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Warren Buffett, l’effet boule de neige (3ème partie) : le cercle d’amis

Cet article est le 3ème d’une série de 5 qui reprend notre lecture de l’ouvrage d’Alice Schroder, Warren Buffett. La biographie officielle, l’effet boule de neige.

Le point principal que nous avons retenu de cet ouvrage, c’est que, selon notre lecture, les réussites du plus grand investisseur de tous les temps tournaient, et tournent toujours autour de trois vecteurs.

Les deux premiers articles :

 

2° Le cercle d’amis et de connaissances

Le second vecteur de l’effet boule de neige est tout aussi important que le premier, voir plus, même si cela dépend de l’angle selon lequel on se place.

Une nouvelle constante de Buffett, c’est qu’il n’a jamais été seul au beau milieu de ses investissements.

Hormis à ses tout débuts, lorsqu’il pratiquait la distribution de journaux et la vente de chewing gum à domicile, il a pu, à chaque fois, s’entourer d’amis, de connaissances. Dès ses petits business d’adolescent ou d’étudiant, il s’associe. Et tout comme pour la machine à cash, l’effet boule de neige est démultiplié au fil du temps.

Démarrons de nouveau à partir du moment où il devient investisseur professionnel.

A cette époque, son principal groupe d’amis se composait du groupe « Graham », c’est-à-dire d’anciens collaborateurs ou étudiants de Benjamin Graham.

Par exemple, quand Buffet achetait des actions sur le « pink sheet » qui se traitaient à l’époque de gré à gré, c’est avec l’ancien courtier de Ben Graham qu’il traitait, Tweedy Brown auquel il faisait  une confiance absolue.

Lorsque Buffett a commencé à vouloir acheter l’entièreté de « mégots de cigare » ou de « Daubasses », c’est de nouveau sur le groupe de Graham qu’il s’est appuyé pour parfois avancer masqué. Il leur demandait même tout bonnement et simplement de lui vendre leurs actions quand il voulait  devenir majoritaire.

Buffett étant un investisseur, mais pas un manager apte à régler le quotidien d’une société, ses amis ou connaissances lui présentaient toujours des managers exceptionnels quand il en avait besoin, voire des avocats d’affaires de première catégorie quand il était dans le pétrin.

Warren et Kate Graham, la patronne du Washington Post

L’accélération majeure sur l’effet boule de neige de ses amis et connaissances, c’est sa rencontre avec Katherine Graham, la propriétaire du Washington Post, qui a des relations mondaines avec tous les milieux de Washington et plus largement sur l’ensemble du territoire américain, des milieux politiques aux milieux des affaires, en passant par les domaines de l’art et des médias. A partir du moment où Buffett se lie à Kay Graham, c’est le décollage.

Après la période plus ou moins définie « mégots de cigares » ou  « Daubasses », lorsque les prix ne sont plus « massacrés », tous les investissements de Buffett se feront sur base du rapport humain, du cercle d’amis et de connaissances. Il sera certes plus d’une fois déçu, comme avec Salomon, General Re et même de Gozuietta et de l’après Gozuietta de chez Coca-Cola, mais saura tenir ses positions grâce aux rapports étroits qu’il entretient avec les personnes qui dirigent les sociétés dans lesquelles il a investi.

 

En tant qu’investisseur particulier, vous ne pouvez pas vous approcher du centième de ce que connaît Buffett sur le management d’une société : c’est pourtant le point clé quand on a décidé de payer une société au juste prix parce qu’on n’ a plus le choix, comme Buffett, en raison d’actifs sous gestion devenus gigantesques.

