[édito proposé à nos abonnés dans la lettre de novembre 2025]
Lundi 27 octobre, le Nikkei 255 a franchi le cap symbolique des 50 000 points, effaçant définitivement le précédent sommet de 1989 (près de 39 000 points). L’indice phare de la bourse de Tokyo a ensuite enchaîné les records, avant de corriger légèrement ces derniers jours.
Cette envolée survient alors que Sanae Takaichi, première femme à occuper le poste de Première ministre au Japon, a pris ses fonctions le 21 octobre. Héritière politique de Shinzo Abe, elle se distingue par ses positions conservatrices et sa volonté d’encourager la croissance par une politique budgétaire expansionniste.
Avec une progression de +31%* depuis le 1er janvier, le Nikkei 225 surclasse tous les grands indices mondiaux. Même le Nasdaq, pourtant soutenu par l’euphorie autour de l’IA, se contente de +23%*. L’Europe, pendant ce temps, avance à un rythme… européen : +16%* pour l’Euro Stoxx 50 et +10%* pour le CAC 40.
*au 31 octobre
Si la situation politique contribue au regain d’optimisme, la dynamique actuelle repose aussi, et peut-être surtout, sur les réformes du Tokyo Stock Exchange (TSE). Nous avions déjà évoqué ce nouveau souffle dans notre édito « Japon : Stop ou encore ? », en soulignant le potentiel encore largement inexploité du marché nippon :
« Ce qui est sûr, c’est que le Japon regorge encore d’opportunités boursières et reste selon nous la place financière la plus attractive parmi les marchés développés. »
Deux ans plus tard, le constat est clair : les réformes se poursuivent à marche soutenue, et le TSE ne relâche pas la pression.
De nouvelles pratiques désormais ancrées
La publication de mesures visant à optimiser l’allocation du capital et réduire les décotes boursières est devenue la norme sur le marché Prime (plus de 1 600 sociétés). À fin juillet 2025, 91 % des entreprises avaient communiqué des mesures en ce sens (+4 pts vs mars), contre 49% fin 2023. Par ailleurs, plus de 60% avaient déjà mis à jour leurs informations cette année.
source : TSE (septembre 2025)
Sur le marché Standard (plus de 1 500 sociétés), le mouvement avance plus lentement : 48% des sociétés avaient adopté des mesures fin juillet 2025, contre 19% fin 2023.
source : TSE (septembre 2025)
Une progression notable, mais jugée insuffisante par le régulateur. Dans une présentation parue début septembre, le TSE a rappelé ses priorités pour le marché Standard :
– Redynamiser davantage le marché Standard et accroître la valeur des sociétés qui y sont cotées ;
– Encourager fortement les sociétés à mettre en Å“uvre une gestion consciente du coût du capital et du cours de l’action, ainsi qu’à améliorer leurs relations avec les investisseurs ;
– Examiner plus en détail la question de la représentation des sociétés commerciales parmi les actionnaires ;
– Renforcer la protection des actionnaires minoritaires ;
– Étudier toutes les options disponibles, y compris la révision des critères d’admissibilité ;
– Comme sur le marché Prime, continuer à encourager les sociétés à gérer leur capital en tenant compte du coût du capital et du cours de l’action.
Le régulateur constate également que les sociétés cotées sur le marché Standard utilisent encore trop peu d’indicateurs de type ROE ou ROIC. 36% des sociétés interrogées ont répondu avoir un objectif de ROE, contre 71% sur le marché Prime.
Un écart qui révèle l’ampleur du chemin restant à parcourir et qui justifie que le TSE maintienne la pression en faisant régulièrement évoluer ses outils :
– début 2025 : ajout de champs dans la liste mensuelle (date de mise à jour, ouverture à des contacts d’investisseurs institutionnels) ;
– septembre 2025 : annonce d’une nouvelle version détaillant les mesures mises en Å“uvre (à partir de janvier 2026).
Cette communication entretient une pression permanente. Le message est clair : aucune société cotée ne pourra durablement ignorer la discipline capitalistique.
La documentation mensuelle du TSE est à retrouver ici : Follow-up of Market Restructuring.
Des résultats tangibles
 Les premiers effets des réformes sont visibles :
– La part des sociétés avec ROE inférieur à 8% a reculé de 4 points en trois ans sur les deux segments (Prime : de 47 % à 43 % ; Standard : de 63 % à 59 %).
– La part des entreprises cotant sous leurs fonds propres (PBR < 1) a également diminué :
- Prime : de 50% Ã 44% (-6 pts)
- Standard : de 64% Ã 59% (-5 pts)
Source : TSE
Au niveau du Portefeuille daubasses, nous faisons aussi un constat implacable.
Les sociétés figurant sur la liste du TSE ont nettement surperformé :
- +16% en 2025, hors dividendes, contre +6% pour celles n’y figurant pas
- +56% depuis le 31 mars 2023, date à laquelle le TSE a incité les sociétés à publier des mesures, contre +26%
Par ailleurs, le price-to-book ratio (PBR) des sociétés figurant sur la liste atteint 0,73 en moyenne contre 0,50 pour celles qui n’y sont pas.
Sociétés du Portefeuille daubasses 2 au 31 octobre 2025
Évidemment, il y a toujours des exceptions. [Société masquée] a mis en Å“uvre des mesures, mais ses résultats récents ont été pénalisés par les droits de douane américains et le cours de l’action a reculé de 21% en 2025 et de 3% depuis le 31 mars 2023. Pendant que [Société masquée], elle, a fait +74%… sans être sur la liste des « bons élèves ».
Le TSE fait un constat similaire. Du 31 mars 2023 au 30 juin 2025, il observe les performances suivantes :
– sociétés sur la liste avec mise à jour : +39,1 %
– sociétés sur la liste sans mise à jour : +34,0 %
– sociétés absentes de la liste : +29,9 %
Source : TSE
Et maintenant ?
Face à ce constat, deux approches sont possibles :
- Privilégier les sociétés ayant déjà engagé leurs réformes.Elles présentent souvent une gouvernance plus ouverte au changement et une meilleure prise en compte des intérêts des actionnaires minoritaires.
- S’intéresser aux sociétés encore en attente de transformation.Dans ce cas, l’annonce de futures mesures pourrait constituer un catalyseur.
À notre sens, la voie la plus prudente consiste à privilégier les entreprises déjà passées à l’action, tout en gardant un œil attentif sur certaines retardataires encore fortement décotées. Ces dernières peuvent offrir un potentiel intéressant, mais leur trajectoire reste plus incertaine, avec un risque non négligeable de value trap si les réformes n’arrivent pas.
Nos trois dernières acquisitions au Japon ([Société masquée], [Société masquée] et [Société masquée]) ont annoncé prendre en compte le coût du capital et vouloir retourner plus de capital aux actionnaires. Il n’y a plus qu’à suivre l’exécution des plans.







