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Ancien édito : la psychologie de l’investisseur

vacances boursièresEn cette période de douceur estivale, l’équipe des daubasses prend un peu de repos bien mérité.

Certes, entre barbecues et farniente, nous poursuivons notre traque incessante des plus belles daubasses.

Pour la partie rédactionnelle du blog, tout comme les années précédentes, nous avons plongé en apnée dans nos archives afin de vous proposer, cher(e) lecteur(trice), quelques anciens éditos de notre lettre mensuelle tels que nos abonnés ont pu les découvrir à l’époque.

C’est l’édito de la lettre d’août 2012 que vous allez retrouver ci-dessous, là où il est question, une fois de plus, de process et de finance comportementale.

Excellente lecture !

La psychologie de l’investisseur

 

Nous vous avons déjà parlé de nombreuses fois de Monsieur le Marché. Cet être à l’humeur exubérante, tantôt euphorique, tantôt dépressive, cher à Benjamin Graham pour représenter le marché dans son ensemble. Il peut prendre des facettes très différentes avec toujours autant d’appoint et répéter systématiquement les mêmes exagérations sur différents laps de temps. Ainsi les périodes de surévaluations succèdent aux périodes de sous-évaluations et vice-versa et bis repetita.

Tout ça, vous le savez déjà et nous en avons assez débattu en long et en large dans nos précédentes lettres et sur notre blog.

Nous souhaitons dans cette lettre estivale apporter une nouvelle approche à ce concept de marché lunatique. Il ne faut pas oublier que derrière chaque investisseur, chaque décision d’investissement, il y a toujours un Homme. Et cet homme, quel qu’il soit, est lui aussi sujet à des périodes euphoriques ou dépressives. Il nous semble essentiel de savoir quel profil d’investisseur nous sommes, comment nous réagissons face aux humeurs de Monsieur le Marché et quelles armes nous avons à disposition pour nous aider dans cette lutte pour le rendement.

Identifions aussi au préalable trois profils d’investisseur :

– le suiveur

– le colleur

– le contrarian

Nous illustrons nos propos avec des graphiques. En bleu, le marché. Quand la courbe est au-dessus de 0, nous sommes en phase de surévaluation (1 = surévaluation maximale, -1 = sous-évaluation maximale, 0 = valorisation rationnelle) et en dessous de 0, en phase de sous-valorisation. En rouge, nous avons l’attitude de l’investisseur (1 = l’investisseur est investi à 100%, il achète tout ce qu’il peut, -1 = l’investisseur vend toutes ses lignes, il est 100% cash). Quand la courbe franchit le 0 à la hausse l’investisseur devient acheteur et commence à vendre lorsque la courbe est en phase descendante.

Le suiveur

suiveur de conseil boursier

Le suiveur est le profil type de l’investisseur qui lit la presse financière spécialisée et qui suit le conseil des autres sans faire ses devoirs. Il achète et vend davantage en fonction des modes que de ses propres calculs financiers ou de ses convictions. Résultats, il commence à acheter quand le marché commence à devenir surévalué, donc trop tard, et vend quand tout le monde a déjà commencé à vendre. En résumé, il a toujours un temps de retard sur le marché. Difficile de s’identifier comme ayant le profil de suiveur, mais il nous semble important de dissocier « l’humeur du marché » à un moment donné et l’ambiance afférente avec ses décisions d’achat / vente. Le symptôme typique du suiveur, c’est qu’il crie sur tous les toits que l’on ne l’y reprendra plus et que la prochaine fois il anticipera la vague de hausse et vendra avant que les marchés s’effondrent. Vous connaissez la suite…

Le colleur

colleur en bourse

Le colleur est un investisseur relativement averti qui a peut-être été un « suiveur » peu performant. Il sait par expérience qu’il est difficile de prévoir le marché. Alors il a mis en place une tactique simple, qui ne demande aucune anticipation mais qui nécessite une certaine rigueur d’esprit. En fait, il a mis en place une règle et ne doit jamais y déroger au risque de faire capoter toute sa stratégie. Comme il ne sait pas quand le marché est cher ou bon marché, il décide d’acheter « le marché » dans son ensemble. Par exemple avec un tracker. Pour le marché français, ce pourrait être un tracker CAC 40. Ainsi, il achète un panier de valeurs représentatives du marché à fréquence répétée. Ainsi, il lisse son prix de revient, il achète au plus bas comme au plus haut avec des frais de courtage réduits. Bien entendu, il ne pourra jamais battre le marché sur le long terme, mais il ne pourra néanmoins pas non plus sous-performer significativement le marché. C’est une stratégie qui présente de nombreux atouts : simplicité, peu de temps consacré et une liberté de pensée sur la valorisation des marchés.

Le contrarian

investisseur contrarian1

Psychologiquement, c’est le profil d’investisseur le plus complexe… mais qui présente un potentiel de rendement élevé. En effet, sur le schéma il est capable d’acheter quand le marché est au plus bas et de vendre quand le marché est plus haut. Bien-entendu, c’est une vision utopique. Il est impossible de systématiquement, quelle que soit la période de marché, réussir une telle prouesse. Le but est davantage de s’en rapprocher et de développer des outils pour y parvenir.

La notion de valorisation de marché est peu évidente et nul ne peut dire à un moment donné que le marché a atteint un sommet ou un creux. Aussi, nous pensons que l’investisseur qui veut tendre vers ce profil d’investisseur doit faire fi de tout le contexte de marché. C’est ici que la bataille psychologique commence.

Au sein du club des Daubasses, c’est vers ce profil d’investisseur que nous essayons de nous approcher. Et au fur et à mesure de notre expérience commune, nous avons appris à utiliser nos propres outils pour nos décisions d’achat / vente. Ainsi, nous basons nos décisions d’investissement uniquement sur des conditions financières en valorisant les patrimoines des sociétés et en les rapprochant des valorisations offertes sur le marché. Nous laissons parler les ratios. Seule une approche construite sur un process clair et sans aucune dérogation exceptionnelle peut permettre à l’investisseur de passer un peu plus entre les mailles du filet du retour à la moyenne et un rendement moyen proche du rendement du marché.

Il est aisé d’acheter quand tout le monde achète, mais beaucoup plus compliqué de se porter acquéreurs d’actions quand la presse, vos amis, votre famille vous rabâchent à longueur de journée que « les actions… c’est risqué », qu’il ne faut pas investir en ce moment. Dans ces moments-là, nous prenons du recul, nous nous concertons, regardons les chiffres et prenons notre décision. A froid.

Chaque investisseur, avec son bagage, ses objectifs, se construit son propre process d’aide à la décision. Sans ce garde-fou, nous pensons effectivement qu’il est difficile de ne pas virer maniaco-dépressif à l’image de Monsieur le Marché.

Finance comportementale : l’investissement, le temple des regrets

finance comportementale Ce texte fait partie de la série « finance comportementale ».

Dans ce dernier épisode de la série « L’équipe des Daubasses sur le grill de la finance comportementale », nous allons essayer de mieux comprendre le mécanisme du « regret » de l’investisseur, regret qui semble encore plus complexe que le regret que nous éprouvons dans la vie de tous les jours.

Nous n’allons pas pouvoir développer ici tout ce qui a été écrit sur le sujet : de toute manière, ça ne nous avancerait guère … mais nous avons trouvé dans la  » théorie des justifications de la décision », une piste intéressante que nous allons tenter de vous expliquer.

Tout d’abord qu’est-ce que le regret ? Le regret est un sentiment purement émotionnel et négatif que nous ressentons vis-à-vis d’un acte ou d’une décision personnelle passée.

Dans la vie de tous les jours, nous éprouvons du regret parce nous jugeons les conséquences négatives avec, bien entendu, des degrés différents. Prenons deux exemples. Vous êtes fidèle à la même marque de confiture depuis 10 ans. Mais une nouvelle confiture apparaît sur le marché et vous êtes tenté de l’essayer parce que tout le monde en parle et votre voisin la trouve « extra » … vous décidez donc de changer de marque de confiture. Mais il s’avère que vous la trouvez nettement moins bonne que votre marque habituelle. Vous éprouverez donc un certain regret de vous êtes laissé entrainer à changer de confiture alors que la marque que vous aimiez vous semblait bien supérieure.

Deuxième exemple. Votre chien vient de se blesser gravement. Vous avez le choix entre un vétérinaire qui est installé à deux rues de chez vous mais dont la réputation n’est pas très bonne ou votre vétérinaire habituel dont la notoriété n’est plus à faire mais qui habite à 15 km. Malgré les soins à apporter à votre chien qui vous semblent urgents, vous décidez d’aller chez le vétérinaire que vous connaissez en raison de ses compétences. Mais quand vous arrivez enfin devant son cabinet, votre chien est mort. Vous vous en voulez énormément. Vous regrettez amèrement cette décision car, avec le recul, vous pensez avoir fait une grave erreur. Vous auriez dû allez chez le vétérinaire incompétent à deux rues de chez vous pour palier au plus urgent quitte, ensuite, à partir chez votre vétérinaire habituel. Votre regret consiste donc à vous sentir responsable de la mort de votre chien.

Dans la vie de tous les jours, nous sommes souvent confrontés aux regrets. Selon le degré d’intensité émotionnel, il est plus ou moins facile de dépasser les regrets – cas de la confiture – ou plus ou moins difficile, comme par exemple avec la mort de votre chien.

L’investissement est bien différent et encore plus compliqué car le regret peut être permanent, en perte comme en gain. Et donc l’investissement a, non seulement la capacité de nous faire regretter les conséquences négatives (une perte) mais également les conséquences positives (un gain).

Comment peut-on regretter un gain ?

Eh bien tout simplement par le fait que vous vendez une action que vous avez achetée 1€ à 3€. Excellent, c’est du 200% ! Jusque là, c’est bien entendu la joie, pas le moindre regret. Mais quand le cours de la même action atteint 6€, vous vous dîtes finalement que votre décision de vendre était complètement idiote car elle vous a fait perdre 3€ supplémentaires alors que tous les éléments que vous avez pu lire sur la société à 3€ étaient positifs. Et votre joie qu’ont suscitée les 200% de gain, se transforme donc en regret d’avoir raté les 100% supplémentaires pour un gain total de 500%.

C’est en quelque sorte comme si votre gain se transformait progressivement en perte et un calcul très simple pourrait vous faire dire « j’ai gagné 2€ et perdu 3€ ». Ce qui mentalement devient négatif et fait donc naître du regret, le regret d’avoir vendu trop tôt.

Quand on parle de l’investissement comme le « temple des regrets », cela ne nous semble pas un terme surfait mais plutôt un terme juste car, en investissement, vous achetez 99% du temps trop tôt ou trop tard et vous vendez dans 99% des cas toujours trop tôt ou trop tard. Le timing juste où l’on ne regrette rien c’est sans doute 1%, peut-être moins.

Avant de vous expliquez une partie de la théorie des justifications de la décision, essayons de voir les conséquences possibles du regret ou comment certains investisseurs ne sont plus en mesure de dépasser la phase émotionnelle qu’est le regret en s’engluant dans des décisions et une gestion entièrement émotionnelle.

Le regret est capable de créer un cercle vicieux dans la prise de décision d’investissement. Il vous pousse à corriger en permanence votre approche pour tenter de mieux faire, pour ne pas être assailli par le regret. Mais comme 99% des investissements génèrent du regret – comme nous venons de l’expliquer en terme timing – votre combat pour changer la donne est perdu d’avance et, par conséquent, superflu.

Les conséquences émotionnelles du regret sont nombreuses. Vous pourrez être amené à prendre plus de risques ou à avoir peur d’investir. Vous serez soumis à un excès de confiance en vous, puis, immanquablement, à un manque de confiance en vous. Vous passerez par des phases d’euphories, puis de profondes déprimes où vous penserez même à arrêter d’investir, tout simplement. Vous serez enthousiasmé par le process que vous venez de trouver et que vous êtes bien décidé à appliquer à la lettre mais vous le jetterez très vite à la poubelle… C’est d’ailleurs pour cette raison que certains investisseurs englués dans l’émotionnel que génère le regret vont même rejeter toutes formes de process avançant l’idée que l’investissement c’est du casino. Voire qu’un lancé de fléchettes par un singe génère aussi des résultats, sous entendu que ce n’est pas la peine de se casser la tête : c’est une question de chance uniquement qui peut générer plus de regrets que de joies.

Voyons maintenant ce que nous apprend la  » théorie des justifications de la décision« . Une partie de cette théorie porte sur le facteur permettant de diminuer l’intensité du sentiment de regret, à savoir l’existence d’une bonne justification pour le comportement regretté. L’effet de justification a été confirmé par de nombreuses études. Toutefois, tous ces chercheurs ignorent toujours la véritable nature du processus psychologique qui génère cet effet, au-delà de l’observation qu’une bonne justification évite de s’en vouloir un peu moins pour une décision aux conséquences négative.

Pourquoi, à conséquences égales, une décision bien justifiée est-elle moins regrettée qu’une décision mal justifiée ?

Quand nous n’avons pas de bonne justification pour la décision que nous avons prise et qui s’est avérée avoir des conséquences négatives, nous sommes sujets à ce que les psychologues appellent une « mutation contrefactuelle ». En deux mots, cela signifie que nous pensons que si nous avions pris une autre décision, nous aurions pu éviter les conséquences négatives. La mutation contrefactuelle est considérée comme un mécanisme fondamental de l’émotion de regret (Kahneman & Miller, 1986 ; Roese, 1997 ; Sevdalis & Kokkinaki, 2006). Le  regret que nous éprouvons serait donc en grande partie le fait que nous comparons le choix que nous avons fait et ses conséquences négatives à un autre choix que nous aurions pu faire et qui n’aurait pas généré de conséquence négative.

Si, par contre, nous avons une bonne justification à notre décision qui génère les mêmes conséquences négatives, nous aurons plus difficile à faire la « mutation contrefactuelle » soit la comparaison avec un autre choix qui nous aurait permis d’éviter les conséquences négatives. Cette difficulté à ne pas comparer ce qui s’est passé dans les faits (négatif) à ce que nous imaginons qu’il aurait pu se passer si nous avions pris une autre décision (positif) diminue alors l’intensité du regret.

Voyons un petit exemple de la vie de tous les jours avec deux variantes pour que tout soit plus clair.

Vous travaillez en Floride et le trajet de votre entreprise à la maison est de 15 minutes par le chemin le plus court qui passe par deux centres de petites villes et une longue route nationale. Et c’est ce chemin que vous empruntez tous les jours, à l’aller comme au retour. Même si vous avez aussi à disposition un itinéraire plus long de 35 minutes avec une route qui borde la mer pendant plus de 25 minutes.

Un jour, après une journée de travail qui vous a franchement exténué, vous décidez, pour vous relaxer, de prendre l’itinéraire du bord de mer pour rentrer chez vous. La Ford Mustang décapotable que vous vous êtes offerte la semaine passée vous semble plus à propos que jamais pour ce genre de petite balade récréative. Les palmiers qui bordent la route, la mer d’un bleu intense et les jolies filles en bikini qui vous regardent passer (nos aimables lectrices peuvent, à la place, imaginer de virils apollons au torse nu et musclé) semblent laisser d’un seul coup la journée harassante derrière vous. Mais, soudain, un camion qui veut doubler un cycliste déboite un peut trop et vous percute, c’est l’accident. Quand vous reprenez vos esprits, vous constatez que vous n’êtes pas blessé même pas une égratignure. Par contre, votre Ford Mustang décapotable s’est transformée en tas de ferrailles hideux.

Seconde variante. Après une journée de travail difficile, alors que vous êtes franchement exténué, juste avant de rentrer chez vous, votre épouse vous téléphone pour vous annoncer que votre planche de surf « BLEF » est arrivée et que vous pouvez passer la prendre. Cette nouvelle vous remet presque d’aplomb d’un seul coup puisque vous attendiez avec impatience cette nouvelle planche, commandée voici trois mois et imaginée par le surfeur néo-zélandais Roy Stuart avec plein d’innovations techniques comme son tunnel « Vort X » et sa dérive inspirée d’une baleine à bosse (!). Et en plus, vous allez même pourvoir admirer la mer, les palmiers et les jolies nanas puisque le magasin est situé sur la route qui longe la mer. En faisant vrombir le moteur de votre Ford Mustang, les tracas de la journée semblent déjà lointains. L’enseigne du magasin de surf est en vue quand un camion qui veut doubler un cycliste déboite un peut trop et vous percute, c’est l’accident. Quand vous reprenez vos esprits, vous constatez que vous n’êtes pas blessé, même pas une égratignure mais que, par contre, votre Ford Mustang décapotable s’est transformée en tas de ferrailles hideux.

Dans le premier exemple, où le choix de l’itinéraire le long de la mer n’a pas de justification sérieuse puisque vous auriez pu aussi bien vous relaxer chez vous au bord de la piscine, la mutation contractuelle amplifiera le regret d’avoir bousillé votre Mustang en vous disant : « mais qu’est que j’ai été faire sur cette route au bord de la mer fatigué… Alors que j’aurais été aussi bien chez moi et ma Mustang serait toujours entière ! » Le regret est donc important. Emotionnellement, vous vous en voulez vraiment d’avoir pris cette décision.

Dans le second cas, la justification qui vous fait prendre la route du bord de mer, c’est votre planche de surf que vous deviez récupérer de toute manière. Vous regrettez évidement d’avoir bousillé votre Mustang mais, comme vous deviez quand même récupérer la planche de surf, vous avez plus du mal à envisager un autre scénario où aucun accident ne se serait produit. En conséquence, vous n’avez donc pas trop d’arguments pour échafauder un autre scénario et donc d’opérer « la mutation contrefactuelle » qui vous permet d’imaginer un autre scénario sans conséquence. Le regret d’avoir bousillé votre Mustang sera dont moins important.

 

Et votre process dans tout cela. Que peut-il contre le regret permanent de l’investisseur ?