Reprenons l’exemple de Coca-cola qui est toujours l’exemple que l’on cite partout d’une société que l’on pouvait acheter, n’importe quand, à n’importe quel prix et faire de l’argent. Même Buffett déclarait que cette société était inévitable et à garder à vie…

Et pourtant en 1997 quand Gozuietta, le manager de Coca Cola, décède brutalement, Buffett qui siège au conseil d’administration découvre que l’on a gonflé les profits de Coca Cola, en injectant de plus en plus de profits venant des usines de mises en bouteille. Le cours de la société était monté en un rien de temps de 43$ à 70$…

Buffett déclare dans sa biographie qu’il aurait dû vendre mais qu’il était enchaîné par de multiples raisons dont la plus importante était le fait qu’il fasse partie du conseil d’administration de Coca Cola, ce qui l’amènera à dire, que c’était la pire erreur de sa vie. Vous vous imaginez bien que si Warren Buffett, qui faisait partie du conseil d’administration, avait vendu ces positions, le titre s’écroulait…

Warren Buffett et Bill Gates

En plus si Buffett avait vendu Coca Cola, le marché dans son ensemble se serait demandé si les positions de Berkshire Hathaway n’étaient pas  toutes surévaluées. Cela aurait alors pu créer une réaction en chaîne et dépasser la cadre du seul Berkshire pour se répandre sur  les marchés.

En 2000, l’action Coca-cola se vendait à 30 fois ses profits, ce qui signifiait  que selon « Mr Market » l’action continuerait d’augmenter de 20% par an. Pour cela, la société devait augmenter ses profit de 25% par an pendant 5 ans et ça, c’était impossible parce qu’il aurait fallu qu’elle triple son chiffre d’affaires.

Avec Ursual Burns, la patronne de Xerox

Pour sortir de cette ornière sans effrayer les marchés, Buffett acheta l’assureur General Re pour 22 milliards de dollars, ce qui surprit tout le monde car c’était extrêmement cher payé pour un assureur que Buffett connaissait à peine, et en plus il échangeait des actions Berkshire Hathaway pour payer cette acquisition. En réalité, la stratégie de Buffett était déjà au point : avec cet achat de General Re pour 22 milliards, Buffett avait acheté un énorme portefeuille d’investissements composé pour la plupart d’actions… et Warren s’empressa de les vendre pour acheter des obligations…

Avec 22 milliards d’obligations, le ratio Actions / Obligations de Berkshire Hathaway et donc l’allocation d’actifs changea complètement. Le but de tout cela était de se protéger du cours « survitaminé » de Coca Cola en allégeant son poids dans le portefeuille et en atténuant l’impact de sa chute possible si le scandale éclatait.

Buffett déclara dans la presse que cela créait des synergies avec le pôle assurance de Berkshire et que cela n’avait rien avoir avec la cherté du marché. Charlie Munger, qui n’avait été consulté que très tardivement, désapprouva l’achat de General Re.

Avec Lloyd Blankfein, CEO de Goldman Sachs
Garder à long terme ou pour toujours, c’est excellent, mais si vous ne savez pas de quoi est fait l’envers du décor, à
tout moment, c’est un peu croire au Père Noël même si, comme le disait Buffett de Coca, «  cette société peut être dirigée par un sandwich », et que son produit est un des produits les plus vendus dans le monde, les sorties de route et même le krach frontal peuvent survenir à tout moment.
L’oracle d’Omaha et le président Oba

Un investisseur individuel n’a aucun moyen de connaître une direction comme la connaît Buffett, ni le moyen d‘évaluer à un prix payé, sans le moindre rabais, si son investissement sera gagnant ou pas dans le futur.

Investir sur des Blue Chips sans exiger une très forte marge de sécurité nous semble le piège le plus pernicieux qui soit. D’autant plus que la très grande majorité des investisseurs qui se réclament fans de Buffett semblent ne pas comprendre réellement ce que signifie cette marge de sécurité.

Et si Buffett peut se permettre d’investir avec une marge de sécurité sur le futur de la société, vous aurez compris que c’est grâce à l’ effet boule de neige qu’il a créé avec son cercle d’amis et de connaissances qui lui permet de comprendre jusque dans les plus petits détails ce qu’il achète.

