Le process, le process… et le process !

Nous allons vous parler, cette semaine, cher(e) lecteur(trice) de baseball ! Pas de la sempiternelle histoire des joueurs légendaires comme Babe Ruth ou Ted William, ces marqueurs hors pairs de « Home runs » dont Buffett fait l’apologie et également l’analogie avec sa méthode d’investissement « focalisée », et basée sur les seuls champions. Mais d’une véritable équipe de « daubasses », les « A’S de Oakland » … qui parviennent à se hisser en quelques années parmi les meilleurs équipes du championnat américain grâce a un process stratégique appliqué à la lettre et basé sur les statistiques. Cette histoire nous permet également de faire l’analogie avec la méthode des daubasses. Ce sera donc l’histoire de baseball préférée des élèves de Ben Graham !

Nous vous avouons d’emblée, avant d’entrer dans le vif du sujet, que nous n’y connaissons rien au baseball et que ce sport très populaire outre-atlantique, ne nous intéresse pas vraiment. Par contre la stratégie présentée dans un bouquin (Moneyball: The Art of Winning an Unfair Game) et dont on a fait un film (Le Stratège avec Brad Pitt), nous a semblé passionnante.

Tout commence dans les année 60 : un certain Eanrshaw Cook, ingénieur mécanique de profession et passionné de statistiques, compile des montagnes de données sur le baseball, son sport favori. Sans le savoir, il invente ce qu’on appelle aujourd’hui la « Sabermetrics », nom tiré de la S A B R, pour « Society of American Baseball Resaerch ».

Assez enthousiaste de son travail, notre ami Cook décide de présenter le fruit de ses recherches aux propriétaires d’équipes de baseball en difficulté. Avec comme idée de les aider a remonter la pente. On ne le prend pas au sérieux et on l’envoit gentiment promener. C’est alors qu’il décide d’écrire un livre qu’il intitulera « Percentage Baseball » et qui est basé sur une longue  batterie de statistiques irréfutables.

Ce n’est finalement que 40 ans plutard que Billy Beane, patron de l’équipe de baseball des « Oakland Athletics » va penser sa stratégie de jeu avec les statistiques de notre ami Cook… En fait, Billy Beane n’est pas un milliardaire, le stade des « Oakland A’s » est plutôt minable et la masse salariale de l’équipe est seulement de 30% comparée à celle de  l’équipe prestigieuse des « New York Yankees »… En gros rien pour réussir et pourtant…

Billy Beane est un ancien joueur de baseball qui, à défaut d’avoir réussi sur le terrain, décide un jour de tenter sa chance en dirigeant une équipe comme personne ne l’avait fait auparavant.

Alors que la saison 2002 se profile, Billy Beane est confronté à une situation difficile : sa petite équipe a encore perdu ses meilleurs joueurs, attirés par les grands clubs et leurs gros salaires. Bien décidé à gagner malgré tout, il cherche des solutions qui ne coûtent pas cher et auxquelles personne n’aurait pensé avant.

Il va donc s’appuyer sur les théories statistiques de Eanrshaw Cook et engager Peter Brand, un économiste, amateur de chiffres qui vient de sortir de l’université de Yale… en gros, un jeune « péquenot » à la tête bien remplie mais aussi un parfait anonyme dans la sphère du baseball.

Ensemble, contre tous les principes, ils reconsidèrent la valeur de chaque joueur sur la base des statistiques et réunissent une brochette de laissés-pour-compte oubliés par l’establishment du baseball. Trop bizarre, trop vieux, blessé ou posant trop de problèmes, tous ces joueurs ont en commun des capacités mal évaluées et la particularité de pouvoir être acheté à prix « d’ami ».

Avec leurs méthodes et leur équipe de « bras cassés », Beane et Brand s’attirent les moqueries et l’hostilité de la vieille garde, des médias et des fans jusqu’à ce que les premiers résultats tombent. Sans le savoir, Beane est en train de révolutionner toute la pratique d’un des sports les plus populaires du continent nord américain et aussi de consacrer le travail de bénédictin de notre ami Eanrshaw Cook.

En fait, la stratégie de Billy Beane est en conflit avec l’équipe de recruteurs du club de la vieille école (dont il va virer le chef) et son entraineur. Ce dernier fait jouer les joueurs qui n’ont pas les meilleurs statistiques. Billy Beane, pour résoudre ce problème, vire donc ces joueurs et l’entraineur se voit obligé de faire jouer les « canards boiteux ».

Les débuts de l’application de la méthode sont houleux, l’équipes des A’s perd quasiment tous ses matchs du début de saison. Ils sont littéralement vilipendés par la presse, les supporters… Mais Billy Beane et Peter Brand savent que les statistiques leurs donneront raison à  long terme et décident de passer à la vitesse supérieure en virant les joueurs qui n’ont pas les meilleures statistiques.

Au bout de quelques matchs, en appliquant le plus strictement possible le process établi, cela va finir par payer : ils vont battre le record de tous les temps : gagner 20 matchs d’affilées… et ce, contre toute attente et surtout dans la plus totale incompréhension du milieu du baseball. Ces 20 victoires d’affilées deviennent le record universel de la league américaine ! Ils finissent le championnat à la tête de leur zone et sont qualifiés pour les playoffs (finales).

Quand l’équipe arrive aux playoffs, les A’s sont rapidement éliminés : ils perdent dès le premier tour. Pourquoi ? Parce que les statistiques vous donnent raison sur le long terme mais pas nécessairement sur «  un seul match ». Et c’est évidemment la même chose pour l’investissement, une période de quelques mois ne permet parfois pas au process de générer des résultats.