Dans les 10 épisodes précédents traitant de la psychologie de l’investisseur, nous avons tenté de démontrer qu’un process de manière générale, et le nôtre en particulier, permet de déjouer la pluparts de nos biais et de mettre les mauvais réflexes au placard. Il est impossible de supprimer les biais de l’investisseur, comme nous l’avons vu, mais il est donc possible avec un process bien appliqué de les exclure.

Le regret nous semble bien différent et nous pensons à l’aulne de ce que nous venons de vous expliquer qu’aucun process de manière général ne peut exclure complètement le regret.

Par contre, si l’investisseur parvient à échafauder un process qui possède un avantage statistique – en un mot, qui génère des plus values à long terme – et qu’il parvient à se distancier de son process, comme nous l’avons expliqué dans l’introduction de cette série avec la métaphore « du tigre du Bengale »  , pour en faire une entité séparée qui dicte à l’investisseur en pleine action sa manière d’agir et de réagir, nous pensons que le process peut alors jouer le rôle de la justification.

Donc, oui, le process peut sans aucun doute amoindrir les regrets sans toutefois les supprimer complètement. Et c’est malgré tout un petit plus qui a son importance.

Sachez enfin que l’équipe de Daubasses n’échappe pas au regret, qu’il soit négatif ou positif ressenti progressivement comme négatif. Mais que nous exprimons du regret aussi à chaque vente qu’elle soit en perte ou en gain… quand le cours continue sa progression. Mais le plus souvent, l’un d’entre nous rappelle dit aux autres que nous avons simplement suivi notre process et qu’il n’y a rien à regretter.

Le prochain épisode sera consacré à la conclusion de cette série d’article avec une invitée spéciale !

 

PS : Cet article a été inspiré par les travaux du professeur Jean-François Bonnefon de l’université de Grenoble et des professeurs Jiehai Zhang et Ciping Deng de l’université de Shangai.

Finance comportementale : le biais d’ancrage ! Un méta biais (2e partie) ?

finance comportementaleCe texte fait partie de la série « finance comportementale » et constitue la suite de l’article que nous vous avions présenté la semaine dernière.

Voici donc les deux tests que nous avons retenus. Il y en a plein d’autres pour mieux vous faire comprendre les « ratés » de notre rationalité. Nous vous invitons, cher lecteur, chère lectrice, si vous le désirez, à répondre aux deux questions posées directement après avoir lu la question car ces questions sont tellement simples qu’elles ne demandent pas une longue réflexion. Vous pourriez même les noter rapidement sur un bout de papier. Et nous n’allons pas vous donner les réponses de suite mais vous relater ce qu’ont répondu les trois « membres-test » de l’équipe des daubasses.

psychologie de l'investisseur en bourseLes deux tests sont les suivant :

1° Une batte de baseball et une balle de baseball coûtent 1 dollar et 10 cents. Sachant qu’il y a une différence de 1 dollar entre le prix de la batte et la balle, que coûte la balle de baseball ?

2° Sur un lac il y a de belles feuilles rondes de nénuphar. Ces feuilles de nénuphar doublent chaque jour. Par rapport à la taille du lac, on sait que le lac sera entièrement recouvert par les feuilles de nénuphar dans 48 jours. Combien de jours faut-il pour que le lac soit recouvert à moitié ?

Voici comment le test a été présenté aux membres des daubasses :

Louis A, Louis P et Franck,

 

Dans le cadre de mon 10ième article de finance comportementale, je vous demande donc une nouvelle fois de jouer les cobayes. Merci mes chers cochons d’Inde !

 

Voici donc ce que je vous demande et le cadre de cette petite expérience.

 

Je vous demande donc de répondre à deux questions simples. Et de jouerle prix d'achat d'une action le jeu de répondre tout de suite après que vous avez lu la question, soit en gros après maximum 5 secondes du début de la lecture de la question. Je vous envoie une feuille Word en attache, où j’ai écrit les deux questions sur deux pages différentes, pour que vous ne soyez pas tenter de lire les deux questions à la suite. Et donc pour que vous lisiez la question, puis donniez une réponse rapide après l’avoir lu.

 

 

Voici ce qu’ont répondu les daubasses aux deux questions :

 

Franck :

Voici mes réponses grand méchant loup :

1) 10 cents. Mais je sais que je me suis gouré, c’est 5 cents.

2) 47 jours

la psychologie de l'investisseur en bourse1Louis P :

 

groin groin groin……!   Pour la 1ere question, je dirais que la balle coûte soit 1 dollars, soit 10 cents Pour la 2e question, c’est forcément 47 jours.   Par honnêteté, je dois reconnaître que j’ai réfléchi plus de 10 secondes pour la  1ere des deux questions en me demandant où était le piège (mon premier réflexe était de dire 1 dollar uniquement). Par contre, pour la 2e, la réponse m’a semblé évidente dès la première lecture.   groin groin groin  Satisfait Monsieur l’expérimentateur ? 

 

Louis A. :

Mes réponses en pièce-jointe.

1° Réponse instinctive = 10 cents

Réponse réfléchie ensuite :

Admettons que la batte soit plus chère que la balle.

X = prix de la batte

Y = prix de la balle

X+Y=1.10

X-Y=1

Donc 2X = 2.10

Par conséquent X = 1.05 et Y = 0.05 => prix de la balle = 5 cents

2°Réponse instinctive : 47 jours

Réponse réfléchie ensuite : 47 jours

Le grand méchant loup vous remercie tous les trois! Mais je dois vous dire que sur la première question vous avez tous été ancrés sur le 1$ comme ce cochon d’oncle Picsou ! Une différence de 1$ entre deux objets d’une valeur totale de 1.10$ c’est donc 1.05$ et 0.05$, soit 0.05$ pour la balle. Tout le monde est tombé… même si après plus de réflexions, vous avez trouvé la bonne réponse. Mais ce n’était pas le jeu !.Belle équation Louis A, j’ai aimé. Pour les 47 jours, vous avez bon tous les trois. La réponse du test « réel » était 24 jours ou l’on fait une division par 2 du nombre de jours sans prendre la peine de comprendre que les plantes se multiplient par deux chaque jour. Et que donc la veille du 48ième jour le lac est recouvert de moitié, puisque le lendemain la multiplication des nénuphars par deux fera que le lac sera entièrement recouvert.

psychologie de l'investisseur financier

Comme vous avez pu le constater cher lecteur, chère lectrice, les 3 petits cochons de l’équipe des daubasses se sont donc plantés sur la première question et ont répondu correctement à la seconde question. Nous pourrions donc dire qu’ils obtiennent une note de 5/10, qui ne les placent pas forcément parmi les gens « intelligents », désolé mes cochons, mais juste dans la moyenne que vous allez découvrir par la suite.

finance comportementaleNous notons toutefois deux points. Louis P., malgré ces 5 secondes supplémentaires de réflexions – qu’il avoue très honnêtement au grand méchant loup ayant sans doute peur que ce dernier ne souffle trop fort sur sa maison – est doublement ancré. Il est ancré comme les deux autres cochons sur le 1$, mais également par le fait qu’il cherche à déjouer le piège du test, puisqu’il sait que ce test va remettre en question sa faculté de réflexion et tente donc de déjouer un certain conditionnement. Mais son biais d’ancrage sur le dollar, reste le plus fort. Et deuxièmement, après plus de réflexion, hors jeu, Louis A, nous propose une équation, qui met bien sur en évidence sa rationalité d’ingénieur. Mais on peut se poser deux questions, la première : est-ce que ce petit problème devait obligatoirement être mis en équation pour être résolu ? La seconde, pourquoi Louis A, n’a-t-il pas fait l’effort de dérouler mentalement son équation, dès la lecture de la question ? Nous pensons donc que Louis A. Illustre parfaitement ce que les psychologues de Princeton nous expliquaient plus haut : Ces raccourcis ne sont pas un moyen plus rapide de faire le calcul, mais sont un moyen de sauter le calcul purement et simplement !

Merci Louis, la transition est parfaite.

Car poussant plus loin les premières recherches sur le biais la psychologie de l'investisseur en boursed’ancrage les professeurs Richard West à l’Université James Madison en Virginie et Keith Stanovich de l’Université de Toronto au Canada ont démontré avec d’autres tests que dans de nombreux cas, les gens intelligents sont plus vulnérables à ces erreurs de jugement. Même si nous supposons que l’intelligence est un tampon contre les préjugés et les raccourcis de tout acabit.

3° « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? », ou le meta-biais d’ancrage !

En fait les professeurs West et Stanovitch n’étaient pas intéressés de confirmer les biais d’ancrage déjà mis en évidence par leurs prédécesseurs mais voulaient essayer de comprendre comment ces biais étaient corrélés à l’intelligence humaine. Ils prendront donc des « cobayes » dans les prestigieuses universités de Stanford, Princeton et au MIT (Massachusetts Institute of Technology) et autres, et alterneront leurs tests avec diverses mesures cognitives.

Les résultats sont assez troublants. Tout d’abord, la conscience de soi n’était pas particulièrement utile pour éviter les biais comme le pensent souvent de nombreux scientifique. Pis encore, les gens qui étaient au courant de leurs propres préjugés n’étaient pas en mesure de mieux les surmonter. Ces résultats n’ont pas surpris Daniel Kahneman qui, déjà dans son bestseller « Thinking, Fast and Slow », écrit que « des décennies de recherches révolutionnaires n’ont pas réussi à améliorer de manière significative nos propres performances mentales. La pensée intuitive est tout aussi sujette à l’excès de confiance, aux prédictions extrêmes et aux erreurs stratégiques qu’avant ces découvertes. »

psychologie de l'investisseur en bourseOu encore ceci :  notre biais le plus dangereux mis en exergue par West et Stanovitch est que nous supposons naturellement que les autres sont plus sensibles aux erreurs de raisonnement que nous-même. Ce phénomène psychologique est connu sous le non de « tache aveugle de polarisation. » Ce méta-biais est enraciné dans notre capacité à repérer systématiquement les erreurs de décisions des autres ou les défauts de nos amis et notre incapacité à repérer ces même erreurs ou ces même défauts en nous-même. Bien que la « tache aveugle de polarisation » ne soit pas un nouveau concept, les dernières études de West et Stanovitch démontrent qu’elle s’applique à tous les biais d’ancrage étudiés et dans tous les tests simples. Dans chaque cas, nous pardonnons facilement nos propres erreurs mais nous jugeons durement les erreurs des autres.

Et le bouquet final de cette étude ressemble à un uppercut : investir en actions avec un club d'investissement belgel’intelligence semble aggraver les choses. West et Stanovitch ont d’abord établit quatre groupes de personnes en les classant selon leurs « sophistications cognitives », en gros leur capacité à penser et leur rationalité. Il ressort de l’étude que plus l’individu a une « sophistication cognitive élevée, plus grandes sont ses taches aveugles de polarisation ». En d’autre mots, plus l’individu est intelligent et capable d’introspection et de questionnement intérieur, plus il est vulnérable aux erreurs mentales communes. Daniel Kahneman et Frederick Shane avaient déjà noté voici plusieurs années que le niveau d’étude de l’individu ne changeait pas grand chose à ce problème du biais d’ancrage puisque plus de 50% des étudiants de Harvard, Princeton et du MIT ayant participé au test de la batte et de la balle de baseball avait donné une réponse fausse (Coucou, mes trois petits cochons ! Pas de quoi vous empêcher de dormir. Hein ?).

finance comportementale1Comment expliquer ce résultat ?

L’hypothèse de Richard West et Keith Stanovitch serait que « la tâche aveugle de polarisation » génère de la partialité en raison d’un décalage entre la manière dont nous évaluons les autres et la manière dont nous nous évaluons. Lorsque l’on considère que les choix d’un autre individu sont irrationnels, nous sommes forcés de nous appuyer sur des informations comportementales, nous voyons donc tous ce qui « cloche » chez l’autre d’un œil extérieur, que ce soient ses préjugés, ses arguments ou encore ses biais. Par contre, lorsque nous essayons de comprendre nos propres erreurs, nous avons plutôt tendance à nous engager dans l’introspection. Nous examinons donc de l’intérieur nos motivations et cherchons les raisons qui nous ont amenées à faire des choix irrationnels. Souvent, nous ne sommes capables que de déplorer nos erreurs et de les « ruminer » avec regret sans être en mesure de pouvoir faire un constat et d’en nommer les causes.

Le problème avec cette approche introspective, c’est que finalementle prix d'achat d'une action les forces motrices de nos préjugés, qui sont les causes profondes de notre irrationalité, sont largement inconscientes. Ce qui signifie finalement qu’elles restent invisibles à notre analyse et imperméable à notre intelligence. C’est même pour cette raison que l’introspection peut même aggraver nos erreurs et nous aveugler plus encore sur le processus primaire de nos défaillances quotidiennes.

Finalement, et ce sera la conclusion, ces études nous montrent clairement que plus nous essayons de nous connaître, moins nous nous comprenons.

 

La dernière phase comme toujours, est évidement de savoir ce que nous pouvons faire avec ces éléments pour éviter au maximum nos biais d’ancrage et renforcer notre rationalité d’investisseur.

Nous pensons donc que nous avons deux atouts clairs pour éviter ce piège de l’ancrage en fonction de ce que nous venons de relater : l’équipe des daubasse et nos process chiffrés.

L’équipe des daubasses

Cela peut vous sembler surprenant puisque la majorité des investisseurs sont généralement amenés à prendre des décisions personnelles  et sont donc seuls. Mais si vous revenez au concept de la « tache aveugle de polarisation » qui nous permet facilement de juger les autres, alors que nous avons des difficultés à nous juger, vous comprenez rapidement les avantages d’une équipe de 4 investisseurs qui n’ont pas peur de se juger mutuellement, en toute amitié, dans le seul but d’arriver à prendre les décisions d’investissement les plus rationnelles possible.

la psychologie de l'investisseur en bourseBien entendu, une équipe n’est pas forcément un gage de rationalité, si certaines règles ne sont pas respectées. Chez les Daubasses, il n’y a pas de « chef » qui fixe la ligne de conduite. Toutes les décisions sont prises par adhésion des quatre membres par rapport à la pertinence des arguments développés par chaque personnalité. Quand par exemple l’équipe est divisée, ce qui arrive parfois, nous votons. Si le sujet n’arrive pas à rallier 3 voix sur 4, nous l’abandonnons purement et simplement car notre règle numéro un est que chaque personnalité doit se sentir à l’aise avec les décisions du groupe pour pouvoir les assumer personnellement. Nous parlons de tout ce que nous faisons :  de la décision d’analyser une société  jusqu’à celle d’y investir, voire de la rédaction d’un article pour notre blog.

Notre dernier atout d’équipe, c’est le temps. Nous n’allons pas dire que nous prenons le temps pour toute décision  car ce sont les débats qui imposent leur temps. Cela peut-être rapide car un, voire des arguments s’imposent comme des évidences … comme cela peut-être long, car les points à débattre sont nombreux et demandent du temps pour être débattus comme ce fut le cas avec notre nouvelle catégorie les RAPP.

Enfin, ce que nous offrons à nos abonnés, que nous considérons ancre bourse actions1comme notre famille élargie, est toujours le fruit d’un énorme travail d’arrière-boutique qui n’apparaît pas bien entendu dans une analyse ou une décision d’investir… et qui bénéficie aussi directement de notre souci permanent de nous améliorer en tant qu’investisseur et bien plus largement qu’il n’y paraît.

Notre process chiffré

C’est notre second atout contre le biais d’ancrage et nous n’allons pas revenir sur l’ensemble de nos process que vous connaissez.

En fait, nos process et ratios-clefs chiffrés permettent de suivre la société de bilan en bilan par le chiffre. Ce process chiffré est donc semblable à un constat impersonnel qui relate donc froidement l’évolution de la santé financière de la société. Ce process ne demande pas comme l’explique Tversky et Kahneman d’ajustements supplémentaires et encore moins d’évaluations par rapport à des évènements conjonctifs ou disjonctifs que rencontrent la société. Puisque nous nous contentons de regarder si ces chiffres au fur et à mesure qu’ils évoluent s’encadrent toujours dans les règles du process. Et c’est la même démarche à l’achat comme à la vente.

psychologie de l'investisseur en bourseNous ne pourrions par exemple pas rester ancrés sur les qualités supposées, parce que reconnues de tous, d’un manager si les chiffres du bilan sont mauvais et que la situation patrimoniale de la société se détériore clairement au fil des trimestres et depuis plusieurs années. Ce serait de notre point de vue grotesque car contredit par les chiffres et trahirait manifestement un biais d’ancrage certain et un manque de rationalité. Quand nous parlons par exemple dans nos « news », de la qualité d’un manager d’une société estampillée daubasse, cela signifie que les chiffres du bilan le permettent. Nous sommes inféodés aux chiffres qui représentent la réalité et nous ne nous accordons pas d’autres libertés que chiffrées car comme nous l’avons souvent répété dans ces articles sur la finance comportementale, les 4 membres des daubasses n’ont pas la prétention d’être au-dessus des masses d’investisseurs. Nous ne sommes ni plus ni moins intelligents que d’autres investisseurs, nous sommes enclins aux même biais que vous  cher(e) lecteur(trice). La seule chose que nous essayons de faire c’est d’explorer toutes les pistes, nous permettant de devenir de meilleurs investisseurs.

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Finance comportementale (10e partie) : le biais d’ancrage ! Un méta biais ?

finance comportementaleCe texte fait partie de la série « finance comportementale ».

Ce dixième chapitre nous a vraiment surpris. Comme vous le savez maintenant, cher(e) lecteur(trice),nous ne nous contentons pas de décrire le ou les biais psychologiques qui nous font commettre des erreurs d’investissement, nous essayons autant que faire se peut de comprendre les mécanismes mentaux qui agissent en nous et génèrent ces biais. Dans notre travail de recherche sur le biais d’ancrage, nous sommes parvenus à descendre sur 3 niveaux.

le prix d'achat d'une actionLe premier, soit la description avec des exemples simples de biais d’ancrage, nous a fait dire « bon OK, on n’est pas trop concerné ».

