Archives de catégorie : Analyse Financière

Les VANTRe, comment ça marche ?

Comme vous l’avez certainement remarqué, cher lecteur, nous avons acheté récemment deux valeurs canadiennes labellisées Daubasses VANTRe. Ce sont les Daubasses cachées numéro 19 et numéro 20 du portefeuille. Dans un précédent article, nous vous expliquions ce qu’une VANTRe a dans le ventre, aujourd’hui nous allons estimer leurs rendements potentiels.

L’intérêt d’une VANTre ou Valeur d’Actif Net Tangible rentable réside dans le fait d’être un mix entre une approche basée sur la valeur patrimoniale des actifs et une approche de croissance basée sur le potentiel de développement de l’entreprise. Essayons quelques calculs avec les titres détenus en portefeuille…

Le potentiel lié à la valeur d’actif

Les sociétés 19 et 20 ont respectivement un ratio VANTRe de 0,7785 et 0,4207. Ce qui signifie que ces entreprises sont valorisées par Mr le Marché bien en dessous de la valeur de leurs actifs tangibles (tous les actifs hors les incorporels auxquels nous avons retranchés tout le passif). Nous sommes des investisseurs patients et prudents. Nous considérerons donc dans nos calculs que Mr le Marché mettra 10 ans pour valoriser « correctement » ces sociétés. Continuer la lecture de Les VANTRe, comment ça marche ?

De la pertinence de respecter les règles comptables généralement admises …

« Lorsque vous recrutez quelqu’un cherchez trois qualités : l’honnêteté, l’intelligence et l’énergie. Si la première manque, les deux autres vous détruiront » W. Buffett

Au cours d’une chasse à la daubasse, nous sommes tombés, fins pisteurs que nous sommes, sur ce qui nous semblait être une superbe prise, certes un peu chère mais qui aurait pu entrer en watching list.

L’historique de rentabilité de l’entreprise est impeccable, ses activités sont assez diversifiées et sa direction jouit d’une excellente réputation.

Forts de cet a priori favorable, nous surveillons le cours de cette société, prêts à bondir pour garnir notre gibecière à la moindre faiblesse du cours.

Il y a quelques jours, nous avons constaté  que les actifs de cette entreprise sont valorisés dans les comptes selon des méthodes très folkloriques.  Voici quelques exemples de ce que nous avons découvert :

–       La société n’amortit pas ses immeubles parce qu’elle estime que ceux-ci prennent de la valeur dans le temps au lieu d’en perdre ;

–       une créance tirée sur un client en faillite n’a pas été provisionnée en créance douteuse parce que la direction estime qu’avec les procédures judiciaires en cours, elle a de bonne chance de finalement encaisser l’entièreté de celle-ci ;

.
–       les matières premières en stocks sont évaluées à leur coût d’achat alors que leur prix s’est effondré mais la direction maintient la valorisation au coût d’achat parce qu’elle pense qu’avec la reprise économique, leur prix va augmenter dans les mois qui viennent.

 

Quelle conclusion tirez-vous cher lecteur de ces constatations ?

……………..

Probablement que la direction de cette société manque de la plus élémentaire honnêteté et qu’une telle société ne mérite pas d’entrer dans un portefeuille d’actions fut-il un portefeuille de daubasses (à moins, évidemment, de présenter un prix qui nous procure d’énormes marges de sécurité tenant compte de ce phénomène).

En effet, les comptes d’une entreprise se doivent d’être le reflet, entre autre, de la valeur de ses actifs au moment de la clôture des comptes et non pas de la valeur espérée dans le futur par sa direction, fut-elle compétente et objective.

Nous devons à présent vous avouer quelque chose, cher lecteur : cette société est tout droit sortie de notre imagination.  Par contre, nous avons effectivement pu lire cet article la semaine dernière.

Commençons par le commencement et donc la théorie.

 

Comment comptabilise-t-on une participation dans les comptes d’une entreprise ?

Il existe 3 méthodes admises pour comptabiliser une participation dans les comptes d’une entreprise :

1. Soit une entreprise est contrôlée par sa maison-mère (qui détient + de 50 % des droits de vote à l’AG) : on intègre alors chaque poste du bilan de la filiale entièrement dans les comptes de la maison mère. Si la filiale a été acquise au dessus de la valeur de ses fonds propres, la différence est inscrite en goodwill et la valeur de la participation des actionnaires minoritaires, s’il y en a, est reprise au passif au poste  « intérêts des minoritaires »).