Si le process, et donc la stratégie, est très séduisante sur le papier, rien ne vous pousse à l’appliquer. Au contraire, tout vous y  repousse :  des joueurs très moyens voir médiocres dans certaines parties techniques du jeu mais aussi la pression extérieure des supporters, voire de tous ceux qui parlent de vous, à la télé et dans la presse.

Mais la véritable clé de cette idée est bien entendu de connaître les limites de chaque joueurs, afin de pouvoir exploiter leurs seules qualités, afin que l’équipe c’est-à-dire l’ensemble de tous les joueurs puissent afficher des résultats honorables.

Prenons un exemple simple, pour que tout ceci soit plus clair. Vous avez dans l’équipe, une dizaine de «  sluggers » (joueur capable de frapper la balle avec puissance) capable de marquer des « home runs ». L’ennui, c’est qu’ils ont une réussite statistique modeste, du style de 10 par match alors que les meilleurs sont à 25 ou 30. Vous tiendrez le joueur dans le match jusqu’à ce qu’il atteigne ses 10 coups, ensuite vous le remplacerez parce qu’après les 10 coups, une plus grande part de hasard entre en jeu.

Bon, on peut dire aussi que si le joueur en question est dans un jour de forme éblouissante, il pourrait marquer 20 coups. Les 10 coups peuvent alors être modulés avec un facteur statistique temps. On sait que statistiquement, ce joueur marque ces 10 coups en 50 minutes, soit en moyenne un coup gagnant toutes les 5 minutes. S’il est en grande forme, il doit marquer au moins 11 coups en 50 minutes. Ce joueur restera au jeu tant qu’il tiendra le rythme d’un coup gagnant par 5 minutes. Imaginons que ce jour-là, il parvienne à marquer 18 coups en 70 minutes puis qu’il baisse de régime et soit sorti parce que son rythme est en-deça des statistiques. Avec ces 18 coups c’est le héros du match. La décidion de sortir soudain le héros du match est plutôt difficile ! Quel supporter comprend que l’on sorte le héros du match soudainement alors qu’il était sur une si belle lancée et aurait pu, du point de vue du supporter, continuer à alligner les coups gagnants. Celui qui prend la décision est à coup sûr hué par le public. Mais le process stratégique basé sur les statistiques vous indique clairement que ce joueur a été dans un jour « in », jusqu’à un point précis … Le garder dans le jeu après, c’est sortir de la stratégie.

La stratégie peut-être plus globale : en faisant entrer au jeu à certains moments les lanceurs (ceux donc qui ont des qualité de frappeurs vraiment médiocres mais qui ont des qualités au « lancer de balle » et empêchent l’adversaire de marquer des points « Home runs »). Si l’équipe adverse met au jeu quelques « sluggers » de grande qualité, c’est à ce moment-là que l’on fera entrer les meilleurs lanceurs de l’équipe, pour tenter de mettre en échec les « sluggers » d’en face. Tout cela géré statistiquement.

Comme dans l’investissement, si l’on sait que le process global est fromenté de logique, il ne reste qu’à l’appliquer à la lettre… même quand nos biais et nos émotions tendent à nous faire croire que la direction n’est pas la bonne.

Bien entendu, il ne s’agit jamais de 100% de réussite, ni parfois même de 90%, les échecs doivent être compris comme des passage obligés. Mais à long terme, la balance penche inexorablement de votre côté.

Nous pensons, cher(e) lecteur(trice), que vous avez déjà pu faire l’analogie vous-même entre l’équipe des « bras cassés » des « A’s de Oakland » et l’équipe des sociétés boîteuses « du portefeuille Daubasses ».

Nous achetons ces sociétés boîteuses à bon prix et nous savons avec un degré de probabilité élevée le minimum qu’elles peuvent nous offrir, car nous ne les surestimons jamais, nous les prenons pour ce qu’elles sont. Nous savons exactement quand elles doivent sortir du jeu parce qu’elle ont marqué les points « statistiquement attendus ». 

Certaines sociétés « boîteuses » se mettent même parfois à « sprinter ». Si nous ne l’avions pas envisagé, nous laissons faire et savons également les sortir du jeu quand leur forme époustoufflante revient à la normale.

Tout comme les A’S d’Oakland, nous n’aurons jamais de champions dans notre portefeuille « Daubasses », tout simplement parce que le prix à payer est bien trop élevé et surtout qu’il est possible, en faisant jouer les qualité individuelles de l’équipe, d’afficher des performance de premier plan.

Nous pensons aussi que la métaphore du mégot de cigare est peut-être à revoir avec cette histoire de baseball. En effet, ce qui est vrai pour un seul mégot de cigare, peut changer du tout au tout sur le fait que 10 mégots de cigares, c’est l’équivalent d’un cigare !

En conclusion, ce que nous aimons dans cette histoire, c’est la possibilité de tirer parti des qualités globalement moyennes voir médiocres en se focalisant sur la connaissance des qualités et des défauts de manière individuelle puis en mettant en avant à certain moment, les seules qualités, tout en faisant jouer de cette manière l’équipe entière selon le process, encore le process et rien que le process.

 

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2 réflexions au sujet de « Le process, le process… et le process ! »

  1. Merci pour cet excellent article. J’avais adoré « le casse du siècle » du même auteur, et je découvre cette histoire fascinante grâce à vous.

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