Le second niveau, qui nous explique que les gens intelligents sont plus enclins au biais d’ancrage nous a fait réagir par un « ce n’est pas possible, même eux ! ».

Dans le troisième niveau, nous n’imaginions pas une seule seconde psychologie de l'investisseur en bourseque nous allions retomber sur la parabole de l’évangile selon Saint Mathieu chapitre 7 verset 3-5, que tout le monde connait et qui interroge de cette manière : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » Qui, expliqué par des psychologues des universités de James Madison et de Toronto, nous apprend que l’on trouve dans chaque cerveau humain une « tâche aveugle de polarisation ». En deux mots : ce qui permet de voir ce qui ne fonctionne pas chez les autres mais ne permet pas d’agir sur ce qui ne fonctionne pas chez soi ! C’est à la fois le chapitre le plus passionnant et le plus inquiétant que nous avons rencontré dans notre recherche concernant les défaillances de notre cerveau.

Comme d’habitude, l’équipe des Daubasses a été testée sur son biais d’ancrage dans le décorum de l’histoire pour enfant : le grand méchant loup et les trois petits cochons visant principalement à rester sur une ligne qui nous est chère : faire les choses avec un maximum de sérieux sans se prendre au sérieux !

finance comportementale

1° Qu’est-ce que le biais d’ancrage ?

Nous n’échappons pas à nos amis Tversky et Kahneman qui nous expliquent qu’aussi bien les enfants que les adultes se basent sur une quantité d’informations ou une seule information qui peuvent être pertinentes ou non. Par la suite, ils l’ajusteront en considérant les particularités des nouveaux évènements. Cependant, l’ajustement est en général insuffisant car la plupart des gens éprouveront des difficultés à faire évoluer leur première impression.

psychologie de l'investisseur en bourseSelon Tversky et Kahneman, le biais d’ancrage et d’ajustement réside dans l’évaluation d’évènements conjonctifs et disjonctifs. Une série d’évènements conjonctifs est définie par le fait que l’apparition d’un évènement dépend de l’occurrence (apparition) de l’évènement le précédant et détermine l’apparition de l’évènement suivant. Par exemple, afin qu’un nouveau produit de consommation ait du succès, il faut que chaque évènement du projet se réalise favorablement. Chaque évènement a alors une probabilité de succès qui lui est propre. Plus le nombre d’évènements est important, plus la probabilité globale de succès de la série diminue. Elle peut donc être très petite même si la probabilité de chaque évènement est très élevée.

Or, en général, les individus n’identifient pas le caractère conjonctif le prix d'achat d'une actiondes évènements et se basent, par conséquent, sur la probabilité individuelle de chaque évènement (ancre). Ceci entraîne une surestimation de la probabilité globale de succès. De la même manière, lorsqu’un évènement vient perturber la réalisation d’un projet (évaluation du risque d’échec), il s’agit d’évènements disjonctifs. Par exemple, dans le corps humain, si un des organes ne fonctionne pas correctement, tout le corps en sera affecté. La probabilité totale de l’échec du projet peut être importante si le nombre d’évènements est important même quand la probabilité d’échec de chacun est très faible. Cependant, les individus ont tendance à sous-estimer la probabilité totale de l’échec du projet car ils s’ancrent sur la probabilité d’échec d’une seule composante.

Voyons maintenant quelques exemples simples :

L’élève qui arrive en retard le jour de la rentrée des classes a toutes les chances d’être catalogué comme « jamais ponctuel » par la suite, même si d’autres élèves accumulent plus d’arrivées en retard les autres jours que l’élève qui est arrivé en retard le seul premier jour. Le professeur restera ancré sur le retard du premier jour et jugera plus sévèrement la ponctualité de cet élève que des autres.

Le biais d’ancrage est important avec les nombres, c’est la raison pour laquelle les vendeurs – quand ils le peuvent – n’annoncent pas tout de suite le prix d’un produit qui focaliserait l’attention du client et risquerait de l’ancrer sur le prix, le rendant distrait voire imperméable aux autres arguments du vendeur. C’est pour cette raison que les vendeurs préfèrent toujours, avant d’annoncer le prix, vanter toutes les qualités du produit en préparant le client à l’achat d’un produit de grande qualité, qui sera, logiquement, cher.

investir en actions avec un club d'investissement belgeJames Montier, un investisseur value de grand talent, s’est également intéressé à la finance comportementale et au biais d’ancrage lié au chiffre. Nous avons donc trouvé un test que James Montier a proposé à un groupe de personnes. Il leur a posé les questions suivantes :

 

1° Écrivez les 4 derniers chiffres de votre portable

2° Est-ce que le nombre de physiciens à Londres est inférieur ou supérieur à ce chiffre ?

3° Quelle est votre estimation du nombre de physiciens à Londres ?

L’idée est de voir si la réponse à la première question a créé une « ancre » et a influencé la réponse à la troisième question.

 

Les résultats ont confirmé cette hypothèse : les personnes avec les quatre derniers chiffres de leur téléphone au-dessus de 7 000 ont répondu environ 8 000 physiciens. Ceux avec les derniers chiffres de leur numéro de téléphone sous 3 000 ont répondu environ 4 000.

finance comportementale

Avouons qu’avec ces trois exemples de biais d’ancrage, on est en droit de ne pas se sentir trop concerné. On pourra jugé le cas du professeur, un cas isolé, celui du rapport vendeur / client intéressant, bien que si le client a fixé un prix maximum à l’avance et s’y tient, le vendeur peut toujours parler. Pour ce qui est du test de James Montier, nous l’avons même trouvé surréaliste car c’est un peu du style « quel est l’âge du capitaine si l’on sait qu’il mange de la choucroute durant la saison d’hiver, 2 fois par mois depuis 25 ans ? » et nous pourrions en déduire qu’il a 50 ans… Difficile de faire le rapport entre son numéro de téléphone et le nombre de physiciens à Londres. Et pourtant, certain le font. Mais il nous semble aisé de s’extraire des gens interrogés qui font preuve de ce genre de biais d’ancrage.

la psychologie de l'investisseur en bourse2° Même les gens intelligents n’échappent pas aux biais d’ancrage.

Depuis plus de cinq décennies, Daniel Kahneman, prix Nobel et professeur de psychologie à Princeton, mais aussi Amos Tversky, Frederick Shane et Emily Pronin ont mené des expériences désarmantes de simplicité et leurs analyses de ces tests ont profondément changé la façon dont nous percevons notre manière de penser. Alors que les philosophes, économistes et spécialistes des sciences sociales avaient pris pendant des siècles pratiquement pour argent comptant le mythe prométhéen de l’être humain rationnel, ces spécialistes de la psychologie cognitive ont démontré que nous ne sommes pas aussi rationnels que nous aimons le croire.

ancre bourse actionsEn fait ces psychologues nous expliquent que lorsque les gens sont confrontés à une situation incertaine, ils n’évaluent pas attentivement les informations, n’ont pas le réflexes de raisonner en termes de probabilités, voire encore, emploient des statistiques qui ne sont pas pertinentes pour prendre une décision. Au lieu de cela, leur décision dépend d’une longue liste de raccourcis mentaux qui les conduisent souvent à prendre des décisions aberrantes. Ces raccourcis ne sont pas un moyen plus rapide de faire le calcul mais sont un moyen de passer outre du calcul purement et simplement. Interrogé sur le prix de la batte de baseball et de la balle de baseball, nous oublions nos leçons arithmétiques et nous donnons une réponse qui nécessite le moins d’effort mental (vous allez comprendre pourquoi nous parlons de baseball dans l’expérience que nous vous présenteront la semaine prochaine).

A bientôt …phénomène d'ancrage

 

 

Finance comportementale (9e partie) : mais que fait Linda ? … ou le biais de représentativité

finance comportementaleCe texte fait partie de la série « finance comportementale ».

C’est une nouvelle fois avec l’aide de nos amis Kahneman, Tversky et Slovic que nous allons mieux comprendre ce que fait Linda, c’est-à-dire ce que sont les raccourcis mentaux générés par la représentativité que nous sommes amenés à faire naturellement et qui peuvent amener l’investisseur à faire des choix erronés.

Commençons par une définition. Qu’est-ce que l’heuristique ?

Ce mot vient du grec ancien, eurisko, « je trouve ». Selon le Littré, c’est un terme de didactique qui signifie « l’art d’inventer, de faire des découvertes ».

En psychologie, une heuristique de jugement désigne une opération mentale rapide et intuitive.

Voici donc ce que Kahneman, Tversky et Slovic nous expliquent dans leur livre : Daniel Kahneman, Paul Slovic & Amos Tversky, Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases

« L’heuristique de la représentativité est utilisé lorsque les individus doivent estimer la probabilité d’appartenance d’un objet A à une classe B ou lorsqu’ils doivent évaluer la probabilité qu’un évènement A provienne du processus B, B étant déjà connu. Ces probabilités sont évaluées « en fonction du degré selon lequel A est représentatif de B, c’est-à-dire en fonction du degré selon lequel A ressemble à B. Le terme « représentativité » renvoie donc à la similarité d’un objet ou d’un évènement par rapport a un autre. »

Kahneman et Tversky effectuent des tests et notent deux distorsions principales. Au lieu de poser un jugement logique guidé par les probabilités, la majorité des individus pose un raisonnement basé sur des informations de représentativité.

Voyons avec le test, pour que cela soit plus clair

behavorial finance« Linda a 31 ans, elle est célibataire, franche et très brillante. Elle possède une maîtrise de philosophie. Etudiante, elle se montrait très préoccupée par les questions de discrimination et de justice sociale, elle participait aussi à des manifestations antinucléaires.

Selon vous, Linda a-t-elle plus de chance d’être :

  • Enseignante dans une école primaire.
  • Libraire et inscrite à des leçons de yoga.
  • Active dans le mouvement féministe.
  • Travailleuse sociale en milieu psychiatrique.
  • Membre de la ligue des électrices.
  • Guichetière dans une banque.
  • Vendeuse d’assurances.
  • Guichetière dans une banque et active dans le mouvement féministe. »

 

89% des individus ayant réalisé le test on choisi la variante numéro 8.

Essayons de comprendre pourquoi, sans connaître réellement Linda, pratiquement 9 personnes sur 10 ont fournis cette réponse. En fait, nous pouvons dire que la grosse majorité des gens interrogés mais aussi une grosse majorité d’individus tout court, dont bien entendu l’équipe des daubasses essayera de poser son raisonnement sur ce « qu’est Linda ? », avec l’information contenue dans les trois premières lignes, qui nous donne une représentation de Linda, c’est-à-dire une nana intelligente, diplômée en philosophie, préoccupée quand elle était étudiante par les problèmes de discrimination et de justice sociale et active dans l’antinucléaire.

Si nous passons rapidement en revue les 8 possibilités, on se dirait : « enseignante dans une école primaire, ne correspond a priori pas à son niveau d’étude », « libraire et inscrite à des leçons de Yoga, bof. Possible avec la philosophie, mais pas d’information pour le yoga ! », « active dans le mouvement féministe, pourquoi pas… en hobby. », « travailleuse sociale en milieu psychiatrique : pas formée », « membre de la ligue des électrices, peut-être pour faire plaisir à sa meilleure amie… », « guichetière dans une banque, très possible, même si cela ne colle pas trop avec ses études non plus… » , « vendeuse d’assurance, possible aussi, mais rien ne laisse entendre dans ce que nous savons d’elle qu’elle aime l’aspect commercial.»,  « guichetière dans une banque et active dans le mouvement féministe… Même si la banque ne colle pas trop avec ses études, le fait qu’étudiante elle était préoccupée par les discriminations et active dans l’anti-nucléaire colle bien avec : « active dans le mouvement féministe ». On dirait donc en conclusion qu’elle a de grande chance d’être guichetière dans une banque et active dans un mouvement féministe (réponse 8).

Tout notre petit raisonnement rapide a donc été fondé sur la représentation de Linda décrite dans les trois premières lignes et en aucun cas sur la logique des probabilités. Nous pensons donc pouvoir nous débrouiller avec des éléments représentatifs d’une personne que nous ne connaissons pas, sans que, et pour la grande majorité, la logique des probabilité ne nous effleure même pas.

Si nous reprenons le problème avec les probabilités et une certaine logique, nous devons d’abord éliminer les doubles propositions, soit « Libraire et inscrite à des leçons de yoga ». Mais aussi « Guichetière dans une banque et active dans le mouvement féministe ». Car pour ces deux propositions indépendantes, les probabilités sont inférieures aux 6 autres propositions. Donc  en final, Linda pourrait aussi bien être institutrice que libraire, mais aussi simplement active dans un mouvement féministe ou vendeuse d’assurance. Les 6 autres propositions ayant donc des chances égales d’être exactes.

Pour que le tableau théorique soit le plus complet possible Kahneman et Tversky nous expliquent aussi que la majorité des individus, toutes catégories confondues, experts et scientifiques inclus ont généralement un problème de distorsion lié a la loi « des petits nombres », soit à la taille de l’échantillon et une mauvaise compréhension du hasard et donc des probabilités.

Pour illustrer cela, ils nous expliquent deux tests. Le premier sur la taille des échantillons.

Vous avez donc deux hôpitaux spécialisés dans les naissances. Le premier hôpital de petite taille compte 10 naissances par jour, le second de grande taille compte 100 naissances par jour. Il est évident qu’a long terme 50% des nouveau né sont des garçons et 50% des filles. La question posée aux individus qui ont participé au test est la suivante : « sur une seul année, quel hôpital a le plus de chance d’avoir un nombre de jour plus élevé que l’autre, où la naissance de garçons dépasserait 60% ? »

comportement des investisseurs en bourse

Le choix des réponses était les suivants :

– le grand hôpital

– le petit hôpital

– nombre de jours égaux dans les deux hôpitaux

La majorité des individus ont répondu la troisième solution, soit nombre de jours égaux, alors que la bonne réponse était le plus petit hôpital. Car plus l’échantillon est petit, plus la variance est importante (loi des petits nombres) alors que plus l’échantillon est important plus la variance diminue (loi des grands nombres). En d’autre mots, dans le plus petit hôpital, vu qu’il n’y a que 10 naissances par jour, le hasard peut très bien produire la naissance de 8 garçons et seulement 2 filles et inversement, plus souvent que dans le grand hôpital où il y a 100 naissance par jour et nettement moins de chances de voir se produire la naissance de 80 garçons et seulement 20 filles à répétition.

Voici le second test sur la perception direct du hasard.

Dans un jet de pièce, pile ou face, la majorité des individus auront tendance à croire que les caractéristiques du processus aléatoire sont présents aussi bien dans un grand nombre de jets que dans un petit nombre de jets. La majorité des individus pense qu’il est plus probable d’avoir une séquence « face-pile-face-pile-face-pile », qu’une séquence « face-face-face-pile-pile-pile », car la première séquence représente mieux la probabilité général d’avoir 50% de face et 50% de pile. Alors qu’il en est rien.

  1. Kahneman et A. Tversky, « Subjective probability: A judgment of representativeness », Cognitive Psychology, vol. 3, no3,‎ 1972

Avant de passer à l’investissement, voyons d’abord ce que les Daubasses aurait répondu au test : « Mais que fait Linda ? »

Voici d’abord la demande suivi des réponses dans l’ordre d’arrivée.

reflexions et analyse financière« Louis A, Franck, Louis P.

Dans le cadre de mon neuvième article sur la finance comportementale, pourriez-vous répondre à la question posée et m’expliquer brièvement pourquoi vous avez choisi cette réponse et pas les autres.

merci d’avance a tous les trois »

Louis P.

Alors là, Pierre, je ne vois à nouveau pas du tout où tu veux en venir. Cette nana peut tout aussi bien exercer chacune des activités que tu proposes (et plein d’autres d’ailleurs). En principe, j’élimine d’office « enseignante » et « travailleuse sociale » puisqu’elle n’a pas le diplôme donnant accès légalement à ces professions.

Comme tu parles de « chances », je dirais aussi que j’élimine toutes les propositions doubles puisque les chances de réunir deux conditions simultanément sont toujours plus faibles que celle de réunir une seule.   Reste donc les propositions 3, 5, 6 et 7.

Je vais prendre la 6 en me disant qu’il doit y avoir généralement plus de guichetières de banque que de féministes ou de politiques. Et que j’ai rarement vu des « courtières en assurance ». Donc je propose que Linda soit employée de banque. J’ai bon ?  🙂

Louis A.

Bonjour Pierre,

Un peu difficile de répondre car en réalité, je ne la vois occuper aucune des fonctions citées car son profil ne correspond à aucune d’entres-elles. Je la verrais plutôt journaliste ou dans la politique.

Si je dois répondre en fonction de « à plus de chances », je devrais me baser sur les divers métiers cités et choisir celui qui actuellement est le plus recherché par les recruteurs. Et là, je n’en ai pas la moindre idée…

Bon, je vais répondre la 2, « libraire et inscrite à des leçons de yoga ». C’est ce qui me semble le plus « coller » avec sa personnalité…

Franck

Bonjour Pierre,

Linda est bien entendu « enseignante dans une école primaire ». Pourquoi ?

C’est évident. Linda veut inculquer dès le plus jeune âge un esprit citoyen aux jeunes français. Elle les fait participer à des classes vertes « écolos » et participent à la vie locale de sa petite ville de 8 000 habitants. Et puis, elle a choisit ce métier pour un autre intérêt… le temps libre que lui procure cette profession et la sûreté de l’emploi du statut de fonctionnaire n’est pas non plus pour lui déplaire.