 

<< Warren Buffett : L’effet boule de neige (2ème partie : la machine à cash)

>> Warren Buffett : L’effet boule de neige (4ème partie : la marge de sécurité)

 

Warren Buffett, l’effet boule de neige (2ème partie) : la machine à cash

Cet article est le 2ème d’une série de 5 qui reprend notre lecture de l’ouvrage d’Alice Schroder, Warren Buffett. La biographie officielle, l’effet boule de neige. Vous pouvez relire le premier article ici.

Dans cet article, nous expliquions que selon nous, les réussites du plus grand investisseur de tous les temps tournaient, et tournent toujours autour de trois vecteurs. Nous allons vous présenter ces trois vecteurs dans des articles différents dont voici le premier.

 

La machine à Cash

Le premier vecteur d’une importance capitale, ce sont les liquidités, le cash dont Buffett dispose en permanence. C’est un élément récurrent et qui fait partie intégrale de l’effet boule de neige. Voyons à travers les années comment évolue la machine à cash de Warren Buffett…

Nous n’allons pas démarrer l’histoire de cette machine à cash dans l’enfance ou l’adolescence du jeune Warren, bien que ses mises en location de machines à sous chez des coiffeurs ou les leasings pour une heure d’une voiture sortant de l’ordinaire en étaient déjà les embryons.

Le début de son aventure d’investisseur professionnel est un peu poussif. En 1956, Buffett crée Buffett Associate Ltd (sur le modèle de la société de Ben Graham) avec 7 actionnaires :  son beau père Bill Thompson, sa sœur et son beau-frère,  sa tante Alice, Chuck Peterson avec lequel il a partagé sa chambre à Wharton, Al Jolson, Dan Monen, un ami d’enfance avec qui il a cueilli des pissenlits dans le jardin de son grand-père et lui même … Nous remarquons que Buffett n’investit que 100$ dans cette première société d’investissement alors qu’il disposait déjà de 174 000$.  A cette même époque, il gère aussi un portefeuille pour la mère et la tante d’un de ses amis de Columbia.

Il décide alors de remettre dans l’affaire toutes ses commissions de gestions. Ce n’est certes pas grand chose nous direz-vous, mais c’est le début.

A ce moment, la société de Ben Graham est petit à petit liquidée. Ben Graham le recommande alors à quelques-uns de ses clients mais sans enthousiasme particulier.

Ensuite son père étant membre du congrès et sa famille très connue à Omaha, il commence à avoir quelques clients plus fortunés.

A chaque fois, Warren crée un partnership pour ses clients et les commissions de gestions commencent à grossir.

La manière d’investir de Buffett sur des « mégots de cigares » ou « daubasses » crée finalement la première accélération de l’effet boule de neige :  comme vous le savez, cher lecteur, on achète un mégots de cigares sous la valeur de ses actifs et on le revend dès que le marché a valorisé ses actifs avec plus de bon sens. Le prix de vente peut donc être multiplié par 2 ou 3, voire même plus en quelques mois.

La croissance du nombre de  clients va ensuite devenir de plus en plus forte, de plus en plus de monde lui confie de l’argent et donc … du cash.

Warren Buffett ne se contente plus d’attendre que le marché valorise ses « mégots de cigares » ou « daubasses », il veut presser le citron de la valeur plus rapidement encore pour dégager du cash en entrant dans les conseils d’administration et en obligeant à rendre une partie de la valeur des stocks ou autres, aux actionnaires dont il fait évidemment partie ainsi que ses associés des différents partnerships.

 

La plus importante découverte de Buffett pour générer de la trésorerie, c’est la machine à cash que sont les assureurs.  Il en fera sa principale machine et aussi une machine intemporelle et ce, tout au long de sa vie d’investisseur, depuis sa première petite société d’assurance à Geico en passant par la société qu’Ajit Jain a créé spécialement pour se couvrir contre les attentats  de l’après  11 Septembre 2001.