2. Soit la maison mère exerce une influence sur la gestion de la filiale mais sans en avoir le contrôle (par exemple, elle détient 20 % des droits de vote d’une entreprise cotée et est le plus gros actionnaire) : dans ce cas, on « met la participation en équivalence » c’est à dire qu’on la reprend à l’actif pour la valeur des fonds propres de la filiale et, si elle a été payée plus cher, la différence est inscrite au goodwill.

3. Soit il s’agit de participation détenue sans aucun contrôle ou influence et dans ce cas, les actions sont inscrites à leur valeur d’acquisition … ou à leur fair value (ou « juste valeur ») si celle-ci est inférieure à la valeur d’acquisition.  La « juste valeur » est définie comme « le montant pour lequel un actif pourrait être échangé, ou un passif éteint, entre parties bien informées, constantes et agissant dans des conditions de concurrence normale ».  Il est communément admis que la fair value d’entreprises cotées correspond à leur valeur de marché au moment de la clôture des comptes.  Et la valeur de marché d’actions cotées, n’est-ce pas le cours de bourse ?

 

La méthode Berkshire Hataway

Et qu’apprend-t-on ici ?  Que la direction de Berkshire Hataway n’acte pas de réduction de valeur sur ses participations minoritaires cotées sous prétexte qu’elle pense que leur cours de bourse pourrait bien se redresser dans les années à venir …

Que Warren se moque du court terme en matière d’investissement, nous sommes d’accord et partageons cette vision mais nous estimons aussi que ce n’est pas une raison pour que la comptabilité de Berkshire Hataway, qui constitue une photographie de l’entreprise à un moment « M », soit folklorique.

Pour que cette photographie soit fiable, c’est la valeur de réalisation de chacun des composants du bilan au moment de cette photo qui doit être pris en compte en fonction des règles comptables admises universellement et pas la valeur « rêvée » par un des dirigeants de la société.

Si chaque dirigeant de société adapte les règles d’évaluation en fonction de sa propre perception, fût-elle objective et honnête, quel est l’intérêt qu’une compagnie publie encore des comptes ?

 

Quelles conclusions tirons-nous de ceci ?

D’une part que Warren Buffett incarnait pour nous non seulement un investisseur de légende mais aussi une autorité morale.  Avec ce « tripatouillage » comptable, l’investisseur de légende n’est pas remis en cause mais « l’autorité morale » en a pris un sacré coup.

Ensuite, nous avons l’impression qu’on admet de Monsieur Buffett beaucoup d’incartades qu’on ne tolérerait pas d’un autre dirigeant. Si ce problème avait été soulevé pour le patron d’une société « daubasse », il aurait été  mis au ban, critiqué sans concession pour son manque d’honnêteté comptable et, par contagion, aurait probablement  été accusé de peu de sérieux général : une direction à éviter, une société à traiter avec des critères de sécurité « Daubasses », pour ne pas avoir de surprises. Mais, apparemment,  quand c’est Buffett, on raisonne tout autrement …

Nous nous posons également une question : Warren Buffett accepterait- il que le dirigeant d’une de ses filiales fasse de tels écarts, lui qui exige une honnêteté sans condition ?

Enfin, cet évènement nous permet de nous ranger définitivement dans le camp des Graham et autre  Schloss : la qualité d’une direction nous semble de plus en plus un argument d’investissement léger  face à la force d’un actif tangible et d’une grosse marge de sécurité…

<< Enseignements à tirer du tableau des flux de trésorerie

>>Des ratios financiers utiles pour évaluer une direction

L’immobilier industriel vaut-il plus ou moins que sa valeur aux livres ?

Comme vous l’avez certainement remarqué, cher lecteur, nous avons en portefeuilles de nombreuses daubasses labellisées VANE. Pour résumer, ce sont des entreprises qui ont d’importants collatéraux en immobilier (terrain et/ou immeubles). La plupart des VANE que nous détenons en portefeuille ou que nous avons en watching list ont des actifs constitués de terrains et d’immeubles à vocation industrielle. Nous vous entendons déjà : « ouais, ça vaut rien ce genre d’actif ! ».

Evidemment, une usine trouve moins facilement preneur qu’un appartement au centre de Paris. Néanmoins,  nous souhaitons nuancer ce point. En effet, ce genre d’immobilier est moins liquide que l’immobilier résidentiel, car le marché (offre et demande) est très spécifique. Mais avez-vous déjà pensé à tous les avantages qui existent pour un entrepreneur ou une société concurrente de racheter une usine ?