Ainsi, elle passe son temps libre à philosopher avec ses amis Pierre, Barbara et Lucien au bar philosophique « Socrate, so critique » entre 2 verres de vin. Et pendant toutes les vacances qui lui sont accordées, il n’est pas rare de croiser Linda aux côtés de Green Peace, allongées sur les voies pour bloquer les trains qui transportent des déchets nucléaires d’Allemagne vers la Hague en France, durant une manifestation contre la construction de ce nouvel aéroport ou bien encore dans le Massif Central pour participer à la construction d’un centre de détente basée sur la philosophie : chèvrerie (élevage et exploitation de troupeaux) – détente – troc – autosuffisance – philosophie. Certains diraient « bitnique », ou encore « hippies »…

Elle est en concubinage avec Albert. Le boulanger-pâtissier de la ville. Baguette d’or de la région en 2013. Il fait aussi la meilleure fougasse du coin !

Enfin, Linda n’exclut pas de mettre sa vie militante et citoyenne de côté pendant quelques années pour agrandir la famille.

Voilà donc la réponse des Daubasses, qui illustre une nouvelle fois que nous ne sommes ni plus malins, ni plus perspicaces que les autres. Puisqu’un seul d’entre nous a mis en avant les probabilités et les deux autres se sont basés sur la représentativité avec une variante proposée par Franck, que l’on pourrait définir… comme représentativité imaginative.

Voyons maintenant ce que la représentativité peut générer comme erreur dans l’investissement. Nous n’allons pas comme à notre habitude, expliquer ce que le process d’investissement « Daubasse » possède comme avantages, en fin de texte, mais procéder à une comparaison sur certains points et  parfois sur un mode questionnement, qui vous permettront d’apporter vous même les réponses.

1° Nous n’avons jamais rien rencontré de moins intuitif qu’une société estampillée « Daubasse ». Rien ne vous y pousse, tout vous rebute. Toute autre société peut-être un investissement intuitif.

2° En juin 2009 si vous aviez du choisir entre l’inventeur du Itunes, de l’Ipod et de l’Iphone, qui était en train de « révolutionner » plusieurs segments technos – vous aurez tous reconnu Apple – et notre vendeur préféré de cassette VHS, qui n’intéressait déjà plus personne et qui était déjà en perte financière chronique, soit Trans World Entertainment, qu’auriez-vous choisi ?

3° Quoi que vous ayez choisi, vous ne pouviez pas vous tromper, les deux sociétés ont vu leur cours multiplié par 5 depuis Juin 2009 et nous oublions les deux dividendes exceptionnels versés par Transworld correspondant au prix d’achat de Juin 2009, qui finalement font plutôt x6 que x5. La seule différence, c’est que Apple a déroulé une très belle histoire alors qu’il n’y à rien à raconter sur Trans World, à part dans les news de la lettre mensuelle des « Daubasses ».

4° Et pour le futur ? Sur qui parieriez-vous ? Apple ou Trans World Entertainment ?

5° Quelles sont les probabilités qu’Apple trouve dans les années à venir 3-4 produits qui vont se vendre par centaine de millions d’exemplaires ? 5 milliards annuel de R&D peuvent-ils constituer une piste intéressante, pour raisonner en terme de probabilité ? Nous n’en savons rien. Mais nous nous rappelons juste qu’avec 11 milliards de R&D vers 2004, Pfizer est restée en panne sèche après avoir découvert son dernier BlockBuster : le Viagra.

Et Trans World alors ? Son cours actuel est de 3.66$, sa valeur d’actif net tangible est de 5.46$. Le futur de Trans World, c’est un potentiel théotique +49% à ce stade, avec un degré de probabilité assez élevé, même si rien n’est jamais certain et tout en ne sachant pas le temps que cela prendra.

Est-ce intéressant à ce stade ? Pour Transworld, nous pouvons facilement dire non d’un point de vue Daubasse. Pour Apple, nous n’en savons strictement rien, et pour y répondre, il va être à notre avis nécessaire de chercher derrière la belle histoire sur tous les points.

6° Le fossé contre la concurrence ou le « moat » ne vous semble–t-il pas la représentativité la plus puissante d’une société, avec tous les biais possibles que cela peut générer ? Une question nous semble désormais toujours devoir s’imposer : que va devenir Linda dans un monde en changement accéléré ?

7° Vous êtes vous déjà posé la question de savoir pourquoi le marché s’intéresse plus aux profits qu’aux actifs ? Pourquoi le présent qui possède une assise représentative plus solide est laissé de côté au profit d’un futur qui ouvre la porte sur tous les biais de représentativité possible ?

8° Avez-vous déjà réfléchi au fait que la représentativité peut se nicher là où on ne l’attend pas forcément et peu influer sur votre stratégie d’investissement en provoquant un biais qui peut-être lourd de conséquence si vous n’en avez pas mesuré tous les paramètres ?

Prenons l’exemple d’une phrase de Buffet, sur la diversification. Buffet dit donc que « La diversification est une protection contre l’ignorance« . Buffet, comme tout le monde le sait, est un investisseur « focalisé » sur quelques entreprises, avec pas mal de nuances, mais tenons nous en au message. Personne ne peut  remettre en cause le génie de Buffet et surtout sa performance. Dans sa phrase sur la diversification, le message que tout investisseur reçoit, c’est que celui qui diversifie est ignorant. Quelle personne et investisseur a envie d’affirmer qu’il est ignorant ? Et pourtant, s’il diversifie cela signifie qu’il ne comprend pas ce qu’il fait. Le biais de représentativité sur le choix stratégique de votre méthode d’investissement serait de choisir d’investir focalisé, comme Buffet, juste pour éviter d’être taxé d’ignorant et sans avoir compris ce que cela signifie et surtout si cela correspond aux différents aspects de votre personnalité.

 

En conclusion, même si le process Daubasse nous met relativement à l’abri de tout biais de représentativité, nous pensons que tout investisseur averti en vaut deux et que développer systématiquement un raisonnement basé sur les probabilités face à l’incertitude du futur est un réflexe utile quelle que soit la méthode d’investissement que vous avez choisie ou choisirez.

 

 

 

 

Finance comportementale (8e partie) : Veiller à ce que son ego ne soit pas trop gonflé à l’hélium

finance comportementaleCe texte fait partie de la série « finance comportementale ».

Tous (c’est-à-dire la communauté des individus qui composent notre humanité), nous avons plus ou moins un ego gonflé à l’hélium. La quantité de cet hélium dépend principalement de deux facteurs : le premier facteur, c’est notre personnalité et le deuxième est constitué des choses que nous avons réalisées dans notre vie et que nous jugeons formidables.

Vous aurez donc compris que la taille de notre ego est en fonction de l’estime (hélium) que nous avons de nous mêmes. Tous, nous nous décernons des prix : le prix du meilleur joueur de billes de toute l’école, le prix du meilleur cerveau de la classe, le prix de la plus belle façade de la rue, le prix du plus beau potager du quartier, de la bagnole la plus classsssse de la boîte, du meilleur pêcheur du club de pêche « le Goujon d’argent », de la meilleure purée de pommes de terre de la famille, des plus belles vacances comparées à celles des copains, de la véritable élégance vestimentaire, …

ego de l'investisseur

Formulé de cette manière, nous aurions tendance à dire : « non, non, ce n’est pas moi, je suis juste satisfait de mes réussites et ne me décerne en aucun cas des prix ou des grands prix ». Tout le problème, c’est que, grand prix ou pas, la satisfaction que nous éprouvons pour nos propres réussites conduit au même résultat : notre estime (hélium) de nous-même qui gonfle notre ego.

Et ce qui est vraiment bien dans la nature humaine, c’est que chacun s’arrange avec ses capacités pour exceller partout où il peut : pas besoin de passer à la télé ou d’être Prix Nobel, on peut s’attribuer le prix de la grand-mère la plus attentionnée avec ses petits-enfants ou le grand prix du bricoleur le plus efficace pour tapisser une chambre ! Force est aussi de constater que les prix et les grands prix que l’on s’auto-attribue amènent également souvent du bonheur, du plaisir. La satisfaction de ses réussites n’est en fait que le souvenir d’un moment de bonheur passé par rapport à ce qu’on a réalisé.

Bon et alors où est le problème ?

Le problème, c’est que l’on entend jamais personne se décerner le prix du conducteur le plus crétin du jour qui est passé trois fois en trombe à l’orange et qui a failli renverser un cycliste ou le grand prix de l’entubé par la pub qui l’a amené à acheter les yeux fermés une caisse de vin Mouton le Child, parce qu’il n’a lu que le début et la fin de l’appellation et qu’il a pensé que du Rothschild à ce prix, c’était une affaire. On voit rarement quelqu’un s’attribuer le prix de l’enfoiré de service qui répond agressivement alors qu’il n’a pas bien saisit les propos du sujet débattu, le grand prix du gaga qui se plaint d’un mal de tête comme si c’était une tumeur au cerveau, le prix du plus long poil dans la main qui prétexte toujours un mail urgent quand sa femme l’invite à s’occuper des poubelles, le trophée de l’incohérence quand il parle sans le moindre discernement d’un sujet qu’il pense connaître alors que ses connaissances sont très superficielles, …

Voilà donc le problème posé : nous retenons ce qui nous fait plaisir et essayons de mettre à la poubelle au plus vite ce qui ne nous fait pas plaisir. C’est humain et dans notre nature.

En fait, dans cette huitième partie, nous allons essayer de comprendre pourquoi il est difficile pour un investisseur d’admettre ses erreurs. Il ne s’agit pas ici de parler de la sempiternelle mise en garde et recommandation que tout investisseur connait par cœur, à savoir qu’il est important de tirer la leçon de ses erreurs.

Notre interrogation et le sujet de cette huitième partie vient donc en amont de la leçon à tirer de ses erreurs puisqu’avant de tirer la leçon de ses erreurs, il faut d’abord reconnaître que l’investissement que vous avez fait est une erreur. Et nous pensons que c’est ce premier pas qui est important et le plus difficile car une nouvelle fois, il va à l’encontre de notre nature humaine. De plus, dans ce cas précis, le process semble aider que très partiellement. La partie suivante qui consiste à tirer des leçons de ses erreurs nous semble nettement plus facile à partir du moment où nous nous disons : « oui, c’est une erreur ! »

Essayons tout d’abord de comprendre comment certaines de nos perceptions en relation directe avec notre jugement sont parfois erronées.

En 1980, une étude a été menée lors d’une trentaine de grands évènements sportifs auprès de supporters. Sur les 594 déclarations enregistrées après les victoires et les défaites, 80% mentionnaient les compétences en cas de victoire contre seulement 50% en cas de défaite.

Ce que nous explique cette étude, c’est principalement l’association « compétence / victoire » et « incompétence / défaite » puisque 8 personnes sur 10 pensent qu’il y a une relation directe entre la compétence et la victoire alors que seulement une personne sur deux est capable de comprendre les compétences malgré la défaite. Cela veut aussi dire qu’une personne sur deux pense qu’il y a une relation directe avec l’incompétence et la défaite.

Il y a malgré tout dans cet exemple sportif une certaine distanciation qui permet une analyse plus juste et notamment sur le fait d’associer compétence et défaite : le supporter juge son équipe de foot préférée, voire son joueur de tennis préféré… mais il n’est pas directement en cause car ce n’est pas lui, le supporter qui a commis les erreurs qui ont amenées à la défaite.

Ensuite, toujours au niveau sportif, on comprend aussi que le supporter juge le plus souvent de l’incompétence ou de la compétence des sportifs sur un seul évènement, emporté le plus souvent par son émotion du moment sans parvenir à remettre ce moment d’émotion dans un contexte plus large comme l’ensemble du championnat ou de la saison.

Dans les sports d’équipe, une défaite peut être occasionnée par deux ou trois joueurs qui ont commis des erreurs, qui sont dans un jour « sans » ou en manque de concentration. L’équipe perd donc mais sa compétence globale n’est pas nécessairement à remettre en cause. Malgré tout, une personne sur deux jugera que la défaite est due à l’incompétence de l’équipe.

Dans la vie de tous les jours, nous voyons d’abord dans l’échec, la preuve de nos manques, de nos faiblesses. Cela ouvre une blessure narcissique où se mêlent culpabilité, perte de nos illusions de toute-puissance, crainte et honte du regard des autres et parfois peur de l’après. Le plus souvent au lieu d’essayer de comprendre cet échec, nous cherchons des raisons externes. Ce n’est généralement pas notre faute mais celles des autres ou d’un élément extérieur.

Résumons les différents points à ce stade : notre nature profonde nous fait mettre en avant nos réussites et laisse de côté nos échecs. C’est donc une question d’ego. Face à nos émotions, nous aurons globalement tendance à associer nos réussites à nos compétences et nos échecs à de l’incompétence tout en essayant de biaiser nos responsabilités et en ne prêtant pas attention à l’ensemble de nos réussites et de nos échecs.

Que peut donc faire l’investisseur pour admettre ses erreurs quand il sait comment l’homme qui est derrière lui est « programmé » comme nous venons de le décrire ?

Comme nous l’avons dit au début de cette huitième partie, le process que nous appliquons ne peut pas nous faire directement reconnaître nos erreurs. Cela dépendra toujours de notre propre volonté à être lucide ou pas.

Nous pensons néanmoins que différents éléments de sa construction peuvent nous amener à accorder plus d’attention à nos erreurs qu’à nous-mêmes et d’une certaine manière à manipuler notre ego avec subtilité. Car l’idée principale, c’est d’inverser l’ordre des choses et faire passer nos erreurs avant notre ego. Dans le schéma contraire, notre égo bloquera ou biaisera naturellement la responsabilité que nous devons affronter.

L’élément principal de notre process qui est le plus important pour reconnaître nos erreurs, c’est la diversification. On peut évidement débattre sur le sujet mais, pour nous, il est clair que nous ne maîtrisons pas l’entièreté des éléments des sociétés dans lesquelles nous investissons : les produits vendus par la société sont pour nous un détail que nous ne comprenons pas toujours surtout quand il s’agit de technologie, nous n’avons pas la moindre idée de la qualité de la direction sinon qu’en général, elle est composée de véritables « bras cassés » même s’il y a quelques exceptions absolument indépendantes de notre volonté. Enfin nous acceptons avec plaisir que nos sociétés génèrent des pertes et même des pertes récurrentes.

Tous cela, à condition que nous puissions valoriser les actifs plus ou moins à leur juste prix et que nous puissions acquérir ces actifs avec une importante marge de sécurité.

Quel est donc le rapport avec la diversification et la reconnaissance de nos erreurs ?

1° Si nous diversifions de cette manière, c’est que, dès le début, nous étions bien conscients que nous allions subir des pertes et des gains. C’est simple à comprendre. Et c’est évidement dans les pertes que peuvent apparaître les erreurs.

2° Est-ce que des erreurs riment forcément avec incompétence ? Non, puisque ces erreurs sont intégrées dans un ensemble – notre portefeuille – et que cet ensemble est diversifié. Et que dans ce portefeuille, nous savons à l’avance ce que peuvent nous coûter nos erreurs : 3.33% au maximum par position si notre investissement tombe à 0€. Ce qui veut dire aussi qu’il suffit qu’un investissement soit multiplié par deux pour annuler deux erreurs qui valent 0€. Et chaque investissement qui multiplie par trois peut annuler 3 erreurs qui tombent à zéro.

Ceci est théorique car dans les statistiques de notre portefeuille, en presque 6 ans, nous avons un seul investissement qui est tombé à zéro tandis que nous avons 38 investissements qui ont multiplié par 2 et plus. En réalité, en moyenne, ces 38 investissements ont été multipliés par 3,07x. Cela voudrait dire que nous pourrions subir une perte totale sur 116 investissements de 1 483€ chacun et conserver notre captal de départ, 1 483€ étant la moyenne du prix de revient de ces 38 investissements « baggers ».

3° Les erreurs ne riment pas avec incompétence parce que nous jugeons d’abord nos actions dans leur ensemble avant de les juger individuellement. L’idée de la métaphore sportive nous semble intéressante car notre portefeuille ressemble à une équipe : nous avons l’équipe qui est dans le match – notre portefeuille actuel – et puis des sociétés qui ont participé au match à un certain moment et que nous avons fini par vendre. C’est avec ces sociétés vendues que nous allons d’abord juger nos compétences.

Comptabiliser le nombre de sociétés que nous avons vendues avec gain mais aussi celles que nous avons vendues avec perte. Comptabiliser ensuite les gains moyens et les pertes moyennes. C’est très simple à calculer : nous avons donc, depuis le début de notre aventure, enregistré 95 ventes. 66 ventes avec gain et 29 ventes avec perte. Nous avons donc une première fraction de 66 / 29. La moyenne des gains sur ces 66 ventes est de 2 280.16€, la moyenne des ventes avec perte est de 745.90€. Voici donc une seconde fraction : 2 280.16 / 745.90. Nous allons ensuite calculer pour les deux fractions un dénominateur commun de 1 : nous divisons donc 66 par 29, ce qui donne 3.05 / 1 et ensuite nous divisons 2 280.16 par 745.90 ce qui donne 2.27 / 1. Multiplier ensuite les deux fractions soit 3.05 *2.27 soit 6.92 et pour le dénominateur c’est 1*1 = 1.

Conclusion : pour chaque euro engagé dans notre portefeuille avec nos sociétés vendues, nous avons gagné 6.92€. Faites l’exercice pour vous-mêmes : à partir du moment où vous avez plus de 50 ventes à votre actif et que vous générez pour chaque euro engagé une somme supérieure à un euro, vous pouvez vous juger compétent et estimer que votre process d’investissement est efficient. Au contraire, si pour chaque euro engagé vous générez une somme inférieur à 1€, vous avez sans doute un problème et vous pouvez vous juger incompétent et estimer que votre process est inefficient. Vous devez donc résoudre ce problème au plus vite et remettre tout à plat car vous ne parviendrez que très difficilement à analyser vos erreurs avec objectivité.