 

« Mais comment un assureur peut-il être une machine à cash ? »

Nous pourrions, cher lecteur, résumer cela de cette manière : entre le paiement des primes d’assurance par les clients et le paiement des dommages par la compagnie d’assurance, il y a des sommes d’argent gigantesques qui sont provisionnées.  Ce sont les « provisons techniques » ou le « float » … Cet argent peut donc être investi pour créer des plus-values. C’est pour cela que ces assureurs sont des machines à cash perpétuelles.  Si la gestion de ces liquidités est menée par des investisseurs de bon sens, des plus-values de plus en plus importantes sont crées.  C’est par exemple pour cette raison que Buffett vouera une admiration sans borne à Lou Simpson qui était chargé de l’investissement du float de  Geico.

Une fois les en-cours de Berkshire Hataway devenus importants, Buffett tentera de diversifier sa production de cash en les investissant sur une panoplie de supports, des junk bond à la vade sur le dollar en passant par des émissions d’options, ou des portefeuilles de dettes de toute nature … et des dividendes.

Voilà donc de manière synthétique la machine à cash que Buffett s’est évertué à mettre en place sur plus d’un demi-siècle.

Pourquoi disposer de cash en permanence ? Tout simplement parce qu’à tout moment, Warren est en position d’acheter toutes les occasions à prix cassé qui se se présentent sur le marché et sur tous les supports possibles. Et pour des capitaux de toutes tailles, allant de quelques centaines de milliers de $ à plusieurs milliards de $.

Ce premier vecteur de l’effet boule de neige, aucun investisseur individuel ne peut prétendre le réaliser.

 

 » Oui mais à notre niveau, nous avons les dividendes et une partie de notre salaire que nous pouvons investir chaque mois « .

C’est certain, cher lecteur, mais posez-vous la bonne question de savoir de combien augmente par an votre machine à cash car si c’est de quelques pourcents, vous ne disposez en aucun cas d’une machine à cash mais seulement de quelques menues monnaies.  Certes, c’est mieux que rien mais insuffisant selon nous pour profiter pleinement et en toutes circonstances des prix cassés.

L’ idée de la machine à cash de Buffett, c’est que l’effet boule de neige sur le cash est tout aussi important que l’effet boule de neige créé par ses investissements « classiques » sur des sociétés. C’est évidemment lié mais aussi parallèle car généré de manière très souvent différente hormis les dividendes.

 

<< Warren Buffett : L’effet boule de neige (1ère partie : les blue chips)

>> Warren Buffett : L’effett boule de neige (3ème partie : le cercle d’amis)

« Acheter aujourd’hui des Blue Chips comme Buffett signifie que vous n’avez rien compris de Buffett » (1ère partie)

C’est la conclusion que nous tirons de la lecture de la biographie officielle de Warren Buffett : Warren Buffett. La biographie officielle, l’effet boule de neige

Pour être honnêtes avec vous chers lecteurs, nous nous sommes dits à la sortie de la version française de ce livre que cela avait très peu d’intérêt pour nous « chasseurs de Daubasses » puisque nous avions déjà lu les deux livres écrits par Roger Hagstrom, Les Stratégies de Warren Buffett – L’homme qui devint milliardaire à la bourse et Le portefeuille de Warren Buffett, sans compter Les Ecrits de Warren Buffett : Quelques leçons destinées aux investisseurs et aux managers de John Cunningham.

Nous pensions donc avoir fait un tour relativement complet de la manière d’investir de Warren Buffett et nous étions prêts à ne pas l’acheter jusqu’à ce qu’un ami nous en parle avec passion et attise notre curiosité. Cependant nous nous attendions à pouvoir lire au grand maximum une cinquantaine de pages qui nous intéresseraient d’un point de vue « Daubasses» sur les 900 pages que compte le livre. Et nous sommes restés bluffés par le fait que 900 pages plus tard, Buffett n’a jamais remis en question ses achats à prix cassé, à prix daubasses, même s’il est passé sur d’autres supports que les sociétés cotées et non cotées.