Au-delà des infrastructures déjà en place (réseau d’eau, alimentation électrique adaptée, évacuation des eaux usées, infrastructures de transport et de logistique, …) qui représentent des coûts one-shoot d’installation, un autre élément nous paraît primordial : les hommes. En effet, lorsqu’une entreprise industrielle quelconque met la clef sous la porte ou déménage, il ne faut pas oublier que durant de nombreuses années – voire parfois des générations -, du personnel a été formé, s’est installé à proximité de l’usine… Il y a donc à disposition du repreneur, de l’infrastructure et un bassin d’emploi qui a ses habitudes dans les environs (logement, emploi, famille, relations… ) ! Clairement, c’est un plus indéniable pour le repreneur, même si l’activité peut être totalement différente. Nous ne prenons d’ailleurs pas en compte dans le calcul de la VANE la valeur des équipements qui sont parfois très spécialisés pour une activité, ne valorisant uniquement que le foncier et les bâtiments à 80% leur coûts historiques. Ainsi, la marge de sécurité est maximum car même si la nouvelle industrie n’utilise aucune des installations techniques de son prédécesseur, nous en aurions déjà tenu compte dans nos estimations.

 

Pour illustrer notre propos nous avons relevé grâce au blog de notre confrère « l’entrepreneur boursier » un cas relatif au rachat d’une usine de pâte à papier.

Fortress Paper a racheté les actifs de cette dernière pour 1,2 M CAD. Le CEO de l’entreprise, Chadwick Wasilenkoff, explique : « Nous avons pu acquérir les actifs pour 1,2 millions de dollars. Bien des gens ont pensé que nous étions fous et que c’était probablement trop cher payé. Pourtant, l’assurance à la valeur de remplacement était de 851 millions de dollars. Ces actifs sont à 95 p. 100 idéalement situés pour notre nouveau produit, la pâte pour transformation chimique. En réorientant l’installation et en la convertissant à la production de pâte pour transformation chimique, nous avons pu utiliser ces actifs de 1,2 million dollars qui étaient largement sous-utilisés par le propriétaire précédent et, une fois la conversion achevée, même aux stades initiaux, étant donné le prix courant ou au comptant de la pâte pour transformation chimique, l’usine rapportera des bénéfices d’un peu plus de 200 millions de dollars. » Plus de détails ici.

 

Que retenir de cet exemple ?

L’enseignement que nous pouvons tirer de cet exemple est que des actifs sous-utilisés et donc très largement sous-valorisés par une entreprise peuvent devenir des actifs exceptionnels dans les mains d’un autre entrepreneur.

Enfin, outre les concurrents, l’entreprise qui dispose d’un parc immobilier industriel peut le valoriser en le revendant à un spécialiste qui pourra le gérer.

Nous vous donnons à titre d’exemple une société cotée aux Etats-Unis qui est spécialisée dans l’acquisition, la gestion et le développement d’installations industrielles : DCT Industrial Trust. Il existe aussi des entreprises hyper spécialisées comme Alexandria Real Estate Equities, une foncière qui détient principalement des laboratoires scientifiques.

La vente de l’usine en tant que telle à un concurrent ou la vente des murs à un professionnel sont deux possibilités qui font parti du panel d’opportunités offertes aux entreprises qui détiennent de l’immobilier industriel. Ce sont autant de moyens de valoriser cet immobilier en le sortant de leur bilan.

C’est pourquoi nous pensons que les VANEs ne sont pas des usines à gaz et ont de beaux jours devant elles !

<< C’est quoi une VANE ?

>> RAPP (Rentabilité à Petit Prix) : la méthode

Les chiffres sont parfois trompeurs

Nous avons en portefeuille une entreprise qui depuis des années a une profitabilité très faible (marge nette < 2%), voire parfois légèrement déficitaire. Ce qui a pour incidence une quasi-stabilité de ses fonds propres. A priori, l’investisseur lambda qui jette un coup d’œil furtif sur les chiffres de la société va en conclure assez rapidement qu’il est en présence d’une belle daubasse… et il n’a pas tord !

En chaussant vos lunettes à rayons X, vous trouverez derrière cette piètre rentabilité un bel actif qui n’a pas d’incidence sur le compte de résultat. Ce qui est normal puisqu’il s’agit de terrains et immeubles, qui sont utiles à l’exploitation de la société, mais qui ne génèrent en tant que tels aucun flux de trésorerie. Ce ne sont pas des actifs productifs.

Continuer la lecture de Les chiffres sont parfois trompeurs