Ce petit calcul rapide vous permet donc sans la moindre interprétation de juger à la fois la qualité de votre process et de vos compétences sans la moindre interprétation possible. Et ceci après chaque société vendue. Nous pensons que si les chiffres vous disent que votre process est efficient et que vous êtes compétent, vous aurez nettement plus de facilités à vous pencher sur vos erreurs.

4° Pourquoi aurez-vous plus de facilités à vous pencher sur vos erreurs après ce que nous venons de développer dans le point 3 ? Tout simplement parce que le fait de vous juger sans interprétation à l’aide chiffre vous offre une certaine distanciation par rapport à vous-même et à votre process. Ce point trois vous permet surtout de ménager votre ego puisque les chiffres vous disent que vous êtes compétent et que votre process est excellent.

5° A partir de ce stade, vous devez vous interroger sur chaque perte au coup par coup car il ne faut pas oublier que le process, c’est bien vous qui l’avez écrit et même s’il est efficient, même si vous compétent, rien ne vous empêche de le rendre encore plus efficient, de vous rendre encore plus compétent. Dans la vie en général et en investissement en particulier, il n’est pas sain de dormir sur ses lauriers.

6° Sur chaque perte, nous nous posons 3 questions :

  • Est-ce que nous avons bien appliqué le proces à la lettre à l’achat et à la vente ?
  • Est-ce que nous trouvons des éléments bien précis qui se sont répétés dans d’autre perte et qui pourraient donc être récurrents ?
  • Qu’est-ce que nous pouvons faire pour que cela ne se reproduise plus ?

Tout le problème qui dépend cette fois de chacun : même après tout ce que nous venons d’expliquer, il ne suffit pas de répondre à ces trois questions : « Oui », « Non », « Rien ». Il convient de faire un travail de recherche sérieux pour trouver des réponses en toute objectivité et en toute honnêteté. Pour identifier l’erreur et ensuite tenter d’y remédier.

En guise de conclusion et comme le titre de cette série d’articles est « Les daubasses sur le grill de la finance comportementale », nous allons vous parler de quelques erreurs que nous avons commises au cours de ces 5 ans et demi en passant au crible nos 29 sociétés en perte. Nous n’allons pas les énumérer toutes, y ayant consacré de nombreux articles sur notre blog et notamment dans la rubrique « bas les masques » pour laquelle nous exposons un compte-rendu de ce que nous considérons ou pas comme des erreurs, le pourquoi et le comment et ce que nous en avons tiré comme enseignement.

Contrairement à ce qui se fait trop souvent sur le net, nous n’avons pas le moindre problème à étaler nos erreurs. N’allez pas croire que nous n’en avons « rien à cirer »… bien au contraire : commettre une erreur nous agace au plus haut point. Mais il nous semble normal d’en parler puisque les pertes et les erreurs font partie de notre process.

-Tout d’abord nos trois chinoises dont une vaut zéro euro, la seconde – 92.77%, la troisième – 88%.

Nous avons compris à un certain moment qu’il y avait un problème commun sur ces 3 sociétés et qui portait sur la fiabilité des comptes publiés. Nous n’avons pas vendu dès que nous avons compris : finalement nous avons cru (espéré ?) à un certain Père Noël. Nous aurions pu réduire les pertes. C’est une erreur que nous corrigeons en décidant de ne plus investir sur les sociétés chinoises continentales tant qu’une autorité financière ne fera un contrôle sérieux sur l’exactitude des rapports financiers publiés.

– Sur Transworld Entertainment (encore en portefeuille aujourd’hui) : au départ, nous commettons une erreur de manipulation au passage de l’ordre d’achat, le 27 Août 2010 : nous nous apercevons plutôt tardivement que nous avons acheté plus que le maximum de 3.33% du portefeuille que nous nous autorisons. Nous sommes en dehors de notre process et la société s’est déjà appréciée de 25%. Nous vendons une partie des actions, pour ramener le poids de la société à 3.33%. C’était une erreur. Et le fait que la société affiche un rendement de presque 400% aujourd’hui n’y change rien…

– Sur la capitalisation des sociétés en portefeuille. Grâce à un dialogue avec un de nos abonnés, nous menons une étude statistique sur les gains et les pertes subies au sein de notre portefeuille sur les société ayant des capitalisations boursières inférieures à 5 millions de dollars et supérieure à 5 millions de dollars. Nous nous apercevons que notre avantage statistique est extrêmement faible et bien en-dessous de la moyenne dans la catégorie sous 5 millions de dollars. C’est une erreur. Que nous corrigeons en ajoutant dans notre process qu’une capitalisation de minimum 5 millions de dollars est requise pour tout achat pour notre club.

– Et pour finir, une erreur qui n’est pas encore effective car la société est toujours en portefeuille même si nous avons déjà repris cet investissement pour 0€, ce qui, si cela se confirme, sera notre seconde perte de 100 %.

En fait, nous nous sommes laissés leurrer par l’actif principale de cette société et ce, alors que dans notre analyse, nous avons clairement relevé et calculé que sa Valeur en cas de mise en liquidation volontaire était négative.

En fait ? Au vu des actifs détenus par cette société et en respectant strictement tous les points de notre process, nous n’avons jamais cru que cette société pourrait faire faillite … alors que cette possibilité était écrite noir sur blanc dans notre analyse. Si l’issue de cet investissement s’avérera sans doute fatale, ce sera sans doute la plus grave erreur que nous ayons commise au cours de ces trois dernières années : non seulement, nous y avons investi mais en plus, nous avons décidé, à trois reprises, de « recharger la mule ». Ce sera aussi notre plus lourde pertes depuis nos débuts, il y a presque 6 ans, en terme de sommes investies car la perte sera de 3.33% de notre portefeuille, notre perte maximale autorisée par position. Sans attendre l’issue du verdict, nous avons déjà décidé de ne plus investir sur des sociétés dont la Valeur en cas de mise en liquidation volontaire est négative quelle que soit la nature des actifs. La semaine prochaine, vous pourrez découvrir cette société et l’analyse que nous avions proposée à nos abonnés au moment de notre achat et remettre cette analyse en perspective par rapport à la suite de l’histoire.

Finance comportementale (7e partie) : Segmentation mentale, l’effet miroir, la ruine du joueur …

 

Conceptual image - meditations over the financeCe texte fait partie de la série « finance comportementale »

Dans cette septième partie, nous allons essayer de décrypter les raisons du comportement étrange des investisseurs face au risque.

La logique voudrait donc que nous prenions plus de risques lorsqu’il existe un potentiel de profit jugé important et, à l’inverse, que nous prenions moins de risques quand le potentiel de perte est jugé important. Il semblerait une nouvelle fois que les réflexes naturels de l’investisseur  soient tout le contraire de cette logique.

Lorsqu’un investisseur achète une action, il aura tendance à la vendre rapidement dès qu’elle aura grimpé au-dessus de son prix d’achat.

Plusieurs maximes boursières vont même dans ce sens, du style : « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » ou encore « on ne s’appauvrit pas en prenant ces profits ».

A l’inverse, l’investisseur préfèrera garder en portefeuille une action en perte car il cultive l’espoir qu’elle remontera au-dessus de son prix d’achat et finira par procurer un profit.

Ce type de comportement a été observé aussi bien chez les investisseurs particuliers que chez les professionnels.

Terrence Odean

La première étude a été réalisée par Terrance Odean professeur de finance à l’Université de Californie (Berkeley) qui a observé aux USA les positions en actions de 10 000 comptes titres de particuliers entre 1987 et 1993. Il a étudié l’évolution des actions vendues et a noté que les investisseurs avaient vendu trop rapidement les actions bénéficiaires et avaient gardé trop longtemps les actions en perte.

La seconde étude sur les professionnels nous est présentée par les professeurs Daniel Kahneman (prix Nobel d’économie) et Amos Tversky (pionnier des sciences cognitives) de l’Université de Stanford.  Nous vous avions déjà présenté ces illustres penseurs dans la partie 3 de cette série dans laquelle ils nous expliquaient leur théorie des perspectives et également l’étude sur le fait que nous ressentions 3 fois plus de douleurs face à nos pertes que de joies face à nos gains.

Ils nous expliquent cette fois, ce qu’ils appellent «  l’effet de miroir« .

finance comportementale

Il s’agit d’un comportement propre aux investisseurs : selon les résultats empiriques d’une étude menée sur des professionnels, ils ont observé que la moitié de ces « zinzins » faisait état d’une aversion aux risques lorsqu’ils font référence aux gains qu’ils ont réalisés tout en présentant un certain appétit pour le risque lorsqu’ils ont enregistré des pertes. Cet effet de miroir est donc le reflet inversé d’une certaine logique pragmatique fondée sur le concept, bien connu, consistant à expliquer qu’il faut laisser courir ses gains et limiter ses pertes.

Daniel Kahneman et Amos Tversky expliquent ensuite que l’appétit du risque du côté des pertes de certains investisseurs présente des similitudes inquiétantes avec le concept de la « ruine du joueur » qui traduit un désir incontrôlable de récupérer en une seule mise l’argent perdu lors d’une série de pertes.

Vous aurez donc compris qu’en perdant l’avantage statistique du gain illimité et de la perte limitée et  en le remplaçant impulsivement par gain limité et perte importante, l’investisseur se donne peu de chances de réussir à dégager une performance acceptable à long terme.

Malgré des recherches intensives, nous ne sommes pas parvenus à trouver une explication satisfaisante pour comprendre la manière d’agir de l’investisseur face à sa perception du risque.

On peut bien évidement connecter cette perception du risque à l’aversion aux pertes de l’investisseur, voire à la difficulté qu’il éprouve à reconnaitre ses erreurs.

En gros l’investisseur, en gain, aurait peur de reperdre ce qu’il aurait gagner ce qui l’amènerait à être réfractaire à ce qu’il percevrait comme un risque et donc à vendre trop rapidement.

Mais, si ce raisonnement est peut-être une piste pour expliquer cette aversion en cas d’un investissement en gain, il nous semble peu convaincant quand on enjambe l’autre versant, celui de la perte. Ce qui n’est pas convaincant, de notre point de  vue, c’est le fait que la seule aversion aux pertes prendrait l’ascendant sur l’investisseur, le faisant  agir et réagir sur le seul mode de la peur : peur de perdre un gain et peur de perdre tout court, ce comportement générant ainsi une prise de risque impulsive.

Nous avons néanmoins trouvé un dernier élément qui pourrait pousser l’investisseur à aller contre la logique et le bon sens face au risque : il s’agit du phénomène de « segmentation mentale« .

psychologie de l'investissement en bourse

Dans la vie de tous les jours, quand nous sommes devant un problème composé de plusieurs situations différentes, nous sommes capables de séparer ces situations et de les régler individuellement jusqu’à ce que le problème soit réglé globalement. Dans ce cas, nous comprenons que l’ensemble du problème ne sera résolu que lorsque tous les « sous-problèmes » le seront également. Nous sommes donc capables de segmenter mentalement sans perdre de vue l’ensemble.

Mais il existe  également des situations pour lesquelles la segmentation mentale n’est pas reliée à un ensemble et est donc traitée par erreur comme une chose singulière et indépendante.

Prenons l’exemple du pécule de vacances. Certaines personnes utilisent spécifiquement leur pécule de vacances pour payer leurs vacances ou dépenser tout cet argent pendant les vacances. Ca semble tout-à-fait logique pensez-vous …

Mais l’est-ce réellement ?

Cette attitude nous fait penser que la personne qui pratique ainsi a  ouvert un « compte mental » : « argent à claquer pour les vacances »… sans se rendre compte que cet argent estampillé pécule de vacances est une partie de son salaire. Non pas versé chaque mois, mais à un moment différé.

Si l’on rebascule sur l’investissement en effectuant une translation de « segmentation mentale », on pourrait imaginer que pour chaque transaction, l’investisseur ouvre un « compte mental ». Et traite ce « compte mental » avec le biais d’ancrage du prix d’achat conduit par la peur du risque, en gain comme en perte, au lieu d’intégrer cet investissement dans un ensemble, celui de son portefeuille.

Nous pensons qu’à partir de cette hypothèse de « segmentation mentale », certaines stratégies d’investissement peuvent amplifier les réactions sans la logique que nous venons d’expliquer. Un portefeuille concentré par exemple, sans les compétences appropriées, vous amènera immanquablement à ouvrir un compte mental pour chaque position car l’investisseur aura beaucoup plus de difficultés à traiter ses 5 positions valant chacune 20% de son portefeuille avec une vue d’ensemble : une erreur sur une des 5 positions entrainerait une perte importante et douloureuse. Dans ce cas, la peur du risque peut donc pousser l’investisseur à agir sans logique, ni bon sens.

Cela nous amène finalement à nous pencher sur notre process et à voir comment il répond au problème que nous venons d’évoquer.

gérer son portefeuille d'actions globalementEn fait, nous avons posé la réflexion du risque avant même de réaliser nos premiers investissements.  La meilleure réponse que nous ayons trouvée, c’est la diversification avec l’idée d’une exposition maximale de 3.33% du total du portefeuille sur une seule société. Au départ, nous avons donc investi à parts égales sur 30 sociétés pour respecter cette règle. Dans cette idée de diversification, nous prenons également en compte  l’avantage statistique. La perte maximum est donc de 3.33%, le gain minimum est équivalent à la valeur d’actif net tangible de la société mais, grâce à notre suivi de la tendance haussière à l’aide de stop loss, ce gain est donc théoriquement illimité.

Nous voyons donc que si les règles sont respectées à la lettre, soit l’achat au minimum à 30% de la valeur net-net ou net estate et la vente fixée à la valeur d’actif net tangible, la peur et les réactions engendrées par cette peur sont éliminées.

La segmentation mentale qui nous pousserait à ouvrir un « compte mental » pour chaque société a donc été réfutée dès le départ même si nous n’avions pas la moindre connaissance de ce phénomène. Ainsi, nous nous sommes toujours intéressés à l’ensemble de notre portefeuille avec plusieurs indicateurs comme la VANT pondérée du portefeuille, la solvabilité pondérée du portefeuille, la valeur net-net et net estate pondérée du portefeuille.

Notre idée était donc de connaître à chaque instant chacun de ces indicateurs pris globalement. Nous pensions également qu’en cas de coup dur sur les marchés, connaitre la valeur des actifs nets tangibles pondérés du portefeuille, nous permettrait de rester serein face aux humeurs de Monsieur le Marché et aux fluctuations des cours. Par exemple, le 27 juin, la valeur d’une part du portefeuille était de 7.57€ et la valeur d’actif net tangible estimée et pondérée d’une part était de 13,93 €.

Enfin, la majorité de nos achats sont aussi dictés par le potentiel estimé de notre portefeuille. Au 27 juin, nous avons calculé un potentiel cours/VANT de 84 % : une société qui n’aurait pas un potentiel supérieur à ce potentiel global ne sera pas achetée même si elle présente les décotes exigées par notre process.

En conclusion, contrairement à la plupart des idées reçues, une fois notre process mis au point, nous n’avons jamais eu le sentiment de prendre plus de risques par rapport à d’autres méthodes d’investissement. Au contraire, en ayant une idée plus ou moins juste des actifs bien tangibles que nous détenons, nous pensons même que nous prenons bien moins de risques qu’un portefeuille qui serait composé de sociétés avec des Goodwill et des intangibles importants combinés à un endettement élevé et un prix du marché anticipant des perspectives de croissance futures.

Finance comportementale (6e partie) : La manière de présenter les choses et les limites de notre cerveau (3e partie)

Conceptual image - meditations over the financeCe texte fait partie de la série « finance comportementale » et constitue  la suite logique de l’article de la semaine dernière.

Les limites de notre cerveau

En fait, le cerveau humain est encore aujourd’hui la partie la moins explorée de notre corps car d’une grande complexité. Pour bien comprendre notre psychologie, il faudrait en savoir encore beaucoup plus à ce sujet que nous n’en savons aujourd’hui.

Le petit résumé que nous pouvons faire dans cet article, qui mériterait à lui seul d’autres explications et un autre texte, est donc ceci :

Notre cerveau traite de l’information sans arrêt. Au niveau neurologique il établit des liens entres les différentes impulsions qu’il reçoit et filtre les informations. Quand ces informations sont nombreuses ou émise dans certaines conditions émotionnelles, notre cerveau  contextualise l’information en faisant un tri rapide sur ce qui lui semble évident et en fait donc une interprétation. Interprétation qui n’est bien sûr pas toujours rationnelle puisque toutes les informations n’ont pas été prises en compte. Mais nous ne nous en rendons parfois même pas compte.

Un exemple très facile à comprendre est le fait que nous pensons être capables de téléphoner en conduisant une voiture. Et nous en sommes capables, vu qu’une majorité de conducteurs téléphone ou répond au téléphone au volant. Mais que ce passe-t-il réellement ? Dès que nous commençons à parler dans le téléphone ou à écouter, notre cerveau met au premier plan et donc se concentre sur les nouvelles impulsions émises par la conversation et relègue au second plan la conduite du véhicule. En fait, nous ne sommes pas vraiment conscients de l’existence de deux plans qui ont des niveaux de concentrations différents car la conduite est une chose routinière que nous pensons être capables de combiner. D’où un manque de réflexes devant une situation dangereuse survenant sur la route.

Voici deux tests élaborés par les psychologues Daniel Simons, Christopher Chabris et Daniel Levin.

Le premier est un test qui met en évidence ce que les auteurs ont défini comme « cécité attentionnelle ». Le test est simple. On demande à des personnes de compter les échanges de ballon de basket (les passes) que font deux équipes de trois personnes avec deux ballons. A la fin du test, presque toutes les personnes répondent correctement sur le nombre de passes. On leur demande ensuite s’ils ont remarqué quelque chose d’étrange dans la vidéo. Et là, surprise, beaucoup de personnes n’ont rien remarqué. Mais en fait pendant que les passes se déroulaient, un homme déguisé en gorille a traversé le champ. Daniel Simons et Christopher Chabris expliquent donc que : La cécité attentionnelle définit cette tendance parfois spectaculaire que nous avons à ignorer ce qui se trouve sous nos yeux lorsque notre attention est concentrée sur autre chose.