Ce qui finalement nous pousse à écrire une série d’articles à partir de cette biographie – cet article étant donc le premier d’une série de 5 articles – c’est que nous avons la désagréable impression que les 3 livres que nous avons lus auparavant ont présenté une image complètement tronquée de l’oracle d’Omaha et de sa manière d’investir car ces livres se concentraient sur les seules « blue chips », soit une seule des facettes, et la plus récente, de Warren Buffet

 

>> Acheter des blue chips (= les grosses entreprises cotée), même à bon prix, ce n’est en aucun cas la voie que Buffett aurait choisirait s’il avait une alternative.

Et ce n’est certainement pas ce que Buffett vous conseillerait de faire aujourd’hui, ni ne vous aurait conseillé par le passé : ceci est écrit noir sur blanc dans sa biographie. Tout simplement parce qu’il est très rare, voir impossible d’acheter une grosse capitalisation au prix d’une daubasse ou « d’un mégot de cigare », voire à un prix extrêmement cassé.

Et si vous n’achetez pas au prix d’une daubasse ou à un prix extrêmement cassé, vous n’avez pas la moindre chance de créer le moindre petit effet boule de neige ni une chance extrêmement réduite de battre les marchés sur le long terme comme il a pu le faire avec brio, notamment dans ses premières années d’investisseur.

 

En fait, ce que nous avons compris en lisant cette biographie de Buffett, c’est qu’il est impossible de l’imiter sur 2 des 3 vecteurs principaux de sa réussite d’investisseur. Dès lors, penser que l’on investit comme le fait Buffett en achetant des seules blue chips, c’est, selon nous, soit avoir lu sa biographie en tant que « fan » et donc sans la moindre objectivité, soit ne pas être parvenu à démêler les nombreux fils, voire s’être perdu sur les nombreux chemins empruntés par Buffett pendant sa vie d’investisseur.

Et nous sommes quelques peu surpris de ne pas avoir lu l’un ou l’autre article ici ou là, relatant objectivement, des points précis de la biographie de Warren Buffett, démontrant l’écart important qu’il y a entre le mythe et la réalité de l’investisseur. Si nous pouvons comprendre que cela peut être décevant, il nous semble impératif de rester objectif quand on élabore une stratégie d’investissement quelle qu’elle soit… Et élaborer une stratégie sur un mythe, voire des informations partielles, nous semble extrêmement dangereux et ne peut conduire qu’à des désillusions. Dans les prochains articles, nous vous expliquerons pourquoi.

 

<< Chris Browne (4/4) : Comment choisir un gestionnaire de fond ?

>> Warren Buffett : L’effet boule de neige (2ème partie : la machine à cash)

Chris Browne (4) : Comment choisir un gestionnaire de fond ?

Dans cette quatrième et dernière partie, nous nous éloignons très légèrement de l’investissement dans la valeur, pour quelques lignes sur les fonds où Chris Browne nous propose quelques réflexions sur ses pairs dans le but manifeste de donner à l’investisseur intéressé par ce support quelques atouts supplémentaires pour lui permettre de réaliser le meilleur choix possible.   Nous pensons aussi que ce choix du gestionnaire présenté par le boss de Tweedy Browne peut aussi servir de « miroir » pour l’investisseur individuel quant à l’attitude qu’il doit lui-même adopter.

 

Page 202 – Choix d’un gérant de fond : privilégier un style d’investissement ou préférer un fond indiciel

« Au travers des années, j’ai siégé au comité d’investissement de divers établissements et dotations d’universités. J’ai eu l’opportunité d’interroger des gestionnaires en concurrence pour la portion des actifs de l’établissement. Bien que j’ai souvent été en concurrence pour obtenir les mandats, siéger de l’autre côté de la table, de celui qui fait passer les entretiens, a été une expérience sinon instructive, du moins plus agréable que d’être le candidat interrogé.

