « vous tournez un peu en rond« . Et oui, il faut répéter le bons concepts pour ne pas les oublier. Le bon sens fait souvent défaut.

Parce qu’être pédagogue, c’est rappeler en permanence les concepts de base. Faisons place à Joel Greenblatt et son célèbre ouvrage Le petit livre qui bat le marché sur les notions de « volatilité » et des différences entre » prix » et « valeur » :

« Estimer la valeur d’une entreprise n’est pas une chose facile. Après de nombreuses interrogations et de multiples évaluations, peut-être serez-vous dans l’erreur. Mais qu’arriverait-il si vous réussissiez à évaluer correctement la valeur d’une entreprise ? Une fois que l’on dispose de cette information, que faire ? Existe-t-il réellement un endroit, où il est possible d’acheter une société pour la moitié de sa valeur ? Un endroit où l’on peut acquérir un bien valant 1 000$ pour seulement 500$ ? […]

Durant neuf ans, j’ai donné des cours sur l’investissement à des étudiants de haut niveau. Chaque année, le premier jour, j’ouvre le journal à la rubrique financière. On y trouve des pages et des pages de chiffres écrits en caractères minuscules (cela paraît encourageant jusqu’à présent, n’est-ce pas ?) Quoi qu’il en soit, ces pages contiennent des centaines de noms de sociétés et, en face de chaque nom, des chiffres, et encore des chiffres.

Lorsque je demande à mes étudiants de me citer une société d’envergure, General Electric, IBM ou General Motors leur viennent immédiatement à l’esprit. Ce que je fais alors est facile à comprendre et n’importe quelle société, dans n’importe quel secteur, grande ou petite, très connue ou non, fait l’affaire : le résultat est toujours le même.

Dans le journal, je fixe mon regard sur la ligne de General Electric et je lis les chiffres à haute voix. « Il est dit que le cours de l’action General Electric était hier de 35$. Il est dit également que le cours le plus haut de l’action General Electric pendant l’année était de 53$. Le cours le plus bas de l’année écoulée était, lui, de 29$. Même chose pour IBM. Hier, une action cotait 85$. Au cours de l’année écoulée, l’action IBM est montée à 93$ et a baissé jusqu’à 55$. » […]

Je fais remarquer que, pour des actions, il s’agit de plages de variation plutôt importantes, surtout sur une période si courte. L’observation des cours des actions sur une période de deux à trois ans révélerait des oscillations encore plus prononcées.

La question que je pose alors est toujours le même : « Comment cela est-il possible ?« 

Une société comme IBM ou General Motors peut avoir divisé son capital en un milliard d’actions, toutes égales. Ce qui signifie que si, à un moment donnée de l’année, on peut acheter une action de General Motors pour 30$, le prix implicite pour acquérir la totalité de la compagnie serait de 30 milliards de dollars. Par conséquent, si, au cours de la même année, les actions de General Motors sont  vendre à 60$, cela signifie que la valeur totale de la société est évaluée à 60 milliards de dollars.

Je pose alors à nouveau la question : comment cela est-il possible ? Comment la valeur de General Motors, le plus grand constructeur automobile d’Amérique du Nord, peut-elle varier autant au cours de la même année ? Comment une aussi grosse société peut-elle valoir 30 milliards de dollars un jour et, quelques mois plus tard, 60 milliards de dollars ? Vendent-ils deux fois plus de voitures, encaissent-ils deux fois plus de recettes, ou ont-ils recours à des procédés industriels radicalement différents pour justifier une telle variation ? Ce n’est évidemment pas le cas. Mais alors, quid des fortes variations des cours de toutes ces grosses sociétés cotées en bourse ? Survient-il chaque année un phénomène qui expliquerait les fortes variations de valeur de la plupart des grosses sociétés ?

Souvenez-vous : tous les ans, il en est de même.

Pour la plupart des sociétés que mes étudiants énumèrent, la plage de variation entre le cours le plus élevé et le plus bas, durant la même année, est considérable. Cela a-t-il un sens ? Pour ne pas faire perdre son temps à la classe (et en tenant compte du fait que ma capacité de concentration ne dure que quelques secondes), je lâche un : « Non ! ». Il est tout à fait impossible que les valeurs de ces sociétés fassent ainsi des hauts et des bas, ou des bas et des hauts extravagants, au cours de chaque année. Pourtant, il est tout à fait clair que les cours des actions de tant de sociétés suivent ce mouvement au cours de chaque année. Consulter les journaux suffit à le constater. »

 

Conclusion : ne vous laissez par perturber par les variations des actions au jour le jour ou même sur une année. Dans l’esprit de nombreuses personnes, une action est un chiffre accolé à un nom d’entreprise et qui bouge tous les jours et finit par dessiner un joli graphique. Ces courbes représentent les valeurs passées, résultats des achats et ventes sur un marché. Ni plus, ni moins. En réalité, quand vous achetez une action vous faites l’acquisition d’une part d’entreprise, des actifs bien tangibles.

Les variations des cours des actions, ou dit de façon plus scientifique « la volatilité », sont le résultat des émotions, des estimations et souvent des surréactions des investisseurs sur des faits d’actualité plus ou moins proche de l’entreprise en question… Profitez de ces excès de hausse et de baisse pour respectivement vendre et acheter des actifs bradés !

Ces pics à la hausse et à la baisse sont inhérents à un marché avec des millions d’intervenants qui pensent chacun posséder « LA » vérité. Les situations irrationnelles sont autant de points d’entrée et de sortie opportunistes en bourse.

La volatilité est l’amie de l’investisseur.

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4 réflexions au sujet de « Votre amie nommée « Volatilité » »

  1. Excellente piqûre de rappel !
    L’exemple avec les étudiants et le journal est top car compréhensible par le commun des mortels. On a du mal à croire que la spéculation existe encore avec ce genre d’explication… tant mieux pour nous 🙂

    1. Oui, c’est intemporel. Même si les exemples avec General Motors et General Electric sentent un peu le formol.

      Aujourd’hui, un étudiant américain citerait plus volontiers Alphabet (maison mère de Google), Apple, Netflix, … mais le raisonnement est exactement le même !

      Pensez long terme et être rationnel, deux clefs essentielles en investissement.

  2. ben quoi, c’est bien ce qui se passe quand on fait les vides greniers, non?
    C’est d’ailleurs comme ça que j’appelle ce que je fais en bourse…

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