 

 

Le second test met en évidence ce que les auteurs appellent cette fois la « cécité au changement ». Le test est également très simple. Un acteur demande son chemin à des passants dans la rue. Tandis que le passant commence à expliquer le chemin, deux ouvriers tenant un panneau passent entre l’acteur et le passant. Lors du passage un second acteur caché par le panneau prend la place du premier tandis que le premier acteur repart avec le panneau. Le passant se retrouve donc avec une autre personne devant lui avec des changements parfois étonnants : une personne d’un autre sexe ou d’une autre couleur de peau (!). Et la majorité des passants expliquant le chemin ne remarque même pas que la personne qu’ils ont devant eux est différente. Ce second test ayant été imaginé par Daniel Simons et Daniel Levin.

 

Ces deux tests montrent donc que si notre cerveau est concentré sur un sujet de la scène, il est incapable de traiter de l’ensemble de la scène. La perception que nous nous faisons da la réalité est donc incomplète voir erronée.

Voyons maintenant un autre exemple dans lequel notre cerveau interprète selon le contexte avec ceci :

 

finance comportementale

Si on vous demande de lire ces trois « éléments » dans ce contexte, Il y a de forte chance que vous lisiez « ABC ».

la psychologie en bourse

Si l’on vous demande de lire la partie horizontale de ces 5 éléments, vous direz alors « A 13 B ». Et pourtant, la partie horizontale du second exemple est identique au premier exemple.

Cela démontre que dans le premier exemple la lecture de l’élément central, soit « B », est interprété en fonction de l’élément qui le précède soit la lettre « A » et l’élément suivant, soit la lettre « C ».

Dans le second exemple, ce que nous venons à l’instant d’interpréter comme un « B », devient  soudainement un « 13 », pour la simple raison qu’au dessus du « B », nous avons détecté les chiffres « 12 » et en-dessous le chiffre « 14 ». La suite logique du « 12 » et juste avant le « 14 » est donc 13. Nous interprétons dans ce cas la partie centrale en fonction d’une suite chiffrée. Alors que bien entendu le point central est graphiquement identique dans les deux cas. Notre cerveau a donc transformé cet élément qui était auparavant une lettre en un chiffre.

Cela signifie donc que par un mécanisme d’adaptation notre cerveau contextualise l’information et oriente notre interprétation.

Voyons maintenant ceci. Que signifie ce mot :  « plrbomèe » ?

Pas grand-chose, direz-vous. Certain diront même peut-être que c’est un mot d’une langue étrangère et en aucun cas du français (et nous vous assurons aussi que ce n’est pas du wallon !).

Ce que signifie ce mot est expliqué dans ces deux phrases : « sleon une édtue de l’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dnas un mot n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire lteetrs sinoet à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas plrbomèe. »

Si vous n’avez pas été en mesure de comprendre ce que signifie : « porblmèe », soit « problème » dans la première question, alors que vous avez su lire le dernier mot de la seconde phrase donnant soit disant l’explication, c’est tout simplement parce que le même mot n’était dans aucun contexte dans la question et dans un contexte dans l’explication.

Cela signifie donc une nouvelle fois que même la simple lecture d’un mot est induite par le contexte dans lequel il est inscrit.investissement value

Revenons à l’investissement à la lumière de ce que nous venons d’apprendre sur les limites de notre cerveau et les interprétations de ce que nous faisons à partir de finalement quelques détails

Commençons par quelques constats généraux

Si vous présentez à des investisseurs le rendement moyen des actions sur une durée de 30 ans, ils trouveront ces rendements intéressants.

Si par contre, vous détaillez le rendement de chaque année sur 30 ans, ils seront effrayés par les  fluctuations et préféreront minimiser le poids des actions dans leurs portefeuille, voire carrément ne pas investir en actions. Même si le rendement final sur 30 ans est exactement identique.

Leur décision d’investir ou pas est donc basée sur la présentation qu’on leur fait. C’est aussi pour cette même raison que ceux qui vous vendent des produits financiers vous parleront de la performance à long terme des actions de manière générale.

Une étude de Thaler aux Etats-Unis montre que si l’on demande aux épargnants quelle part d’actions ils veulent investir dans leur fonds de pension, ils répondront maximum 49%. Si on leur suggère d’y ajouter des actions de l’entreprise pour laquelle il travaille, ils peuvent monter jusqu’a 71%.

Nous sommes ici dans un effet de contexte. Quand on parle des actions en général, il y a comme un manque de repères. Par contre si vous travaillez dans la société, le contexte apparait. Ce ne sont plus des actions mais la société dans laquelle vous travaillez. Vous n’avez pas plus d’informations financières que pour des sociétés que vous ne connaissez pas, mais votre cerveau focalise sur les quelques détails qui vous font subjectivement vous sentir en confiance.

Comment pouvons-nous transformer nos handicaps psychologiques issus de notre nature profonde en avantages pour faire de nous des investisseurs de bon sens ?

Nous pourrions ajouter dans ce 6ième chapitre comment contrer de manière optimale le fonctionnement défaillant de notre cerveau dans certaines conditions.

La réponse est bien entendue dans le fait d’appliquer un process d’investissement et ce, quelle que soit la stratégie.investir en actions en bourse

Un process, c’est bien entendu un nombre de points précis à analyser et qui doivent être chiffrés. Nous ne parlons pas nécessairement de l’avantage de notre process Daubasse mais de n’importe quel proces. Et par rapport à ce que nous venons de tenter de vous expliquer sur le fonctionnement de notre cerveau, il nous paraît impératif que celui-ci soit  chiffré pour que les repères soient fixes et que vous puissiez les répéter et en aucun cas que vous soyez à la merci d’un contexte sur lequel focaliserait votre cerveau en ne voyant pas autre chose ou en transformant au gré du contexte les paramètres.

Prenons plusieurs exemples qui pourraient induire en erreur. Disons que vous essayez d’investir dans la valeur mais que vous n’avez pas pris la peine de construire un process chiffré qui vous permette de déterminer quand acheter, de combien est la décote sur la valeur calculée, la solvabilité et autres points chiffrés et précis vous permettant d’investir avec des critères identiques, sur des sociétés différentes.

Le premier contexte c’est le marché. Vous pourriez faire varier vos critères naturellement selon que le marché est euphorique ou que le marché est désespéré.

Dans un marché euphorique, vous aurez tendance à élargir vos critères : si la décote est moindre, voire minuscule, votre cerveau pourrait vous amener à croire que de toute manière c’est ainsi, les décotes ne sont plus aussi importantes; si la solvabilité est limite, comme tout va bien, pas la peine d’être aussi exigeant sur cette société, votre cerveau vous pousse à vous adapter. En plus, les profits sont en croissance et la société dégage un free cash-flow qui augmente. La courbe est bien là. Un petit graphique confirme que « c’est beau ». La trajectoire est tellement belle que votre cerveau ne verra pas la moindre raison à ce qu’elle ne se poursuive pas de manière linéaire. Ensuite, on actualise à 12% (le rendement attendu), et là on s’aperçoit que la marge de sécurité est de 10%. « Oui mais les taux sont quand même bas et ne vont pas remonter de sitôt ». Finalement, 12% n’est pas adapté au contexte… 8% c’est encore très prudent. « Avec 8%, il y a quand même 40% de décote ». Voilà, là c’est intéressant.

Dans un marché pessimiste, vous aurez tendance à resserrer vos critères. Si la décote est importante, votre cerveau vous poussera à croire que ce n’est pas suffisant, que de toute manière la situation va s’empirer et qu’il faut être vraiment exigeant. Même si la solvabilité est très correcte, en la remettant dans le contexte du marché, vous la jugerez limite, voir insuffisante. Vous détectez tout de suite que les profits ont diminué. Et que les Cash-Flow ont fondu. Un graphique le confirme même visuellement : attention danger ! Pas question de projection, une moyenne n’a même pas de sens car ce qui se passera devant ne sera pas le même que ce qui s’est passé dans le passé. Vous décidez qu’il n’y aura pas la moindre croissance dans le futur. Et pas question d’actualiser à 12%. Il faut tenir compte du risque. Actualiser à 17% est cohérent. Voilà, le résultat est claire : la société cote 20% au-dessus de la valeur que vous veniez de calculer. Pour espérer une décote de 20% sur cette valeur, la société doit encore perdre 40% au minimum…

Une vidéo envoyée par notre ami Michael du groupe « Valeur et Conviction » expliquait lors du Krach de 2008-2009 que les journaux de 20 heures des grandes chaines françaises relatant ce krach parlaient en continu de désastre, de peur, de fin du capitalisme… Et qu’au-delà du blabla, très souvent sans grande substance, c’est sur ces mots que restait fixé le téléspectateur. Le cerveau, une fois de plus, faisait le tri en ne retenant que ce qui semblait être le plus important. C’était l’époque où il avait lancé la première discussion net-net sur le forum « Valeur et Conviction », avec… LNC. « LNC » pour Les Nouveaux Constructeurs, cette société de promotion immobilière qui cotait sous la valeur de ses actifs courants moins l’ensemble de ces dettes. Louis P avait tout de suite bien accroché. Puis les autres se sont accrochés aux locomotives. Nous voulions, à l’occasion de cet article, rendre hommage à son « cerveau futé » qui nous a conduits directement vers une des plus belles expériences d’investissement. Merci Michael !

Revenons à nos deux exemples qui peuvent paraître caricaturaux et pourtant, nous pensons malgré tout qu’ils démontrent une certaine logique. Cette propension naturelle que nous avons à nous adapter aux situations, la manière dont notre cerveau nous fait agir en contextualisant une partie de la réalité alors que nous ne nous rendons même pas compte que nous sommes loin d’avoir compris l’ensemble de la situation que nous avons en face de nous.

Ce que les psychologues appellent « contexte », pour un investisseur cela s’appelle « le marché ». Et ce qui est le plus « pervers », c’est qu’une grande majorité d’investisseurs sait qu’il ne faut pas se faire influencer par le marché. Sans process chiffré, nous ne pensons pas que l’investisseur résiste vraiment à son instinct qui le conduit à adapter ses critères aux contextes. En tout cas, s’adapter au contexte, c’est le chemin que lui fera emprunter naturellement son cerveau avec des arguments en apparence logiques.

Un process, quel qu’il soit, vous « imperméabilise » au contexte du marché. C’est en quelque sorte une main courante qui guide votre cerveau vers chaque étape de l’analyse. Si vous avez décidé, dans votre process, de faire varier votre taux d’actualisation, vous savez dans quelles conditions, suivant quels critères et de combien. Tout cela est donc écrit et chiffré et n’est pas variable selon la perception que votre cerveau a du contexte.

Un second point de contexte qui pourrait fausser vos analyses, n’est autre que votre environnement extérieur. C’est un peu l’idée comparable à la conduite en voiture tout en téléphonant. Vous pensez être capable de mener une analyse à bien tandis qu’un autre sujet vous préoccupe nettement plus et votre cerveau range alors votre analyse au second plan sans que vous ne vous en rendiez tout à fait compte. Les motifs peuvent être graves, douloureux, farfelus, déprimants, enivrants, suicidaires, énervants, décevants, encombrants, délétères, excitants, préoccupants, joyeux, passionnants… En gros, tout ce qui traverse nos vies et qui peut aimanter notre cerveau et parasiter une analyse. Un process bien défini et chiffré vous permettra une nouvelle fois d’éviter la manipulation de votre cerveau qui devra se plier aux différentes étapes que vous avez préalablement construites.

Enfin, il faut éviter de démarrer une analyse avec un point « obsessionnel », voire un point d’ancrage. Du style, « je suis persuadé que cette société possède une barrière contre la concurrence » et, à partir de là, ne chercher dans l’analyse que les points qui confirment votre postulat de départ. Autre exemple, vous recherchez des sociétés de croissance et toutes vos analyses sont axées sur ce point et bien entendu les seuls éléments qui vont vous permettre de dire que dans le futur cette croissance va perdurer. Dans ces deux exemples, c’est vous qui installez votre cerveau dans la posture de réceptivité du point central que vous avez fixé. Comme nous savons désormais que notre cerveau a du mal à percevoir une situation dans son ensemble, il est clair que sans process, vous ne détecterez que les points de confirmation de votre postulat de départ.

 

Terminons ce sixième épisode avec le process des « Daubasses »

Nous n’allons bien entendu pas vous déballer une nouvelle fois le process complet des daubasses, que vous pouvez lire en détails sur ce blog gratuitement, mais juste pointer quelques détails qui nous semblent les plus importants.

Tout d’abord, vous aurez très bien compris que le process des Daubasses ne permet pas à notre cerveau de contextualiser, que le marché soit euphorique ou pessimiste n’a pas la moindre importance. Au contraire, notre process nous force à vendre dans un marché euphorique puisque forcément les cours de pas mal de sociétés atteignent leur Valeur d’Actif Net Tangible (notre seuil de vente) … si tout va bien. Grâce à cette approche, nous disposons donc théoriquement toujours de liquidités dans les moments d’euphorie du marché. Dans un même temps, il freinera aussi les achats, puisque les cibles seront moins nombreuses et nous obligera à la prudence puisque les décotes sont moins importantes.

Dans un marché pessimiste, vous avez des liquidités à disposition et c’est le nerf de la guerre (petit parenthèse, si votre process ne vous fait pas produire des liquidités au bon moment posez-vous quelques questions car vous ne disposerez pas de la capacité d’acheter les véritables occasions quand cela se présentera). Les occasions sont variées et nombreuses et vous n’avez que l’embarras du choix. Notre méthode  nous fait donc toujours dépenser un maximum au bon moment.

Dans le process des Daubasses, tous les points sont chiffrés. Dans nos analyses écrites, nous avons trois axes principaux :

Reprendre chaque point du bilan, pour voir s’il n’y a pas de problème supplémentaire, qui modifierait les chiffres de départs, voire également augmenter encore plus les marges de sécurité, si un déséquilibre quelconque est repéré : litige juridique, explications détaillés de certains postes du bilan manquant, …

Contrôler les options distribuées à la direction et leur prix d’exercice. Si le prix d’exercice est inférieur à la Valeur d’Actif Net Tangible de la société, elles seront déduites de la VANT.

3° Contrôler si la société possède un ou des baux locatifs et donc des loyers qui ne sont pas inscrits dans le bilan puisqu’à honorer dans le futur. Si c’est le cas, nous soustrayons l’ensemble des loyers futurs de la Valeur d’Actif Tangible de la Société. Il en est de même avec toutes dettes non inscrites au bilan : le hors-bilan que nous retraitons au besoin.

Comme vous l’avez déjà compris, cher(e) lecteur(trice), on ne peut pas être fondamentalement optimiste sur une société estampillée « Daubasse » car les chiffres (entendez par, très souvent, « les pertes ») sont là et reflètent les véritables problèmes de la société. Par contre, au lieu d’essayer de comprendre comment la société va s’en sortir, notre process nous demande surtout d’aller voir si elle ne va pas s’enfoncer un peu plus. La seule véritable chose « amusante », c’est le cours d’une Daubasse. Les cours proposés par des milliers de cerveaux concentrés sur les profits, les perspectives, la croissance… Et la proposition est souvent excellente et encore plus excellente quand le marché est pessimiste.

L’air de rien, un process basé sur la valeur patrimoniale d’une société vous met en dehors de tout contexte puisque le contexte du marché est basé sur d’autres critères.

En conclusion, nous revenons une dernière fois sur l’importance du chiffre dans un process. Des critères, voire même un critère, que vous ne pouvez pas chiffrer augmentera de manière exponentielle la part du hasard de votre investissement. Car ce critère laissera libre cours à votre cerveau de focaliser sur un point ou des points qui pourraient vous induire en erreur. Tout en ne vous permettant pas de répéter à l’identique la même évaluation et vous priver ainsi de l’avantage statistique d’une bonne méthode d’investissement.

 

Finance comportementale (6e partie) : La manière de présenter les choses et les limites de notre cerveau (2e partie)

Conceptual image - meditations over the financeCe texte fait partie de la série « finance comportementale » et constitue  la suite logique de l’article de la semaine dernière.

Nous revenons dans cette deuxième partie sur les probabilités posées par le second exemple pour illustrer la difficulté d’admettre que du point de vue des probabilités les solutions sont identiques.

Cette réponse dérange quelque part et surtout de manière émotionnelle !

Cela permet aussi de vous montrer comme nous le faisons assez souvent la cuisine « Daubasse » et plus précisément, le fait que nous ne nous concentrons pas seulement sur la recherche de sociétés décotées et bon marché ou sur l’analyse de ces sociétés mais aussi sur des sujets qui peuvent sembler à première vue périphérique comme la psychologie de l’investisseur alors qu’il nous semble qu’ils sont d’une importance majeure lors de prise de décisions et d’application du strict process.

Rappelez-vous cette phrase énigmatique de Benjamin Graham : « Le pire ennemi de l’investisseur c’est lui-même ». Très peu d’investisseur prennent cette phrase et l’idée sous-jacente qu’elle véhicule au sérieux. Et pourtant, c’est un des leviers les plus importants de la réussite ! Car vous pouvez avoir fait tout un travail de compréhension comptable, mis au point un process qui vous donne un avantage statistique évident, si vous ne parvenez pas à appliquer ce process le moment venu à cause de vos émotions, tout ce travail réalisé en amont ne sert strictement à rien.C’est pour cette raison qu’il nous semble indispensable de bien comprendre « l’ennemi » qui est en chacun de nous afin de pouvoir le contrer lorsque nous investissons car « investir », ce n’est pas seulement acheter, vendre et analyser des sociétés.

Voici donc le problème posé dans l’épisode précédent et la discussion que nous avons eu entre nous.