La recherche d’un gérant de fond commence généralement par un choix de style d’investissement. Un investisseur particulier ou un important fonds de dotation peut rechercher un gestionnaire favorisant l’approche par la valeur ou la croissance, quelqu’un qui investit dans les grandes capitalisations ou les petites sociétés  et appliquer encore d’autres critères.  De nombreux pools de capitaux de grands investisseurs institutionnels favorisent les gestionnaires couvrant tout la gamme de styles d’investissement, certains étant plus appropriés que d’autres en fonction des circonstances. A travers un investissement groupé couvrant tous les styles de gestion, ils espèrent se mettre à l’abri d’une sous performance de leurs pairs ou des grands indices de marché à court terme. Cette approche me pose problème dans la mesure où elle renforce le raisonnement de court terme. Si vous savez qu’un style génère les meilleurs résultats à long terme, peut-être ne devriez-vous pas vous soucier des comparaisons de court terme. Vous risquez par ailleurs de construire un portefeuille très similaire à un fond indiciel mais avec des coûts beaucoup  plus élevés. Il est alors préférable d’opter pour un fond indiciel. »

Commentaire : Nous trouvons tout à fait étonnant qu’un gérant de fonds aussi renommé vous conseille finalement des trackers, à certaines conditions bien évidemment, mais des trackers quand même ! Chris Browne fait preuve, à notre avis, de beaucoup de réalisme et d’une grande honnêteté intellectuelle. Ce qui nous fait penser que dans le doute, il ne faut pas hésiter à investir sur des trackers.

 

Page 203 – Des gestionnaires de fond crédibles ?

« L’entretien avec les gestionnaires de fonds commence généralement par une présentation du style et des capacités de gestion des gérants qui sont tous, à l’évidence, excellents. La réunion se poursuit par des questions-réponses. Les questions sont généralement les mêmes tout comme les réponses. Les gestionnaires de fond ne sont pas dupes. Ils savent ce que le client veux entendre.

La première question est « Faites-vous votre propre recherche ? » Absolument. Personne n’admet jamais lire les rapports des maisons de courtage. Des centaines voire des milliers d’analystes de titres de grandes sociétés de courtage produisent des rapports que personne ne lit bien que certains papiers méritent un grand intérêt.  

Seconde question : « Rendez-vous visite aux sociétés dans lesquelles vous investissez ? ». Là encore la réponse est absolument positive, et les gestionnaires de fonds prétendent généralement ne s’entretenir qu’avec le directeur général et le directeur financier. Cette affirmation constitue une source de préoccupation. En effet, compte tenu du nombre de gestionnaires de fonds sollicitant de longs entretiens personnels avec les directeurs généraux ou financier des entreprises, je me demande qui gère ces sociétés. L’un des gestionnaires que j’ai interrogé prétendait faire 250 visites par ans, soit une par jour ouvré. Compte tenu des temps de voyage et de sommeil nécessaires, quand ce gestionnaire avait-il le temps de lire les rapport annuels ? J’ai même entendu 400 visites annuels. Mais le record est détenu par un gérant dont les collaborateurs effectuaient 4000 visites par an. Une année ne suffit même pas à lire 4000 rapports de recherche.

La troisième question généralement posée par les investisseurs institutionnels est : « Avez-vous établi un plan de succession pour votre société ? » Le client veut savoir qui prendra les rennes si quelques chose arrive au gérant. Tout les gestionnaire fournissent une bonne réponse.

Commentaire : Nous pensons que Chris Browne explique parfaitement les lieux communs qui ne peuvent en aucun cas aider l’investisseur à prendre la meilleur décision possible. Et pourtant il faut bien avouer qu’ on peut encore lire assez souvent dans un entretien ou un interview ce genre de banalités qui ne devraient plus impressionner grand monde et qui font souvent croire à l’investisseur qu’il n’a pas tous les moyens de comprendre la société comme ces « pro » de l’investissement . Rappelons nous aussi les paroles de Ben Graham disant à ces deux engagés que ce serait tricher que de s’entretenir avec la direction. En d’autres mots Ben expliquait à Walter et Warren que 99% des informations utiles sont dans les rapports annuels d’une société et que pour un investissement dans la valeur basé principalement sur les actifs ces 99% sont largement suffisants !