« Deux ans plus tard, c’est une épidémie de grippe aviaire qui touche la même région. Les autorités sont prises de court et 60 000 personnes pourraient trouver la mort à terme, si un traitement médicamenteux n’est pas distribué gratuitement et dans l’urgence. Seul deux laboratoires américains ont la capacité de produire le médicament en 3 jours. Il s’agit de Pfizer avec son traitement C et de Bristol Myers Squib avec son traitement D. Une nouvelle fois, les autorités hésitent entre les deux médicaments et par rapport aux statistiques qu’elles présentent car ces deux médicaments sont mieux que rien, mais loin d’être le remède qui sauvera toutes les vies. Quel médicament choisiriez-vous si vous deviez prendre la décision à la place des autorités ?

Le médicament C de Pfizer qui annonce clairement que selon l’historique de ces statistiques, 40 000 personnes pourraient décéder.

Le médicament D de Bristol Myers Squib  qui annonce également avec sobriété que les statistiques de son produit sont les suivantes : 66,66% de probabilité que toutes les personnes décèdent mais 33,33% de chance qu’elles survivent toutes. »

Souvenez-vous : dans l’article précédent, nous avions expliqué que, statistiquement, les deux alternatives aboutissaient au même résultat …

gérer ses émotion en investissant
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Louis P

oui Pierre mais sans vouloir avoir l’air « spépieux », je pense quand même que, suivant les deux formulations, on arrive à des résultats différents.

Avec le C, on est certain d’avoir des survivants et des morts
Avec le D, on est certain d’avoir 100 % de survivants ou 100 % de morts mais pas un « mélange » des deux.

Autrement dit, sur un plan purement statistique, pour le malade, peu importe le médicament choisi : il a autant de (mal)chance de mourir avec le C ou le D.

Par contre, en terme de résultat, pour l’autorité qui doit décider, le résultat final sera différent suivant le médicament choisi : 40 000 morts avec le médicament C d’une part ou, avec le D, 60 000 morts ou 60 000 survivants.

finance comportementaleLouis A

Allons, Louis, tu te laisses emporter par ton émotionnel! Ressaisi-toi, que diable!

Pierre

Pas le moindre problème, sur le fait que tu veuilles devenir notre « enculeur de mouche » préféré en ne reconnaissant pas ton émotivité…….. je blague bien entendu.

Revenons sur tes propositions, je suppose que tu as remarqué que le problème A et B est identique sauf qu’il y a 600 personnes et pas 60 000 personnes

Le médicament A : pourrait sauver d’après les statistiques a disposition 200 personnes.
Le médicament B : présente les statistiques suivante 33.33% de probabilité que les 600 personnes survivent, mais 66.66% qu’elles décèdent toutes.

Juste pour dire que c’est deux fois le même exemple avec la seule différence que c’est inversé

Problème deux voilà ta formulation

Avec le C, on est certain d’avoir des survivants et des morts
Avec le D, on est certain d’avoir 100 % de survivants ou 100 % de morts mais pas un « mélange » des deux.

Première chose qui me dérange dans ta formule c’est que tu commence par ont est certain……..dans les deux cas….Alors que justement avec la probabilité on est certain de rien……!!!!!

Si j’admets que l’ont est certain, pour aller dans ton sens……

Je suis d’accord avec le point C on est certain d’avoir une part de survivants et de morts selon les probabilités

Dans le point D ce n’est pas aussi simple que tu le proposes, car on est certain d’avoir 100% de survivants avec une probabilité que cela se réalise de 33.33% et on est certain de 100% de mort avec une probabilité de 66.66% que cela se réalise. c’est donc de mon point de vue fondamentalement différent de ce que tu proposes et pourtant tu soulignes bien c’est soit ça OU

Si l’on reprend les propositions…..En premier point, soit C, et que l’on se place devant celui qui analyse pour prendre une décision…..il sait que les chance sont de 2 sur 3 pour qu’il y ait des morts et de 1 sur 3 pour qu’il y ait des vivants……Il y aura donc bien des morts et des vivants dans une proportion probable de 66.66% de morts et de 33.33% de vivants…

Si l’on analyse la seconde proposition : C’est tout ou rien puisque soit tout le monde vit ou tout le monde meurt. Mais les probabilités ou tout le monde meurt, c’est 66.66% et celle ou tout le monde vit c’est 33.33%.

Bien sûr entièrement d’accord avec toi que si l’on raisonne sur la réalisation induite par les probabilités, ce résultat sera différent dans les deux cas. Seul problème, c’est que l’on ne sait pas le résultat final quand on doit prendre la décision. Et donc, si l’on s’en tient aux seules probabilités, à mon sens les deux solutions proposée sont pareilles. Dans les deux cas, nous avons 66.66% de morts possible avec dans le premier cas 40 000 morts si cela ce réalise et dans le second cas 60 000 morts si cela se réalise.

Au niveau « vivant », c’est la même chose : nous avons 33.33% de vivant possible avec, dans le premier cas, 20 000 vivants si cela se réalise et dans le second 60 000 vivants si cela se réalise.

De mon point de vue cela me semble assez clair. Mais si ce ne l’est pas pour toi, je te propose de demander l’avis de notre ami-chroniqueur Laurent, de lui demander son avis sur une question de logique avec ces sacrés probabilités. Je suis curieux de voir comment il verrait les choses avec son esprit de « matheux ».

Je te propose toutefois de ne pas lui poser la question comme je vous l’ai posée, pour ne pas jouer sur l’aspect psychologique mais de juste lui demander, si c’est deux proposition lui semble égales d’un point de vue des probabilités et d’expliquer pourquoiles difficultés d'un choix

Voilà les deux propositions et la question

60 000 personnes sont menacées par un virus mortel. Est-ce que, d’après toi, ces deux propositions sont identiques du seul point de vue des probabilités ou sont-elles différentes et pourquoi ?

Le médicament C de Pfizer  qui annonce clairement que selon l’historique de ses statistiques, 40 000 personnes pourraient décéder.

Le médicament D de Bristol Myers Squib  qui annonce également avec sobriété que les statistiques de son produit sont les suivante 66.66% de probabilité que toutes les personnes décèdent mais 33.33% de chance qu’elles survivent toutes.

Louis P.

Ceci dit, en relisant et relisant encore tes interventions, je commence à me demander si tu n’as pas raison : statistiquement, le résultat serait le même … même si concrètement, il ne l’est pas. Peut-être que je suis tout de même influencé par mes seules émotions finalement en ne me concentrant pas uniquement sur la statistique mais en considérant aussi le résultat final.

 

Franck

En ce qui me concerne, les propositions sont identiques. Ton cerveau Louis… Tu es conditionné.

Louis P

Dans une proposition, il y aura à coup sûr des morts ET des vivants et dans l’autre, il y aura soit uniquement des vivants, soit uniquement des morts : reconnais que, concrètement, ce n’est pas la même chose.

Par contre, statistiquement, oui, c’est vrai, chacun a une chance égale de survivre ou de mourir quel que soit le traitement.

acheter des actions en bourseLouis A .

Je vais me chercher une aspirine…!

Pierre

Voyons ce que dit Laurent……..Mais je pense Louis P. que notre discussion illustre bien, si les probabilités sont bien égales, ce qui me semble être le cas, qu’ ont ne peut pas s’empêcher voire difficilement s’empêcher, de passer sur l’émotif en raisonnant avec les morts et les vivants…..Et émotif, même si l’on sait que l’on est dans un problème de probabilité….Ce que Louis A avait déjà bien illustré avec sa réponse………C’est à mon avis cela le plus intéressant……..si on transpose sur l’investissement.

Bien que le choix soit sans doute un peu moins émotionnel car avec l’exemple, il s’agit de vie humaine, tandis qu’en investissement il ne s’agit de perdre ou de gagner que quelques euros.

Louis P.

En réalité, j’ai posé le débat parce que la réponse ne me semblait pas aussi claire et limpide que ça et je pense que notre discussion a permis de bien poser ces arguments.

Et oui, je suis d’accord : si mettre toutes les émotions de côtés quand il s’agit d’euros est déjà très difficile, l’exercice est encore plus périlleux quand on parle de personnes et de leur vie.

Voilà j’ai posé la question à Laurent .

60 000 personnes sont menacées par un virus mortel……..Est-ce que d’après toi ces deux propositions sont identiques du seul point de vue des probabilités ou différentes……Et pourquoi ?

Le médicament C de Pfizer qui annonce clairement que selon l’historique de ces statistiques, 40 000 personnes pourraient décéder.

Le médicament D de Bristol Myers Squib qui annonce également avec sobriété que les statistiques de son produit sont les suivante 66.66% de probabilité que toutes les personnes décèdent, mais 33.33% de chance qu’elles survivent toutes.

 

Laurent

Bonsoir Louis,

Avant de m’attaquer à la résolution du problème, je dois préciser quelques points et poser des hypothèses, pour bien cerner le sujet de l’étude:
1/ L’historique des statistiques est fiable, pour l’un et/ou pour l’autre des vaccins (les statistiques passées préjugent bien des statistiques futures).
2/ Le choix entre les deux vaccins est mutuellement exclusif et réalisé par un décideur unique pour l’ensemble des personnes menacées.
3/ Le décideur peut indifféremment appartenir ou non au groupe des personnes menacées.
4/ Il n’y a pas d’hypothèse sur la constitution du groupe des 60 000 personnes menacées (par exemple, elles pourraient se trouver dans un même lieu et ne sont pas nécessairement équiréparties dans la population mondiale).
5/ Toutes les personnes menacées (et uniquement celles-là) seront infectées par le virus et mourront, si elles ne prennent pas de vaccin.
6/ Pour chacun des deux vaccins, il est possible de le distribuer à l’ensemble des personnes menacées avant que ces personnes ne soient infectées.

finance comportementaleEspérons que le décideur aura besoin de moins de temps que moi pour prendre une décision avisée !

Reformulation des deux propositions pour lever les ambiguïtés des assertions initiales

Vaccin C: Chaque personne du groupe des 60 000 personnes menacées ayant pris ce vaccin a une probabilité de deux tiers de décéder et d’un tiers de survivre.

Vaccin D: Un groupe de 60 000 personnes menacées par le virus et vaccinées par ce vaccin a une probabilité de deux tiers d’être entièrement décimé et une probabilité d’un tiers que tous ses individus survivent.

Similitude entre les deux propositions

Du point de vue d’un individu, la probabilité de décès (ou l’espérance mathématique) est la même pour les deux vaccins, soit 2/3.

Différence entre les deux propositions

Ce qui varie entre les deux propositions, c’est la dispersion des résultats et la corrélation entre la mort/la survie des individus constituant le groupe des personnes menacées. Pour le vaccin C, il y a décorrélation complète du sort des individus alors que pour le vaccin D, il y a corrélation complète. Ainsi, il n’est pas possible d’avoir 200 individus vivants et 59800 morts, avec le vaccin D, alors que cette dispersion des résultats est tout à fait possible pour le vaccin C.

Conclusion

En conclusion, je ferais un parallèle avec les actions pour illustrer la différence entre les deux propositions. Imaginons une situation dans laquelle un investisseur peut acheter 60 000 actions, qui, chacune, peut faire x 10 avec une probabilité d’un tiers ou une faillite (x 0) avec une probabilité de 2/3, avec une décorrélation totale de la performance entre les différentes actions. Imaginons maintenant une situation dans laquelle un investisseur peut acheter 60 000 actions dont les performances sont corrélées: 2/3 de chance de faire faillite et 1/3 de chance de faire x 10.

Je ne me risquerais pas à effectuer le deuxième investissement sur l’ensemble de mon capital du fait de la concentration (par contre, je pourrais le faire sur une fraction réduite de mon capital – disons 7 %). Je n’aurais pas de problème à effectuer le premier investissement sur l’ensemble de mon capital, du fait de la diversification. De même, j’ai une préférence personnelle pour le vaccin C, pour lequel la probabilité de survie de l’espèce dans son ensemble est bien plus grande (si l’on considère que le groupe de personnes menacées par le virus n’est pas constitué de 60 000 individus mais de l’ensemble de la population mondiale) !

Merci de m’avoir posé ce petit problème sympathique, qui m’a bien diverti.

Cordialement, Laurent

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Louis P.

on dirait que Laurent pose un raisonnement qui ressemble un peu au mien. C’est grave docteur ? 🙂

Pierre

Je pense que nous avions tous plus ou moins compris le problème sans le décomposer de manière aussi mathématique que Laurent.

La réponse de Laurent me semble quand même assez claire sur les probabilités que pose le problème :

Du point de vue d’un individu, la probabilité de décès (ou l’espérance mathématique) est la même pour les deux vaccins, soit 2/3.

Qu’il y ait ensuite des résultats différents à cause de la dispersion et de la corrélation mort / vivant est un autre point que Laurent souligne mais il ne semble pas dire que cela remet en cause la probabilité de décès que pose le problème. Qui est égal pour les deux vaccins.

Tu avais effectivement souligné que les réponses alternatives étaient différentes… Et je pense que ce « bazar » est bien plus pervers que je ne l’avais même imaginé car avec l’explication de Laurent on voit que même un point de vue purement mathématique doit admettre que la probabilité de décès ou l’espérance mathématique du problème posé par les deux vaccins est égal…mais que le résultat peut être bien différent.

Laurent pose alors un choix purement mathématique avec une transposition sur l’investissement et choisi une solution la C…..Puis reviens au médicament, en disant qu’il a une préférence personnelle pour le vaccin C, moins binaire quant à la probabilité de survie de l’espèce dans son ensemble ! Son choix se pose donc par rapport à son point de vue mathématique. Et il s’est finalement mis dans la posture du comme si on lui avait posé la question de départ que je vous ai posée ! On voit alors bien que si l’on doit faire un choix, c’est à partir d’un point de vue que l’on doit le faire.

Et ce point de vue, selon qu’il soit plus mathématique ou émotionnel fera varier la réponse … même si on pose au départ comme Franck ou toi l’avez fait que les probabilités sont identiques. Et évidement, plus le problème est posé émotionnellement, plus les mots joueront de l’importance. Et même quand Laurent choisis le C, en sachant tout le problème de départ et en ayant posé un point de vue très mathématique, il choisit la solution la moins binaire car émotionnellement, c’est ce qui lui a paru le plus acceptable pour la vie humaine en jeu dans le problème.

Le plus pervers, c’est donc que finalement personne n’est capable de dire « on en a rien à foutre du choix  puisque les deux vaccins posent une probabilité identique quand il s’agit de vie humaine…….voir quand le problème est de nature émotionnel. »

Louis P.

oui, Laurent nous a offert une approche froide et calculatrice du problème … pour finalement choisir une approche « humaine » sous couvert de l’autorité que lui donne son approche de matheux. Très intéressant comme approche.

Ceci dit, le fait qu’il reste une petite part d’émotion dans notre approche du problème me semble finalement quelque chose de positif et démontre, après tout, que nous ne sommes pas des machines. Est-ce que cette petite partie « humaine » de notre cerveau n’est finalement pas un petit plus, même en investissement, à condition qu’elle soit maîtrisée et que nous en soyons conscients ?

Louis A.

C’est justement ce qui nous différencie des robots…Quant à savoir si elle représente un petit plus dans le domaine de l’investissement, ou plutôt un inconvénient, là est tout le débat! Perso, je ne pense pas que ça soit un plus…

Pierre

Oui Louis P., à mon avis un robot aurait dit égal et point barre…..Un homme tentera de choisir le résultat probable qui lui semblera le moins douloureux émotionnellement, voire qui lui semblera donner une chance…..Finalement comme tu le disais dans ta réponse…

actions obligations or immobilierOui Louis A, je pense comme toi, c’est que le côté émotionnel nous désert quand il s’agit d’investir. Et on remarque que le process est finalement un sorte de programmation de robot si l’on a fixé la solvabilité minimale acceptable à 40% et que nous trouvons une société à 39.99%, c’est : « ne correspond pas au critère »… Si c’est 40.01%, c’est : « correspond au critère »  et pourtant il y a une infime différence entre les deux qui émotionnellement nous ferait dire que c’est finalement presque la même chose  si nous jugeons que la société est intéressante sur d’autres points !

Bien sûr, tout peut toujours se discuter et l’exemple est ici « à la limite » mais une chose est certaine, c’est que le process / robot, ne discute sur rien : c’est blanc ou noir……!

Nous laissons, cher( e) lecteur(trice), le dernier mot à Laurent qui revient expliciter sa première réponse de manière brillante et nous propose plusieurs extensions pleine de sérieux et d’humour……..Merci Laurent.

Laurent

Voici quelques explications et développements sur ma position précédemment exposée.

Point de vue de l’individu
Pour un individu totalement égocentrique, il n’y a en effet pas de différence entre les deux vaccins. Qu’il prenne un vaccin ou l’autre, le résultat pour lui sera le même.

Point de vue du groupe
Par contre, ce qui change (par exemple, si la population n’est pas constituée de 60 000 personnes mais de l’ensemble des êtres humains), c’est la probabilité de survie de l’ « espèce » dans son ensemble ou d’un groupe particulier (donc le bien commun). Si, toute chose égale par ailleurs (ce qui est le cas ici), il est possible d’avoir une probabilité supérieure de survie de l’ « espèce », il me semble qu’un choix rationnel pour un décideur serait d’opter pour la probabilité supérieure de survie de l’espèce dans son ensemble. Je ne dirais donc pas que, dans mon cas, sauf erreur de ma part, le choix du vaccin C ait été motivé par une composante émotionnelle.

Préservation de la diversité
Ma préférence pour le vaccin C est en réalité essentiellement valide pour une population possiblement « concentrée » (c’est à dire partageant des caractéristiques communes non nécessairement reproductibles en considérant uniquement le groupe des survivants). Si les 60 000 personnes menacées par le virus étaient équiréparties dans la population mondiale (c’est à dire « diluées »), par exemple, je n’aurais pas de préférence entre les vaccins C et D (la perte que représenterait le groupe, le cas échéant, n’aurait pas d’influence sur la diversité, d’un point de vue global). Ma préférence pour le vaccin C résulte donc de l’hypothèse que les 60 000 personnes constituaient une population possiblement « concentrée » (ses membres partagent en tous cas la menace d’être infectés par le virus, ce qui implique un lien entre eux).

Pour illustrer mon point par un exemple similaire plus parlant, je considérerais pour ma part plus rationnel qu’un animal de chaque espèce soit éliminé plutôt que l’ensemble de tous les ours (en prenant comme hypothèse qu’il y a autant d’ours que de nombre d’espèces et que chaque espèce compte au moins 1000 individus), s’il fallait faire un arbitrage entre ces deux choix. Cette préférence ne me semble pas relever de l’émotionnel.

Groupe ayant un trait fortement négatif
Cette problématique de la préservation de la diversité pose d’ailleurs une autre question en ce sens que la caractéristique commune du groupe n’est pas nécessairement positive. Par exemple, le virus pourrait ne menacer qu’un groupe ayant une caractéristique commune fortement négative (un virus qui toucherait uniquement la population des personnes ayant été condamnées dans les 6 derniers mois pour meurtre avec préméditation, en imaginant par exemple que toutes ces personnes soient regroupées dans une même prison sans gardien dans laquelle le virus contagieux se serait déclaré). Dans ce cas, le choix d’un décideur hors du groupe pourrait être de maximiser la probabilité de disparition du groupe dans son ensemble et de ce fait privilégier délibérément l’option du vaccin D. Mais faire le choix d’une probabilité plus grande de la disparition du groupe poserait également des problèmes éthiques à mon avis insurmontables:
* en vertu de quoi le décideur pourrait-il choisir cette option ?
* le décideur ne se rendrait-il pas coupable en prenant une telle option de manière délibérée ?
* il semble impossible d’établir de manière objective qu’un groupe d’individu a une valeur négative
* etc…

Un groupe d’individu partageant un trait fortement négatif génère également du positif. En supprimant l’ensemble des loups, c’est l’écosystème qui est déséquilibré et les lapins pullulent, ce qui cause également des désastres car l’équilibre proie/prédateur est rompu. La disparition des criminels et criminels en devenir aurait pour conséquence directe la mise au chômage de bataillons de juges, d’avocats et autres gardiens de prison, ce qui serait au moins pour eux et à court terme une conséquence dramatique. Les criminels peuvent se repentir et pourquoi ne pas générer dans le futur un bien supérieur au mal qu’ils ont causé.

En conclusion, même si la caractéristique d’un groupe pourrait sembler essentiellement négative, choisir une option privilégiant la disparition de ce groupe pose a minima des problèmes forts de définition, d’éthique et d’objectivité.

Equilibre entre le bien individuel et le bien collectif
Un autre aspect intéressant de la problématique, de mon point de vue, serait de se demander à partir de quel déséquilibre de probabilité, le décideur devant choisir le vaccin privilégierait la probabilité de survie de l’espèce dans son ensemble au détriment de la probabilité de survie des individus. Par exemple, si le vaccin D2 correspondait à une probabilité de survie de 50 % et que l’ensemble de la population mondiale était menacée, quel vaccin serait le meilleur pour le décideur sachant que du point de vue individuel, le vaccin D2 serait objectivement la meilleure option pour lui, mais que, du point collectif, le vaccin C serait objectivement la meilleure option. Et pour pousser encore plus loin la question: quels seraient les pourcentages (ou plus exactement les couples de pourcentages) correspondant à un équilibre optimal entre l’intérêt de l’individu et celui du groupe ?

Positionnement du décideur
Il apparaît également, pour l’arbitrage entre les vaccins C et D2 (ou d’ailleurs C et D), que le point de vue du décideur et son niveau d’information a une incidence cruciale sur le choix du vaccin.
* Si le décideur est dans le groupe des personnes menacées et sait qu’il va être infecté (par exemple si le virus touche toute la population mondiale), il pourrait être tenté (à mon avis à tort, au moins à un pourcentage de 50 %) de choisir le vaccin D2. Difficile d’être juge et partie !
* Si le décideur est la seule personne dans le monde qui n’est pas menacée par le virus, il devrait rationnellement choisir la survie de l’espèce et donc le vaccin C.
* Si le décideur est la seule personne dans le monde qui a une chance de 1/x d’être infectée (toutes les autres menacées étant certaines d’être infectées), quel serait objectivement le meilleur choix ?
* Si le décideur ne sait pas que la population mondiale est menacée par le virus (et/ou s’il ne sait pas s’il est lui-même menacé), ce manque d’information pourrait rationnellement modifier son arbitrage.

Le niveau d’information du décideur et son appartenance au groupe des personnes menacées a une incidence importante sur l’arbitrage.

Panachage entre les vaccins
La possibilité éventuelle de panachage entre les vaccins C et D2 permet aussi de sortir du cadre binaire d’un choix mutuellement exclusif. Un panachage consisterait par exemple à distribuer le vaccin C à un sous-groupe de, par exemple, 30 000 personnes, pour garantir la survie de l’espèce et donner le vaccin D2 aux autres personnes. L’optimum consisterait à trouver le nombre de personnes permettant un bon équilibre entre la probabilité de survie de l’espèce et l’optimisation de la survie des individus.

Nombre de décideurs
Le nombre de décideurs a également une incidence sur la décision. Par exemple, dans le cas d’un virus dont on sait qu’il touchera l’ensemble de la population mondiale, et si chaque personne a la possibilité de choisir pour lui-même le vaccin C ou D2, j’opterais pour le vaccin D2 en pariant sur le fait qu’un nombre suffisant de personnes n’auraient pas correctement compris l’arbitrage s’offrant à eux et prendraient le vaccin C, garantissant donc à la fois la survie de l’espèce et optimisant ma probabilité de survie individuelle. Mais si les acteurs étaient tous rationnels, ils choisiraient le vaccin D2, mettant en péril l’humanité dans son ensemble. Paradoxalement, une erreur de jugement et l’irrationalité peuvent donc sauver l’humanité et optimiser les chances de survie de l’acteur rationnel. Heureusement que nous ne sommes pas tous des robots !

Une situation dans laquelle chaque personne devrait choisir le vaccin C ou D2 pour son voisin serait assez cocasse.

investisseur value intelligentLe dilemme du prisonnier ou l’Orval maléfique
Un autre type d’arbitrage intéressant entre l’intérêt collectif et l’intérêt individuel est le dilemme du prisonnier, qui met plutôt l’accent sur la question de la confiance en l’autre et permet de tester la solidité d’une amitié ! Imaginons 2 moines isolés dans leur cellule, privés de moyens de communication. Dans leur solitude s’offre à eux un breuvage intelligent, fantaisiste et mesquin que nous appellerons l’Orval maléfique, dont ils connaissent les effets:
1/ Si un seul moine boit l’Orval, elle le remercie en lui augmentant son espérance de vie de 6 mois. Mais, vexée par le comportement du second, elle diminue son espérance de vie de 9 ans 1/2 par vengeance.
2/ Si les deux moines boivent l’Orval, l’espérance de vie de chacun est diminuée de 4 ans 1/2. Après tout, lequel d’entre nous pourrait affirmer que boire une Orval est inoffensif ?
3/ Si aucun des deux moines ne boit son Orval, un ange passe.

La confiance a ses limites, même chez les moines: nul doute que certains pourraient être tentés par Satan et épancher leur soif en goûtant aux délices subtils de l’Orval maléfique. Restons sobres et ne succombons pas à la tentation, mes frères.

Conclusion

Je pense toujours que, rationnellement, le vaccin C est supérieur au vaccin D, lorsque le virus menace une population possiblement « concentrée » (et sans, je crois, tenir compte d’aspects émotionnels), dans les hypothèses énoncées dans mon premier article.
Pour une population parfaitement diluée de 60 000 individus menacés, les autres hypothèses restant inchangées, les deux vaccins me semblent équivalents et je n’aurais pas de préférence personnelle dans l’arbitrage entre l’un ou l’autre.

Cordialement, Laurent

 

A suivre …

Finance comportementale (6e partie) : La manière de présenter les choses et les limites de notre cerveau (1ere partie)

Ce texte fait partie de la série « finance comportementale »

Conceptual image - meditations over the financeDans cette sixième partie qui se déclinera … en trois parties, nous allons développer deux problèmes importants qui se posent de manière naturelle et frontale à tout investisseur. La première sera la fragilité de nos perceptions. Et rien qu’en évoquant le sujet on comprend déjà que cela peut faire problème pour l’investisseur. Le second point, lié étroitement au premier, sera la limite de notre cerveau, limite contre laquelle on ne peut finalement rien faire. Par contre, ne pas avoir conscience de cette limite, ne permet aucune action pour composer avec ce fait.

Nous verrons également en fin d’article, comme nous l’avons fait dans les épisodes précédents, comment un process d’investissement et plus particulièrement le process des Daubasses permet de contourner les pièges ouverts par notre propre nature humaine.

 

La fragilité de nos perceptions

Si vous posez une même question à une personne mais avec deux formulations différentes, il est fort probable que vous obtiendrez deux réponses différentes. Cela indique donc que les réponses dépendent très souvent de la formulation de la question. Mais également que si les réponses exigent une prise de décision, que cette décision sera également prise par rapport à la formulation et pas par rapport à une analyse objective de la question de départ. La capacité de notre cerveau à voir au-delà de la manière dont les choses nous sont présentées est donc limitée.

Deux tests ont été réalisés. Voici donc le premier :

Une grippe porcine contagieuse pour l’homme se déclare dans une région d’un pays émergent, 600 décès sont redoutés. Les autorités hésitent entre deux types de médicament à administrer. Quels médicaments administreriez vous, si vous étiez a la place des autorités de la région ?

Le médicament A  pourrait sauver, d’après les statistiques à disposition, 200 personnes.

Le médicament B  présente les statistiques suivantes : 33,33% de probabilité que les 600 personnes survivent, mais 66.66% qu’elles décèdent toutes.

72% des personnes interrogées ont répondu le médicament A

choix d'investissementVoici le second test :

Deux ans plus tard, c’est une épidémie de grippe aviaire qui touche la même région. Les autorités sont prises de court et 60 000 personnes pourraient trouver la mort à terme, si un traitement médicamenteux n’est pas distribué gratuitement et dans l’urgence. Seuls deux laboratoires américains ont la capacité de produire le médicament en 3 jours. Il s’agit de Pfizer avec son traitement C et de Bristol Myers Squib avec son traitement D. Une nouvelle fois, les autorités hésitent entre les deux médicaments et par rapport aux statistiques qu’elles présentent car ces deux médicaments sont mieux que rien, mais loin d’être le remède qui sauvera toutes les vies. Quel médicament choisiriez-vous si vous deviez prendre la décision à la place des autorités ?

Le médicament C de Pfizer qui annonce clairement que selon l’historique de ces statistiques, 40 000 personnes pourraient décéder.

Le médicament D de Bristol Myers Squib  qui annonce également avec sobriété que les statistiques de son produit sont les suivantes : 66,66% de probabilité que toutes les personnes décèdent, mais 33,33% de chance qu’elles survivent toutes.

78% des personnes interrogées choisissent le scénario D

En fait, si comme présenté dans les deux tests, le choix est uniquement basé sur les statistiques et donc les probabilités, les deux solutions ou les deux médicaments présentés sont absolument identiques. Statistiquement, le médicament A est égal au médicament B et dans le second test le médicament C est égal au médicament D. Dans le premier test, il est employé deux fois des termes que l’on juge positif comme « sauver » et « survivre » et une seul fois « décès ». Dans le second test, il est employé deux fois un terme négatif comme « décède » et une fois un terme positif comme « survive ».

Le piège est donc dans ces deux cas les mots employés. Les personnes interrogées ne font donc pas attention au conditionnel et au fait que rien n’est certain dans tout ce qui est avancé mais juste probable et de notre point de vue, si dans le premier test 72% répondent par le médicament A, c’est qu’ils ont focalisé sur les deux premier mots : « Pourrait sauver ». Tandis que dans le second test où 78% des personnes répondent le médicament D, c’est qu’ils se sont focalisés sur les deux derniers mots : « Survivent toutes ».

Bien entendu dans ces deux tests, vous pouviez finalement répondre n’importe quoi, puisque premièrement les deux réponses étaient identiques et deuxièmement n’avaient aucune conséquence puisqu’elles n’étaient pas réelles.

Ce test a aussi été proposé aux 3 membres des daubasses. Etant donné qu’ils savaient que ce test était destiné à un article sur la psychologie tout en ne sachant pas quels thèmes seraient développés, votre serviteur a donc tenté d’avancer le plus masqué possible en leur imposant une marche à suivre. D’abord choisir une des deux solutions et ensuite faire un commentaire, s’il le désirait. L’idée de cette marche à suivre était surtout de ne pas leur permettre de dire c’est identique et point. Mais de voir pour quelle raison ils choisissaient l’une ou l’autre réponse et si les mots qui avaient accroché les personnes du test allaient également les accrocher. Voici les réponses et quelques commentaires.

 

Franck

Ne suit pas le process fixé et écrit dans son premier mail : « Je ne suis pas sûr de comprendre, car les 2 réponses sont identiques ? »

Je demande qu’il m’envoie un second mail avec ces choix et me fasse un commentaire s’il le désire.

Son second mail :

« Médicament  A, car en terme de communication, c’est plus plaisant d’écrire « sauver » que « survivent » et « décède ».

Médicament  D : car les statistiques sur le décès ne sont pas sûr. »

 

Louis P

« 2/3 de morts assurés d’une part ou 2 chances sur trois que tout le monde meurent d’autre part. Je ne comprend pas bien ou tu veux en venir.

 

Je ne voudrais pas être a la place de celui qui prend la décision.
Disons que je prends B et D : je préfère donner une chance égale à tout le monde de s’en sortir que de n’octroyer qu’une chance certaine à un 1/3 de la population. » 

 

Louis A

« Je choisi le A, car d’après les statistiques, le B semble avoir des effets secondaires dévastateurs (probablement aussi pour les survivants s’ils y en a). Avec le médicament A, on pourrait en sauver 200, soit 1/3.

 

Sans hésiter la C, car on part de l’idée que 60.000 personnes pourraient décéder (avec beaucoup de chance il n’y aura aucun décès). Avec le médicament C, statistiquement, on est « certain » d’en sauver 20.000, voire plus si on a de la chance… Tandis qu’avec le médicament D, toutes pourraient mourir à cause du médicament lui-même (idem médicament B ci-dessus). »

gérer ses émotions en trading

Les réponses données par les 3 Daubasses sont intéressantes dans le sens où elles sont toutes les trois différentes et montrent bien la manière dont la présentation du texte fait poindre des émotions qui détachent finalement du raisonnement objectif posé par le problème.

 

La réponse de Franck montre qu’il a compris tout de suite que les réponses étaient identiques. Donc, il part de manière objective. Quand il répond A, il souligne la manière de présenter et l’importance des mots employés, il semble donc comprendre l’importance de la présentation. Mais, bizarrement, quand il répond D, il revient à l’émotionnel avec les statistiques, au lieu répéter la même justification de réponse que pour A.

La réponse de Louis P montre encore mieux le glissement émotionnel amorcé par Franck. Louis  comprend également tout de suite que les réponses sont identiques. Mais avant de répondre aux questions proprement dites, il se met dans la position de celui qui aurait à prendre une décision assez grave, c’est à dire où des vies sont en jeu. Et répond alors de manière émotionnelle, en précisant que son choix est dicté par le fait de donner une chance égale à toutes les personnes menacées par ces épidémies.

La réponse de Louis A est complètement dans l’émotionnel. Louis n’a pas précisé comme Louis P qu’il ne serait pas à l’aise s’il devait prendre une décision dans le réel, mais les commentaires de ces deux réponses font comprendre qu’il s’est mit automatiquement dans la situation où il est question d’une grave décision à prendre. Comme il n’a pas évoqué  de manière claire comme Franck et Louis P que les réponses étaient identiques, on pourrait même croire qu’il n’a pas compris qu’il était question de statistiques. Mais c’est faux, car c’est le seul des trois qui ne lâche pas les statistiques d’une semelle dans la construction de son raisonnement qui vont l’amener à répondre aux questions. Et c’est donc l’illustration parfaite du fait finalement « pervers » qu’une fois focalisé sur l’émotionnel de la présentation et donc de la situation, il n’est plus possible, même en évoquant clairement le fait qu’il s’agit de statistiques, de revenir à une vision objective du problème posé.

Nous comprenons donc encore plus clairement avec ce petit test sur le Daubasses, que personne ne peut échapper au fonctionnement de son cerveau qui trie les informations et se concentre sur ce qui l’interpelle le plus au niveau émotionnel.

Faisons une petite incursion dans le domaine de l’investissement en prenant l’exemple d’un investisseur qui cherche et analyse des sociétés ayant des avantages concurrentiels, les fameux « moat ».

A la lumière de ce que nous venons d’expliquer, nous pensons que dès les premières preuves chiffrées ou autres qui laisseraient penser qu’une société a effectivement un avantage concurrentiel, il basculera inévitablement dans l’émotionnel dégagé par ces premiers éléments. Et il aura d’extrêmes difficultés à voir tous les points disant le contraire, voir même les points négatifs. Car son cerveau s’est inévitablement focalisé de manière émotionnelle sur les quelques éléments positifs qui semblent prouver que c’est bien ce qu’il cherche. Il continuera donc à chercher ce qui le conforte dans son idée de départ – le « moat » – et à négliger ou minimiser tous les autres éléments qui ne vont pas vraiment dans ce sens. D’où l’importance du process, quelle que soit la méthode. Un process, c’est bien au départ : un nombre de points précis à analyser ou à chiffrer, une marche à suivre écrite… Nous reviendrons à l’importance du process dans quelques lignes.

A suivre …