 

Page 205 – Choix d’un gestionnaire, autres critères

.J’ai un autre ensemble de critères applicables aux fonds mutuels tout comme aux gestionnaires de fonds individuels.

Tout d’abord, le gestionnaire s’appuie-t-il sur une approche d’investissement qu’il peut expliquer a un profane de manière clair et compréhensible ? A-t-il appliqué son approche de manière constante dans le temps ? Si vous ne pouvez pas rencontrer le gestionnaire directement, lisez les lettres aux actionnaires et autres supports promotionnels publiés par le fonds durant les cinq dernières années. Le contenu vous paraît-il compatible avec l’approche du marché du gestionnaire ou ce dernier change-t-il son fusil d’épaule en cours de route ?

Deuxièmement, qu’indique l’historique des performances ? Auriez-vous été satisfait des résultats obtenus si vous aviez été investis dans ces fonds par le passé ? Je préfère analyser les performances sur au moins 10 ans car cet horizon couvre plusieurs cycles de marchés. Bien que cela ne soit pas toujours possible, l’historique ne doit pas s’analyser sur moins de 5 ans. Il est également utile de prêter attention au degré de volatilité des rendements. Certains investisseurs ont une faible tolérance à la volatilité et il ne faut pas que cette dernière vous conduise à sortir du marché au moment où les valorisation d’actions sont à leur plus bas. 

En troisième lieu, qui a généré cette performance ? Le gestionnaire à l’origine des résultats est-il toujours en charge du fond. Un nouveau gestionnaire signifie souvent un changement de style de gestion à moins que le nouveau gérant n’ai été longtemps formé par le gestionnaire sortant. J’ai interrogé un gestionnaire qui avait 25 années d’expérience dans l’investissement en favorisant l’approche par la croissance. Ses performances étaient relativement bonnes sans être exceptionnelles. Mon plus gros soucis était que le gestionnaire n’était âgé que de 36 ans. Donc à moins qu’il n’ait commencé à gérer le fond à 11 ans, la plupart de l’historique de performances n’avait pas de pertinence.

Quatrièmement, que font les gestionnaires de leur propre argent ? Sont-ils investis dans le fond dans lequel vous souhaitez investir ? Les gestionnaires devraient goûter de leur propre cuisine. Il devrait être prêt à accepter les même risques d’investissement qu’ils vous demandent de courir en investissant dans leur fond. Savoir que les gestionnaires ont leur propre argent en jeu revêt un aspect rassurant. Cette situation les empêcherait de prendre des risques inconsidérés pour compenser une dégradation de la performance.

Bien qu’il ne s’agisse pas toujours d’un indicateur fiable, je préfère les fonds dont les gérants sont aussi propriétaires de la société de gestion. Si la société est gérée par les équipes de vente et marketing du fond, leur intérêt pour la bonne gestion risque de seconder leurs objectifs de collecte d’actifs. Les commerciaux tendent par ailleurs à  se concentrer sur un proche horizon incitant le gestionnaire à prendre des décisions d’investissement court terme risquant de ne pas aller dans votre intérêt. En outre les gestionnaires de fonds également propriétaire de leur société sont plus libre de prendre des décisions d’investissements de long terme.  Il suffit à ces gestionnaires de convaincre leurs clients de rester investis en période de déterrioration de la performance relative.

 Le secret de la réussite dans le monde de l’investissement réside dans le choix d’un bon gestionnaire qu’il faut alors garder. »

 

Commentaires : si nous devions retenir un point sur les quatre points exposés par Chris Browne, ce serait le quatrième. Exiger que le gérant partage les risque avec ces clients en étant lui aussi investi dans son fond est un filtre extrêmement simple à mettre en place et ne commencer à vérifier les autres point que si ce critère est rempli devrait à notre avis vous permettre de dresser une liste de fond très sérieuses.

 

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